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Procès Rakto Mladic : Récit d’un traitement médiatique des guerres d’ex-Yougoslavie

Procès Rakto Mladic : Récit d’un traitement médiatique des guerres d’ex-Yougoslavie
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Lundi 5 Décembre avaient lieu les premières réquisitions du procureur du Tribunal Pénal International de la Haye concernant le procès de Ratko Mladic, ancien général de la République des Serbes de Bosnie, proche de Radovan Karadžic, condamné par ce même tribunal en mars 2016 pour « Crime de guerre, génocide et crime contre l’Humanité ». Le géneral Mladic est en effet accusé, à l’instar de Karadzic, d’avoir organisé le massacre de Srebrenica en Bosnie durant la guerre en Juillet 1995.

Ce procès est pour nous l’occasion de revenir sur le traitement médiatique et politique du conflit ayant opposé les diverses nations et ethnies des Balkans, à la suite de l’explosion de la Yougoslavie, entamée après la mort de Josip Broz « Tito » en 1980 et l’élection de Slobodan Milosevic en tant que président de la Yougoslavie en 1989, et dont l’acte final s’est déroulé en 2008 avec l’indépendance du Kosovo, reconnu par la plupart des puissances de l’OTAN.

Retour sur les guerres d’ex-Yougoslavie

Les guerres d’ex-Yougoslavie commencent avec de larges victoires dans les urnes des forces nationalistes en Croatie où Tujdman, un ancien communiste dissident est élu président et proclame l’indépendance de la Croatie par référendum en 1991.  Cette indépendance nouvelle de la Croatie pose un problème majeur aux minorités serbes de Croatie et au gouvernement de Belgrade qui craint une épuration ethnique des Serbes de la part des Croates. En effet, dans le même temps, dans les rues de Zagreb renaissait le drapeau à damier blanc et rouge, surmonté du « U » de « Ustasa » de sinistre renommée, le mouvement oustachis étant un mouvement fasciste croate extrêmement influent durant la Seconde Guerre Mondiale, connu pour avoir collaboré avec l’Allemagne Nazie dans les Balkans et accusé d’avoir massacré dans ses camps de concentration près de 800 000 serbes, juifs et tziganes.

Il en va de même pour la Bosnie-Herzégovine, dont le tracé des frontières issu du traité de Yalta, comporte de nombreuses parties abritant une importante majorité serbe. Milosevic lance par conséquent deux offensives, utilisant notamment la JNA (Armée Nationale Yougoslave) et en s’appuyant sur des milices nationalistes serbes autonomes. Ce conflit ne prend fin qu’en 1995 avec la signature des Accords de Dayton suite à une intervention de l’OTAN mêlée aux milices croates de Tujdman. Les massacres de Srebrenica surviennent en Juillet 1995, ils sont perpétrés par les milices serbes, dont Ratko Mladic était le Général. 8000 bosniaques périrent sous les yeux des casques bleus de l’ONU. A la suite des accords de Dayton, la situation au Kosovo, déjà explosive à la mort de Tito, dégénère (les Serbes se sentant discriminés par les Albanais, organisaient des manifestations pour que l’Etat fédéral puisse assurer leur sécurité dès 1980…). En effet, des affrontements entre la minorité serbe du Kosovo et les nationalistes albanais de l’uçk ont lieu sur le territoire. Le gouvernement de Milosevic intervient en 1997 et l’OTAN lance des bombardements contre la Serbie entre le 23 mars et le 10 juin 1999, conduisant à la chute de Milosevic durant la « Révolution des Buldozers » le 5 Octobre 2000.

Du traitement manichéen des médias européens

Ce conflit, fortement médiatisé à l’époque, laisse un goût amer chez une bonne partie de la population serbe. En effet, l’Occident n’a pas traité ce conflit de manière objective, notamment en France, où l’intelligentsia s’est empressée de qualifier Milosevic de « Nouvel Hitler ». Si les crimes commis par les milices serbes sont indéniables, il convient d’affirmer que le traitement des guerres d’ex-Yougoslavie en Occident reposait sur une méconnaissance profonde des Balkans. Pas un mot ne fût porté sur l’opération Tempête menée par le Général Croate Ante Gotovina, opération qui visait à épurer ethniquement l’est de la Croatie des Serbes qui s’y trouvaient. Ainsi, près d’une centaine de milliers de Serbes furent contraints à l’exil tandis que plusieurs centaines d’entre eux étaient mis à mort (677 selon l’ONG Croatian Helsinski Comitee).

Pour les Serbes de Croatie ce fut la valise ou le cercueil. Il en va de même pour la Bosnie dont le Président, Alija Itzerbegovic (que BHL qualifiait de «  Général de Gaulle de la Bosnie résistante ») avait été membre de la division SS Handchar durant la seconde guerre mondiale et s’appuyait sur les djihadistes afghans de la division « El-Mudjahidin » dont les atrocités ne sont pas sans rappeler celles de l’Etat Islamique. En effet, la branche de propagande de la brigade diffusait durant le conflit des vidéos de ses soldats jouant au football avec des têtes coupées de soldats serbes. La plupart de ces atrocités ne furent jamais montrées au grand public, les médias français ont préféré nous présenter Tujdman en héroïque défenseur de son peuple, et Itzerbegovic en Résistant face à la barbarie des Serbes. Cette hystérie du monde intellectuel pris une tournure ubuesque lors du Festival de Cannes de 1995. Alain Finkielkraut et Bernard-Henri Lévy s’empressèrent de dénoncer le film Underground d’Emir Kusturica comme étant un film de propagande serbe, ce à quoi le cinéaste serbe rétorqua que les deux philosophes n’avaient tout simplement pas vu le film. Les deux reconnurent ne pas l’avoir vu, le film n’était alors même pas encore sorti en salle.

Ce traitement de l’information via les médias et les gouvernements occidentaux laisse encore aujourd’hui une profonde amertume au sein de la société serbe. Sur le parvis du parlement à Belgrade trône une gigantesque banderole écrite en serbe et en anglais et comportant les photos de Serbes assassinés durant le conflit : « Les familles des serbes assassinés veulent la justice ». Si la justice sera rendue au nom des 8000 musulmans assassinés par Mladic, Karadzic et les milices, il y a fort à parier que ces visages auraient aussi aimé que toute la vérité soit faite sur les sinistres guerres d’ex-Yougoslavie.

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