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CETA, Europe, luttes sociales : Rencontre avec Raoul Hedebouw, porte-parole du PtB

CETA, Europe, luttes sociales : Rencontre avec Raoul Hedebouw, porte-parole du PtB
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Le Parti du travail de Belgique a été un des fers de lance de la lutte contre le CETA sur la scène politique Belge. Rencontre avec son porte-parole.

Toute l’Europe a eu les yeux rivés sur la Wallonie, après avoir eu les yeux rivés sur la Grèce en 2015. La séquence fut courte, mais intense. Le Parti du travail de Belgique, qui est donné à plus de 18% en Wallonie, rejette fermement le CETA. Il se murmure que le PS wallon serait mis sous pression, et que cela expliquerait la résistance du parlement wallon. Pensez-vous qu’il en aurait été autrement sans un PtB aussi haut dans les sondages ?

L’élément principal qui a permis d’ouvrir cette brèche lors du débat sur le CETA c’est le développement d’un vrai mouvement social en Europe et en Belgique autour de ces accords de libre-échange et de dérégulation. Ce mouvement s’est construit autour d’un front commun totalement inédit qui rassemble non seulement les organisations syndicales mais aussi les mutuelles, les agriculteurs, le mouvement environnemental, un grand nombre d’ONG, les associations de consommateurs, des mouvements citoyens, la jeunesse et même des petits indépendants.

Il y a eu plus de 3,8 millions de signatures pour la pétition européenne et des milliers de localités qui se sont déclarées « hors-TTIP et CETA » et dans toute l’Europe des millions de gens se sont mobilisés. C’est cette union qui a fait la force du mouvement et lui a permis de montrer qu’on pouvait faire bouger des lignes. C’est très important comme leçon, car cela confirme ce que nous disons, que le changement viendra en premier lieu du mouvement social et de la rue.

Après c’est évident que la montée d’une force politique de gauche conséquente comme le PTB joue un rôle dans la prise de position d’un parti comme le Parti socialiste. Il a plus de mal à jouer un double jeu. Le précédent gouvernement, sous la direction de ce même PS, n’a absolument eu aucun problème pour mandater notre pays pour les négociations autour des accords de libre-échange avec les États-Unis et le Canada. Le Premier ministre socialiste de l’époque Di Rupo y avait même apposé sa signature. Cela, le Parti socialiste n’ose plus le faire de la même façon aujourd’hui, probablement en partie parce qu’il sent le souffle chaud du PTB dans son cou.

Le CETA, entré provisoirement en application, va revenir devant le parlement wallon pour une ratification définitive. Pensez-vous qu’il est encore possible que le traité ne soit pas ratifié ?

La classe dirigeante européenne fait tout pour étouffer le débat. On vient encore de le voir au parlement européen où la grande coalition démocrates-chrétiens-libéraux-socialistes vient de cadenasser le débat sur le CETA, tant en réunion plénière que dans les différentes commissions, et refuse de demander l’avis de la Cour européenne de justice.

Durant l’épisode wallon, les pressions ont été énormes et elles seront encore fortes pour passer en force. Le mépris à l’égard des processus démocratiques, qu’ils soient régionaux, nationaux ou même européens est énorme. Nous l’avions déjà constaté quand le « non » français à la Constitution européenne a tout simplement été jeté à la poubelle – le même texte revenant sous un autre nom et sans référendum. Et nous l’avions aussi vu avec la Grèce et le diktat qui a lui a été imposé par l’Union européenne.

Plus généralement, est-ce que le CETA passera les étapes du parlement européen et des parlements nationaux et régionaux ?

Tout dépend du rapport de force qu’on arrive à développer dans les mois à venir. Dans un passé récent on a vu avec le traité ACTA qu’il était possible d’obtenir un rejet même après la signature au Conseil européen. Nous ferons tout en tout cas pour que ce traité soit rejeté.

Votre parti n’a réellement émergé qu’avec les élections législatives de 2014, grâce à un changement de stratégie initié en 2008. Au centre de cette nouvelle stratégie se trouve la communication du PtB. Vous en êtes en quelque sorte l’incarnation. Dans d’autres pays, comme en Espagne avec Podemos, ou en France avec Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, nous avons vu émerger de nouvelles forces politiques qui mettent elles aussi les nouvelles techniques de communication au centre de leur stratégie. Pourquoi la question des modes de communication du PtB a-t-elle pris une telle importance ? Comment votre parti articule-t-il votre rôle de porte-parole et la présence dans les luttes quotidiennes qui ont lieu en Belgique ?

Avant 2008, nous sous-estimions l’importance de la communication. Nous focalisions seulement sur le fond du message, quitte à avoir besoin de 2h pour l’expliquer à une personne. Or, une personne n’a pas toujours 2h devant elle pour avoir une discussion avec nous. Nous avons donc travaillé sur la communication pour la rendre plus percutante, colorée, concrète, afin de mieux faire passer notre message. Ce qui ne veut pas dire que le message passe en arrière-plan.

Notre service d’étude continue à produire d’excellentes analyses. Les textes de notre dernier congrès font une analyse en profondeur des causes de la crise du capitalisme en Europe et du besoin d’un changement de paradigme dans les règles économiques et politiques de notre société ; c’est ce que nous appelons le socialisme 2.0. De même, la communication ne remplace évidemment pas le devoir pour des dirigeants d’un parti de gauche d’être présents sur le terrain. Si je devais rester à temps plein au sein des institutions parlementaires, je fânerais comme une fleur sans terreau.

Vous avez toujours du mal à percer politiquement en Flandre. Le PtB est donné à 3,9% selon les derniers sondages. Comment expliquez-vous ce grand écart entre la Wallonie et la Flandre ? Le problème n’est-il pas, au fond, le fait que la Belgique est une construction nationale inaboutie ?

Tous les pays sont confrontés à des régions plus combatives et d’autres qui le sont temporairement moins. Ce n’est pas un phénomène spécifique à la Belgique. Il y a des raisons historiques à cela, comme la prépondérance du développement industriel ou pas, mais il y a aussi des raisons politiques, comme la sous-estimation par la gauche de la prise en main de combats contre les discriminations linguistiques réellement présentes au début du 20ème siècle. Cette différence de combativité politique, la gauche radicale européenne la connaît aussi à l’échelle de l’ensemble du continent.

La combativité n’est pas la même en France, en Espagne, en Pologne ou en Allemagne. Le défi des gauches radicales européennes est d’arriver à unifier tout cela dans un large mouvement politique visant à lutter contre cette Union européennne capitaliste et libérale. Unifier des classes ouvrières aux traditions et aux combativités différentes n’est pas une tâche évidente et nous y sommes aussi confrontés en Belgique. Ainsi donc nous considérons plutôt la Belgique comme un laboratoire passionnant nous permettant de résoudre cet énorme défi.

Propos recueillis par Lenny Benbara pour LVSL

Crédit photo : site officiel du PtB. http://ptb.be/node/3315

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