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Pourquoi (et comment) lutter pour l’égalité salariale ?

Pourquoi (et comment) lutter pour l’égalité salariale ?
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A partir de ce vendredi 3 novembre à 11h44, les femmes vont travailler « bénévolement » pendant 39,7 jours ouvrés en 2017. Ce calcul, effectué par la newsletter « Les Glorieuses », met en évidence la persistance d’importantes inégalités salariales entre hommes et femmes dans la France de 2017. Alors, pourquoi et comment lutter pour l’égalité salariale ?

Campagne de sensibilisation aux inégalités salariales, par les Glorieuses.

Aujourd’hui, l’inégalité salariale stagne mais les écarts de salaires existent toujours. Brigitte Grésy, secrétaire générale du « Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes » précise qu’« au fil des années, l’écart diminue, mais de très peu. Il s’est réduit de 2 points en quelques années. » Il ne faut pas se satisfaire de cette stagnation bien au contraire car elle souligne l’absence d’actions efficaces pour faire disparaître cette inégalité. En effet, tous secteurs confondus, la différence des salaires entre femmes et hommes est aujourd’hui de 15,8% à compétences égales. 

Selon les Glorieuses, « les perspectives de carrière et la possibilité d’obtenir un salaire plus élevé pour les femmes sont entravées par le fait qu’elles connaissent davantage d’interruptions au cours de leur carrière que les hommes. Ces différences sont essentiellement liées à la place qu’elles occupent dans la sphère privée (éducation des enfants, prise en charge des parents, tâches ménagères et charge mentale). » Des inégalités salariales qui concernent tous les secteurs, comme le montre le graphique ci-dessous.

Graphique de Midi-CTES sur les inégalités salariales par secteur. Source : INSEE.

Que fait l’Etat ?

Sur le site du secrétariat d’Etat chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes nous avons accès à de nombreuses études, rapports et même vidéos réalisés entre 2012 et 2016 sur l’égalité professionnelle. Ces documents ont été produits par exemple par le MEDEF, par AGEFOS PME (Association pour la Gestion de la Formation des Salariés des Petites et Moyennes Entreprises) ou par différents ministères. Tous ces documents dressent un état des lieux de l’égalité professionnelle et sont riches de solutions pour y remédier. Reste qu’on est en droit de se demander si les pouvoirs publics ont réellement essayé de se saisir de la question. 

Aujourd’hui, que ce soit de la part de Marlène Schiappa ou du Président de la République, on distingue un grand silence au sujet du combat pour l’égalité salariale, alors que durant la campagne présidentielle, le candidat Macron avait voulu montrer de la bonne volonté en érigeant l’égalité femme-homme au rang de « cause nationale ». Pour garantir l’égalité salariale, Emmanuel Macron envisageait même lors de sa campagne présidentielle de publier les noms des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale mais aussi de tester au hasard et massivement les entreprises pour vérifier qu’elles respectent bien la loi. A ce jour, aucune liste des entreprises françaises sur l’écart des salaires femmes/ hommes n’a été publiée.

Et ce n’est pas la proposition de Bruno Le Maire, ministre de l’économie, qui propose aux hommes de baisser leurs salaires en compensation, qui permettra à ce combat de faire progresser la justice salariale…

Tweet des Glorieuses en réaction à la proposition de Bruno Le Maire.

Contraindre les entreprises ?

En Angleterre, le gouvernement britannique a pourtant opté pour une transparence des entreprises au sujet de leurs rémunérations. En effet, chaque entreprise de plus de 250 salariés va devoir rendre publics les écarts de salaires entres les hommes et les femmes avant avril 2018. Pointer du doigt les entreprises suivant l’exemple britannique apparaît nécessaire, toutefois n’oublions pas que cette transparence doit être accompagnée d’un véritable soutien de la part de l’état pour mettre en place dans chaque entreprise l’objectif d’égalité salariale.

La question des solutions et de leur efficacité est centrale car il ne suffit pas seulement de faire un état des lieux : il faut désormais agir rapidement pour réduire le plus possible ces écarts de salaires. Si 83% des grandes entreprises en France ont signé un accord sur l’écart des salaires, la réduction de seulement 2 points de cet écart en quelques années apparaît largement insuffisante. Sous la présidence de François Hollande,  le 18 décembre 2012, un décret relatif à la mise en œuvre des obligations des entreprises pour l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes a permis de renforcer le dispositif de pénalité qui pèse sur les entreprises ne respectant par leurs obligations en terme d’égalité professionnelle. Mais certaines entreprises préfèrent encore payer des amendes plutôt que d’augmenter les salaires des femmes.

L’implication des entreprises dans cette lutte est nécessaire à l’image du groupe Clisson, une entreprise de métallurgie dans les Deux-Sèvres, qui a mis en place une commission d’égalité femmes/hommes afin d’améliorer l’articulation des temps de vie professionnelle et personnelle de ses salariés.

R., qui témoigne sur le site internet des Glorieuses, met en avant l’association au sein de l’entreprise comme moyen de donner davantage de poids aux femmes dans les négociations salariales : “Au sein de mon entreprise, on s’est vite rendues compte avec d’autres femmes que nous avions les mêmes problématiques : manque de crédibilité auprès de la direction, mêmes dérives de la part de nos supérieurs (rien de très grave, mais de quoi vous démotiver)… Nous avons donc créé un petit groupe de réflexion pour se pencher sur ces problèmes et nous entraider ! Le fait d’être entourée de femmes a pu être, pour certaines, un critère de confiance qui leur a permis de se confier, mais aussi de recevoir avec bienveillance les conseils donnés par les autres femmes.” 

Enfin, au niveau macroéconomique, imposer l’égalité salariale aux entreprises, en plus de constituer un progrès pour le droit des femmes, permettrait de financer le retour de la retraite à 60 ans, par le surplus de cotisations sociales créé. De plus, selon une étude de la Fondation Concorde publiée cette semaine, instaurer une égalité salariale parfaite entre femmes et hommes engendrerait un gain annuel de près de 62 milliards d’euros pour l’économie française : 33,7 milliards d’euros en recettes supplémentaires pour l’Etat – à travers la TVA, l’impôt sur le revenu et les cotisations sociales et patronales -, 22 milliards de hausse de la consommation, et 6,16 milliards de hausse de l’épargne.

 

 

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