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Il y a 5 ans, la révolution de Rojava

Il y a 5 ans, la révolution de Rojava
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Le 19 juillet 2012 des milices kurdes syriennes, les Unités de Protection du Peuple (YPG), prenaient le contrôle des grandes villes du nord de la Syrie. Depuis ce jour, les Kurdes syriens construisent leur autonomie et leur projet politique, séculier, démocratique et féministe, malgré la guerre civile.

Les Kurdes constituent un peuple apatride présent dans quatre pays : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Le Kurdistan syrien, ou Rojava, est une zone périphérique de cette aire de peuplement avec seulement 2 à 3 millions de Kurdes sur les 40 millions qui vivent au Moyen-Orient. Ils sont persécutés et réprimés en Syrie depuis l’indépendance. La guerre qui fait rage depuis 2011 leur offre cependant une opportunité inédite non seulement de conquérir leur autonomie mais aussi d’accomplir un projet politique radical.

En vert les principales zones de peuplement kurde.

Le confédéralisme démocratique au Kurdistan Syrien

Le confédéralisme démocratique est une idéologie politique théorisée au début des années 2000 par Abdullah Öcalan, leader du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) dont dépendent les YPG. S’éloignant de la ligne marxiste-léniniste du PKK, le confédéralisme démocratique est une idéologie libertaire et socialiste proche des idées de l’anarchiste américain Murray Bookchin. Elle s’implante en Syrie par le biais du Parti de l’Union Démocratique (PYD), affilié au PKK. Les événements de 2011 et le début de la révolution syrienne permettent au PYD de s’implanter localement. Il organise des conseils démocratiques locaux, les embryons d’un futur système démocratique, ainsi que des milices clandestines, qui deviendront les YPG. A l’été 2012, les offensives rebelles vers Damas et Alep forcent l’armée syrienne à quitter le Kurdistan dans l’urgence pour renforcer le front.

Bachar Al-Assad sait alors que cela signifiera l’autonomie kurde : il l’avait prévu. Le gouvernement syrien a permis au PYD de quitter son exil au Kurdistan irakien et de s’implanter en Syrie. C’est un moyen de canaliser la mobilisation politique au Kurdistan syrien pour éviter que ce dernier ne se rallie à l’opposition syrienne. En effet, le PYD n’est pas pleinement dans une logique anti-gouvernementale et oriente la région dans la direction de l’autonomie. Les partis anti-Assad et les partis non-affiliées au PYD sont, de fait, écartés des nouvelles institutions locales mises en place. Le pouvoir syrien sacrifie son contrôle sur la région mais s’assure qu’elle ne tombe pas aux mains des rebelles.

La Révolution de Rojava

Ainsi, dans la nuit du 19 juillet 2012, les forces armées du PYD prennent le contrôle des grandes villes de Rojava : Afrin à l’ouest et Kobanê au centre tombent directement aux mains des Kurdes et les maigres garnisons syriennes qui y étaient stationnées sont évacuées. La garnison de la ville frontalière de Qamishlo, à l’est, résiste. La ville est encore aujourd’hui partiellement sous contrôle de l’armée syrienne, notamment son aéroport, point de communication stratégique.

Depuis lors, le Kurdistan syrien est administré en vertu du confédéralisme démocratique. Un système de conseils gère l’administration et l’économie du niveau local au niveau fédéral : chacun peut prendre part à ce système, sans condition de religion, de sexe ou d’origine sociale. Les institutions de Rojava se distinguent par leur laïcité, surtout en comparaison des acteurs islamistes dans le conflit syrien : la religion n’a pas de rôle politique. C’est surtout par son féminisme volontariste que le Kurdistan syrien brille : les femmes sont présentes à tous les niveaux et dans tous les domaines de l’administration, y compris militaire. Chaque conseil démocratique doit respecter un quota de 40% de chaque sexe, et chaque institution doit-être co-présidée par un homme et une femme.

L’application du confédéralisme démocratique est donc un succès relatif, surtout en comparaison des systèmes politiques des autres acteurs syriens, et ce malgré la guerre.

Under NSR administration (green), claimed (orange)

En vert les territoires tenus par les YPG en 2017, en orange les territoires revendiquées.

Une position précaire, défendue par les armes

Cette autonomie fragile a été menacée à plusieurs reprises et continue de l’être. Tout d’abord, par Al-Nosra et ses successeurs, ainsi que des groupes rebelles syriens qui accusent les Kurdes d’être alliés au régime de Bachar Al-Assad et attaquent les positions de Rojava. Mais c’est surtout l’Etat Islamique qui attaque sans relâche les Kurdes depuis 2014. La bataille de Kobané, question de vie ou de mort pour l’autonomie kurde, fit d’ailleurs connaître la cause de Rojava à l’international. Enfin, l’autre ennemi juré de l’autonomie du Kurdistan syrien est la Turquie, dont la significative population kurde pourrait s’inspirer du pays voisin pour sa contestation politique. De plus, l’Etat syrien, s’il gagnait la guerre, pourrait vouloir reconquérir ses provinces du nord. Cependant, les Kurdes sont pour l’instant à l’offensive. Par le biais des Forces Démocratiques Syriennes, un rassemblement de mouvements arabes, chrétiens et kurdes qu’elles dominent, les YPG sont le principal acteur au sol contre Daesh.

Les Kurdes ont pour le moment le soutien de la communauté internationale, notamment de la Russie, des Etats-Unis et de la France. Ce soutien a été d’une nécessité majeure pour la lutte des forces Kurdes contre Daesh et représentera le plus sûr moyen d’écarter les menaces turques et syriennes à l’avenir. Les Kurdes ne comptent cependant pas dessus. Comme ils le disent eux-mêmes, « ils n’ont d’amis que les montagnes ».

 

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