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La « méthode Collomb », une politique anti-réfugiés qui ne dit pas son nom

La « méthode Collomb », une politique anti-réfugiés qui ne dit pas son nom
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Alors que le projet de loi sur l’asile et l’immigration va être débattu à l’Assemblée nationale dès février, l’OFPRA a annoncé cette semaine qu’un nombre record de demandes d’asile a été enregistré en 2017, avec plus de 100 000 requêtes. Nul doute que ces chiffres vont être instrumentalisés dans la négociation par avance houleuse du projet de loi. Et inutile de dire que la politique prévue par le gouvernement semble balayer toute approche humaniste de la question.

 

Une politique répressive

Le projet de loi sur le régime d’asile européen et la circulaire du ministre de l’ntérieur Gérard Collomb illustrent en effet la stratégie gouvernementale, qui consiste essentiellement à renforcer la législation répressive contre les migrants. La circulaire du 13 décembre somme les préfets d’augmenter le nombre d’éloignements forcés, avec la mise en place d’équipes mobiles chargées de contrôler les situations administratives dans les centres d’hébergement d’urgence, ce qui signifierait l’intervention policière sans décision de justice et la transmission à l’Etat de données individuelles.

La future loi sur le régime d’asile européen a quant à elle pour objectif de permettre l’accélération des procédures en effectuant un tri systématique des migrants arrivant sur le territoire : elle prévoit en ce sens la rétention en centre des migrants dublinés, mais également l’allongement de la durée de rétention des migrants en attente d’expulsion. Elle est dénoncée par le défenseur des droits Jacques Toubon comme permettant de priver de libertés les demandeurs d’asile.

Des dénonciations multiples

Cependant, la vision binaire que porte le gouvernement, distinguant « bons » et « mauvais » migrants, se heurte à l’indignation de la société civile, notamment avec la dénonciation remarquée du projet de circulaire Collomb par 19 associations le 20 novembre dernier. Ces associations ont saisi le 10 janvier le juge des référés du Conseil d’État contre les circulaires « hébergement d’urgence » et seront à nouveau reçues par Edouard Philippe le 11 janvier.

Les associations dénoncent la volonté de mettre en place un contrôle discriminatoire et systématique au sein de lieux indépendants de l’État. La mise en place de cet inquiétant arsenal répressif est pointée du doigt au sein même de la majorité : en témoigne la question de la députée Sonia Krimi (LREM) dans l’hémicycle le 19 décembre, qui assimile la circulaire à une série de « caricatures simplistes et cyniques« . En réponse, le ministre de l’intérieur se contente de citer des statistiques, conformément à la politique du chiffre qu’il souhaite mettre en place. Une position qui tend de plus en plus à diviser au sein de la majorité : le député LREM Jean-Michel Clément a pour sa part exprimé mardi 9 janvier sa volonté de mettre en place un groupe de frondeurs.

Lyon, laboratoire de la « méthode Collomb »

Pour avoir un aperçu alarmant de ce à quoi peuvent mener les prérogatives du ministre de l’intérieur, il suffit de jeter un œil à la gestion migratoire de la ville de Lyon, dont Gérard Collomb a été maire de 2001 à 2017, et qui illustre déjà cette logique de criminalisation des migrants. Ainsi, il avait décidé durant l’été caniculaire 2016 de couper stratégiquement l’eau potable de fontaines publiques  pour éviter qu’elles ne deviennent des lieux de regroupement de sans-abris et donc que ceux-ci soient visibles des touristes.

Une volonté méthodique de cacher les migrants, également mise en oeuvre lors de la venue du président de la République à Lyon début septembre, lorsque la police avait ordonné la dissimulation du camp de l’esplanade Nelson Mandela par laquelle passait le convoi présidentiel. La politique locale se mue en nationale lorsque Gérard Collomb est nommé ministre de l’Intérieur : ainsi justifiera-t-il les lacérages de tentes et autres violences policières dans la Jungle de Calais par une volonté de ne pas « créer un appel d’air » conduisant les migrants à « s’enkyster ».

Face à cette politique, des étudiants se sont récemment mobilisés à l’université Lumière Lyon II, accompagnés de professeurs et personnels administratifs, se substituant ainsi à un État qui manque à ses devoirs d’accueil inconditionnel de toute personne en situation de détresse. Une cinquantaine de migrants – dont des mineurs et des familles – ont été accueillis et pris en charge dans une aile du campus. L’occupation se voulait dénonciatrice du déni du droit commun et du recours normalisé aux expulsions dont font preuve les autorités. Malgré la mobilisation associative et médiatique provoquée par l’occupation de « l’amphi C », le préfet du Rhône Stéphane Bouillon a refusé l’ensemble des revendications du collectif. La décision de justice rendue le 14 décembre exige une expulsion de la faculté avec recours aux forces de l’ordre. Cette réponse est emblématique du recul des droits fondamentaux annoncé dans le cadre de la réforme migratoire en chantier. Depuis, le collectif a réquisitionné et occupe toujours un bâtiment vide, propriété de la métropole. A l’intérieur, un lieu de vie décent pour les migrants tente de s’organiser faute de proposition de logement étatique, alors même que la Fédération Française de l’Immobilier estime que 3 millions de logements sont actuellement inoccupés.

Ce type de mobilisations ayant recours à l’occupation se répand dans de nombreuses villes françaises comme Grenoble ou Nantes. L’action citoyenne, qui répond dans un premier temps à l’urgence solidaire, se veut également lutte politique. Une résistance qui s’organise malgré la volonté de criminaliser cette solidarité. Martine Laudry, militante d’Amnesty International, a par exemple été jugée ce lundi 8 décembre au tribunal correctionnel de Nice pour « délit de solidarité », pour avoir accompagné deux migrants mineurs isolés à la police aux frontières, afin de faire valoir leurs droits.

L’instabilité politique, la violence sociale et la précarité économique sont autant de facteurs de migration qui ne peuvent être hiérarchisés en dehors de toute considération contextuelle. Le phénomène de migration est souvent évoqué à tort comme un tout, homogène, dans lequel l’individu est effacé. William Lacy Swing, directeur de l’IOM, organisme de l’ONU chargé des migrations, dénonçait au contraire le 15 décembre le fait que « nous vivons une époque dans laquelle une élite privilégiée considère la mobilité presque comme un droit de naissance ».

Une « victoire politique du Front national » ? 

La posture extrêmement répressive du gouvernement en matière de politique migratoire a d’ailleurs été saluée par l’extrême-droite, par le biais de Louis Aliot sur BFM-TV, et même à travers un communiqué de presse du parti, célébrant une  « victoire politique du Front national ». Un soutien de poids qui semble embarrasser Gérard Collomb, exprimant dans la presse son incompréhension d’être perçu comme « facho de service ». Ce qui ne l’empêche pas de disqualifier les associations d’aide aux migrants, en rappelant que « l’extrême gauche, ne l’oublions pas, ce sont des millions de morts en URSS » …

Le caractère personnel de la gestion présidentielle de la politique migratoire est particulièrement révélateur d’un autoritarisme d’État alarmant : « Je ne peux pas donner des papiers à tous les gens qui n’en ont pas » avait-il ainsi répondu à une demandeuse d’asile le 21 novembre.

Pensée complexe ou double-discours ?

La ligne politique de gestion migratoire dans laquelle s’inscrit Emmanuel Macron est en contradiction totale avec les propos qu’il avait précédemment tenus. Ainsi, dans un discours aux préfets en septembre, il dénonçait les « situations indignes de notre pays et de sa tradition d’accueil » qu’amène la non considération de l’urgence migratoire, soulignant l’importance de ne « céder ni à la démagogie, ni aux facilités du quotidien ».

Ces déclarations apparaissent dès lors comme la façade trompeuse d’une réalité de sélection de migrants : les moyens mis en œuvre pour mieux accueillir certains migrants sont corrélatifs à l’exclusion systématique d’autres. Le double discours de Macron tente de justifier cette politique de tri. Ce positionnement biaisé est révélateur de la stratégie gouvernementale, et s’est vu récemment dénoncé par une partie de la gauche dont Benoit Hamon, pour lequel même la ligne sarkozyste en matière de gestion migratoire était davantage tempérée. Une comparaison qui fait la une de Libération ce 12 janvier, le journal titrant : « Tri des migrants : Sarkozy en rêvait, Macron l’a fait ».

« Il n’y a pas aujourd’hui un traitement de faveur pour les migrants en France, c’est vraiment l’inverse » déclarait le directeur des études de la fondation Abbé Pierre le 3 janvier. Après la violence physique du périple, la violence institutionnelle porte déjà et portera encore plus le coup fatal. La déshumanisation du rapport au demandeur d’asile sera d’autant plus flagrante de par la mise en place d’audience avec les magistrats par vidéo-conférence (mesure du projet de loi), une mise à l’écart totale en somme.

Le reniement par le gouvernement des valeurs humanistes au fondement de la République, à travers cette circulaire Collomb et le projet de loi sur le régime d’asile européen, interroge donc. Faut-il y voir une volonté de concurrencer la droite, et notamment Laurent Wauquiez, dans la surenchère identitaire ? En attendant, c’est le FN qui applaudit.

Crédit Photo: ©Collectif Amphi C

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