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Le Pen : un programme de guerre sociale

Le Pen : un programme de guerre sociale
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43%-des-ouviers-votent-Front-National répètent en boucle les médiacrates interchangeables qui se succèdent sur les plateaux de TV, oubliant le fait qu’aux dernières élections, les ouvriers se sont majoritairement abstenus. Bien que l’on puisse attribuer la répétition ad nauseam de cette formule à une forme de fainéantise intellectuelle qui caractérise les journalistes parfumés, le résultat de la manœuvre est simple : faire du FN le parti des classes populaires et le seul opposant aux partis de l’oligarchie. Voyons ce qu’il en est réellement.

Le FN aux avants-postes pour pilonner les lignes arrières syndicales

Si en matière sociale, Marine le Pen navigue à vue, au gré des sondages et des équilibres de son parti, le Front National a une constante : s’attaquer aux syndicats. Le FN s’infiltre dans chaque brèche ouverte par les gouvernants pour décrier les syndicats et les acquis sociaux. Ce fut déjà le cas en 2010, lorsque Marine Le Pen traitait les manifestants et les grévistes qui luttaient contre le passage à la retraite à 62 ans de « gréviculteurs » et « d’émeutiers ». Le Pen passe son temps à aboyer avec la meute pour présenter les syndicalistes comme des violents « crasseux » qui s’habillent « en pyjama » – selon l’expression utilisée par Marion Maréchal Le Pen – et qui passent leur temps à faire la grève. Des fainéants qu’on vous dit ! Cette haine anti-syndicale, le FN l’a aussi exprimée lors des manifestations contre la Loi El Khomri. La patronne du FN fut étonnamment silencieuse lorsqu’il s’agissait de défendre les travailleurs en lutte insultés par la bonne société. Et pour cause : il lui fallait gérer les équilibres au sein de son parti. Voir le peuple relever la tête sur des thèmes sociaux ne la mettait pas vraiment à l’aise.

Manifestation contre la Loi El Khomri. Place de la République, en mars. (Le Parisien /Arnaud Dumontier.)

Lorsqu’elle est enfin sortie de son silence, la châtelaine de Montretout insultait les syndicats et plaidait pour l’interdiction des manifestations. Ainsi, le 20 mai, sur Europe 1, elle réclamait l’interdiction de toutes les manifestations contre la loi El Khomri. Elle affirmait, d’un ton péremptoire : « pendant l’état d’urgence, il n’y a pas de manifestations ». Un mois plus tard, le pouvoir socialiste lui donnait satisfaction en interdisant une manifestation contre cette loi infâme imposée par l’exécutif, sur ordre de la Commission Européenne, avant de se rétracter sous la pression.  Pendant ce mouvement social, le clan Le Pen a exprimé tout le dégoût que lui inspirait l’organisation des travailleurs autour des syndicats. Ainsi, pour Louis Aliot, vice-président du parti « la grève est un système archaïque » et « les revendications de la CGT et Sud sont corporatistes » (12 juin dans Le journal du centre). Une vidéo sur le site du parti affirmait clairement que « Le verrou syndical est le premier verrou à faire sauter pour débloquer l’économie » ! Marion Maréchal-Le Pen a passé son temps à dénigrer la CGT : « Nos compatriotes sont pris en otage par deux minorités : le Gouvernement, dépourvu d’une réelle majorité parlementaire, et la CGT, syndicat groupusculaire, organisation d’extrême-gauche, ultimes adeptes d’une lutte des classes périmée ».

Une cible pour le FN comme pour les gouvernements : le Code du Travail

Pour Le Pen, comme pour Macron et Fillon, l’une des priorités pour recréer de l’emploi, c’est de casser le Code du Travail. Tout cela manque de flexibilité, de compétitivité, de simplicité, et de modernité. En bref, les salariés coûtent trop chers. Il faut donc « réformer le marché du travail ». Ainsi, Marion Maréchal Le Pen disait clairement que « La réforme du droit du travail est une partie de la solution ». On croirait entendre Macron ou son clone Sarthois. D’ailleurs, les parlementaires FN ont profité de la courte discussion parlementaire sur la loi El Khomri pour matraquer les travailleurs.  A l’Assemblée comme au Sénat, aucun des parlementaires FN n’a voté les motions de rejet préalable du projet de loi.  Les parlementaires FN n’ont déposé aucun amendement contre l’inversion de la hiérarchie des normes, la baisse de la rémunération des heures supplémentaires ou encore contre la facilitation des licenciements économiques.

Pire, ils ont voulu aggraver le texte en y incorporant toutes les revendications du MEDEF et les ordres de la Commission Européenne qui ne s’y trouvaient pas encore. Certains amendements avaient pour but de supprimer le monopole syndical au premier tour des élections professionnelles. Une vieille demande du Medef que la plupart des candidats LR à la primaire ont repris. Et pour cause : cette suppression permettrait au patronat d’organiser des candidatures qui ne le gêneront pas par la suite. Ils ont même proposé d’autoriser un employeur à imposer unilatéralement le passage au « forfait-jour », ce dispositif jusque-là réservé aux cadres permet de payer un salarié à la journée quelque soit le nombre d’heures qu’il effectue ! La loi El Khomri a étendu ce dispositif à tous les salariés sous réserve d’un accord. Le sénateur David Rachline a souhaité permettre à une PME de licencier dès deux mois de baisses de chiffres d’affaires contre trois dans la loi El Khomri ! Comme le souhaite le Dr Fillon aujourd’hui, les parlementaires FN ont déposé des amendements pour doubler les seuils sociaux, ce qui priverait des centaines de milliers de salariés d’un comité d’entreprise. Le FN qui prétend défendre la retraite à 60 ans a aussi suggéré la suppression du « compte pénibilité », maigre compensation introduite par la Loi El Khomri compte tenu de la casse sociale que provoque cette loi. Côté droits des femmes, le FN a voulu supprimer l’article qui traite de la dénonciation du harcèlement sexuel en entreprise.

Pour masquer cette série d’amendements révélateurs de l’imposture FN, Marine Le Pen a du intervenir pour faire retirer les amendements déposés par sa nièce. Pourtant, loin d’une opposition idéologique, la suppression répond à des objectifs de stratégie politique comme l’a expliqué Marion Maréchal Le Pen sur BFMTV le 27 juin : « Nous avons fait une réunion de travail suite à cela et Marine Le Pen, en effet, a souhaité que nous ne déposions pas d’amendements, non pas tant pour des raisons de fond mais parce que comme elle souhaitait le retrait de la loi, par souci de cohérence, le fait d’amender pouvait ne pas être particulièrement clair. Mais je vous rassure : j’assume parfaitement ces amendements, je les soutiens. ».

Les 144 engagements du FN, un programme de guerre sociale

Loin de la lumière des plateaux de TV, quand il est à l’oeuvre, le FN n’hésite pas à rogner sans vergogne les acquis qui protègent les salariés. Le programme de Marine Le Pen relève de la même fumisterie : des grandes déclarations en faveur des acquis sociaux sur le plateaux, et derrière, dans les petites lignes du programme, une attaque en règle contre l’Etat social. Ainsi, comme elle le répète à chaque fois qu’elle est face à un auditoire libéral, Le Pen est contre la hausse du SMIC ; contrairement à ce que répètent en boucle les journalistes de France 2. Elle l’a dit sur le plateau de Public Sénat le 31 mars 2015 :  »augmenter le SMIC est une mauvaise mesure, elle entraînerait une charge insupportable pour les petites entreprises ». Idem dans une entretien accordé à Valeurs Actuelles le 7 juillet 2016 : « Contrairement à ce que j’entends nous n’avons jamais proposé une augmentation du SMIC ». Marine Le Pen souhaite seulement que les salariés se paient par l’impôt une prime de 1000 euros par an pour les bas salaires, bien loin des 200 euros par mois qu’elle proposait jusqu’alors.

Sur le temps de travail, Marine Le Pen rejoint aussi Fillon et Macron. Elle est pour le passage aux 39 heures. En clair, elle sucre leurs heures supplémentaires aux salariés. Avant la loi El Khomri, chaque heure supplémentaire était payée 25 % plus cher. La loi El Khomri permet de faire passer cette majoration à 10%. Comme proposé par Emmanuel Macron lors du Forum de Davos, Marine Le Pen souhaite donc faire passer cette majoration à 0% entre la 35ème et la 40ème heure.

« Mais Marine Le Pen est pour la retraite à 60 ans ». C’est ce qu’elle dit mais doit-on pour autant la croire ? Rappelons qu’en janvier 2007, directrice de campagne de Jean-Marie Le Pen, elle affirmait « Il faut dire la vérité aux Français c’est que tout à fait évidemment dans les années à venir, il faudra très probablement augmenter le temps du travail pour une simple et bonne raison, c’est que sinon les retraites ne seront pas payées » Du Fillon dans le texte. Plus récemment, dans une interview accordée à Valeurs Actuelles, Marine Le Pen se justifiait : « Je veux être très claire. La première étape, c’est de créer de l’emploi.  La deuxième est de récupérer les dépenses exorbitantes de l’immigration. Si malgré cela, il apparaît que l’on ne peut pas maintenir notre système de retraite et accorder un départ à 60 ans qui a toujours été subordonné dans notre esprit à la condition d’avoir 40 ans de cotisations alors nous nous tournerons vers les Français en leur disant la vérité : nous avons fait toutes les économies que nous devions faire mais nous avons encore un système de retraite qui est en danger et fragile. Je crois alors que l’Etat se sera montré exemplaire et que les Français accepteront qu’on leur demandera« . Souvent Le Pen qui varie…

Ces déclarations alambiquées ne prennent leur sens qu’à la lumière d’une déclaration de Joelle Meulin, responsable du programme du FN, qui dit : « Nous aurons du mal à rester sur les 40 ans de cotisations ». Le Pen nous fait du Hollande. Elle est contre, elle est pour. On ne sait pas. La vérité c’est qu’elle promet la retraite à 60 ans mais qu’elle prévoit déjà des sacrifices une fois élue. Idem sur le travail le dimanche qu’elle défendait en 2007 avec des arguments on ne peut plus convaincants : « Je veux bien les arguments consistant à dire ‘ah oui la vie de famille, le dimanche’. La vie de famille, s’il s’agit de se regarder en chiens de faïence pour partager un poulet divisé en 12, je ne suis pas certaine que c’est ce que les Français attendent. Ceux qui travaillent le dimanche sont contents sinon ils ne travailleraient pas le dimanche. Laissons aux Français la liberté de travailler s’ils en ont envie. Je ne comprends pas que l’on se pose encore la question de savoir s’il faut, par des lois coercitives, empêcher les Français de travailler comment ils ont envie de le faire. »

Loin des contre-vérités rabâchées ad nauseam par D. Pujadas et F. Lenglet, le programme de Marine Le Pen est un programme de casse sociale. Il reprend tous les fondamentaux libéraux de la Commission Européenne. Comme toujours, l’extrême-droite profite de la confusion et de la perte de repères politique pour arriver au pouvoir en mentant sur sa vraie nature.

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