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Gérard Filoche : la retraite à temps plein

Gérard Filoche : la retraite à temps plein
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Quand on rentre chez Gérard Filoche, en plein cœur de Paris, un petit jack russell bondit partout, et un chat un peu craintif se faufile. L’ancien inspecteur du travail, désormais à la retraite, sort de son bureau, où il passe le plus clair de son temps. Car Gérard Filoche n’est pas un homme à écrire un seul livre à la fois. Il prépare des polars, ou encore un livre sur la révolution russe ou mai 68, « un travail de mémorialiste ». L’année dernière, il a parcouru la France pour faire 160 meetings en six mois, au plus fort de la mobilisation contre la loi travail. Selon le Canard Enchaîné, il « fout la pétoche » à la direction du PS. Hollande aurait même eu peur d’une seule chose s’il s’était représenté : débattre avec lui. Car Gérard Filoche est un dur à cuire. Le débat, c’est son fort : « Je pouvais tenir tous les débats en matière de travail, d’ailleurs je l’ai fait », dit-il.

Invalidée par la haute autorité des primaires, sa candidature s’est arrêtée en décembre. Pas son militantisme. Gérard Filoche est un pragmatique, il le dit lui-même : « Je suis un réaliste, j’ai soutenu ceux qui étaient en position de battre Valls, donc maintenant je soutiens Hamon ». Ce qui ne veut pas dire compromission, bien au contraire. « Si on vote que pour les gens avec qui on est 100% d’accord, on vote pour personne ! ». De Hamon et Montebourg, son point de vue est limpide : « Ils n’ont pas les tripes, ils n’ont jamais travaillé », assène-t-il.

« La gauche, c’est le salariat, pas ceux qui l’exploitent »

Aurait-il « les tripes » pour parler du travail, lui ? Il s’avère que oui. Gérard Filoche et la gauche, c’est une histoire qui dure. Né à Rouen en décembre 1945 d’un père menuisier chaudronnier à la SNCF et d’une mère aide-soignante, Gérard Filoche va rentrer tôt dans le monde du travail et de la politique. À quatorze ans, il rencontre Françoise, qui lui fera découvrir le militantisme, « tout ça c’est de sa faute », s’amuse-t-il. Ils ne se quitteront plus. C’est à sa majorité qu’il rentre dans le militantisme syndicaliste, en adhérant à la CGT en 1963.

Etudiant, militant et travailleur

Entre temps, il se mettra au travail. Et pas qu’un peu. Il fera plus d’une dizaine de métiers. Moniteur de colonie de vacances, chauffeur livreur, manutentionnaire sur les docks, pion, facteur, professeur de philosophie, journaliste, ouvrier du livre. « Il fallait bien que je bouffe, car quand on est fils d’ouvrier et qu’on veut étudier à l’université, il faut travailler », explique-t-il.

En 1968, il décroche un certificat de maîtrise de philosophie à l’université de Rouen. Il sera aussi co-dirigeant du comité de grève des étudiants de Rouen au mois de mai. Un événement qui explique beaucoup son engagement. « C’est Mai 68 qui a changé toute ma vie, et qui fait que je milite encore aujourd’hui ». Il est d’ailleurs convaincu qu’il y aura un autre mai 68 en France. « La révolution, ça ne se programme pas, ça vient des contradictions de la société », affirme-t-il.

1001 entorses au droit du travail

Les contradictions de la société, Gérard Filoche les aura vues dans le monde de l’entreprise. Membre du bureau national de la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) depuis 1969, il perd la majorité suffisante pour en rester un membre salarié. Sa première fille arrive, puis la deuxième : il a besoin de stabilité et passe le concours d’inspecteur du travail qu’il décroche haut la main. Le premier accident du travail qu’il ait vu en tant qu’inspecteur, c’étaient des doigts gelés d’un ouvrier dans une scierie. Par moins vingt degrés. Le dernier qu’il a vu avant sa retraite, c’est un jeune homme de 22 ans qui s’est fait écraser par un ascenseur en heures supplémentaires, un vendredi soir. « Un accident mortel programmable », dit-il d’une voix grave, « ça me révolte ».

« La loi travail va faire plus de morts qu’avant »

Alors il a tout noté. Tout noté, de ces milliers d’entreprises qu’il a visitées en province et dans Paris. Et toutes ces histoires d’abus au travail, de salariés lésés, de travailleurs blessés, plus révoltantes les unes que les autres, elles sont dans ses carnets. Des dizaines de carnets. «J’aurais pu faire un livre tous les six mois », assure-t-il. Après trente ans de carrière, il en a d’ailleurs publié 34. Patronat, salariat, révolution portugaise, dette, mai 68, tous les thèmes chers au socialiste ont été abordés.

Le Corbyn du PS ?

« Le cœur de ce pays, c’est le salariat », répète Gérard Filoche. Son programme, celui qu’il a porté avant la primaire, s’est ainsi résumé en 5 chiffres : 1800, 60, 32 et 5. Le SMIC à 1800€, la retraite à 60 ans à taux plein, 32 heures de travail par semaine, pas plus de 20 fois le SMIC comme salaire maximal dans une entreprise, et pas plus de 5% de précaires par entreprise. Il n’a pas pu se présenter, mais il était certain de gagner.

Pourtant, il y a quelques années encore, il était opposé au système des primaires. Mais comme il le rappelle, on se rend compte assez vite qu’au moment où on laisse le vote à la base du parti, ça finit plutôt à gauche. Comme il l’explique en évoquant le Royaume-Uni, « le parti travailliste est resté des années sur la même ligne Blair-Gordon-Milliband, il finissait par s’effondrer », explique Gérard Filoche, « puis il y avait Corbyn, on a voulu l’empêcher de se présenter à la primaire, il a eu ses parrainages, le gars n’était rien et il est devenu tout ». Filoche n’a pas réussi à vaincre l’obstacle des parrainages, certes. Mais à l’entendre, on sent poindre l’envie derrière cet exemple d’outre-manche : être, un jour ou l’autre, le Corbyn du Parti Socialiste.

Par Valentin Asselain

Crédit photo : Valentin Asselain

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