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Quand Emmanuel Macron soutenait la vente d’armes de la France à l’Arabie Saoudite

Quand Emmanuel Macron soutenait la vente d’armes de la France à l’Arabie Saoudite
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Sur les conflits qui déchirent le Moyen Orient, Macron fait l’objet d’une désinformation insidieuse. Le choix médiatique d’évaluer les propositions des candidats sur ces conflits uniquement à partir du prisme syrien induit une présentation biaisée de leurs positions. À cet égard, le silence médiatique sur le Yémen et les crimes de guerre saoudiens alimente l’image erronée d’un Macron que l’on nous présente comme un candidat promouvant les droits de l’homme, quand en vérité le ministre Macron a été complaisant à l’égard des crimes de guerre saoudiens, allant jusqu’à soutenir la vente d’armes à ce pays. Silence médiatique sur le Yémen et silence médiatique sur ces positions de Macron sont liés. Ou quand le journalisme médiocre alimente le médiocre journalisme…

Au Yémen, crise humanitaire et crimes de guerre

Selon l’ONU, le Yémen connaît la plus grande crise humanitaire au monde” : plus de 80% de la population a besoin d’une aide humanitaire en raison de l’insécurité alimentaire qui touche plus de 17 millions de personnes, du retour du choléra et de la rougeole. Plus de 3 millions de personnes ont dû partir de chez elles, plus de 2 millions d’enfants sont déscolarisés. Et la liste des maux qui rongent ce pays est longue…

En cause, une guerre civile opposant depuis 2014 rebelles chiites houthis et forces pro-gouvernementales (plus de détails, ici). Cette guerre a fait des dizaines de milliers de morts.

Photo © Khaled Abdullah / Reuters

Des crimes de guerre impunis

La situation s’est particulièrement dégradée après l’intervention de l’Arabie Saoudite à la tête d’une coalition de pays arabes en mars 2015. Le 7 octobre 2015, Amnesty International publiait déjà un rapport accablant qui dénonçait les crimes de guerre commis par les Saoudiens au Yémen et en appelait aux pays occidentaux à ne plus leur vendre d’armes. En cause : bombardements aériens volontaires sur civils ; destruction de milliers d’infrastructures publiques (écoles, hôpitaux) ; utilisation d’armes interdites par les traités internationaux, et cette liste aussi est encore longue. Depuis, d’autres rapports dénoncent l’impunité de nouveaux crimes de guerre. (Les rebelles houthis commettent aussi des crimes de guerre, mais il s’agit ici d’évoquer l’alliance entre la France et l’Arabie Saoudite)..

Le soutien français à l’Arabie Saoudite

Une semaine après le rapport d’Amnesty International, le 13 octobre 2015, la France, en digne pays des droits de l’homme, a évidemment ignoré ces recommandations en allant vendre des armes aux Saoudiens, dans le cadre d’un contrat-accord de 10 milliards d’euros.

Mais la France n’a pas attendu ce rapport pour apporter son soutien : dès le début du conflit en mars 2015, les services de renseignements français collaboraient avec les Saoudiens dans la guerre yéménite.

Silence médiatique sur la guerre au Yémen

La couverture médiatique du conflit yéménite est quasi inexistante, malgré l’importance du conflit et l’implication de la France.
On parle si peu de ce conflit que certains médias l’ont baptisé “la guerre oubliée”, alors même qu’ils sont responsables de cet oubli médiatique !
Nombreux sont ceux qui ont consacré un article pour dénoncer cet oubli et ont aussitôt renoué avec leur silence médiatique en n’abordant plus le sujet. Comme si ces milliers de morts n’étaient que l’occasion de meubler les temps morts de l’actualité, au même titre que les sujets sur le beau temps en été…

Ce silence médiatique sur le conflit yéménite permet à Macron de ne pas être confronté à la ligne politique qu’il a conduite à Bercy à l’égard de l’Arabie Saoudite et aux ventes d’armes qu’il a soutenues..

Macron et les crimes de guerre saoudiens

Aujourd’hui, Macron se veut ferme vis-à-vis des pétro-monarchies : “Sur le Qatar et l’Arabie Saoudite, je n’aurai aucune complaisance” (débat BFMTV/CNews). Or le candidat Macron promet ce que le ministre Macron a toujours nié : constant dans l’inconstance, Macron est d’accord avec tout le monde… sauf avec lui-même. Car contrairement à ce qu’il affirme, il a toujours fait preuve de complaisance avec l’Arabie Saoudite..

À l’occasion de son projet de loi qui sanctionne notamment la fusion entre deux entreprises d’armements, le français Nexter et l’allemand KMW, Macron rassure le député Hervé Morin qui l’interrogeait sur les exportations d’armes à l’Arabie Saoudite, auxquelles l’Allemagne pourrait s’opposer puisqu’elle refuse de leur en vendre. Macron assure alors que l’Allemagne ne pourra pas opposer de veto et que la France pourra continuer d’exporter des armes aux Saoudiens, malgré les “sensibilités” des Allemands sur les questions de droits de l’homme. Le “modèle allemand”, qu’il vante tant par ailleurs, ne semble plus l’inspirer quand il est question des droits de l’homme… Pragmatique jusqu’au bout, il souligne, par ailleurs, que le choix de l’Allemagne de ne pas exporter vers ces pays est une chance pour cette fusion puisqu’elle assure la complémentarité des entreprises française et allemande. (Le compte rendu intégral de cette séance : ici)

À cet égard, la ligne politique de Macron s’inscrit parfaitement dans celle du gouvernement Valls, quand on considère les contrats-accords d’armement signés entre la France et l’Arabie Saoudite alors qu’il était Ministre de l’économie, de l’industrie et du numérique.

Lui qui se vantait d’avoir la parole libre quand il était au gouvernement, prenant position contre le sommet de l’exécutif sur les fonctionnaires ou les 35h, a pourtant choisi de se taire quand, le 4 mars 2016, François Hollande remettait la légion d’honneur au Prince héritier saoudien Mohamed bin Nayef. À cette occasion, il a préféré fermer les yeux sur la guerre du Yemen et ouvrir ses bras au criminel de guerre : en effet, il a rencontré discrètement le Vice-président du conseil des Ministres saoudien. Cette rencontre ne figurait pas à son agenda officiel… De toute évidence, Macron préfère mettre en lumière ses vacances avec Brigitte et faire dans l’ombre ce qui pourraient vraiment intéresser les Français. Mais heureusement pour lui qui aime tant s’afficher en Une, l’agence de presse saoudienne a immortalisé ce moment.

Macron, le candidat le plus complaisant à l’égard des Saoudiens

Pour des raisons différentes, les quatre autres candidats les plus médiatisés ont fait preuve de bien plus de fermeté à l’encontre de l’Arabie Saoudite. 

Mélenchon et Hamon (dans une moindre mesure) ont tous deux dénoncé avec constance les crimes de guerre saoudiens au Yemen.

Le Pen a également dénoncé les rapports de la France avec les pétro-monarchies. Mais quand le FN reproche à la France les ventes d’armes aux Saoudiens, ce n’est pas en raison des crimes de guerre au Yemen… Ce que le FN reproche au gouvernement Valls, c’est le peu de retombées financières de ce contrat et le sentiment de s’être fait dupé.

Fillon est également critique à l’égard de l’Arabie Saoudite, moins pour son implication au Yemen dont il n’est jamais question, que pour son influence sur l’islam radical ; les critiques que le candidat Fillon adresse au gouvernement pourraient d’ailleurs tout aussi bien viser l’ex-premier ministre Fillon, sous le mandat duquel les relations entre la France et l’Arabie Saoudite étaient florissantes…

Au vu de son passage à Bercy, la fermeté de Macron sur les crimes de guerre ne tient que tant qu’elle ne constitue pas un obstacle aux intérêts économiques… D’où sa prétendue fermeté sur la Syrie et les ambiguïtés de sa position concernant l’Arabie Saoudite.

Crédits photos: http://www.spa.gov.sa/viewstory.php?lang=fr&newsid=1474150

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