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2016 : Année de la pensée unique pour la presse française ?

2016 : Année de la pensée unique pour la presse française ?
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Il ne fait pas bon être journaliste en ce début d’année 2017. La presse française a subi des attaques de plus en plus dures, fréquentes et généralisées tout au long de l’année précédente. « Pourquoi acheter un journal quand on peut acheter un journaliste ? » demandait par exemple un manifestant contre la loi Travail en avril dernier[1]. Il résumait la disposition d’un nombre grandissant de Français à l’égard de la presse : les médias français seraient, selon eux, aux ordres du pouvoir. RI-DI-CULE. S’il y a bien une caractéristique qui a marqué l’année 2016 pour la presse, c’est le pluralisme. Un bref retour sur les sujets qui ont marqué l’année précédente permettra de le démontrer et de faire taire ces critiques infondées.

La Loi Travail

Les opposants à la loi El-Khomri ont fustigé une presse unanimement favorable à la réforme proposée par la ministre. Rien n’est plus faux ; si quelques quotidiens ont pris position en faveur de cette loi, d’autres n’ont pas ménagé leurs critiques à son égard.

Arnaud Leparmentier, dans Le Monde, salue depuis longtemps la volonté du gouvernement de réformer le code du travail : « Nous nous sommes mis à espérer. Avec le rapport Combrexelles, la France socialiste va s’attaquer au code du travail (…) En passant en force. Courageusement. ». Même son de cloche chez Libération qui, avec quelques réserves, approuve globalement le projet de Myriam El Khomri ; l’évolution qui en résultera sera « plutôt bonne » selon les propres mots de Laurent Joffrin, directeur de Libération.

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Dans les pages du Figaro en revanche, l’opposition au texte de loi est vive et sans concessions : la loi El Khomri constitue un « désastre » selon un article, un « fiasco » selon un autre. S’appuyant sur le point de vue du Medef et les analyses du FMI, le Figaro accuse en effet le gouvernement d’avoir reculé sur l’essentiel des mesures libérales contenues dans le projet initial de la loi El-Khomri. Les mêmes critiques ont été relayées à de nombreuses reprises par l’Express et Le Point. On voit donc à quel point les critiques qui dénonçaient une presse aux ordres du pouvoir sont infondées.

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Contrairement à ce qu’affirmaient les opposants à la Loi Travail, une partie non négligeable de la presse n’a pas été tendre avec le gouvernement et a relayé des critiques sévères du projet de loi de Myriam El Khomri.

 

La mobilisation contre la Loi Travail

Les manifestants contre la loi El Khomri ont, encore une fois, accusé la presse française de ne parler que d’une seule voix et d’analyser la mobilisation menée par la CGT à l’aune d’une unique grille de lecture. Les médias français se sont pourtant illustrés par la richesse et la diversité de leurs méthodes analytiques. Franz Olivier Giesbert a fait le choix de la mise en perspective géopolitique dans le Point : « La France est soumise aujourd’hui à deux menaces qui, pour être différentes, n’en mettent pas moins en péril son intégrité : Daech et la CGT ». Bernard-Henri Lévy a préféré une approche à la frontière de la biologie et l’anthropologie : « Je regarde M. Martinez avec son oeil de chien battu » à la tête de « cette multitude, masse informe et inconstituée, foule pré ou post-politique, caricature d’elle-même, mûre pour la meute« .

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Pascal Bruckner, dans le Figaro, s’est livré quant à lui à une analyse historique : la gauche radicale « est fascinée par la puissance éruptive du djihadisme. Les bombes, les attentats suicides renouent avec la stratégie des mouvements insurrectionnels« . Il conclut: « faut-il classer les manifestants radicaux dans la catégorie des terroristes ? La question reste ouverte« .

Brexit

Sur ce sujet, la presse française a également été accusée de n’avoir relayé qu’un seul point de vue, une seule analyse. Là encore, rien n’est plus faux. Au lendemain de la victoire des partisans du Brexit, une vive controverse a opposé les principaux médias français sur les raisons du vote des britanniques en faveur de la sortie de l’Union.

Selon Libération, la victoire du Brexit s’explique par le vote des personnes âgées et peu éduquées.

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Selon Europe 1, par la voix de son chroniqueur Jean-Michel Aphatie, c’est surtout l’infériorité intellectuelle des Anglais qui explique leur intention de quitter l’Union.

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Certains journaux développent une explication plus originale. Le vote en faveur du Brexit aurait été effectué de manière irréfléchie, lors d’un moment d’ivresse.

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Le journal Sud-Ouest développe : « Comme au lendemain d’une soirée bien arrosée. On a refait le monde, rêvé d’un avenir radieux. Et puis, au matin, on se réveille sous les coups de boutoir de la gueule de bois du siècle. C’est un peu ce que vit le Royaume-Uni depuis le vote historique de jeudi qui a sanctionné la sortie du pays de l’Union européenne ».

Politique étrangère

L’année 2016 a vu s’amplifier les tensions entre les Etats-Unis et la Russie, notamment autour du dossier syrien. Là encore, certains ont critiqué la soi-disant absence de diversité des médias français lorsqu’ils évoquaient le régime russe ou le gouvernement américain. Force est pourtant de constater que les grands quotidiens français sont loin d’être en accord à propos du jugement à porter sur le régime russe et son Président Vladimir Poutine.

Selon l’Express, la Russie est un nouvel Empire et Poutine un Empereur.

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La dimension impériale du personnage ne doit pas occulter les autres. Le Président de la Fédération de Russie est après tout un ex-agent du KGB. C’est ce que nous rappelle fort opportunément Libération, qui ne voit pas en Vladimir Poutine un tsar mais un tueur professionnel :

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Le journal le Monde réfute cette approche, et préfère inscrire Vladimir Poutine dans la continuité de l’histoire russe afin de mieux cerner le personnage :

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Le parallèle entre Poutine et Staline peut toutefois paraître forcé, voire caricatural. Selon le journal l’Express, les méthodes de Poutine s’apparentent plutôt à celles d’Hitler.

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Une pluralité heureuse et une finesse d’analyse que l’on retrouve d’ailleurs, à l’inverse, dans la presse pro-russe lorsqu’il s’agit d’évoquer les régimes politiques occidentaux: 

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Étrangement, la population ne perçoit pas cette diversité de points de vue. Selon elle, la presse française est monolithique, parle d’une seule voix, véhicule une « pensée unique ». Selon un sondage réalisé par l’institut TNS Sofres, ce sont 64% des Français qui estiment que les médias ne sont pas indépendants du pouvoir politique, et 58% qui jugent que la presse est influencée par les grandes puissances économiques. Face à une mauvaise foi aussi outrecuidante, on serait presque tenté de conclure, comme Franz-Olivier Giesbert dans le Point : « comme il serait plaisant de gouverner s’il n’y avait pas ce satané peuple français ! (…) La France n’est pas aidée, mais elle ne s’aide pas non plus. Si son peuple n’est pas à la hauteur, peut-elle au moins en changer ».

[1] http://www.humanite.fr/loi-travail-les-medias-accuses-de-partialite-607494

Crédit photo :

  • Montage effectué par Julien Février
  • http://www.huffingtonpost.com/2013/05/02/make-your-own-broom-newspaper_n_3196396.html?utm_hp_ref=cleaning
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