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25 ans après Maastricht, l’Union Européenne est en miettes

25 ans après Maastricht, l’Union Européenne est en miettes
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Il y a 25 ans, le traité de Maastricht était signé. Quelques mois plus tard le « Oui »  l’emportait d’une courte tête (51,04%) contre le « Non » (48,96%). Les grandes promesses qui avaient été faites aux Français ne se sont toujours pas réalisées, tandis que le projet européen a été fermement sanctionné lors du référendum de 2005, dont le résultat du vote a été contourné. Retour sur l’état de l’UE et sur les déclarations plus croustillantes les unes que les autres qui avaient été faites en 1992.

L’Union Européenne est en train d’imploser. Paul Magnette, le président socialiste de la région de Wallonie – pas un affreux nationaliste donc – a appelé il y a quelques jours à ce que la Roumanie, la Pologne, la Hongrie et la Bulgarie sortent de la construction européenne. Le Brexit n’était donc qu’un début. L’élection de Donald Trump est en train d’accélérer les choses. Celui-ci, dans un entretien au Bild et à The Times, a récemment critiqué la construction européenne, qui serait un instrument de puissance de l’Allemagne. En effet, ce pays a fait main basse sur les institutions européennes et maintient sa monnaie sous-évaluée grâce à l’euro. Il y expliquait, entre autres, qu’il pensait que d’autres pays sortiraient, laissant par ailleurs entendre que ce type de sortie était vu favorablement par les États-Unis. Bref, Donald Trump veut affaiblir l’Allemagne, devenue omnipotente dans l’Union Européenne, et assure les pays qui sortent de l’euro et de l’UE qu’il n’y est pas hostile. En ce sens, on peut s’interroger sur les rumeurs de sortie de l’euro en Grèce. Donald Trump est-il en train d’encourager le gouvernement d’Alexis Tsipras à sortir ?

L’Italie, de son côté, est à genoux, et se dirige vraisemblablement vers de nouvelles élections. Nous avions fait le bilan de la situation italienne dans un précédent article publié à la suite du référendum italien de novembre. Les élections législatives néerlandaises auront lieu en mars, et l’extrême-droite eurosceptique risque de débarquer en force selon les derniers sondages. En France, malgré la relative absence de la question européenne dans la campagne, les mouvements eurosceptiques ont plutôt le vent en poupe, qu’ils soient de gauche ou d’extrême-droite. Le bel édifice européen est donc en train de prendre l’eau de toutes parts. Pourtant, il y a 25 ans, on nous promettait monts et merveilles. Voici un petit résumé des déclarations que l’on pouvait nous faire à l’époque.

Top 10 des déclarations les plus fantasques lors de la campagne sur le traité de Maastricht

(en remerciant Coralie Delaume, qui en a compilé un certain nombre)

 

1/ « L’Europe est la réponse d’avenir à la question du chômage (…) en s’appuyant sur un marché de 340 millions de consommateurs, le plus grand du monde, sur une monnaie unique, la plus forte du monde, sur un système de sécurité sociale, le plus protecteur du monde, les entreprises pourront se développer et créer des emplois » – Michel Sapin, 2 août 1992.

* Au bout du compte, Sapin a commencé très tôt à rencontrer des problèmes dans la réalisation de l’œuvre de sa vie : l’inversion de la courbe. Courage Michel, avec un peu de bol, dans 20 ans, on y est !

 

2/ « Maastricht apporte aux dernières années de ce siècle une touche d’humanisme et de lumière qui contraste singulièrement avec les épreuves cruelles du passé » – Michel Sapin, 6 mai 1992.

* Magnifique ! Dommage que sa carrière de poète ait été si courte. Et que sa carrière de ministre soit si longue…

 

3/ « J’espère qu’on va pouvoir expliquer au peuple français qui est souverain, qu’il se trompe. », Bernard Bosson, 27 août 1992, France Inter.
* Vite, une bonne grosse dose de pédagogie pour expliquer au peuple qu’il n’a rien compris.

 

4/ « Il faut expliquer, expliquer, expliquer pour convaincre, convaincre, convaincre ». François Mitterrand, 26 août 1992.

Tout à fait : il faut faire de la pédagogie, de la pédagogie, de la pédagogie.

 

5/ « Le traité de Maastricht agit comme une assurance-vie contre le retour à l’expérience socialiste pure et dure » Alain Madelin, 4 septembre 1992.

* Ça en revanche, c’était bien vu. On aurait pu aller plus loin, et y voir un torpillage définitif de toute idée de gauche.

 

6/ « Le oui étant majoritaire chez les jeunes, faut-il inventer une gériatrie du non ? ». Bernard Kouchner, 31 août 1992.

Quid d’une gériatrie spécifique pour les types tellement séniles qu’ils ne savent plus s’ils sont socialistes ou sarkozystes ?

 

7/ « Ce traité lutte contre la bureaucratie. Le Parlement européen va désormais mieux contrôler la Commission ». Laurent Fabius, 26 août 1992.

* C’est vrai : vingt ans plus tard, la bureaucratie est terrassée.

 

8/ « Dire « Non » à Maastricht, ça veut dire que vous laissez l’Allemagne libre elle aussi de décider. Si on a peur de l’Allemagne, il faut voter sur ce traité d’union européenne », Elisabeth Guigou, 20 août 1992, FR3.

Attendez, je croyais que l’Europe s’était construite sur l’amitié entre les peuples, et pas sur la méfiance entre les peuples. J’ai du louper un épisode.

 

9/ « Autant je respecte le droit de mes concitoyens de choisir le « non », autant je considère que ce ne sera pas un choix entre les bons et les mauvais Français, mais un choix entre ceux qui ont raison et ceux qui se trompent », Michel Rocard, 16 septembre 1992, France Inter.

* Le règne des experts, déjà. Les experts qui se trompent, déjà.

 

10/ Au sujet du « non » danois au référendum du 2 juin : « Ce ne sont tout de même pas ceux qui ont laissé en Europe que les traces dévastatrices des Vikings et les petits contes d’Andersen qui vont arrêter une construction aussi grandiose que celle de la Communauté européenne ». Patrick Devedjian, 3 juin 1992.

* Les Scandinaves, de toute façon, tous des barbares…

Ben alors, vous y croyez vous, qu’on en soit arrivés là ? Nos dirigeants ont pourtant été avertis à plusieurs reprises qu’ils étaient sur la mauvaise pente. Rien à faire, en 2008, alors qu’il trahissait le vote des Français de 2005 avec le Traité de Lisbonne, Nicolas Sarkozy, grand défenseur du « Oui », nous livrait la réalité du projet européen : « Heureusement qu’il y avait l’Europe pour empêcher les communistes et les socialistes d’aller jusqu’au bout de leur idéologie et de leur logique« .

Quant à l’Europe sociale, on nous la promet depuis 35 ans. On vous laisse sur un petit rappel des sempiternels appels à créer enfin ce beau mirage :

 

Crédit Photo : Konstantinos Tsakalidis/Bloomberg

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