Comment l’Union européenne se défait en s’élargissant : le cas macédonien

Stevo Pendarovski, chef d’État macédonien, en compagnie d’Emmanuel Macron © vlada.mk

Ivo Bosilkov est politologue et enseignant-chercheur à l’University American College de Skopje. Dans cet article, il analyse les développements récents du processus d’élargissement de l’Union Européenne au prisme du cas de la Macédoine du Nord, candidate à l’adhésion depuis 2004. Après avoir changé de nom pour lever l’embargo de la Grèce à cette adhésion, la république issue de l’ancienne Yougoslavie fait maintenant face au blocus de la Bulgarie ; celle-ci exige que le gouvernement macédonien reconnaisse que sa langue officielle est en réalité un dialecte bulgare. Sous la pression de l’OTAN et des gouvernements d’Europe de l’Ouest, la classe politique macédonienne procède à une intégration à marche forcée de son pays dans le bloc euro-atlantique, malgré l’hostilité d’une grande partie de sa population. Article traduit par Andy Battentier.

L’accord de Prespa, signé en 2018 entre la Grèce et le pays alors nommé Ancienne République Yougoslave de Macédoine (ARYM), consacre le changement de nom de cette dernière pour « Macédoine du Nord ». Ce changement était une demande de la Grèce depuis trente ans, qui estimait que le nom de Macédoine était un patrimoine appartenant à la culture hellénique, et qui craignait des revendications irrédentistes touchant ses territoires au Nord.

Cet accord fut célébré

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Coronavirus : l’Allemagne ne sera pas notre salut

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De gauche à droite: Lothar H. Wieler, président de l’Institut Robert Koch (équivalent de l’Institut Pasteur), le ministre de la santé Jens Spahn et Angela Merkel© picture alliance/Kay Nietfeld/dpa

L’arrivée dramatique du coronavirus et de son cortège macabre est venue bousculer en profondeur nombre de convictions et d’habitudes. Pourtant, il en est une qui résiste sans faiblir à la crise actuelle, c’est la fascination pour le « modèle allemand ». Face au coronavirus, avec autant de cas et près de quatre fois moins de morts que la France, l’Allemagne aurait de nouveau fait la preuve de son excellence deutsche Qualität. Loin de cette vision enthousiaste,  la gestion de la crise Outre-Rhin a surtout reposé sur une chance peu commune, a connu plusieurs échecs et a dû faire face à un fédéralisme encombrant.

Face au coronavirus, le succès allemand face à la France semble à première vue incontestable. En effet, le bilan des décès au 7 mai varie du simple au quadruple avec 7 400 victimes en Allemagne contre 26 000 en France avec un faible écart de cas détectés (170 000 en Allemagne, 138 000 en France). Un résultat contre-intuitif au regard d’une population allemande plus âgée et plus affectée par des maladies comme l’obésité et le diabète, deux facteurs aggravant le risque de mourir du coronavirus.

La première raison de cette faible mortalité allemande est tout simplement… la chance. En

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Le doux rêve d’une « défense européenne » indépendante de l’OTAN

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ABC News (Crédits)

Par sa déclaration faite à The Economist selon laquelle l’OTAN serait en état de « mort cérébrale », Macron espérait-il provoquer chez les nations européennes un sursaut destiné à les libérer du protectorat américain ? La solution proposée par le président – la constitution d’une défense européenne – permet d’en douter. Il continue d’entretenir l’illusion d’une défense qui pourrait être instituée dans le cadre de l’Union européenne, elle-même supposément autonome de l’OTAN ; il fait fi de l’état de dépendance économique et géostratégique dans lequel se trouve la construction européenne à l’égard du grand frère américain. Les récentes sanctions des États-Unis contre l’embryonnaire gazoduc Nord-Stream 2, reliant l’Allemagne à la Russie, ont pourtant rappelé la permanence de la tutelle américaine…

En déclarant que l’OTAN est « en état de mort cérébrale » – un postulat déjà discutable –, Emmanuel Macron a au moins le mérite de poser la question de la fonction et de la légitimité de l’organisation. En filigrane, c’est bien le constat que l’OTAN sert avant tout les intérêts américains qui transparaît. Ce dont le président n’a cependant pas encore pris conscience, c’est la domination latente de « l’Europe, qui demeure mentalement sous tutelle américaine », comme l’expliquait Caroline Galactéros dans

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Éric Denécé : « Emmanuel Macron s’est totalement aligné sur l’insoutenable position américaine concernant l’Iran »

©Kilian Martinetti
©Kilian Martinetti

Nous avons rencontré Éric Denécé, président du Centre français de recherche sur le renseignement CF2R, spécialiste des questions d’intelligence économique. Nous l’avons interrogé sur les positions géopolitiques actuelles de la France ainsi que sur leurs conséquences quant à la défense des industries stratégiques telles qu’Alstom, ou Technip, que les gouvernements successifs peinent à préserver. Entretien réalisé par Simon Woillet. Photos de Kilian Martinetti. Retranscription de Dominique Girod. 

LVSL – Quel regard portez-vous sur la position défendue par Emmanuel Macron quant au rapprochement apparent à l’égard de la Russie depuis le G7, les déclarations sur l’état de mort cérébrale de l’OTAN, et plus récemment la rencontre avec le président Ukrainien sur la question du Donbass ?

Éric Denécé – Pour une fois je suis d’accord avec Emmanuel Macron, c’est n’est pas seulement que l’OTAN est en état de mort cérébrale, c’est qu’elle est morte depuis longtemps ! L’Organisation aurait dû disparaître, ni en 1989 ni même en 1992, mais au cours de la seconde moitié des années 90, alors que nous étions pleinement capables d’évaluer, 5 à 6 ans après la fin de la Guerre froide, qu’il n’existait plus de menace stratégique à l’Est

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La gauche radicale et l’Union européenne : pourquoi autant d’ambiguïté ?

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Hémicycle du Parlement européen de Strasbourg ©Diliff

La question européenne demeure un point extrêmement sensible dans la plupart des partis politiques français et en particulier au niveau de la gauche radicale. Si ces atermoiements s’expliquent en grande partie par l’ambivalence de l’électorat sur cet enjeu, il n’en demeure pas moins que la gauche radicale – sous les couleurs actuelles de la France insoumise – gagnerait largement à clarifier sa position, dont découle par ailleurs toute la stratégie politique du mouvement.

Depuis les années 1980, la position de la gauche radicale vis-à-vis de l’Union européenne semblait être marquée par une lente évolution vers davantage d’euroscepticisme. Si une position totalement europhile n’a jamais été pleinement assumée, l’espoir semblait longtemps permis de pouvoir réorienter la construction européenne dans un sens plus social. Aussi chimérique que cela puisse paraître à l’heure actuelle, la profession de foi de Robert Hue, candidat pour le parti communiste à la présidentielle de 2002, indiquait vouloir la renégociation du traité de Maastricht avec notamment la transformation du pacte de stabilité, le changement des statuts de la Banque centrale européenne « pour qu’ils soient favorables à la croissance et à l’emploi », ainsi que « l’arrêt de la mise en œuvre des directives ouvrant les services publics à la concurrence ».

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Relocaliser l’agriculture est une priorité

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Le 28 novembre dernier, l’INRA organisait un grand colloque consacré à la reterritorialisation de l’alimentation, une question lancinante à l’heure où les intermédiaires se multiplient entre la production, la transformation et la commercialisation. Selon le rapport d’information sur les circuits courts et la relocalisation des filières agricoles et industrielles[1], un produit parcourt en moyenne 3000 km avant d’arriver dans notre assiette, soit 25 % de plus qu’en 1980. Les petites exploitations qui tentent de s’imposer sur le marché local peinent à faire face à la concurrence des produits importés à bas coût, et le métier d’agriculteur est de plus en plus compliqué. Actuellement, un agriculteur se suicide tous les deux jours selon les données de l’Observatoire national de santé. Le coût environnemental et social de ce modèle impose une transformation des pratiques, par un regain par les territoires de leur capacité de production locale organisée autour de filières intégrant enjeux sociaux et environnementaux. Mais face à la mondialisation des échanges et à l’urbanisation croissante, comment encourager le développement de circuits courts de proximité ?

Circuits courts de proximité : quels avantages pour renforcer la durabilité des territoires ?

Selon la définition adoptée par le ministère de l’Agriculture en 2009, un circuit

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Gaël Giraud : « Nous sommes probablement à la veille d’une nouvelle crise financière majeure »

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Gaël Giraud – entretien avec Le Vent se Lève, Paris © Clément Tissot

Tandis que les signes de fragilité de notre économie se multiplient, le système financier fait régulièrement preuve de son instabilité. Ancien évaluateur de risques bancaires, ex-chef économiste de l’Agence française du développement, Gaël Giraud en connaît parfaitement les ressorts et les points faibles. Alors que la finance occupe une place toujours croissante de notre économie, est-il possible de la réguler et de financer une réindustrialisation verte ? Deuxième partie. Retrouvez la première partie de l’entretien ici. Réalisé par Pierre Gilbert et Lenny Benbara.

Télécharger l’entretien complet en PDF ici (idéal pour impression)

LVSL – Vous étiez il y a peu chef économiste de lAgence française de développement. Vous aviez donc un poste dobservation idéal sur les activités financières et ses dérives. Selon vous, une nouvelle crise financière est imminente, et serait potentiellement plus violente que celle de 2008. Pourquoi donc ?

Gaël Giraud – En effet, nous sommes probablement à la veille du déclenchement d’une nouvelle crise financière majeure. Quand exactement ? Personne ne peut le dire. Comme le rappelle l’adage latin : mors certa, hora incerta. La mort est certaine, mais on ignore quand elle surviendra. Il suffit cependant de considérer quelques grandes variables macroéconomiques mondiales pour se rendre à l’évidence.

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David Djaiz : « La nation est la seule forme politique qui permette de réunir la liberté civile, la démocratie et la solidarité sociale »

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©Guillaume Caignaert

David Djaiz est haut-fonctionnaire. Il vient de publier Slow Démocratie, un essai dans lequel il essaie de réhabiliter le cadre national comme cadre essentiel de la démocratie et levier fondamental pour maîtriser la mondialisation. Il y décrit avec minutie les effets de la mondialisation sur la cohésion territoriale, l’urgence climatique et les processus démocratiques. Entretien par Lenny Benbara. Retranscription par Brigitte Ago et Dany Meyniel.

LVSL – Votre ouvrage explique comment la mondialisation a fracturé les nations et mis en péril le fondement des démocraties. Pouvez-vous revenir sur les logiques qui conduisent à l’affaiblissement du cadre national ?

David Djaiz – Ce que l’on appelle un peu improprement mondialisation est en réalité un mot-valise qui sert à désigner tout un faisceau de transformations économiques et sociales qui depuis 40 ans ont fracturé les nations en plusieurs étapes. Cela a été un processus continu, que les nations elles-mêmes ont enclenché.

La première phase débute dès les années 70, et consiste en une augmentation très forte des échanges économiques transnationaux, notamment des échanges de biens, et dans un second temps des flux financiers. J’appelle cette première phase la mondialisation réglementaire. Mondialisation réglementaire, parce qu’elle a pour acteurs principaux les États-nations qui se sont

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« Le massacre du 17 octobre 1961 n’existe pas dans la mémoire collective » – Entretien avec Alexandra Badea

Alexandra Badea. ©Ulysse Guttmann-Faure pour LVSL.
Alexandra Badea. ©Ulysse Guttmann-Faure pour Le Vent Se Lève.

Alexandra Badea est metteuse en scène et écrivaine de théâtre. Roumaine, elle s’est installée en France il y a 15 ans. Elle est l’auteure de la trilogie Points de non-retour qui aborde les zones d’ombre de l’histoire française et dont le deuxième volet Quais de Seine sera joué en novembre au théâtre de la Colline[1], après un passage cet été au festival d’Avignon. LVSL a souhaité l’interroger sur la Roumanie, ses engagements politiques et esthétiques et son rapport à la langue française. Entretien réalisé par Christine Bouissou et Sarah De Fgd. 

LVSL — Votre engagement politique est très fort dans vos textes. Vous décrivez par exemple dans Burn Out une situation de travail acharné. Dans Contrôle d’identité[2], les déboires d’un réfugié politique face à un système administratif très bureaucratique. Vous dressez un portrait implacable de la mondialisation dans Pulvérisés[3] qui a reçu le Grand Prix de la littérature dramatique en 2013 et qui décrit la vie en entreprise dans quatre villes du monde. Vous semblez habitée par une certaine perception du monde. Quelle est-elle ?

AB — Je ne peux pas parler de la perception du monde en général parce que ce n’est pas le

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Elections européennes : une campagne hypocrite ?

https://www.flickr.com/photos/european_parliament/48298975382
©Parlement européen

Les élections européennes de mai 2019 auront donné lieu à des gorges chaudes quant au sursaut de participation. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’étudier l’ensemble des causes de ce phénomène, la campagne de publicité numérique du Parlement européen ne manque pas de susciter de nombreuses interrogations. Par Félix Lepeletier. 

« Et les hommes asservis à une fausse science s’égarent, ayant perdu le rythme de la vie et parce qu’ils vont plus vite vers des bruits aussi vains ils appellent progrès leur traînée de limace » (Rainer Maria Rilke, Le livre de la pauvreté et de la mort).

Au soir du 26 mai dernier, l’atmosphère politique se trouvait marquée d’une remarquable ambiguïté. Le sempiternel refrain « populistes contre progressistes » avait du plomb dans l’aile et les différentes rédactions s’évertuaient pourtant à démontrer une prétendue victoire à la Pyrrhus. Toutefois, les voix s’accordaient parfaitement lorsqu’il s’agissait de saluer un regain historique de participation, tant au niveau national qu’européen. Ce jugement unanime, présenté comme une vérité absolue, et permettant à loisir de louer un supposé regain d’intérêt pour les institutions européennes ne doit pas nous faire perdre de vue l’ensemble des mécanismes à l’œuvre durant cette campagne.

Parmi eux, une campagne de communication du parlement européen portant

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