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La Grèce post-mémorandum : austérité, austérité, austérité !

La Grèce post-mémorandum : austérité, austérité, austérité !
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Plus d’un an après la signature du mémorandum, la situation de la Grèce ne cesse d’empirer : hausse de la TVA, coupes dans la fonction publique et dans les pensions de retraites, privatisations à tout va, expulsions et humiliations politiques rythment les journées des grecs. 

13 juillet 2015 : une reddition sans condition ! 

Bruxelles. 13 juillet 2015. Au terme d’une lutte homérique avec les rapaces de la Troïka (Fonds Monétaire International, Commission Européenne, Banque Centrale Européenne) et les brutes dogmatiques du gouvernement allemand, Tsipras cède et signe l’accord. Le processus de tiers-mondisation de la Grèce est alors largement entamé. Au terme de neufs plans d’austérité et de deux mémorandums, le chômage reste au dessus des 25%. Celui des jeunes se situe au niveau des 50 %. Le PIB a chuté de 25%. La Grèce a perdu le tiers de sa production industrielle, tandis que les investissements se sont effondrés des deux tiers. Le droit du travail et le salaire minimum ont été démantelés. Les fonctionnaires ont été licenciés par milliers. Les salaires et les pensions ont diminué de 30 à 40%. La pauvreté a explosé. Un Grec sur trois n’a plus de couverture maladie, le taux de vaccination des enfants chute pendant qu’augmentent la mortalité infantile, les troubles psychiques et les suicides.

Pourtant fort du « non » massif du peuple grec au mémorandum d’austérité que la « Troïka » voulait imposer, au bout de négociations interminables, face au chantage à la sortie de l’euro, Tsipras signe l’accord. Il est terrible. Il aggrave la situation sociale de la Grèce, l’empêche de faire redémarrer la machine économique et augmente encore le ratio dette/PIB, ce qui ne manquera pas de mener à une crise de la même nature dans quelques mois ou quelques années. Que contient l’accord ? L’éternelle perpétuation du même. Une situation alléguant celle de Prométhée. Courroucé par une de ses tromperie, Zeus le condamna à être attaché à un rocher sur le mont Caucase, son foie se faisant dévorer par l’Aigle du Caucase chaque jour, et renaissant la nuit. La stratégie est toujours la même : des mesures d’austérité pour réduire la dette, des réformes libérales pour relancer la machine économique et une mise sous tutelle politique du pays pour s’assurer de l’exécution de ces mesures. La stratégie conduira au même échec.

Des partisans du "non" au référendum grec défilaient à Athènes vendredi 3 juillet au soir.
Des partisans du « non » au référendum grec défilaient à Athènes vendredi 3 juillet au soir.  © ARIS MESSINIS

Je m’arrête sur quelques mesures inscrites dans le mémorandum. Tout d’abord, il y a un fonds de privatisation de 50 milliards. Un fantastique numéro d’illusionniste. Ainsi, entre 2010 et 2015, l’ensemble des privatisations ont rapporté …5,4 milliards. La réalité c’est que, sans s’étendre sur les méfaits des privatisations en elles-mêmes, dans un pays exsangue, sans perspectives économiques, avec des actifs dépréciés par la crise, en menant des privatisations à la va-vite dans des conditions plus que discutables, vous bradez les bijoux de famille. La non atteinte des objectifs de privatisation permettra aux Européens d’arguer de la mauvaise volonté des Grecs pour imposer un nouveau mémorandum, quand celui-ci, comme tous les autres, aura échoué. Viennent ensuite les mesures d’austérité : la hausse de la TVA et l’élargissement de l’assiette fiscale, ou encore le report de l’âge de départ à la retraite. Athènes doit aussi respecter les objectifs de la Troïka en matière de déficit primaire, avec une prévision de déficit primaire de 0,25% du PIB en 2015, puis des excédents de 0,5% en 2016, 1,75% en 2017 et 3,5% en 2018. Arrivent alors les mesures de libéralisation du marché du travail, censées relancer la machine. Dernier élément du mémorandum : la mise sous tutelle politique de la Grèce. On impose à la Grèce “la pleine mise en œuvre des dispositions du traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, notamment en rendant opérationnel le conseil budgétaire et en introduisant des réductions quasi automatiques des dépenses en cas de dérapages par rapport aux objectifs d’excédents primaires, après avoir sollicité l’avis du conseil budgétaire et sous réserve de l’accord préalable des institutions.” En clair, aucun acte législatif concernant l’économie grecque ne pourra être pris sans l’accord des obscurs bureaucrates de la Troïka.

Hausses de la TVA : le ciel ne cesse de tomber sur la tête des Grecs !

Depuis la signature de l’accord, Tsipras va de capitulations en capitulations. Dans la foulée du mémorandum, la TVA passe de 13 à 23 % pour toute une série de produits : denrées non périssables (le café, le thé, les épices, l’huile sauf l’huile d’olive, le sucre), la restauration, les courses de taxi, les préservatifs (faîtes le lien avec la hausse de l’infection au VIH en Grèce depuis le début de la crise), et les enterrements. La TVA est aussi passée de 6 à 13 % pour l’alimentation. Le 22 mai 2016, on est reparti pour un tour ! La TVA passe à 24% sur toute une série de produits de base (pâtes, riz, café, tabac et essence, boissons). Difficile de résumer le projet de loi de 7000 pages à l’origine de cette augmentation. Il prévoit, cependant, un mécanisme de correction automatique en cas de dérapage budgétaire. Même Le Figaro parle d’un “tsunami de taxes ». “Maintenant, c’est certain, seul l’air que l’on respire ne sera pas taxé en Grèce” ironise la presse. Le 8 mai 2016, le seuil d’exemption d’impôt sur le revenu annuel a également été abaissé de 9 550 euros à 8 636 euros pour les contribuables sans enfants.

Kostas Polychronopoulos a lancé les cantines sociales. Il a refusé le prix du citoyen du Parlement européen, au nom du refus de l’austérité. Crédits photos : Angelos Tzortzinis.
Kostas Polychronopoulos a lancé les cantines sociales. Il a refusé le prix du citoyen du Parlement européen, au nom du refus de l’austérité. Crédits photos : Angelos Tzortzinis.

Réformes des retraites : l’appauvrissement généralisé

Autre élément essentiel du mémorandum : la réforme des retraites. Première étape en octobre 2015. D’ici 2022, l’âge légal de départ à la retraite passera de 65 à 67 ans avec 15 ans de cotisation au moins. Il passera à 62 ans pour 40 ans de cotisation. Les retraites anticipées disparaîtront, les cotisations maladies pour les retraités passeront de 4 à 6% et une cotisation supplémentaire de 6 % financera les retraites complémentaires. Il sera mis un terme au complément versé aux retraités les plus pauvres (l’EKAS). Pour l’Union Européenne, cela ne suffit pas ! Deuxième volée de bois vert pour le peuple grec quelques mois plus tard. Le système comportera trois parties. La première sera fixée à 384 euros par mois pour 15 ans de cotisations à partir de 67 ans (40 ans à partir de 62 ans). Une décote proportionnelle touchera ceux qui ne respectent pas ces critères. La deuxième dépendra du montant des cotisations. Le taux de remplacement des pensions tournera autour des 55-65 % du salaire moyen contre 70 % avant. Elle sera calculée sur la base de l’ensemble des salaires du retraité, et non sur les cinq dernières années, comme avant. Voyons-en les conséquences concrètes. Sur une pension brute de 750 euros par mois – la moyenne en Grèce – la baisse sera de 15 %. Pour les pensions les plus élevées, supérieures à 2.000 euros (ce qui touchait 50.000 personnes sur 2 millions de retraités en Grèce, au moment de la réforme), la baisse oscillera entre 30 et 35 %. Le gouvernement relève aussi d’un point les cotisations santé des employeurs et de 0,5 point celles des salariés.

Tsipras a aussi cédé sur les expulsions.  Jusqu’ici, les familles étaient protégées tant que la valeur de leur bien était inférieure à 250.000 euros. Les créanciers voulaient abaisser le seuil pour renforcer les expulsions. Trois catégories sont créées. La première concerne les personnes affichant un revenu allant jusqu’à 8.180 euros par an pour un célibataire et 13.917 euros pour un couple, avec une prime de 3.391 euros par enfant. Ils bénéficieront de la protection complète contre l’expulsion tant que leur bien est inférieur à 170.000 euros. Pour ceux qui ont un revenu allant jusqu’à 23.659 euros par an pour un couple et ayant un bien évalué jusqu’à 230.000 euros, la dette sera renégociée avec la banque. Pour les autres, on procédera à l’expulsion. Athènes affirme avoir réussi à maintenir la protection pour 60 % des ménages concernés contre 70 % auparavant.

Privatisations à tout-va : les Grecs détroussés !

Autre élément central du mémorandum d’austérité : les privatisations. Le troisième mémorandum fixe un objectif de 50 milliards d’euros. Les privatisations seront gérées par un nouveau fond (ports,  aéroports, chemins de fer sont concernés). Tsipras a validé la cession de la gestion de 14 aéroports régionaux. La concession se fait au profit du consortium allemand Fraport-Slentel pour 1,23 milliard d’euros. A ces 1,23 milliard d’euros, s’ajouteront annuellement des droits de concession et des versements d’impôts évalués à 8 milliards sur 40 ans. C’est une escroquerie ! En effet, les aéroports dégagent un bénéfice annuel de 150 millions, soit 6 milliards sur la durée de la concession. Or, le directeur financier de Fraport estime à 100 millions d’euros annuels les gains supplémentaires.  Soit 4 milliards de plus. Les Allemands extorquent donc 2 milliards aux contribuables grecs. De plus, deux anomalies entourent le dossier. Jusqu’au début de 2013, les trente-sept aéroports du pays étaient répartis en deux lots regroupant des aéroports bénéficiaires et déficitaires. L’Etat souhaitait que l’acheteur réinvestisse les bénéfices dans le développement des aéroports déficitaires. C’est ce que ferait un État responsable. Pas un consortium voyou ! La Troïka a insisté pour que l’État ne vende que les aéroports bénéficiaires. Par ailleurs, dans la procédure d’appel d’offres, le Taiped (l’ancien fonds de privatisation) a choisi comme « conseiller technique » Lufthansa Consulting, filiale de la compagnie allemande, co-actionnaire de Fraport. Nul doute que ce « conseiller technique » se souciait de l’intérêt général… Autre élément : Fraport appartient majoritairement au Land de Hesse et à la ville de Francfort. La vente profitera donc a la collectivité allemande. On peut légitimement penser que le Dr. Schaüble avait cet élément en tête lors des réunions de l’Eurogroupe. J’ajoute que les conditions dont bénéficie Fraport sont particulièrement avantageuses. L’entreprise est exonérée des taxes foncières et locales. Elle peut aussi annuler les contrats des anciens prestataires et redistribuer les licences d’exploitation sans verser d’indemnités. L’Etat grec s’en chargera. Les employés licenciés par Fraport seront aussi indemnisés par l’État. Il prendra en charge jusqu’aux accidents du travail, et aux expertises environnementales pour les travaux d’extension.

Caricature de Lardon sur l'austérité en Grèce
Caricature de Lardon sur l’austérité en Grèce

Deuxième privatisation importante : celle du Port du Pirée. C’est Cosco, entreprise d’État chinoise, qui rafle la mise pour 368,5 millions d’euros. Le Taiped (le fond de privatisation grec) a estimé la valeur de la transaction à 1,5 milliard d’euros, chiffre obtenu en additionnant au prix de vente les recettes fiscales qui pourraient en découler, ainsi que les investissements de 350 millions d’euros promis par l’acheteur. Une vaste blague ! Avant la vente, la filière de Cosco, qui régnait sur les deux terminaux à conteneurs, reversait à l’OLP (la société du port du Pirée) 35 millions d’euros par an. Les deux tiers de cette somme seront désormais versés au propriétaire majoritaire de l’OLP ; c’est-à-dire à Cosco. L’État se prive ainsi des 700 millions qu’il lui restait à encaisser jusqu’au terme de la concession des terminaux, qu’il serait logique de soustraire à la valeur totale de la privatisation. Autre erreur : le chiffrage du Tapeid prend en compte les 115 millions d’euros de subventions accordés par l’UE à un projet d’extension du terminal à paquebots, enveloppe dont le versement n’était pourtant nullement conditionné à la privatisation du port. Dernier élément : rien ne garantit que Cosco réalisera les investissements, puisque l’acte de vente contient une clause interdisant pour cinq ans toute sanction en cas de non-respect des engagements. Vous voici avec une idée de la façon avec laquelle les privatisations sont menées en Grèce. Le parlement a aussi transmis au Tapeid : la compagnie d’électricité, les compagnies de distribution d’eau de Thessalonique et d’Athènes, le métro de l’Attique ou encore l’entreprise automobile ELBO. La compagnie ferroviaire nationale OSE avait été vendue à l’Italien Trenitalia pour 45 millions. Suivent le port de Thessalonique et les chemins de fers. Tsipras a même privatisé  597 îles grecques, des centaines de plages et de sites archéologiques.

La restructuration : un mirage qui ne cesse de s’éloigner

“Certes, diront quelques ballots mal inspirés, mais en obéissant au doigt et à l’oeil aux institutions, Tsipras permet à la Grèce d’envisager une restructuration de sa dette ». Encore raté ! Tsipras a eu le malheur de vouloir soulager le fardeau qui pèse sur les retraites modestes. Il promettait le versement de 300 à 800 euros aux 1,6 millions de retraités les plus pauvres et le report de la hausse de la TVA dans les îles les plus frappées par la crise migratoire. Tsipras avait pourtant bétonné sa « gestion prévisionnelle » comme on dit chez les importants. Ces mesures étaient subventionnées par un excédent budgétaire de 674 millions. C’était déjà trop pour l’Union Européenne ! Les créanciers ont suspendu l’allègement de la dette décidé lors de l’Eurogroupe du 5 décembre. On ajoutera que la restructuration suspendue était très modérée. En effet, le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) promettait trois mesures : allongement de la maturité moyenne des emprunts, protection contre des hausses de taux d’intérêt et réduction du taux prévu pour une partie de la dette. Ces trois mesures devaient réduire la valeur de la dette en 2060 de 20% et porter la dette grecque à 104,7 % du PIB à cette date, contre 176 % aujourd’hui. Soit un taux jugé insupportable pour tous les autres pays européens. À supposer que le scénario soit crédible, avec ce taux d’endettement, on poursuivra l’austérité puisque le Pacte de Stabilité et de Croissance fixe la limite à 60 % du PIB. Une austérité de facto à perpétuité. Le scénario est déjà prévu pour les années à venir. L’objectif d’excédent primaire à 3,5 % pourrait être maintenu jusqu’en 2020. Cela nécessiterait des mesures supplémentaires : on parle de coupes dans les dépenses sociales (assurance sociale, aide au chauffage des ménages, allocations familiales). On concentrera les aides sur les plus pauvres, appauvrissant par là, la classe moyenne. Ce n’est pas tout. On parle de réduction des exemptions fiscales, notamment pour les salariés, une nouvelle réduction des effectifs de la fonction publique (alors qu’un fonctionnaire sur 5 seulement est remplacé actuellement), une réforme du droit du travail pour réduire la représentativité syndicale et faciliter les licenciements économiques et l’engagement de ne pas proposer de rédemptions de dette privée dans l’avenir.

Carcicature de Radie sur les "plans de sauvetage" de l'UE.

Caricature Ghir Hak, Les Débats | 24/08/2015

Une dette toujours aussi insoutenable 

“Mais au moins, l’austérité permet de baisser la dette, non ?” Que nenni, bonne gens ! Même le FMI le reconnaît maintenant. La dette de la Grèce est insoutenable ! Rappelons que le stock nominal de la dette a baissé depuis 2011. Simplement, le ratio dette/PIB a explosé du fait de la chute du PIB, ceci, précisément, à cause des mesures d’austérité et de la contraction de l’activité qu’elle a entraîné. En effet, les responsables européens du FMI, Maurice Obstfeld et Poul Thomsen, ont publié un message sur leur blog titré « le FMI ne demande pas plus d’austérité à la Grèce ». Ils critiquent le budget grec qui préfère « tailler dans les investissements et les dépenses discrétionnaires », ce qui anémie la demande et la croissance potentielle. « Nous estimons que la Grèce est allée encore trop loin dans cette direction. Ils critiquent même l’objectif d’excédent primaire (hors service de la dette) de 3,5 % du PIB. Ils ajoutent « la dette de la Grèce est hautement insoutenable et aucune réforme structurelle ne parviendra à lui rendre sa viabilité sans un allègement considérable ». En clair, on ne remboursera pas la dette de la Grèce avec des “réformes structurelles”. Il faudra passer par une restructuration. Sans être dupe des manoeuvres et responsabilités du FMI dans le cas grec, cela répond à la question : cette dette ne sera jamais payée et les mémorandums d’austérité accentuent le problème.

Quand à la situation sociale, elle ne s’est pas améliorée. Elle frôle la crise humanitaire. 35% des Grecs vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté, et 15% en-dessous du seuil d’extrême-pauvreté, c’est-à-dire avec des revenus inférieurs à 182€ par moisLa mortalité infantile a augmenté de 43% depuis 2008, tandis que le taux de suicide a triplé. Le taux de chômage a doublé, et ce sont actuellement 47% des jeunes qui sont à la recherche d’un emploi en Grèce. Ici comme ailleurs, ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent, et céder aux vautours de l’Union Européenne ne servira à rien sinon à les engraisser, car ceux-là ne sont jamais rassasiés.

Sources :

Crédits photo : REUTERS/Vincent Kessler  – https://lardon.wordpress.com/tag/fmi/

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