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Philippe Poutou chez Ruquier : dîner de cons avec un ouvrier

Philippe Poutou chez Ruquier : dîner de cons avec un ouvrier
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Le samedi 25 février dernier, l’émission On N’Est Pas Couché recevait Philippe Poutou. Le candidat du NPA avait déjà fait l’expérience du traitement condescendant et réducteur que les médias réservent aux petits candidats lors de la campagne présidentielle de 2012. Pourtant, sur le plateau de Laurent Ruquier, le mépris de classe et l’indécence des chroniqueurs-polémistes du petit écran ont atteint un degré tout à fait remarquable.

Une minute ne s’est pas écoulée depuis son entrée sur le plateau que le feu est ouvert sur Philippe Poutou. Plus cuistre que jamais, Nicolas (fils de) Bedos, le charmant garçon à la belle histoire (il a trouvé dans l’écriture un palliatif à son addiction à la cocaïne), ironise : « Vous êtes candidat à l’élection, vous ? ».

Déjà dans les annales du web, la séquence la plus outrancière arrive dans la foulée. La chroniqueuse-blagueuse Vanessa Burgraaf cafouille au moment de demander à l’invité comment il compte interdire les licenciements. Moqué par Laurent Ruquier, l’épiphénomène va provoquer trois interminables minutes d’hilarité et de sarcasme sur le plateau, consternantes de bêtise crasse et d’entre soi ostentatoire, où l’absence de toute vergogne et de toute retenue face à un sujet aussi gravement actuel a choqué à juste titre plus d’un téléspectateur.

Efforçons nous cependant de trouver des circonstances atténuantes à nos chroniqueurs-persifleurs. Les licenciements ? Ils ne savent tout simplement pas de quoi il s’agit. Pour eux, c’est un phénomène complètement désincarné, qui ne les concerne pas. Embauché à 18 ans et sans le bac comme conseiller du directeur de Canal+ Alain De Greef (« Tout le monde pensait que j’étais pistonné », prendra-t-il soin de préciser à Paris Match), Nicolas Bedos a probablement une vision du marché de l’emploi légèrement distordue.

Toute honte bue, notre journaliste devant l’éternel Vanessa Burgraaf revient aux choses sérieuses : Comment diable pourrait-on imposer aux patrons de ne pas licencier ? L’impuissance politique face aux contraintes économiques néo-libérales est ici résolument intériorisée : une mesure sociale qui n’a rien de révolutionnaire passe pour l’hérésie la plus grotesque. Car enfin, s’insurge Vanessa Burgraaf, « les investisseurs partent, les milliardaires partent, c’est la réalité ».

Affiche des Nouveaux chiens de garde
Affiche des Nouveaux chiens de garde

La suite de la séquence est à l’avenant. Philippe Poutou est prisonnier du personnage docile et jovial qu’il est devenu en 2012. Celui du candidat trublion qui se présente, encore en 2017, « sans croire aux élections et sans vouloir de la fonction présidentielle ». Ligoté dans le costume qu’on lui a taillé, celui de l’ouvrier/militant pittoresque et utopique, le candidat invité par Laurent Ruquier est resté à sa place dans le champ social. Pour reprendre les mots du journaliste Michel Naudy dans Les nouveaux chiens de garde, Philippe Poutou est demeuré « l’indien dans sa réserve, identifiable à des poncifs idéologiques ». Poncifs inlassablement ringardisés par l’éditocratie tels que la lutte des classes, que journalistes et politiciens orthodoxes ont marginalisé hors du fameux « principe de réalité ». Précisément, c’est cette touche de romantisme ouvrier, comme une image d’Épinal, qui constitue la distraction du plateau et génère l’audimat.

Ce rôle, François Ruffin, réalisateur du documentaire Merci Patron, refuse de l’endosser. Lauréat du César récompensant le meilleur documentaire, il a délivré, lors de la nuit des Césars le vendredi 24 février, un discours acéré, juste et très engagé. Le ton est poignant de sincérité, il interpelle son public: « et si c’étaient des acteurs qui étaient mis en concurrence avec des acteurs roumains » ?  Les invités applaudissent à tout rompre. Le ministre de l’intérieur Bruno Le Roux, qui assiste à la cérémonie, sourit imperturbablement. Qu’en restera-t-il ? Est-ce un nouveau supplément de bonne conscience que s’est offert l’industrie du Cinéma? En 2016, la palme d’Or de Cannes avait déjà été décernée à Moi, Daniel Blake, comédie sociale du britannique Ken Loach dénonçant l’austérité [1].

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Refermant l’actualité du week-end, un sondage Kantar-Sofres-OnePoint du dimanche 26 février est venu donner une tonalité particulière à ces spectacles médiatiques. On y apprend qu’au second tour de l’élection présidentielle, et si tant est que le cas se présente, Marine Le Pen obtiendrait 48% des suffrages chez les moins de 35 ans et 57% chez les « Professions et Catégories Sociales » dites « inférieures » face à Emmanuel Macron. Des catégories aujourd’hui exposées à la violence du marché du travail et à la réalité des plans de licenciement, de Ford à Bordeaux à l’usine Whirpool d’Amiens.

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Soyons sans crainte, la sous-catégorie socio-professionnelle des journalistes, personnalités de la culture et du show-business, et autres mondains d’intra-muros, dignement représentée aux remises de prix du grand écran et sur les « talk-shows » du petit écran, saura exhorter le bon peuple à revenir à la raison à coup de tribunes, certes moralisatrices, mais foncièrement bienveillantes. L’entre-deux-tours venu, elle pourra, n’en doutons pas, compter sur leurs confrères de Libération ou du Monde pour les relayer.

[1] Pour aller plus loin sur ces moments de « subversion dissoute dans la fausse subversion », voir https://philitt.fr/2017/02/27/ruffin-aux-cesars-et-poutou-a-la-television-deux-expressions-du-nouveau-divertissement-proletaire/

Les extraits vidéo proviennent du site www.buzzfeed.com

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