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Ségolène Royal retarde (encore) la fermeture de Fessenheim

Ségolène Royal retarde (encore) la fermeture de Fessenheim
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Le mélodrame continue ! S.Royal vient de signer un décret actant la fermeture de la plus vieille centrale de France – implantée sur une faille sismique – lors de la mise en service de l’EPR de Flamanville, prévu au mieux en 2019 (rappelons que l’EPR devait être mis en service en …2012). Une décision dangereuse au vu des nombreux incidents et de l’état vétuste de la centrale. Son application au-delà du quinquennat ouvre d’ailleurs la possibilité pour la prochaine majorité d’abroger le décret. Retour sur l’histoire de l’une des (nombreuses) promesses non tenues par F.Hollande et le PS. 

Cela fait 5 ans que F.Hollande ballade les 2200 salariés liés directement ou indirectement au site. L’avenir des salariés de la région oscille en fonction des humeurs du monarque et de ralliements politiciens plus ou moins indignes. Une précarité qui ruine la vie des gens. Lors du débat d’entre-deux-tours, F.Hollande promet la fermeture de Fessenheim. En septembre 2012, il précise qu’elle fermera fin 2016, une promesse qu’il répète en 2013. En 2015, dans une interview au Parisien, il concède que la fermeture prendra plus de temps que prévu car la construction de l’EPR de Flamanville a pris du retard. En avril 2016, il assure que les discussions sont en cours entre l’Etat et EDF sans préciser de date. C’est finalement EDF qui emportera la décision en obtenant que la fermeture de la centrale soit liée à la mise en service de l’EPR, prévue à l’horizon 2019. Voilà un beau résumé du quinquennat : une politique de gribouille, conçue à  la petite semaine au détriment de la vie des salariés et de la sécurité nationale.

La plus vieille centrale de France installée sur une faille sismique 

Si ce n’est pas la seule qui pose problème, la centrale de Fessenheim est la plus inquiétante. C’est la plus vieille centrale de France : elle a été mise en service en 1978, il y a presque 40 ans. Or, comme le rappelle l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire : «  la fatigue mécanique, l’usure, la corrosion, le vieillissement thermique ou dû à l’irradiation risquent d’amoindrir peu à peu leurs performances, avec des conséquences sur la sûreté […] La poursuite de l’exploitation des 34 réacteurs de 900 MWe [ceux mis en service entre 1978 et 1988 ndlr] au-delà de 40 ans n’est pas acquise à ce jour.« 

Les centrales nucléaires françaises soumises à un risque sismique
© ASN et le ministère de l’Ecologie

Par ailleurs, les standards de sécurité de la centrale ne sont pas ceux des autres centrales, plus jeunes : « Par exemple, l’enceinte de confinement, destinée à empêcher les dégagements de matière radioactive dans l’environnement en cas d’accident grave, est constituée d’une seule paroi, alors qu’il y a normalement une double enveloppe », dénonce André Hatz, porte-parole de l’association Stop Fessenheim. Une étude commandée par le ministère de l’Environnement du Bade-Wurtemberg publiée en 2012 et mise à jour en 2015 montre que Fessenheim ne répond pas aux critères de sûreté allemands et que, si elle était implantée en Allemagne, elle serait fermée. Pour ne rien arranger à  l’affaire, la centrale est implantée sur une faille sismique et située en contrebas du canal d’Alsace, à 30 km de l’aéroport international de Bâle.

Des incidents réguliers 

Les rapports de l’ASN sont également très inquiétants. Selon ceux-ci, entre janvier 2014 et mars 2015, 18 pannes ou problèmes significatifs ont eu lieu. «  En 2015, une tuyauterie s’est rompue dans la salle des machines. Elle a été réactivée sans autorisation préalable de l’ASN, puis a cédé une seconde fois devant les inspecteurs du gendarme nucléaire, déversant 100 m3 d’eau et touchant les boitiers électriques » rappelle André Harz. Dans une lettre du 12 mars 2015, l’ASN dénonce un « manque de rigueur dans le processus de traitement des écarts et la prise en compte du retour d’expérience ». Charlotte Mijeon – du réseau Sortir du nucléaire ajoute : « ces incidents sont très inquiétants parce qu’ils sont souvent dus à une conjonction de facteurs, et révèlent une quantité de dysfonctionnements qui concernent non seulement le vieillissement des installations et leur mauvais entretien, mais aussi la désorganisation du personnel, la non-transmission de connaissances et la disparition de ce qu’EDF appelle la culture de sûreté ».  D’autant plus qu’EDF minimise les incidents. L’entreprise a-t-elle conscience du risque ou bien la culture du profit l’emporte-t-elle sur la « culture de sûreté »?

La menace est si sérieuse que l’ASN a fait fermer le second réacteur de la centrale en juin dernier. L’ASN a, par la suite, découvert des défauts dans la cuve de l’EPR (vous savez, ce qui doit remplacer la centrale de Fessenheim. Rassurant non ?). Areva a dû rouvrir ses archives, ce qui a permis à l’ASN d’y trouver des dossiers barrés différents de ceux remis à l’autorité, dont neuf dossiers concernent les réacteurs de Fessenheim. « Nous considérons qu’un seul dossier pose réellement problème dans cette centrale », explique à Reporterre Julien Collet, directeur général adjoint de l’ASN. Il concerne l’un des générateurs de vapeur du réacteur n° 2. L’extrémité du lingot ayant servi à fabriquer une pièce, qui est par nature de moins bonne qualité, aurait dû être retirée à l’usine comme cela se fait habituellement. Cela n’a pas été le cas, ce qui entraîne des incertitudes concernant la résistance mécanique de l’équipement vis-à-vis du risque de rupture brutale. » L’entreprise doit prouver la fiabilité des équipements pour relancer le réacteur. Les dégâts sont si importants que l’on envisage une réouverture au plus tôt au 31 mars 2017.

L’EPR de Flamanville, une irresponsable fuite en avant vers le nucléaire 

Il y a donc urgence et au lieu de tergiverser, l’Etat devrait fermer la centrale et  proposer des solutions aux salariés dont le pays aura besoin pour démanteler la centrale et pour assurer le développement d’énergies renouvelables. L’Etat pourrait même en profiter pour sortir les travailleurs du nucléaire de la précarité, notamment ceux qui travaillent pour un sous-traitant.  Or, comme le précise le Président de département du Haut-Rhin , le délégué interministériel à la fermeture de Fessenheim ne l’a rencontré qu’une seule fois sans rien lui proposer en termes d’indemnisation des territoires et de reconversion des travailleurs (alors qu’EDF va récupérer plus de 400 millions auxquels s’ajoutera une part variable versable jusqu’en 2041 !).

Conditionner la fermeture de Fessenheim à la mise en service de l’EPR de Flamanville est une folie ! D’abord parce que le projet relève de la catastrophe industrielle. Initialement prévu pour 2012, l’EPR ne sera pas livré avant 2019. Son coût est passé de 3,4 milliards à 10 milliards d’euros ! Pour un projet similaire en Grande-Bretagne, le directeur financier d’EDF a démissionné. Dans un récent rapport, la Cour des Comptes a estimé que le grand carénage, c’est-à-dire la rénovation du parc nucléaire coûterait 100 milliards d’euros. Avec les dangers que le nucléaire comprend, il est plus judicieux d’engager la sortie du nucléaire en suivant la stratégie de l’association Négawatt qui a établi un scénario de sortie du nucléaire et de passage aux 100% d’énergies renouvelables à l’horizon 2050.

Sources : https://reporterre.net/Fessenheim-cinq-questions-sur-un-projet-de-fermeture

https://reporterre.net/EDF-accepte-l-indemnisation-de-l-Etat-pour-fermer-Fessenheim-Les-elus-locaux

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