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Harcèlement de rue : de l’importance de nommer pour commencer à agir

Harcèlement de rue : de l’importance de nommer pour commencer à agir
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Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat à l’égalité hommes-femmes s’implique personnellement dans la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes. Si son action lui a valu un certain nombre de critiques (entre autres: l’installation d’un buzzer dans Touche Pas à Mon Poste, ses écrits qui se veulent humoristico-érotiques jugés grossophobes), celle-ci illustre aussi les dégâts et l’inadéquation entre la nécessité de faire vite et de faire parler avec des sujets qui imprègnent la société à l’heure où son secrétariat d’État va être amputé de 25%, soit plus de 7 millions d’euros qui seront retranchés du budget qui lui est alloué.

Le tweet polémique posté lundi 12 juin était composé de trois photos prises lors de sa visite à La Chapelle-Pajol, quartier devenu le symbole par excellence du harcèlement de rue laisse sceptique. Il avait été supprimé peu de temps après sa publication et son entourage avait reconnu un « bug communicationnel ». Cet exemple illustre la difficulté et l’importance de bien nommer un phénomène afin de commencer à agir sur lui.

Par la formule « Les lois de la République protègent les femmes, elles s’appliquent à toute heure et en tout lieu », une ambiguïté peut d’abord être soulevée : considère-t-elle que les lois de la République doivent protéger, ce qui reviendrait à convenir qu’elles ne protègent pas systématiquement et qu’il n’y a pas adéquation entre les lois et valeurs proclamées et le réel ?

Ou alors – ce qui aurait été vérifié et confirmé de manière expérimentale par sa petite promenade nocturne – que les lois qui existent protègent bel et bien les femmes ? Cette dernière hypothèse reviendrait dès lors à diminuer le poids de la parole des femmes qui dénoncent tant individuellement qu’au sein d’associations la banalité du harcèlement de rue et l’existence d’espaces où les femmes ne peuvent se déplacer en toute quiétude.

Si cet événement a fait réagir la « fachosphère » et que les commentaires à son propos se cantonnent désormais à une opposition entre « pro » et « anti »-Schiappa, cela tend à faire oublier le vrai sujet et surtout les principales victimes, à savoir les femmes. En effet, si un certain nombre de critiques à son encontre sont imprégnés de sexisme, ce n’est pas pour autant qu’il faut fermer les yeux sur les remarques qui lui sont adressées.

En 2015, une étude menée en Seine-Saint-Denis avait révélé que sur les 600 femmes interrogées, toutes avaient subi au moins une fois dans leur vie du harcèlement voire une agression dans les transports en commun. Une enquête menée par Holleback ! et l’Université de Cornell parue la même année dévoilait quant à elle que 82% des femmes en France ont été victimes de harcèlement de rue avant l’âge de 17 ans. A ces données préoccupantes, quelles solutions, quel diagnostic opposent la majorité présidentielle et le Président de la République?

Dans son programme, Emmanuel Macron avait associé le « harcèlement de rue » à des « incivilités » au même titre que le fait de cracher par terre. Harceler est dès lors passible d’une amende, chose peu aisée à mettre en œuvre dans les faits. Seulement, harceler une femme dans la rue, l’accoster, l’insulter, est-ce une simple incivilité ?

Ainsi, le « bug communicationnel » de Marlène Schiappa – s’il ne prouve rien empiriquement – témoigne aussi du peu d’importance accordé à ce type de harcèlement défini par le collectif Stop Harcèlement de Rue comme « les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeler verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle » (attitudes distinguées de la « drague »).

Quelles solutions ?

Si l’agrandissement des trottoirs ne changera pas la donne, que le phénomène ne peut être corrigé dans l’immédiat, la complexité de la question doit-elle pour autant autoriser des réponses hâtives ou caricaturales ? Probablement pas. Cela ne fait qu’ajouter au sentiment de l’absence de considération et d’impuissance de la part des autorités. Ainsi, dans un communiqué paru le 13 juin, la Secrétaire d’Etat annonçait qu’elle s’était entretenue « avec François Bayrou, Ministre d’Etat, garde des Sceaux, ministre de la justice, notamment pour évoquer la verbalisation immédiate des auteurs d’agression sexistes comme de discriminations ».

A une volonté de penser la question sur le long terme, a été ajoutée une action très cosmétique de communication, symptomatique d’une volonté de faire le « buzz », ce qui n’apporte rien aux femmes qui subissent le harcèlement et qui tend à faire oublier l’enjeu fondamental, sous couvert de progressisme.

Commencer par nommer le harcèlement de rue tel qu’il est, le considérer comme un délit, une violence et pas comme un simple manque de politesse est un moyen de se placer du côté de celles qui le subissent, au lieu d’en faire un acte marginal. Le Président se voulait « en prise avec le réel » pendant sa campagne, nommer les choses et le harcèlement de rue, sujet certes très complexe, ne doit pas y déroger.

Cependant, comment agir quand un secrétariat d’Etat qui permet de faire vivre des infrastructures et un tissu associatif efficace sur l’ensemble du territoire se voit amputé de 25% de son budget? Si les structures nationales seront moins touchées (même si Le Planning familial par exemple n’avait toujours pas reçu à la fin du mois de juillet la première moitié de son budget public pour l’année en cours) et que les associations de lutte contre les violences ne seront pas affectées, les organisations et structures locales ont quant à elles plus de craintes.

Ainsi, les associations qui mènent entre autres des actions de sensibilisation dans des écoles et qui ne sont pas subventionnées par des fonds privés se trouvent directement menacées.

Le choix politique qui est celui des coupes dans le budget de l’État remet en cause l’efficacité même d’un secrétariat qui est pourtant essentiel et qui se retrouvera davantage encore cantonné aux déclarations et autres opérations de communication, faute de moyens suffisants.

Crédit photo :

http://www.stopharcelementderue.org/wp-content/uploads/2014/05/Visuel3_RVB.jpg

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