Notre prison brûle et nous regardons ailleurs

@Illustration Nassim Moussi

L’actualité tragique de l’épidémie de Covid-19 nous rappelle à quel point la conception architecturale du système carcéral français pose question. Si les prisons sont historiquement liées à l’évolution du droit et des réformes pénitentiaires, force est de constater que l’inflation des mesures pénales favorise l’incarcération. Surpopulation carcérale, effet pathogène des lieux d’enfermement, taux de récidive, cette industrie punitive participe aux logiques de l’ordre et à la manifestation spatiale du pouvoir. Diverses stratégies comme la mise à distance et l’invisibilité relative des établissements utilisent la prison comme fondement d’un « antimonde »[1], entendu comme espace de relégation et de contrôle social. L’urgence nous impose de redéfinir de nouvelles conditions d’organisation spatiale et d’imaginer ensemble de nouveaux espaces de retenue. Cet article ambitionne d’esquisser un projet collectif : « Les Tiers-Lieux de la liberté ».

Un état des lieux alarmant

La prison fascine autant qu’elle effraie. L’épidémie du coronavirus s’empare du sujet et nous impose une réorganisation de notre manière de concevoir la privation de liberté. Dès la Révolution française, la privation de liberté par enfermement des individus devient la réponse de principe des pouvoirs publics en matière pénale et pour la prise en charge des aliénés. Si bien que les architectes du XIXe siècle

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Quels modèles d’urbanisme pour la transition écologique ?

blank
Urbanisme néoclassique de la Reconstruction, place Jeanne Hachette, Beauvais (Oise), © Dorian Bianco

Réhabiliter une vision concertée de l’urbanisme pour relever les défis de la conversion écologique en aménagement du territoire : au-delà de l’incantation actuelle à faire la transition par des villes en ordre dispersé, la planification par l’État d’un modèle progressiste permettrait de lutter contre l’étalement urbain et la congestion des centres. L’habitat concentré en banlieue proche et la cité-jardin pour aménager les transitions périurbaines apparaissent comme autant de systèmes d’urbanisme à réactiver. Un tel bouleversement suppose, à rebours des orientations de la loi Elan (2018), de redonner un pouvoir essentiel à un architecte renouant avec la figure moderniste de l’urbaniste-ingénieur.

L’urbanisme contemporain est plongé dans le désarroi. Il traverse une crise historique qui s’explique par son abyssale vacuité programmatique : il ne dispose plus de modèle cohérent, ne suit aucun projet-type ni n’opère selon les missions d’une planification nationale. Désaissis de leur pouvoir sur le projet urbain, les jeunes architectes en désertent les problématiques au profit des cultures visuelles (art vidéo, design graphique, etc). La spéculation immobilière défait le tissu urbain, les enseignes commerciales parasitent les paysages urbains, le secteur de la construction est indifférent à la valeur architecturale ; enfin, le discours académique sur l’urbanisme, enseigné aux étudiants de sciences sociales

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Concilier patrimoine, relocalisation économique et transition écologique, c’est possible

blank
La cathédrale Notre-Dame d’Amiens (Somme) vue depuis le parc Saint-Pierre en automne. © Dorian Bianco

La révision de la loi Elan en 2018 a retiré le rôle opposable de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) pour les projets d’urbanisme situés aux abords d’un monument historique. Ce retour en arrière face aux politiques de préservation initiées par Malraux (1963) permettrait théoriquement de détruire certains secteurs des centres-villes historiques sous couvert d’insalubrité, comme le quartier du Panier à Marseille et Saint-Leu à Amiens où habitent encore des classes populaires n’ayant souvent pas les moyens de maîtriser eux-mêmes la rénovation de l’habitat ancien. Or, la mise en valeur du patrimoine français et de ses méthodes constructives, entendus comme une relation dynamique entre l’environnement bâti et les paysages culturels dans lesquels ils s’insèrent, pourrait à l’inverse accompagner la transition énergétique du logement par une politique économique nationale de soutien aux industries locales et traditionnelles.

L’urgence climatique actuelle crée les conditions inédites d’une conversion écologique à grande échelle, et pousse les acteurs politiques, administratifs et scientifiques à mettre au point un modèle ambitieux de transition pour réduire la consommation d’énergie, mieux isoler les logements ou encore empêcher l’étalement urbain mitant les espaces ruraux et agricoles. Or l’intégrité paysagère et architecturale du patrimoine bâti est parfois considérée arbitrairement comme un obstacle

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

La reconstruction d’après-guerre, un modèle pour sortir du néolibéralisme ?

blank
Le quartier Saint-François, Le Havre, reconstruit dans un style mêlant le pittoresque normand et le modernisme. © Dorian Bianco

Durant l’été 1940, l’armée allemande endommage plusieurs villes françaises. Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est au tour des alliés de bombarder le Nord et l’Ouest de la France pour libérer le territoire de la domination nazie. De nombreuses villes sont dévastées par les combats, partiellement ou en totalité : Caen, Évreux, Brest, Maubeuge, Dunkerque, Abbeville, Creil ou encore Amiens. En tout, 1 600 communes françaises sont en grande partie détruites, pour la plupart dans le nord du pays, en Picardie, en Normandie et en Bretagne.

Le 3 juin 1944, le Comité français de libération nationale se transforme en Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). La tâche de ce gouvernement s’avère colossale : il doit reconstruire les villes sinistrées dans l’urgence, résoudre la crise du logement et relancer l’économie française. Face au discrédit de la droite conservatrice et des libéraux, dont une partie s’est compromise dans la Collaboration et les politiques raciales du régime de Vichy, le GPRF pose les fondations d’un État social ambitieux avec la création de la Sécurité sociale par l’ordonnance du 19 octobre 1945. L’État et la puissance publique constituent alors des leviers privilégiés du redressement de l’économie du pays, en nationalisant certains secteurs clefs comme

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Bouygues au Turkménistan : le constructeur du dictateur

© Kalpak Travel / Wikimédia
© Kalpak Travel / Wikimédia

Considérée comme l’une des pires dictatures de la planète, le Turkménistan est aussi un pays où le groupe Bouygues est solidement implanté, puisqu’il y réalise la moitié de son chiffre d’affaires mondial. Bouygues a connu une idylle avec l’ancien président Saparmurat Niyazov, dit « Turkmenbachi », le Chef des Turkmènes (1991-2006), passé à la postérité pour sa mégalomanie. Les relations se sont poursuivies avec l’actuel président Berdymouhamedov, et se sont même intensifiées depuis quelques mois. Retour sur les rapports de Bouygues avec ce pays.

Le contexte du Turkménistan : une économie de rente

Le Turkménistan est un pays issu de l’URSS, devenu indépendant en 1991. Peuplé de 5 à 6 millions d’habitants, il est composé majoritairement d’une population turkmène. Celle-ci représente jusqu’à 85% de la population en 2012, avec des minorités russes et ouzbèkes.

L’indépendance a permis au leader communiste de la république soviétique d’alors, Saparmurat Niyazov, de se maintenir au pouvoir contre une opposition en exil et de se proclamer Türkmenbachi, le Chef des Turkmènes. Il établit une dictature féroce au nom de l’ordre intérieur et d’une neutralité extérieure. Mort en décembre 2006, son dentiste et Premier Ministre Berdymouhamedov lui a succédé et règne depuis avec le même système dictatorial.

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter