Home Monde Trump, l’Empire et le Parti Républicain
0

Trump, l’Empire et le Parti Républicain

Trump, l’Empire et le Parti Républicain
0

« J’ai toujours été opposé à la guerre d’Irak! ». « Quel était le but de cette guerre? Des centaines et des centaines de jeunes soldats sont morts. Et qu’est-ce que vous dites de ceux qui reviennent sans bras et sans jambes? Sans parler de l’autre côté! Tous ces enfants irakiens qui ont été déchiquetés! Et finalement, toutes les raisons pour lesquelles on a fait cette guerre sont mensongères! Tout ça pour rien! », déclarait Donald Trump durant la campagne présidentielle de 2016. En 2002, pourtant, le milliardaire était favorable à la guerre d’Irak; interrogé par le journaliste Howard Stern qui lui demandait s’il était favorable à « l’invasion de l’Irak », il avait répondu: « oui… et je souhaiterais qu’elle se fasse correctement cette fois-ci! ».

En 2011, Donald Trump était favorable aux bombardements en Libye qui ont causé la chute du régime de Mouammar Kadhafi; avant de les dénoncer.

Le moins que l’on puisse dire est que les convictions profondes de Donald Trump sur les questions internationales sont difficiles à cerner. Alors qu’Hillary Clinton avait clairement fait campagne sur des thématiques interventionnistes, les promesses du candidat républicain en matière de politique étrangère ont été plus contradictoires.

Donald Trump avait surpris bon nombre d’électeurs républicains en proposant de pacifier les relations avec la Russie ; alors qu’Hillary Clinton déclarait vouloir durcir les sanctions des Etats-Unis contre la Russie, son rival déclarait : « il faut s’entendre avec Poutine ; si je suis élu, je m’entendrai bien avec Poutine ». Sur le dossier syrien, les propositions de Trump contrastent également avec celles d’Hillary Clinton et de l’élite du Parti Républicain : Trump dénonçait la livraison d’armes américaines aux rebelles syriens (des « terroristes ») et accusait Barack Obama et Hillary Clinton d’avoir « créé Daech » en soutenant les rebelles islamistes. Concernant les relations avec l’Europe, Donald Trump a fait campagne contre le TAFTA (Traité Transatlantique) et déclaré qu’il envisageait un désengagement des Etats-Unis d’Amérique de l’OTAN.

Ce discours isolationnistes, voire pacifiste, contredit manifestement ses prises de position sur d’autres sujets. Devant l’AIPAC (le lobby pro-israélien des Etats-Unis), Donald Trump a tenu un discours encore plus favorable à Israël que ses prédécesseurs ; ovationné par la foule pendant vingt minutes, il a notamment qualifié les Palestiniens de « terroristes », multiplié les louanges d’Israël et déclaré que la « première mesure » qu’il adopterait serait « l’annulation de l’accord désastreux avec l’Iran » qu’Obama avait signé ; cet accord avait mis fin à une période d’extrême tension avec l’Iran qui durait depuis 1979. Trump avait en outre appuyé une revendication du gouvernement israélien fermement contestée par l’Autorité Palestinienne et ses alliés arabes : le déplacement de l’ambassade d’Israël de Tel-Aviv vers Jérusalem (ce qui équivaudrait à reconnaître que Jérusalem appartient à l’Etat d’Israël). Ce discours ne laisse donc pas présager une pacification des relations entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient. De même, Trump s’est opposé à la levée du blocus américain imposé à Cuba; les démarches entreprises en ce sens par Barack Obama « n’ont profité qu’au dictateur Castro, pas au peuple de Cuba », déclarait Trump. À la suite du décès de Fidel Castro, Donald Trump s’est réjoui de la mort d’un « dictateur brutal », avant d’ajouter, à la grande joie des exilés Cubains de Miami, qu’il ferait « tout [son] possible que le peuple cubain puisse entreprendre son voyage vers la prospérité et la liberté ». Le timide rapprochement entamé par Barack Obama semble donc compromis par l’élection du candidat républicain. Il est à noter que Donald Trump effectue la même analyse qu’Hillary Clinton sur la crise vénézuélienne : le gouvernement « opprime le peuple » du Venezuela, un pays « mortellement blessé par les socialistes » selon l’ex-candidat républicain. Les relations entre le continent latino-américain et le gouvernement des Etats-Unis ne vont sans doute pas connaître de changements importants avec l’élection de Trump.

Trump

Donald Trump sera forcé de trancher entre une ligne interventionniste et une ligne isolationniste.Ses promesses isolationnistes ne sont pas du goût de l’establishment du Parti Républicain et des représentants du puissant complexe militaro-industriel. Ce n’est un secret pour personne: les grandes puissances économiques et financières américaines sont favorables à la mise en place de traités de libre-échanges (le plus récent est le TAFTA) et à l’ouverture des marchés du monde entier aux capitaux américains; si besoin est, c’est par des interventions militaires ou des pressions économiques que le gouvernement américain les impose. Dans les mois qui suivront son investiture, Trump subira des pressions importantes de la part des multinationales; son élection a constitué un revers pour le « Big Business » américain, qui avait massivement soutenu Hillary Clinton contre Donald Trump, jugé trop flou sur les questions économiques et géopolitiques.

La fortune personnelle de Trump pourrait lui permettre de jouir d’une certaine autonomie vis-à-vis du « Big Business » qui exerce une très forte influence sur la classe politique américaine dont elle finance les campagnes et les médias. Donald Trump a envoyé des signaux contradictoires aux grandes puissances économiques américaines ; d’un côté, il a réaffirmé sa volonté de pacifier les tensions entre les Etats-Unis et la Russie sur le dossier syrien ; de l’autre, il a nommé Reince Priebus au poste de chef de cabinet de la maison blanche ; leader du Parti Républicain depuis 2011, Preibus est un défenseur constant d’une politique interventionniste. En 2011, il critiquait le manque de « leadership » du président Obama sur la question syrienne et plaidait, à la tête du Parti Républicain, pour une intervention militaire visant à renverser Assad…

Le moins que l’on puisse dire est que l’orientation du gouvernement américain en politique étrangère est plus qu’incertaine. En revanche, il est possible de dire que la perspective d’une nouvelle intervention militaire américaine ou d’une escalade sans fin des tensions avec la Russie semble plus improbable que si Hillary Clinton avait été élue, la candidate qui promettait, en 2009, « d’attaquer l’Iran » si elle gagnait la Maison Blanche…

Vincent Ortiz

Your SEO optimized title