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Laurent Bazin réalise une de premières pièces de théâtre en réalité virtuelle. L’expérience est audacieuse et réussie. Le domaine commence à peine à se créer. Les falaises de V. est à La manufacture à Avignon jusqu’au 22 juillet.


Laurent Bazin innove, surprend, détonne avec sa toute dernière pièce Les falaises de V. Il choisit de relever le pari de la VR en créant une des premières pièces en réalité virtuelle. C’est la septième création de Laurent Bazin en relation avec Gengiskhan production après L’amour et les forêts et Bad little bubble B. Elle se joue à la manufacture dans le cadre du 72e festival d’Avignon jusqu’au 22 juillet. L’histoire se déroule dans une société imaginaire futuriste. Le personnage principal est dans un hôpital pénitentiaire. La pénurie de don d’organes se fait sentir. Pour pallier ce problème, le gouvernement lance un programme intitulé Réciprocité dans lequel les prisonniers de longue peine peuvent échanger leur dette à l’état par une amputation d’une partie de leur corps. Le personnage principal qui n’est jamais nommé va subir une ablation des yeux. C’est un sujet qui concerne d’ailleurs le réalisateur / metteur en scène Laurent Bazin puisque petit il a été touché par une maladie aux yeux rare qui a engendré plusieurs opérations. Le cadre dans lequel nous allons assister à la création n’est pas habituelle. Nous n’entrons pas dans un théâtre pour découvrir la pièce mais dans une salle empruntée spécialement pour le festival . Des lits se trouvent un peu partout. Ils servent au spectateur pour s’asseoir confortablement durant les 40 minutes de la représentation.

Lorsque le spectateur arrive dans la salle d’attente, une comédienne que l’on voit ensuite dans la pièce attend avec lui. Puis un acteur fait entrer le spectateur dans une embouchure de la salle dans laquelle il patiente un certain temps face à un écran. Il lui donne des ordres. Le spectateur se sent justement dans une prison, dans laquelle un gardien le fait entrer. Ce sentiment est renforcé par le fait que des rideaux en fer sont refermés au moment où commence la pièce. Par cette introduction, c’est une pièce qui joue autour de la question du réel.

Une des choses exceptionnelles avec la réalité virtuelle, est que nous sommes acteurs du déroulé de la pièce ou du jeu. Laurent Bazin va au bout de cette idée puisqu’il nous introduit à la place du personnage principal, ce qui change le paradigme théâtral dans lequel nous sommes simples spectateurs et en aucun cas impliqués dans le déroulement de l’histoire. Cela entraîne par exemple que les autres personnages interagissent avec nous, ils nous parlent et nous les regardons pour les entendre. Par ce simple phénomène nous sommes lancés dans un état à mi-chemin entre le réel et le virtuel. On change de point de vue en même temps puisque cela permet d’avoir un regard à 360° sur les scènes qui se déroulent devant nos yeux.

Dans la globalité, l’expérience créée par Laurent Bazin surprend et donne envie de mieux connaître la réalité virtuelle. 40 minutes ne sont pas suffisantes pour profiter entièrement de l’œuvre, tant on déguste chaque instant à savourer de pouvoir explorer, et regarder la qualité des images. On se sent vraiment avec les personnages.

On reste cependant sur sa fin. L’opération est préparée durant les 40 minutes de la représentation mais aucun effet ni ressenti n’est provoqué au moment de l’ablation puisque la pièce s’arrête avant. c’est un peu comme si l’histoire n’était pas finie. Et c’est dommage. Même sensation pour l’interactivité. On conserve la place de spectateur autorisé à voir de plus près mais en aucun cas on ne devient acteur réel de la pièce. La réalité virtuelle pourtant permet d’interagir dans le cadre de jeux par exemple. On aurait pu imaginer une transgression plus poussée dans laquelle l’identité du spectateur et l’identité de l’acteur seraient totalement revues, mais ce n’est pas l’offre de Laurent Bazin. L’expérience de la réalité virtuelle est en soi déjà un nouveau modèle. Qui plus est, nous en sommes au tout début des expériences théâtrales en réalité virtuelle puisqu’aujourd’hui très peu de pièces de théâtre en réalité virtuelle ont été produites. Les falaises de V. est une des premières en France. C’est à vrai dire une vraie révolution. Le paradigme de la présence de la scène et des spectateurs est complètement revu. Et l’on peut voir que nous ne sommes qu’au début car en soit il n’est pas nécessaire d’avoir des spectateurs autour de nous ni d’avoir une salle spécifique. Le casque VR suffit largement au visionnage de la pièce. Ce qui veut dire qu’il est possible en somme de regarder la pièce là où on le désire. Cependant la réalité virtuelle n’est pas assez démocratisée pour faire le pari de créer une pièce à consulter chez soi. Si en revanche la mode prend, les salles des théâtres seraient moins remplies, mais l’art théâtral pourrait s’ouvrir à un nouveau public, à un public qui ne peut pas forcément aller au théâtre, comme les personnes habitant dans des petites villes et qui n’ont pas la possibilité de trouver un théâtre facilement à proximité. Ainsi, le problème serait réglé car tout le monde pourrait de chez soi avoir accès à des pièces en réalité virtuelle. Cela est attendu avec impatience.

Crédits :

© Laurent Bazin


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