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Numéro 2 du MJS en 2016, il a rejoint Mélenchon

Numéro 2 du MJS en 2016, il a rejoint Mélenchon
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Yannis Zeghbib était militant socialiste depuis 10 ans et Secrétaire Général du Mouvement des Jeunes Socialistes. Il a choisi de renoncer à ses mandats pour rejoindre Jean-Luc Mélenchon et la France Insoumise. Explications.

 

LVSL : Tu t’es engagé en politique il y a dix ans, tu peux nous raconter ton premier contact ?

J’avais 15 ans à l’époque, en 2007. J’étais déjà un peu politisé, je regardais les débats à la télé, j’avais séché des cours pour aller en manif contre le CPE… Début 2007, Sarkozy me révulsait. Pour moi, il incarnait une droite d’une extrême violence sociale, le règne du fric, la xénophobie décomplexée. Ma conscience me poussait à vouloir agir, mais je ne voyais pas quoi faire, sinon convaincre mes camarades de classe.

Un jour, par hasard, je suis tombé sur une militante du MJS qui tractait, et je me suis arrêté pour discuter. Je lui ai dit que j’étais de gauche, que je trouvais certaines idées de Marie-George Buffet ou d’Olivier Besancenot intéressantes, mais qu’il et elle n’avaient aucune chance de gagner et de battre Sarkozy. Donc, si je pouvais voter, ce serait Ségolène Royal même si j’étais pas trop fan. La militante en question m’a dit que c’était proche de la pensée du MJS et m’a alors proposé de participer à une réunion. J’y suis allé, et de fil en aiguille je me suis retrouvé à tracter et coller des affiches pour la candidate du PS, tout en me retrouvant dans l’idée qu’il fallait peser à gauche sur le seul parti capable de prendre le pouvoir face à la droite.

 

 

LVSL : Alors que le quinquennat de François Hollande touche à sa fin, quel est ton sentiment vis-à-vis du PS ?

Ni haine, ni violence, c’est la fin d’un cycle. Avant 2012, le leitmotiv était de dire que nous n’aurions pas droit à l’erreur. Il y avait chez les gens à la fois de l’espoir, mais aussi beaucoup de méfiance. Cela faisait des années qu’un processus de rupture était en place entre le PS et celles et ceux qu’il était censé défendre. Ce quinquennat a rendu ce processus irréversible. Au lieu de se servir du pouvoir comme d’un levier de reconquête de l’hégémonie, le PS a fait l’inverse. Aujourd’hui, c’est un outil qui n’intéresse plus grand monde, à commencer par bon nombre de ceux qui sont encore dedans. Il n’y a plus de débats de qualité, plus de pensée théorique d’envergure, et les discussions entre courants qui étaient souvent dures mais riches avant 2012 sont devenues impossibles. Ça peut sembler spécial à entendre en 2017, mais, à une époque, la gauche du parti innovait, portait une réflexion et une formation théoriques exigentes et avait des propositions de haut niveau.

Depuis quelques années, quand on va dans une réunion de section, c’est seulement pour se taper dessus entre gens qui ne se convaincront jamais. C’est amusant un temps quand on aime les joutes verbales, mais c’est complètement vain. On finit la discussion avec d’un côté ceux qui se disent que de toute façon ils soutiennent le gouvernement et les autres qui ne le soutiennent pas. Ces derniers se disent qu’ils sont les vrais socialistes, les gardiens du temple, ils s’accommodent d’être minoritaires, ce n’est pas grave, au moins défendent-ils la pureté du dogme. Au bout d’un moment tout ça n’a plus aucun sens : tu vas en manif contre la loi travail l’après-midi, le soir tu te retrouves face à des types qui vantent les pratiques des “CRS qui ont gazé les gauchistes” ! L’atmosphère devient irrespirable, sans mauvais jeu de mots. Ce qui raccroche encore les gens entre eux, c’est le pouvoir et la gestion de nombreuses collectivités. Pour le reste, ce n’est plus dedans que peut se construire une majorité politique de changement progressiste pour le pays. Je ne sais pas si le PS explosera comme certains le prédisent. Ce qui est sûr, c’est que c’est devenu une mécanique qui ne tient que par et pour l’attribution de postes. Bien loin de l’idée qu’on peut se faire d’une politique au service des gens.

 

 

LVSL : Tu dis tirer les enseignements de l’échec de la stratégie des frondeurs, mais quelle était-elle ?

J’explique cela plus longuement dans mon texte de départ, mais il faut simplement retenir que la stratégie historique de la gauche du parti c’était :

  1. d’influer sur le programme dans l’opposition et sur les réalisations une fois au pouvoir,
  2. de maintenir le PS ancré dans le mouvement social, notamment via les syndicats,
  3. et de lui permettre de rassembler toute la gauche.

Sur ces trois principes c’est un échec. Le PS n’est plus en capacité de rassembler quiconque à gauche autour de lui, c’est même contre lui que se font le plus souvent les alliances, comme en 2015 par exemple. Le mouvement social s’est mobilisé comme jamais depuis un demi siècle contre le PS, le summum fut le printemps 2016 avec la loi travail et ses manifestations à plus d’un million de personnes. Enfin, la gauche du PS n’a non seulement pas aiguillé le gouvernement dans sa politique, mais surtout ne s’est pas donné les moyens de résister clairement aux reculs, en se cantonnant à une abstention systématique. Le pire dans l’inefficacité est atteint lors du 49-3 sur la loi travail, ou seuls les députés communistes votèrent la censure, les frondeurs laissant ainsi passer la pire loi de recul des droits sociaux de ces dernières décennies. Tout ça pour ne pas risquer l’exclusion.

Quand on en vient à privilégier l’appartenance à l’appareil par rapport à la défense de ceux qui nous ont élus, c’est qu’on fait dangereusement fausse route. Mais surtout, quand on sort de la question tactique, quel est l’intérêt de se battre dans l’opposition pour obtenir des députés socialistes de gauche, si une fois au pouvoir ils ne peuvent, ou ne veulent, assumer les affrontements nécessaires, affrontements prévisibles qui sont leur raison d’être ?

 

LVSL : Tu as choisi de renoncer à tous tes mandats pour rejoindre la France Insoumise, pourquoi ?

Quand on fait le bilan que le PS n’est plus un outil pertinent pour changer les choses, que la stratégie de l’intérieur est un échec et une impasse, mais qu’on refuse de se résigner et de se dire que tout est foutu, alors le choix de la France Insoumise devient une évidence. Si on prend un peu de hauteur sur toutes ces histoires socialo-socialistes qui au final n’intéressent plus grand monde, on peut tirer le constat que le moment politique présent n’est pas une simple sortie de route qui nécessiterait un ré-ajustement pour retourner à la normale, mais une crise de régime. C’est un moment où les repères traditionnels disparaissent, où les représentations anciennes s’effondrent, où les hégémonies des dernières décennies vacillent. C’est ce qui permet à des forces politiques historiquement exclues ou marginales de renverser le champ politique et de réaliser des percées électorales dès lors qu’elles ont l’intelligence de se saisir des opportunités qu’offrent de telles périodes.

Actuellement, c’est le Front National qui a le mieux saisi cette séquence. Dès lors, et si l’on veut conjurer la dynamique de l’extrême-droite, il faut avoir l’audace de produire les symboles et les mots d’ordre nouveaux, de tracer de nouvelles frontières politiques et de construire les outils de prise du pouvoir permettant de subvertir une cartographie politique chancelante. Jean-Luc Mélenchon est le seul faisant ce constat dans le camp de la transformation sociale, et le mouvement France Insoumise est une tentative prometteuse pour y répondre. Je crois que c’est à partir de cet outil que peut se jouer efficacement la bataille pour 2017 et la victoire on l’espère. Dans tous les cas, il y a  la capacité de reconstruire une force de progrès écologique, social et démocratique, à vocation majoritaire, sur le long terme.

 

Propos recueillis par Isiah Heinz pour LVSL

Crédit photo : Gwenn Herbin

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