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En Marche et la France Insoumise s’affirment au milieu d’océans d’abstention

En Marche et la France Insoumise s’affirment au milieu d’océans d’abstention
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« Triomphe pour Macron ! », « Soutien au réformes proposées par le Président de la République » : hier soir, les éditocrates se sont démultipliés pour féliciter leur nouvelle idole. Pourtant, si l’on regarde les chiffres et malgré une campagne où l’officialité médiatique n’était pas loin de nous expliquer qu’Emmanuel Macron multipliait les pains et pouvait marcher sur l’eau, la réalité est beaucoup plus nuancée. Les océans d’abstention illustrent une colère froide qui monte des profondeurs du peuple français et ajoutent à l’illégitimité d’une Vème République qui donne les pleins pouvoirs à un bloc bourgeois qui réunit à peine 17% des électeurs inscrits. Avec sa base étriquée et la belle remontée de la France Insoumise, Macron va avoir des difficultés  à appliquer les diktats de la Commission Européenne. 

Des océans d’abstention 

57,36 % : c’est le chiffre de ces élections. Près de 6 Français sur 10 ont refusé de participer à ce scrutin. Du jamais vu sous la Vème République. C’est 5,3 points de plus qu’au premier tour et douze points de plus que le précédent record d’abstention pour un second tour des législatives, de 44,6% en 2012. Si l’on ajoute les bulletins blancs et nuls, ce sont près de 30 millions d’électeurs soit 62% des Français qui ont refusé de faire un choix. Les éditorialistes ont rivalisé de bêtise pour expliquer cette grève civique de masse : « C’est la faute au soleil », « On vote trop dans ce pays », voire même : « C’est pour exprimer leur rejet des partis traditionnels et leur soutien au président Macron ». Les soirées électorales sont de plus en plus un sujet d’hilarité générale devant les contorsions des médiacrates de référence pour défendre leur idéologie fumeuse.

Taux d’abstention au second tour des législatives depuis 1981. CHALLENGES

La vérité est toute autre : si les cadres et les seniors sont allés défendre leur candidats En Marche, les classes populaires et les jeunes, eux, se sont largement abstenus. Ainsi, 69% des ouvriers et 65% des employés ont refusé de participer au scrutin. De fait l’électorat vainqueur est constitué de retraités (seuls 40% se sont abstenus) et de cadres (50% se sont abstenus). Les personnes vivant dans un foyer gagnant moins de 1250 euros se sont abstenus à 68% quand la moitié des électeurs gagnant plus de 3000 euros ont participé au scrutin. Les chômeurs se sont abstenus  à 66%. Quant aux jeunes, ils ont aussi été très nombreux à s’abstenir puisque seul un jeune sur quatre a bien voulu venir voter. Cette sociologie des électorats se ressent dans les affiliations politiques des abstentionnistes. Quand les riches et les seniors se sont mobilisés pour les candidats LR et En Marche (respectivement 58% et 59% de leurs électeurs sont allés voter), 61% des électeurs Jean-Luc Mélenchon et 66% des électeurs de Marine Le Pen au premier tour de la présidentielle se sont abstenus.

Les raisons invoquées pour cette abstention sont intéressantes parce qu’elles sont éminemment politiques.  24 % des abstentionnistes se déclarent déçus par les hommes et les femmes politiques, 19% pointent l’absence d’impact du vote sur le cours des événements, 16% n’ont pas été convaincus par les programmes proposés. Le scrutin anti-démocratique compte aussi parmi les raisons de l’abstention : l’absence de candidats correspondant aux idées de l’électeur a compté pour 21 % des abstentionnistes (dans le sondage, l’interrogé pouvait cocher deux cases). Les éditorialistes peuvent donc remballer leurs justifications à la noix selon lesquelles les électeurs auraient préféré aller à Deauville plutôt qu’aller voter.

La grande réconciliation de la bourgeoisie

C’est une abstention militante qui met en lumière la base sociale étriquée du macronisme.  Seuls 16% des électeurs inscrits ont voté pour la République en Marche. Au passage, Macron n’obtient que 306 sièges, loin des 450 que nous vendaient tous les sondeurs. Elle met aussi en lumière le caractère anti-démocratique de ce régime de plus en plus autoritaire : avec 16% des électeurs, Macron obtient 53 % des sièges. A ce titre, les récents développements sont particulièrement inquiétants. Entre l’intégration des mesures de l’état d’urgence dans le droit commun, le renvoi de plusieurs journalistes iconoclastes (fermeture du service macroéconomique de La Tribune et éviction de Romaric Godin, éviction de Natacha Polony de ses deux émissions sur Paris Première et Europe 1), la volonté d’Emmanuel Macron de contrôler l’information en voulant choisir ses journalistes, une immense majorité de quotidiens détenus à 95% par 9 millardaires qui bêlent en cadence et qui vont bientôt nous annoncer que Saint-Macron, patron des resquilleurs, sait transformer l’eau en vin, tout cela marque une aggravation du caractère autoritaire de la Vème République. La reprise en main de l’Etat par l’énarchie et les lobbies sous l’égide de M.Macron et la soumission de cette petite caste aux ordres de la Commission Européenne n’en était qu’un prélude.

Plus qu’un renouvellement soutenu massivement par la population, c’est à une réconciliation de la bourgeoisie réactionnaire et des cadres urbains qui votaient PS que l’on assiste. Alors que les candidats de la République en Marche sont principalement des cadres, on ne peut pas parler de véritable renouvellement, et encore moins de révolution. On remplace une caste mettant l’Etat au service d’intérêts privés par les principales composantes de cette oligarchie. L’assemblée va rajeunir mais ce sont les seniors et les riches qui sont portés au pouvoir. Rien d’étonnant dans tout cela puisque l’agenda de la Commission Européenne que veut appliquer l’élève Macron est pensé pour défendre ces cadres urbains et bien payés qui forment les élus et les électeurs de la République en Marche.

L’affirmation de la France Insoumise 

© PIERRE ANDRIEU / AFP

Alors que le peuple se retire sur l’Aventin et fait la grève civique et qu’un bloc bourgeois s’affirme autour de Macron, une résistance s’affirme. Alors que l’on prédisait que la France Insoumise aurait de grandes difficultés à former un groupe,  les candidats Insoumis bénéficient d’une remobilisation de leur électorat. Il obtiennent 18 députés. Le PCF réunit 9 députés, 11, si on ajoute ceux soutenus par le PCF et la FI (Marie-Georges Buffet et Stéphane Peu) auxquels s’ajoutent les 5 députés divers-gauche et/ou élus d’Outre-Mer proches de cette famille politique.

La France Insoumise bénéficie de la remobilisation de son électorat dans les circonscriptions où la victoire était proche. Elle bénéficie aussi des reports de voix venus des rangs de la classe moyenne sociale-démocrate et des secteurs populaires que la France Insoumise a réussi à arracher au FN. La victoire de François Ruffin en Picardie est à ce titre emblématique. Alors que dans la grosse majorité  des circonscriptions, les Insoumis affrontaient les candidats En Marche, beaucoup ont fait des remontées spectaculaires. Dans les circonscriptions où LFI a perdu au second tour, le gain moyen entre les deux tours est de 27 points, contre 19,6 pour les candidats LREM. Ce résultat est encore plus net dans les 27 circos où LFI et le PCF ont gagné, avec un gain moyen de 33 points contre 16 points pour En Marche. De fait, les reports de voix pour la France Insoumise sont très bons et les candidats En Marche ne rassemblent pas tant que cela au second tour. Cette centralité sociologique et politique de la France Insoumise lui permettra de construire une alternative solide au macronisme triomphant. Si En Marche profite de l’abstention pour rassembler les cadres urbains et les vainqueurs de la mondialisation, la position de La France Insoumise est plus centrale qu’on ne le pense. Une fois les vainqueurs de la mondialisation rassemblés au premier tour, En Marche agit comme un repoussoir pour les autres électeurs au second tour. Les remontées assez spectaculaires de Danielle Simonnet ou d’Elliot Aubin à Lyon augurent de beaux jours pour les Insoumis.

Son enjeu le plus immédiat consiste à construire un groupe qui par sa cohérence, sa centralité et son nombre attira d’autres députés. Le plus urgent est de savoir si et dans quelle mesure le groupe insoumis intégrera les élus communistes, les élus d’Outre-Mer voire des frondeurs. A plus long terme, l’enjeu de Jean-Luc Mélenchon est d’user de sa centralité dans l’espace humaniste pour faire de ce groupe le bras armé du mouvement social et pour crédibiliser une alternative à même de conquérir définitivement le pouvoir. La réforme du code du Travail sera un premier test de la capacité du groupe à intégrer un large Front du Peuple.

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