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Maximilien Ilitch Mélenchon : l’homme à abattre

Maximilien Ilitch Mélenchon : l’homme à abattre
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L’inquiétude gagne les salles de rédaction. La percée remarquable de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages, jusqu’à dépasser François Fillon, semble avoir désigné aux grands médias le nouvel homme à abattre. Dans ses éditions des 10, 11 et 12 avril, la grande presse a lancé un tir groupé sur le candidat. Sans le moindre scrupule : on se croirait revenu au XIXe siècle, quand les honnêtes gens, les gens de bien, voulaient en découdre avec la canaille, les rouges,  les gens de rien.

On discerne trois axes d’attaque contre le candidat Mélenchon. Premier axe : Mélenchon – Le Pen, même combat. Deuxième axe : Mélenchon, c’est le cataclysme économique assuré. Un chaos… digne de l’URSS ou du Venezuela. Ce qui nous conduit au troisième axe : Mélenchon est un apprenti dictateur révolutionnaire fasciné par les régimes « autoritaires », aux premiers rangs desquels ceux de Castro et de Chavez, sans oublier la Russie de Lénine à Poutine, Assad et même Robespierre. Son projet de VIe république n’étant que l’avatar d’une tyrannie qu’il entend mettre en place. Enfin, tant qu’on y est, Mélenchon aurait même un petit parfum de fascisme selon un soutien d’Emmanuel Macron interrogé par Les Echos.

Conférence de presse au Medef : Le cri du cœur de Pierre Gattaz

Le patron du Medef, Pierre Gattaz, a donné une conférence de presse très bien couverte le mardi 11 avril. Gattaz est inquiet, mieux, selon le magazine Challenges, « Gattaz panique à l’idée d’une victoire de Le Pen ou Mélenchon ». Aussi sûr de lui que pour le million d’emploi qu’il promettait, il prophétise : « Voter pour l’un d’entre eux, c’est la ruine du pays assurée et un appauvrissement de la population française ». Pour le Medef, les programmes des deux candidats sont  « meurtriers pour l’économie ». Pierre Gattaz l’affirme : « Avec Mélenchon, c’est 200 milliards de dépenses publiques en plus. Et qui paie à la fin ? Les ménages et les entreprises. Pour l’économie française ce serait un désastre : son programme conduirait à une baisse du pouvoir d’achat et à un défaut de paiement de l’État ». Ne tarissant par ailleurs pas d’éloges pour Emmanuel Macron et François Fillon, il conclue : «Mélenchon, c’est le scénario du Venezuela, Le Pen celui de l’Argentine ».

L’Opinion des familles Arnault, Bettencourt, Perdriel…

Dans la presse écrite, c’est le quotidien « libéral, probusiness et proeuropéen » L’Opinion qui ouvre la blitzkrieg. Le 7 avril, il décrypte « le meilleur du pire de ses propositions ». Sortir des traités européens, mais aussi… rêver d’une France non alignée : « Le leader de La France Insoumise ne voit-il pas en Hugo Chavez l’idéal inépuisable de la révolution (…) un candidat fasciné par Vladimir Poutine ».

Le 10 avril, Eric Le Boucher, éditorialiste multicartes (Le Monde, Les Echos, Europe 1…) y publie une tribune, nommée « Les populistes dingos et les populistes réalos ». Le populiste dingo, c’est Mélenchon, la populiste réalo, c’est Le Pen. Le Boucher s’explique d’entrée de jeu : « Il faut distinguer les populistes dingos, qui appliqueraient leur programme. Et les populistes réalos, qui s’ils parvenaient au pouvoir, n’en appliqueraient rien, ou presque ». Le ton est donné. Pour Le Boucher, Le Pen serait un moindre mal car elle n’appliquerait pas son programme économique… En effet, la xénophobie ne fait pas peur au Boucher : « Mélenchon, (prononcez Melenchón comme son grand-père paternel) renverserait l’ultra-capitalisme qui étrangle sauvagement les peuples. Il le nationaliserait fissa et lui imposerait la loi des Maximum comme en 1793 : il condamnerait les accapareurs. » Une petite référence à la Terreur en passant ! Le sang coulera avec Mélenchon, et d’abord sur l’économie : « Le programme de Mélenchon de relance à 200 milliards d’euros suffirait à colorer en rouge de sang l’économie française. ». « Mélenchon, cultivé ? Alors comme un vieux rhum d’Amérique latine ».
Rappelons-nous que les mêmes nous disent que le populisme, c’est jouer sur les peurs !

Toujours dans l’Opinion, le 11 avril. En une, l’éditorial de Nicolas Beytout s’intitule « Back in the USSR ». A la seconde page, Patrick Artus, directeur de la recherche de Natixis, s’insurge : « La proposition la plus scandaleuse ? Augmenter le smic ! ». Encore un point commun entre Le Pen et Mélenchon : I, comme inflation. « Une façon de ruiner les rentiers (sic) et les épargnants (…) un scénario à la vénézuélienne. »

Les Échos des intérêts de Bernard Arnault et de l’empire LVMH

Les Échos, dans son édition du 11 avril, accorde sa une à Mélenchon, « le nouveau risque français ». Le Pen – Mélenchon, c’est le « scénario noir qui fait frémir les marchés financiers ». Ces derniers ont sanctionné la hausse du candidat de La France Insoumise par une hausse brutale du spread (= écart de taux d’intérêt pour la dette) France-Allemagne à 10 ans. Une inquiétude d’ailleurs partagée par le bien nommé magazine Capital : « Un duel Mélenchon Le Pen au second tour, la nouvelle hantise des investisseurs ».

Dominique Seux, dans l’éditorial, veut attirer l’attention sur le programme « radical et dangereux » qui se cache derrière l’homme. « Il est temps, vraiment temps, que les yeux se dessillent. Jean-Luc Mélenchon défend un projet insensé que peu de gens ont apparemment lu. En politique étrangère, son anti-américanisme est aussi fort que son engouement pour la Russie et le Venezuela ».

Dans la rubrique En Vue, c’est encore Mélenchon à l’honneur : « Certains le trouvent rassurant, un comble à propos de l’admirateur d’Hugo Chavez et de Fidel Castro, deux présidents qui ont ruiné leur population, leur peuple comme il dirait. »

Le même jour, sur LesEchos.fr, un soutien d’En Marche est invité à signer une tribune nommée « la dangereuse rhétorique de Jean-Luc Mélenchon ». Le marcheur alerte : « le romantisme politique de Jean-Luc Mélenchon est un dangereux avatar des dérives du discours idéologique ». Sans surprise, l’article s’affranchit de toute nuance : « L’idéologie permet au candidat de la France insoumise d’entretenir la flamme de son panthéon révolutionnaire, entre Hugo Chavez et Fidel Castro. Au nom de l’émancipation rhétorique, les dérives autoritaires, la limitation des libertés individuelles, la répression de toute opposition, se trouvent ainsi toujours-déjà absous. (…) Jean Luc Mélenchon refuse de condamner Vladimir Poutine ou Bachar al-Assad en joignant sa voix à celle des démocraties libérales. Plutôt stigmatiser le trio Hollande-Merkel-Trump que la barbarie du régime syrien ». Avant de conclure : « Un programme lepéniste qui ne dit pas son nom, mais qui théorise le repli et la fermeture ».

Challenges d’oligarques

C’est Bruno Roger Petit qui s’y colle, le 11 avril. Dans un article à charge, il entonne les classiques : « Il ne pourra pas se soustraire jusqu’au 23 avril aux questions qui dérangent l’hugolisme pour bobos en mal de bonne conscience ouvrière. L’inclination Poutine. L’ambiguïté envers Assad ». Mais Mélenchon, c’est aussi l’ombre du coup d’État qui plane sur la France : « Nous avons déjà dit ici, en son temps, combien le projet de « constituante » de Mélenchon était par nature porteur de grand danger pour la démocratie ».

Le Monde merveilleux de Pierre Bergé, Mathieu Pigasse et Xavier Niel

L’article de BRP nous renvoie à une tribune du Monde rédigé par Serge Sur, professeur de droit. Plus de doute, c’est la tyrannie qui guette. L’article s’intitule sobrement « La VIe République voulue par M. Mélenchon suppose ni plus ni moins un coup d’Etat ».
Coup d’État, tyrannie, destruction des institutions, chaos institutionnel…
rien de moins que ce qui nous attend selon Serge Sur.  Quant à Mélenchon, le voici rhabillé pour l’hiver : « narcissique et histrion, mélange de Badinguet et de Boulanger ».
La journaliste du Monde Raphaëlle Besse Desmoulieres retweete le 12 avril la une de Minute, qui vient au secours du système « Le tribun Le Pen a trouvé son héritier, il s’appelle Mélenchon ».

France Culture au rabais

France culture  a pris un peu d’avance le 8 avril : « Jean-Luc Mélenchon a rendu hommage à Fidel Castro et Hugo Chavez sous la statue de Simon Bolivar, à Paris. Tour d’horizon de ses figures inspiratrices (…) Il défend la mémoire de l’ancien révolutionnaire, fustigeant ce qu’il qualifie de « caricatures » ».  Les autres radios du groupe ne sont pas en reste.

Le Figaro ou la liberté de blâmer de Serge Dassault

Le meilleur pour la fin. Dans son édition du 12 avril, Le Figaro consacre un dossier exceptionnel d’une dizaine d’articles destinés à prouver que Mélenchon, c’est un « projet dévastateur pour la France ». Le journal titre avec mesure : « Mélenchon : le délirant projet du Chavez  français ». Un tel traitement d’un candidat est encore inédit. L’ensemble du service politique et du service économique du Figaro est sur le pont. Tout y passe, et au-delà du traditionnel coup de massue fiscal et de la collectivisation
à venir, on y apprend que Jean-Luc Mélenchon est l’apôtre des dictateurs révolutionnaires.
« Castro, Chavez,  ces dirigeants autoritaires sud-américains sont les modèles du candidat de La France insoumise. Malgré leurs échecs économiques cuisants, son programme continue de s’en inspirer »
. Après un descriptif à charge de l’économie du Venezuela, Le Figaro nous dévoile les convictions ésotériques du candidat :
Jean-Luc Mélenchon tenterait, par tactique, de dissimuler son admiration, sa passion pour ces « dictateurs », mais « sa démarche et son programme continuent de s’en inspirer assez substantiellement : nationalisations, subventions à la consommation, obsession de la réforme constitutionnelle (Chavez a essayé, en vain, d’inscrire le socialisme dans la constitution), dénonciation du capitalisme néolibéral ».

C’est l’éditorial de Paul-Henri du Limbert,  sobrement intitulé « Maximilien Ilitch Mélenchon », en référence à Robespierre et à
Lénine, qui remporte sans conteste notre palme d’or. « Dans le Panthéon personnel de Jean-Luc Mélenchon trônent en évidence des personnages peu engageants, qui vont de Maximilien Robespierre à Hugo Chavez, en passant bien sûr par Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, et Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski. Sans oublier bien sûr Fidel Castro. Voilà qui ne nous rajeunit pas. Et voilà, surtout, qui situe son homme. Quand on a fréquenté dix années durant la redoutable Organisation communiste internationaliste (OCI), il est rare qu’on en
sorte indemne… ».
Voilà, le décor est planté. Mais vous n’en resterez pas là. Paul-Henri du Limbert vous plonge dans une « France mélenchonisée » : « Un pays de fonctionnaires surnuméraires payés par un secteur privé à qui on réclamerait toujours davantage d’impôts et par des créanciers à qui on devrait toujours davantage d’argent (…) Il faut craindre que la France ruinée de Mélenchon se résoudra bien vite à importer du fromage et du vin ». Mélenchon ? « La Grande Terreur robespierriste, le goulag sous les tropiques, la ruine du Venezuela de Chavez ? Interrogez-le, et vous constaterez qu’il vous fera la même réponse que Georges Marchais jadis à propos de l’URSS : un bilan globalement positif ! »

En juin 2011, Le Nouvel Observateur et la fondation Terra Nova organisaient un colloque à Strasbourg. Le député Manuel Valls y pourfendait le populisme en ces termes : « Le populisme caresse l’individu dans le sens des peurs, le discours de vérité, lui, a cette mission difficile de s’adresser à sa raison. (…) Le populisme simplifie une réalité bien complexe ».

Jouer sur la peur, simplifier, voire caricaturer ? Les mots sont faibles pour qualifier l’outrance du traitement médiatique réservé au candidat de La France Insoumise. Des médias à l’unisson qui ne reculent devant rien pour influer sur l’issue d’un scrutin : la cabale actuelle n’est pas sans rappeler celle en faveur du « Oui » au référendum sur la constitution européenne de 2005… avec l’issue que l’on connait !

NB : D’autres que nous ont tenté de nettoyer les écuries d’Augias. Nous n’avons pas eu le courage d’éplucher des heures de débat sur les chaines d’info en continu, qui ne sont pas en reste. Signalons un bon article de Samuel Gontier dans Télérama : sur BFM TV, Ruth Elkrief compare Mélenchon à « l’URSS des années 50 »

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