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Marine Le Pen ne sera pas présidente : c’est mathématique !

Marine Le Pen ne sera pas présidente : c’est mathématique !
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Depuis des années, le spectre d’une victoire du Front National aux présidentielles secoue la société française. Un peu partout, dans les médias ou dans les discours politiques, on agite le chiffon rouge en prédisant une sorte d’apocalypse si cela venait à se réaliser. Voici la preuve par les chiffres que Marine Le Pen ne peut pas être élue à la tête de la République.
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Répondons tout de suite à ceux qui diront qu’un tel article n’a aucun sens, vu que personne n’a vu venir les victoires du Brexit, de Donald Trump ou de François Fillon. Certes, des instituts de sondage (qui les écoute encore ?) aux médias traditionnels, en passant par l’éternel BHL, personne n’a rien vu venir. Et pourtant…bhl-brexit
  • Le Brexit, une surprise ? Il faut avoir des œillères monumentales pour ne pas avoir remarqué que TOUS les votes concernant l’Union Européenne, dans TOUS les pays de l’UE, ont voté non/contre/exit depuis 2005. Le Brexit était tout à fait prédictible.
  • Trump, une surprise ? Certes, le succès du magnat de l’immobilier n’était pas une évidence. Mais l’auteur de ces lignes avait pris le temps d’analyser la situation, que ce soit pour annoncer une probable victoire Trump, sur les révélations de WikiLeaks et du FBI à l’encontre de Mme Clinton ou, après coup, sur les raisons de l’évaporation de l’électorat démocrate.
  • Fillon, une surprise ? Là, d’accord. Surtout dans cette proportion. Mais la détestation de Sarkozy, même à droite, n’a quasiment pas été évoquée alors qu’elle est profonde et, surement, la principale cause de l’échec cuisant de l’ancien président.

Le titre de cet article est volontairement provocateur. Bien sur, si Marine Le Pen va au second tour et obtient au moins une voix de plus que son adversaire, elle sera élue. La « démonstration » qui suit tend à expliquer pourquoi cette hypothèse est hautement improbable. Elle n’a pas de valeur scientifique mais tente modestement d’approfondir la théorie du « plafond de verre » du FN.

1965 – 2012, 9 élections au suffrage universel

Depuis l’avènement de la Ve République, il y a eu 10 élections présidentielles en France. La première, en 1958, du Général De Gaulle par un collège de grands électeurs (78,51% des suffrages au premier tour), ne nous intéresse pas ici. Contrairement aux 9 suivantes, disputées au suffrage universel.

Il faut savoir que la population française est passée de 48 à 65 millions d’habitants entre 1965 et 2016. Le total des inscrits sur les listes électorales était de 29 millions lors de la victoire de Charles de Gaulle sur François Mitterrand, en 1965, et de 46 lors de celle de François Hollande sur Nicolas Sarkozy. Ce sera environ 48 millions en 2017.

population_of_france-1960-2010[évolution de la population française entre 1960 et 2010]

Le FN reste sur un record de voix

Lors des derniers scrutins, le FN a rassemblé 6,4 millions d’électeurs à la Présidentielle 2012, puis 3,5 aux législatives la même année, 4,7 aux Européennes 2014 et a battu son record aux Régionales 2015 (6 puis 6,8 millions de voix au 2nd tour). Un score très élevé, certes, mais qui n’a pas permis au « 1er Parti de France » de gagner la moindre région…

Il semble toutefois raisonnable d’imaginer que le FN puisse atteindre, voire dépasser, la barre des 7 millions de voix en 2017. Tablons sur 8 pour viser large. Et pourquoi pas 10 au second tour tant qu’on y est.

Marine Le Pen éliminée dès le 1er tour ?

Il est fort possible que la candidate FN atteigne le second tour en 2017, c’est en tout cas annoncé par tous les sondages depuis maintenant plusieurs années. Ce n’est pourtant même pas sûr. Il a fallu à son père 4,8 millions de voix pour y parvenir en 2002, lors d’un suffrage hors du commun. Cette année-là, Jacques Chirac se qualifie avec 5,6 M de bulletins alors que Lionel Jospin (4,6 M) est éliminé pour seulement 194 600 voix de retard sur « le Menhir ». Sept autres candidats totalisent plus d’un million de voix en 2002, du jamais vu (Bayrou, Laguiller, Chevènement, Mamère, Besancenot, Saint-Josse, Madelin).

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Lors des autres présidentielles de la Ve, il a fallu entre 6 M de voix (Chirac – 1988) et 9,7 (Sarkozy – 2012) pour être qualifié pour le second tour. Il faudra donc que l’un, au moins, des candidats PS ou LR s’écroule au 1er tour et que le FN maintienne ses dernières performances pour atteindre la finale. Sans qu’un candidat extérieur à ce jeu à trois ne vienne créer la surprise…

Une abstention record

Rien d’étonnant, les élections présidentielles sont celles qui génèrent le moins d’abstention. Le célèbre 21 avril 2002 (28,4% d’abstention), n’est devancé historiquement que par le second tour du scrutin de 1969 (31,1), entre deux candidats de droite (Pompidou-Poher) et déserté par l’électorat de gauche. Pour gagner, Marine Le Pen doit compter sur une abstention massive de ceux qui votent traditionnellement pour les partis de gouvernement. Avec François Fillon comme concurrent au second tour, on pourrait tout à fait imaginer un refus massif d’aller voter de la part du « peuple de gauche ». Plaçons volontairement la barre très haut pour notre calcul final, avec un taux d’abstention inédit à 35%. evolution-de-labstention

Pompidou battrait Marine Le Pen

Il semble pertinent de regarder combien de bulletins ont été nécessaires dans le passé, afin d’estimer le total à atteindre pour être élu en 2017.

Petit retour en arrière :1eb74a8d88313be175fa9d9912b1515c

  • 1965 – De Gaulle : 13 millions de bulletins au 2nd tour
  • 1969 – Pompidou : 11
  • 1974 – Giscard : 13,3
  • 1981 – Mitterrand : 15,7
  • 1988 – Mitterrand : 16,7
  • 1995 – Chirac : 15,7
  • 2002 – Chirac : 25,5 (contre J-M Le Pen)
  • 2007 – Sarkozy : 18,9
  • 2012 – Hollande : 18

Le scénario catastrophe ne suffit pas

Tous les éléments sont en place pour imaginer la meilleure combinaison possible pour Marine Le Pen. Attention, politique fiction ! Le FN pulvérise son record avec 8 millions de voix au premier tour, 10 au deuxième. Un candidat Les Républicains se présente comme adversaire au second tour, en l’occurrence F. Fillon, et une grande partie de l’électorat de gauche refuse le « Front Républicain », comme en 2002 ou aux Régionales 2015. Conséquence : abstention massive de 35%. Le tout avec 48 millions d’inscrits.

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Avec un tel scénario, au second tour de l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen et ses 10 millions de voix ne recueilleraient que 32% des suffrages. Insuffisant.

Corsons encore l’affaire. Pour gagner avec une abstention inimaginable de 50%, il lui faudrait 12 millions de voix. On n’y est toujours pas.

Vous en voulez encore ? Alors on s’en jette un dernier pour la route. Si l’abstention montait à 58%, soit près du double du record actuel, et que Marine Le Pen totalisait 10 millions de voix, soit près du double de son score de 2012 (6 421 426), cela ne suffirait toujours pas. Il manquerait encore près de 100 000 voix.

Dormez tranquille citoyens, l’apocalypse n’est pas pour demain, ni pour 2017. Le prochain président de la République sera on ne peut plus classique, issu du Parti Socialiste ou plus probablement de l’ex-UMP, à moins qu’un Mélenchon, un Macron ou un candidat encore plus surprenant n’y parvienne. C’est mathématique !

Matthieu Le Crom

La page facebook de l’auteur : Perspicace

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