Home Culture Blade Runner 2049, ou comment réussir la suite d’un film culte
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Blade Runner 2049, ou comment réussir la suite d’un film culte

Blade Runner 2049, ou comment réussir la suite d’un film culte
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« All those moments will be lost in time, like tears in rain » déclarait le réplicant Roy (Rutger Hauer) dans un dernier soupir avant de mourir à la fin du désormais culte Blade Runner. Tous ces moments n’ont pas été perdus : nous n’avons pas oublié ce thème futuriste au synthé, cette ville où les néons ont remplacé les étoiles, et surtout ces robots qui ne voulaient pas mourir. 35 ans après la sortie de ce chef-d’œuvre de la science-fiction, le canadien Denis Villeneuve lui donne une suite : Blade Runner 2049. Ces dernières années, la reprise de franchises mondialement connues telles que Star Wars ou Ghost in the Shell est à la mode à Hollywood, mais cela se solde souvent par une déception de la part de la critique et du public. Qu’en est-il de Blade Runner 2049 ? La suite est-elle à la hauteur de l’original ?

Ne nous le cachons pas, Blade Runner 2049 est une suite largement réussie, ce qui s’explique notamment par sa cohérence avec le premier opus sur tous les plans, mais aussi par le fait que, contrairement à Star Wars VII et le Ghost in the Shell de 2017 par exemple, nous n’avons pas ici affaire à une pâle copie de Blade Runner, sorte de redite nostalgique se perdant dans le fan-service, mais bien à une œuvre originale qui a su se réapproprier ce qui faisait la spécificité de l’oeuvre première. Et nous ne pouvions pas en attendre moins de Denis Villeneuve (Premier contact, Incendies, Prisoners) et de son directeur de la photographie Roger Deakins (Fargo, Les Évadés, Sicario). Pourtant, le défi était de taille car l’oeuvre originale de Ridley Scott avec Harrison Ford en tête d’affiche, librement adaptée du roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, échec commercial lors de sa sortie, a acquis au fil des années le statut d’oeuvre cinématographique culte et de chef-d’œuvre de la science-fiction. Pour rappel, l’intrigue se situe à Los Angeles en 2019 et met en scène Rick Deckard (Harrison Ford), un policier particulier, un « Blade Runner », chargé de « retirer » (c’est-à-dire tuer) des réplicants rebelles, des androïdes fabriqués par la Tyrell Corporation dans le but de servir de main d’oeuvre, pour ne pas dire d’esclaves. Blade Runner 2049 se situe trente ans après le premier opus et met cette fois en scène aux côtés de Deckard (Harrison Ford) et de Wallace (Jared Leto) l’officier K (Ryan Gosling), un Blade Runner, enquêtant sur la mystérieuse naissance d’un réplicant.

L’esthétique de Blade Runner 2049 : du film noir à la science-fiction « cyberpunk »

Ce qui frappe d’emblée le spectateur en voyant ce nouveau Blade Runner, c’est le travail effectué sur l’esthétique et l’ambiance qui s’inscrivent pleinement dans la continuité du premier opus. D’abord, Villeneuve empreinte à Scott l’ambiance du film noir transposée à la science-fiction avec un rythme lent, le héros qui, dans son enquête, se poursuit lui-même, ou encore cette atmosphère pesante qui ne laisse à presque aucun moment place à la joie, et par là-même 2049 ne suit pas les codes des blockbusters traditionnels. Ici, pas d’explosions outrancières ni de violence à tout va, mais de la contemplation, avec une dose d’action savamment distillée. Cette ambiance film noir se marie parfaitement à l’esthétique cyberpunk. On retrouve en effet cet univers futuriste où la décadence est de mise, ce qui dénote avec la somptuosité et l’éclat des space-operas à la Star Trek. Dans la continuité de Scott, Villeneuve nous offre à chaque plan un tableau où se côtoient lumières pâles et vestiges d’une civilisation au crépuscule de son existence. On apprécie alors le travail du directeur de la photographie Roger Deakins qui nous offre des couleurs et des textures magnifiques. Que ce soit dans la ville de Los Angeles chargée d’affiches publicitaires et de néons, la Las Vegas abandonnée et baignant dans une brume de pollution couleur rouille, ou encore les intérieurs pseudo-boisés et aquatiques de la Wallace Corporation, Villeneuve et Deakins développent une esthétique de la décadence propre au cyberpunk. Enfin, Villeneuve a su jongler avec les références de science-fiction qui constituent l’imaginaire collectif du genre telles que Stalker de Tarkovsky avec la banlieue aux allures de poubelle à ciel ouvert, Her de Spike Jonze qui donne au héros une amante virtuelle, ou encore Terminator 2 : le jugement dernier de James Cameron, à travers l’androïde antagoniste Luv, aussi belle que dangereuse.

Une oeuvre dystopique

Dans 2049, le futur n’est guère attrayant. On y trouve, de manière exacerbée, certaines tendances néfastes du monde actuel. La Los Angeles de 2049 est l’un des derniers bastions de l’humanité sur Terre, le reste vivant dans les colonies. Ici, les prolétaires de tous les pays qui se massent dans des rues étroites, bondées et saturées de pollution, déambulent sans but sous une pluie continuelle ; ils n’ont pour seul firmament que celui des panneaux publicitaires nous vantant les mérites des colonies où visiblement seuls peuvent s’y rendre les plus fortunés et les humains. C’est une ville pleinement mondialisée qui est dépeinte, dans laquelle la publicité surplombe tous les quartiers, où tous les peuples se côtoient et parlent leurs langues respectives, si bien que personne ne se comprend. Le gouvernement est invisible, il ne fait sentir sa présence qu’à travers la police, et seules les multinationales (voire multimondiales ?) semblent exercer un pouvoir sur les masses, à l’instar de la Wallace Corporation qui détient le monopole de la création des réplicants. Par ailleurs, le climat est totalement détraqué par l’activité humaine comme l’indiquent la pluie continuelle et la neige qui tombent dans une ville où il fait aujourd’hui presque beau tous les jours.

Dans ce monde ravagé par la pollution, il n’existe plus de véritable faune et flore, si ce n’est dans les intérieurs aux allures naturelles de la Wallace Corporation. Et dans ces vestiges de civilisation, survivent tant bien que mal les réplicants, victimes des stigmatisations des rares humains que l’on croise. Cependant, la révélation d’un réplicant né d’une union, et non pas fabriqué par l’homme, pousse les réplicants à se rebeller.

Blade Runner 2049 multiplie les questionnements philosophiques en mettant en cause les dualités homme-machine et réalité-illusion, ou encore la notion de libre-arbitre. En 2049, il n’y a finalement plus beaucoup d’humains sur Terre et ceux qui subsistent semblent dans leurs actions moins « humains » que les réplicants. Le personnage le moins réel, Joi, l’amante virtuelle de K, est celui qui montre le plus d’empathie et de sentiments positifs à l’égard des autres. C’est la question de l’essence de l’humanité qui est ici posée : l’humanité se réduit-elle à notre authenticité corporelle, ou bien un être artificiel au point d’être dépourvu de corps peut-il avoir des attributs humains ? Si cette question n’est pas neuve dans l’histoire de la science-fiction, elle est posée avec une force particulière à travers le thème de l’incarnation des personnages dans le monde. En effet, le monde que dépeint Villeneuve est un monde désincarné où tout n’est qu’artifice : le Elvis Presley et la Marylin Monroe en hologramme ; la copie de Rachel (l’un des personnages principaux du premier Blade Runner) sous forme de réplicant ; ou encore le personnage de Joi, une intelligence artificielle sous forme holographique qui réussit à s’incarner au travers d’une synchronisation avec le corps d’une prostituée dans une scène d’amour d’une grande poésie entre deux êtres artificiels. 2049 reprend la dualité réalité-illusion chère à Philip K. Dick, au travers des interrogations métaphysiques de l’officier K qui fonctionnent en miroir inversé avec celles de Deckard (Descartes ?) : tandis que le réplicant K s’interroge sur sa possible humanité, Deckard s’interrogeait sur sa possible artificialité. Les deux, en quête d’identité, se rendent compte qu’ils ne sont pas ce qu’ils croyaient être, mais accèdent tout de même à une forme d’humanité, en combattant pour une cause. Telle semble être la leçon du film : ce qui détermine notre humanité n’est pas tant notre spécificité corporelle que les choix que nous faisons. L’un des personnages principaux, par exemple, est un androïde programmé pour obéir, mais qui use de son intelligence artificielle pour faire le choix de désobéir ; c’est à ce moment que la machine devient homme et que se pose la question de la supériorité des humains sur les réplicants. Encore une fois, ces thèmes ne sont pas neufs, mais ils sont ici traités avec une poésie et une originalité indéniables.

En somme, Villeneuve est parvenu à offrir une suite plus que réussie à Blade Runner. On pourra éventuellement regretter le fait que certains personnages soient légèrement caricaturaux (Luv en tant que méchante et Ana en pureté incarnée), ou bien la partition de Hans Zimmer et de Benjamin Wallfisch qui ne vaut pas celle de Vangelis. Mais on ne pourra pas lui reprocher sa cohérence scénaristique avec le premier opus, son esthétique léchée qui flirte avec le film noir aussi bien qu’avec le cyberpunk, ou encore sa portée politique et philosophique. Élégie futuriste, précis de philosophie où l’on apprend à être humain et à mourir comme tel, Blade Runner 2049 est à la hauteur de son prédécesseur. Et si Villeneuve a su ménager quelques zones d’ombres qui laissent place à l’imagination et à l’anticipation, peut-être peut-on espérer avoir le droit à un troisième opus aussi réussi que les deux premiers… Rendez-vous dans une trentaine d’années !

 

Crédits :

  • https://www.ecranlarge.com/films/news/1001223-pourquoi-blade-runner-2049-s-est-plante-au-box-office
  • http://nerdist.com/denis-villeneuve-blade-runner-2049-visual-identity/
  • https://oblikon.net/analyses/blade-runner-2049-explications-film-de-fin/5/
  • http://www.jenepeuxpasvivresansmusique.com/blade-runner-2049-nouveau-trailer-explosif/

 

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