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L’ENS supprime 7% de ses logements et envoie des policiers antiémeutes déloger les étudiants qui protestent pacifiquement

L’ENS supprime 7% de ses logements et envoie des policiers antiémeutes déloger les étudiants qui protestent pacifiquement
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Branle-bas de combat à l’ENS. Cette semaine, l’institution, plus habituée à la modération des colloques et au silence des bibliothèques qu’aux fièvres révolutionnaires, a vu 11 de ses étudiants qui, n’en doutons pas, menaçaient la République se faire embarquer par une soixantaine de policiers en tenue antiémeute. La raison de cette pagaille ? La direction est en train de supprimer 7% des logements de l’Ecole en toute illégalité. Un vent de contestation souffle dans le fameux « couloir jaune » que les étudiants ont occupé pour protéger leurs logements avant qu’ils ne soient murés. Cet événement est le révélateur de la crise du logement que nous vivons, notamment à Paris, et de la façon dont des étudiants – qui ne perçoivent pas tous un salaire de normalien, y compris à Ulm – sont pris en otage par ce bien essentiel à leur survie et à leurs conditions d’étude.

En 2016, la direction de l’ENS a décidé de supprimer les 25 chambres étudiantes du couloir jaune pour les transformer en « espace de recherche ». Si la destination de cet « espace de recherche » est assez floue, la perte pour les étudiants l’est moins.  En plein quartier latin, où un 9m2 ne se monnaie guère à moins de 500-600 euros mensuels, supprimer 25 chambres condamne beaucoup d’étudiants à la précarité. D’autant que le choix est particulièrement mesquin. Les logements en question sont en très bon état, loin de la vétusté du reste des logements de l’ENS. Ces chambres font également partie des rares à pouvoir accueillir deux personnes. Cette décision intervient alors que les étudiants recrutés sur dossier peuvent, depuis peu, obtenir un logement et que leur nombre est en hausse régulière, avec 10% cette année.

Surtout, ces travaux ont été lancés en parfaite illégalité. La mairie de Paris s’en est d’ailleurs émue en adoptant un avertissement vis-à-vis de l’ENS. Lors du Conseil de Paris du début du mois de mai, la mairie, qui comme l’explique l’hebdomadaire Politis « doit autoriser au préalable tous travaux de ce type », a fait une demande d’interruption du chantier et de médiation.

Cette attaque en règle contre les conditions de vie des étudiants de l’institution a suscité de vives réactions. La dernière pétition contre l’opération a réuni 700 signataires, fait rare à l’ENS, alors que l’école ne comporte que 1300 étudiants. L’opposition massive des étudiants et de la mairie de Paris a laissé la direction de l’école de marbre. Sans aucun dialogue ni négociation, les travaux allaient commencer dans le désormais fameux « couloir jaune ».

Pour empêcher ce coup de force, quelques dizaines d’étudiants ont occupé pacifiquement le couloir jaune jeudi. Dans la foulée, la direction de l’ENS a enfin accepté de discuter avec les étudiants pour leur promettre que la force ne serait pas employée. Samedi matin, coup de théâtre : une brigade de la police nationale en tenue antiémeute rassemblant 60 fonctionnaires de police et 4 fourgons a délogé les 11 étudiants. Résultat des courses : les personnes qui occupaient, à ce moment là, le couloir jaune ont été embarquées, avec rappel à la loi à la clé. Une étudiante, citée par Politis, raconte la violence de l’opération : « Ils ont crié “opération de police”, on a entendu des tapements et des hurlements à l’entrée du couloir, où on avait mis une grosse armoire derrière les portes incendie. On avait prévu d’enlever tout ça en cas d’intervention, mais ils ne nous en ont pas laissé le temps. Ils nous ont enfermés dans une chambre, ils ont contrôlé nos identités, fouillés, sans même nous laisser ramasser nos affaires. » Tout cela sous le regard bienveillant d’un membre de la direction.

Pour éviter une protestation de la même nature, dont la modération contraste avec la violence de la réaction de la direction, l’école a décidé de murer le couloir jaune, privant 25 étudiants d’un logement étudiant. Au passage, l’école a porté plainte contre les occupants.

Le logement, nouveau chantier de la Blietzkrieg sociale menée par Jupiter

Certains mauvais esprits railleront ces protestations, moquant des étudiants « privilégiés » des grandes écoles. Sauf que l’école accueille aussi des étudiants qui ne perçoivent pas de salaire comme les normaliens. Mais cet épisode est le symptôme des attaques en règle contre tous les dispositifs qui permettent aux étudiants de plus en plus précarisés de se maintenir au dessus de la ligne de flottaison. L’offensive contre les droits des salariés et des étudiants se généralise à tous les aspects de la vie sociale et menace de précariser des millions de personnes. La plus grande crainte des puissants et du gouvernement est que leur saignée soit arrêtée par la résistance du peuple français. C’est la raison pour laquelle Macron porte l’estocade sur tous les fronts : destruction du Code du Travail, appauvrissement des service publics, ruine de la sécurité sociale et privatisation des politiques de logement et d’éducation.

Côté logement, il y a eu d’abord l’épisode de la baisse de 5 euros des APL qui s’est terminée par la demande guignolesque du Président Macron aux propriétaires de baisser les loyers de 5 euros. Brutal aveu d’impuissance et terrible contradiction contre « l’autorégulation du marché ».  Cet épisode a permis de lever le voile sur la morgue de classe de la majorité parlementaire. Alors que 60% des allocataires des aides au logement vivent en dessous du seuil de pauvreté et que parmi les quelques 6,5 millions de personnes qui en bénéficient, 800 000 sont des étudiants, la députée Claire O’Petit a eu un commentaire gratiné: «Si à 18, 19 ans, 20 ans, 24 ans vous commencez à pleurer parce qu’on vous enlève cinq euros, qu’est-ce que vous allez faire de votre vie? Cinq euros, c’est beaucoup. Mais c’est ou ça, ou on augmente les impôts. Un étudiant qui touche l’APL touche aussi une bourse, normalement. Monsieur Macron a été élu pour changer. À chaque fois que nous voulons toucher à une corporation, cette corporation dit ‘non, c’est pour l’autre et c’est pas pour moi’. Donc eh bien non. Cinq euros, c’est pour tout le monde. Faites bien le calcul quand vous êtes étudiant. C’est quand même aussi avec nos impôts, faut pas l’oublier. Donc, il y a les transports moins chers, il y a la carte étudiant, il y a l’APL, il y a les bourses. Vous avez beaucoup d’étudiants qui sont obligés de travailler encore, c’est vrai. Mais bon sang, regardez un petit peu ailleurs! Whouuu! Ça va!». Si la corporation des pauvres et des étudiants précaires pouvait se taire et laisser le président Macron passer tous les mécanismes de solidarité à la sulfateuse, la députée O’Petit serait satisfaite.

L’économiste Maxime Combes présente ses solutions alternatives pour faire des économies sans baisser les APL

Tous ces arguments sont évidement fallacieux puisque plus de la moitié des allocataires vivent en dessous du seuil de pauvreté. De plus, selon l’économiste Pierre Madec, les APL constituent 20% des revenus des 10 % les plus pauvres. Par définition, ils ne peuvent plus « faire un effort ». Ils survivent. Par ailleurs, si le gouvernement cherche de l’argent, on peut lui conseiller de renoncer à sa réforme de l’ISF qui va coûter 3 milliards d’euros au pays.

Mais la Blietzkrieg sociale du président Macron n’est pas finie. Elle durera tant que le peuple n’aura pas renvoyé chez lui cet émissaire de la Commission Européenne qui nous sert de président. Ainsi, en plus de la casse du code du travail, de la ruine de la sécurité sociale provoquée par la suppression des cotisations chômage et maladie, et d’une baisse massive de la fiscalité sur le capital, le gouvernement prévoit une loi sur le logement à l’automne prochain. Comme toujours avec Jupiter, son contenu est flou. En revanche, quelques idées sont remontées. Voici certaines d’entre elles.

Une des dispositions majeures de cette loi concerne la création d’un bail locatif court. Comme vos droits au chômage seront réduits par la prochaine réforme et que les ordonnances sur le code du Travail vous condamneront au CDD à vie (puisque les accords de branche pourront modifier la limitation du nombre de CDD) ou au CDI de chantier (soit un CDD aussi long que la mission qu’on vous incombe) , il vous faudra un bail locatif précaire pour couronner le tout. Ce bail locatif, destiné aux jeunes, aura une durée comprise entre 3 et 12 mois. Il s’ajouterait aux baux de trois ou six ans pour les locaux vides, et 1 an pour les locations meublés. Un logement en CDD en somme.

Cette réforme donne à voir toute la perversité et la cohérence du projet macronien. La peur partout, dans tous les secteurs de l’existence. Peur de perdre son CDD. Peur des délocalisations. Peur du dumping généralisé provoqué par le détachement des travailleurs. La peur partout donc et la précarité tout le temps. La volatilité des foucades des financiers qui s’agitent sur les marchés descend peu à peu et s’immisce dans tous les foyers de stabilité et de protection que compte encore la société.

Autre annonce du gouvernement : la volonté de remettre en cause les obligations de la loi SRU en matière de construction de logements sociaux. Ainsi, la direction de l’habitat, structure du ministère de la cohésion des territoires (puisque le logement n’est pas un sujet pour ce gouvernement), a proposé de remettre en cause l’article 55 de la loi SRU qui fixe l’objectif aux communes de se doter de 20 à 25 % de logements sociaux entre 2020 et 2025. L’idée est de reculer la date butoir. Deuxième proposition : dans les zones tendues, intégrer un objectif de production de logements intermédiaires dont le prix se situerait entre celui du privé et celui les HLM pour transférer les ménages qui dépassent le plafond de ressource du HLM vers l’intermédiaire.  Cet argument est assez malhonnête puisque ce dépassement est surtout lié aux baisses des charges des locataires (départ de leurs enfants pour des retraités par exemple) plutôt qu’une hausse de ressources. Surtout, c’est une aubaine pour les communes qui ne veulent pas construire de logements sociaux. Les financements et le foncier bénéficieraient au logement intermédiaire au dépend des logements sociaux. A ces mesures s’ajoutent des gels de crédits qui, selon l’Union sociale pour l’habitat (qui représente quelques 730 organisations HLM), condamnent 12 000 logements sociaux en PLAI, c’est-à-dire à très faible loyer, à ne pas sortir de terre. « Ce sont maintenant les logements très sociaux qui sont dans le « viseur de Bercy«  », enrage Jean-Louis Dumont, président de l’Union sociale pour l’habitat.

Enfin, comme si la baisse de 5 euros d’APL ne suffisait pas, le ministre Mézard a promis une « réforme globale », autrement dit une baisse brutale, des aides aux logements.

http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/07/25/apl-le-gouvernement-envisage-une-reforme-globale-a-l-automne_5164849_823448.html#3rJOp0KCHQ2g8YWo.99

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