Le confinement a exacerbé les inégalités entre étudiants

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Manifestation_19_octobre_2010_Orl%C3%A9ans_-_UNEF.jpg
Manifestation de l’UNEF à Orléans le 19 octobre 2010 © DC

L’immolation d’Anas K. à Lyon en novembre 2019 a mis en lumière les vulnérabilités estudiantines. Précaires, anxieux, isolés, les conditions de vie sont préoccupantes pour une grande partie de cette population. Les inégalités entre les étudiants ont été exacerbées pendant le confinement. Une enquête nationale menée par le laboratoire IREDU a permis de dessiner les contours de leurs conditions de vie durant cette période. Les résultats montrent une double nécessité : la défamiliarisation des aides et la mise en place d’un salaire étudiant.

La mise en lumière des vulnérabilités étudiantes

Vendredi 8 novembre 2019, 59 rue de la Madeleine dans le 7ème arrondissement de Lyon. Anas K., un étudiant lyonnais de 22 ans s’immole devant le CROUS de Lyon. « Je vais commettre l’irréparable » avait-il écrit avant de s’asperger d’essence et de tenter de mettre fin à ses jours. Ce geste est profondément politique. Sa tentative de suicide a été précipitée, voire causée, par sa condition étudiante, d’une précarité qui lui apparaissait inextricable : « Cette année, faisant une troisième L2 (deuxième année de licence), je n’avais pas de bourses, et même quand j’en avais, 450 euros, est-ce suffisant pour vivre ? ». Dans sa lettre, Anas K. accuse les différents dirigeants français et l’Union européenne

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

La République jusqu’au bout : retour sur le culte de l’Être suprême

blank
Fête de l’Être suprême vue du Champ de Mars, toile de Pierre-Antoine Demachy.

Nous fêtons les 231 ans de la prise de la Bastille et du début de la Révolution française. Pourtant, la signification concrète de la République n’est pas toujours évidente pour les Français. Une fête républicaine doit-elle se voir réduite à un défilé militaire ? À un discours hasardeux du président de la République ? Une telle interrogation renvoie à la mission confiée à la République par les Montagnards et en particulier par Robespierre : la faire exister partout, dans la loi, mais aussi dans les esprits. Cette mission s’est incarnée dans le fait d’honorer un culte de l’Être suprême, le 8 juin 1794. Cette idée rend aujourd’hui perplexe et renvoie très vite à la prétendue mégalomanie de Robespierre et à ses penchants autoritaires. Elle a pourtant donné lieu à des fêtes incontestablement populaires, et s’inscrivait dans la philosophie générale du projet révolutionnaire de la Première République.

On peut voir dans cette idée un héritage de la philosophie des Lumières. Elle repose sur la reconnaissance d’une loi naturelle considérée comme supérieure à celle des hommes. Ainsi, c’est sur la nature que reposent les valeurs universalistes de la République : la Liberté, l’Égalité et la Fraternité.

Non seulement ce culte a été reconnu par la Convention

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Campagnes : comment stopper le déclin ?

Campagne - Mouhet (Indre)
Retrouver le chemin de nos villages © Damien Barré

À l’issue du confinement, le regain d’intérêt pour les territoires ruraux, et pour un mode de vie différent, semble se confirmer. Celui-ci, fragile, nécessitera l’action volontaire des nouveaux élus des communes rurales. Pour inverser une tendance lourde, la conjoncture ne suffira pas. Il faut accepter de rompre avec les modèles du passé, épuisés, pour créer les conditions d’un développement durable. En se concentrant sur leurs ressources propres et leurs avantages comparatifs, les territoires ruraux tiennent leur destin entre leurs mains.

La circulaire Castaner devait les faire disparaître des résultats aux élections municipales. Pourtant les communes de moins de 9 000 habitants résistent encore. Celles-ci regroupent 52 % du corps électoral, mais 96 % de communes qui ne figurent pas parmi les grosses agglomérationsi. Derrière la polémique, les chiffres sont cruels. Sous l’effet d’un développement économique libéral et l’abandon d’une politique d’aménagement du territoire, la concentration de la population dans les grands centres urbains semble inéxorable.

Si la raréfaction des services publics est un phénomène national, celui-ci est plus violent à la campagne. En effet, il s’y traduit par une disparition complète qui alimente le sentiment d’abandon et ses conséquences politiques. Cette politique fait l’impasse sur les enjeux à moyens et

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Généraliser l’intermittence du spectacle, un projet d’avenir

Les intermittents du spectacle lors de la fête de la musique 2014 à Brest (Finistère).
Manifestation d’intermittents du spectacle en 2014 © Thesupermat

Le monde du spectacle vivant s’est remarquablement adapté au confinement. Concerts à la maison diffusés en live sur les réseaux sociaux, orchestres montés en duplex, ou encore cette magnifique vidéo des danseurs de l’Opéra de Paris qui s’étaient déjà illustrés dans les mouvements sociaux d’avant l’épidémie. L’impressionnante créativité déployée a permis de lumineux moments dans une sombre atmosphère. Toutefois, alors que la récession s’avance, les inquiétudes et interrogations des artistes et techniciens se font nombreuses. Il convient alors de s’interroger sur les conditions matérielles et sociales qui permettent à la créativité de se déployer. L’intermittence du spectacle est une de ces conditions, et son modèle de fonctionnement porte en lui les germes d’un modèle de protection sociale apte à faire face aux défis du 21ème siècle.

Le secteur de la culture en général, et le spectacle vivant en particulier, sont parmi les plus touchés par les conséquences économiques de l’épidémie de Covid-19. Difficile en effet d’imaginer rassembler plusieurs dizaines, centaines, ou milliers de personnes dans un lieu clos, parfois à quelques centimètres les unes des autres et dans des situations propices à créer du contact. Il en résulte un arrêt brutal d’activité pour de nombreux intermittents du spectacle, plongés

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Les ambitions expansionnistes d’Erdogan – Entretien avec Jean Marcou

http://static.kremlin.ru/media/events/photos/big2x/HwslOl2Cs3VveucvR2err1W7LgJlnAuk.JPG
Le Président turc, Recep Tayyip Erdogan. @ TheKremlin

Depuis quelques mois déjà, Idlib est devenu l’épicentre du conflit syrien. Le 5 mars, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan ont conclu un accord de cessez-le-feu, devant mettre aux interminables affrontements dans la province. Si le dirigeant turc a mobilisé une bonne partie de ses forces en Syrie, et s’affirme à présent en Libye, la Russie de Vladimir Poutine mais aussi certaines monarchie du Golfe semblent voir ce va t-en guerre turc d’un mauvais oeil. Pour décrypter cet expansionnisme, nous avons interrogé Jean Marcou, titulaire de la Chaire Méditerranée-Moyen-Orient de Sciences Po Grenoble. Retranscription par Dany Meyniel, entrevue par Clément Plaisant.

LVSL – En fin d’année dernière, le 9 octobre, la Turquie a lancé une opération « Source de Paix » qui visait à affaiblir le PYD (Parti d’union démocratique) dans le nord de la Syrie. Quelques mois après, elle est toujours engagée de façon importante, notamment à Idlib. La Turquie peut encore espérer quelque chose en Syrie ?

Jean Marcou  L’intervention du 9 octobre suivait les mêmes objectifs que les deux autres interventions militaires, à savoir celle d’Afrin en 2018 et celle de Jarablous sur la rive occidentale de l’Euphrate. L’objectif de toutes ces interventions, mais aussi de cette entrée militaire de la

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Services de proximité et néolibéralisme : les victimes du progrès

https://pixabay.com/fr/photos/endroits-perdus-maisons-abandonn%C3%A9-3626259/?fbclid=IwAR2YCn1zpfoxCEHs8B8CaWXoB4tFyauEJ249sLybHCG0QJKT1fPs66cjqb4
© MichaelGaida

Les services de proximité sont les victimes invisibilisées de la casse du service public mise en place par les gouvernements néolibéraux successifs. Les grèves, mais aussi les suicides des employés auraient dû alerter contre la mort programmée de ces services primordiaux. En effet, les services de proximité sont essentiels à la cohésion sociale et nationale. Ils sont indispensables pour l’émancipation culturelle de chacun, ainsi que pour représenter concrètement, au quotidien, nos institutions étatiques. Les services de proximité comprennent en effet l’administration, les services postiers, les bibliothèques, ainsi que la police. Quelles sont les conséquences de la mise à mal des services publics pour les services de proximité ?

L’administration : des économies quel qu’en soit le prix

Une grande majorité des suicides « professionnels » s’effectuent sur le lieu de travail. Ce signal dramatique en dit long sur les souffrances professionnelles. La rentabilisation demande des efforts supplémentaires aux employés, alors qu’ils ont de moins en moins de moyens. En effet, on pourrait résumer le dogme néolibéral par la formule suivante : « dépenser moins pour faire mieux ». Le rapport entre dominants et dominés établi par un capitalisme sauvage et un libéralisme grandissant rend les statuts des employés de plus en plus précaires, aussi bien dans le

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Usine Luxfer à Gerzat : l’impérative réouverture face à la crise du COVID-19

blank
L’entrée du site de l’usine de Luxfer à Gerzat dans le Puy-de-Dôme © Axel Peronczyk

La reprise de l’activité sur le site de l’entreprise multinationale Luxfer Gas Cylinders à Gerzat (63), dans l’agglomération de Clermont-Ferrand, pourrait bien s’avérer vitale dans le contexte de la crise sanitaire que nous traversons. Les salariés de cette usine fabriquaient en effet des bouteilles d’oxygène médical pour les hôpitaux, ainsi que des bonbonnes de gaz pour les pompiers. Mais ce savoir-faire indispensable a été abandonné au profit de la rentabilité par la multinationale anglaise. Retour sur l’histoire récente d’une aberration qui nous coûte aujourd’hui des vies face à l’épidémie de coronavirus. 

L’urgence d’agir pour sauver des vies

À l’heure où nos hôpitaux manquent cruellement de moyens humains et matériels pour assurer la continuité de ce service public vital, les bonbonnes d’oxygène fabriquées par Luxfer sur le site de Gerzat seraient tout sauf accessoires. L’usine de Gerzat, c’est d’abord 136 vies de salariés chamboulées par autant de licenciements après une lutte acharnée de plus de 15 mois pour la préservation des emplois locaux et la défense de l’intérêt général. Mais, devant la vitesse de propagation du virus Covid-19, le nombre de vies en danger pourrait encore augmenter si cette usine ne reprenait pas son activité.

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Comment le néolibéralisme a désarmé la France face au coronavirus

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/8/81/Emmanuel_Macron_%2812%29.JPG/1280px-Emmanuel_Macron_%2812%29.JPG
Le président de la République française, Emmanuel Macron © Rémi Jouan, Wikimedia Commons

Depuis trois mois déjà, l’épidémie de coronavirus sévit en France. Pourtant, les mesures qui s’imposaient, comme le contrôle aux frontières, le confinement et la mise en suspens de la vie économique, sont arrivées beaucoup trop tard ou n’ont même jamais vu le jour. Pourquoi un tel aveuglement ? La réponse se trouve certainement dans le paradigme idéologique observé par les dirigeants français et européens : le néolibéralisme a nourri cette élite réfractaire à coups de mesures d’austérité et appauvri le reste de la population. Elle en paie aujourd’hui le prix. Le temps nous a échappé et les décisions tardives n’arrêtent que difficilement l’hémorragie. Une situation si catastrophique que notre Président se voit obligé de faire appel à un lexique disproportionné pour assurer un minimum de cohésion dans une société qu’il fait péricliter : “Nous sommes en guerre”. Alors, nos gouvernants ont agi comme des dirigeants militaires désastreux.

Le résultat d’un attentisme menant l’action de l’État à n’être que réaction

Alors qu’il avait été de bon ton de critiquer la Chine pour sa communication autour de l’épidémie (aujourd’hui devenue pandémie), mais aussi pour ses méthodes jugées « autoritaires », celle-ci a pourtant été félicitée par l’Organisation mondiale de

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Quand la rhétorique dépolitise le débat public

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Emmanuel_Macron-4_(32605392467).jpg
Emmanuel Macron lors du 100ème Congrès des maires de France, le 27 novembre 2017 ©Jacques Paquier

« Juste », « équité », « responsable », ces dernières années, les discours des personnalités politiques, qu’elles soient de droite ou de gauche, se ressemblent à s’y méprendre. Mêmes procédés rhétoriques, même vocabulaire, les prises de paroles semblent se vider de plus en plus de leur sens, au point de devenir totalement inconsistantes, interchangeables, mais surtout dépolitisées. Analyse.

« C’est pour cela que la réforme des retraites, à laquelle je me suis engagé devant vous, qui est portée par le gouvernement, sera menée à son terme, parce qu’il s’agit d’un projet de justice et de progrès social […] Un projet de justice et de progrès social parce qu’il assure l’universalité […] parce qu’il se traduit par plus d’équité […] parce qu’il repose sur un principe de responsabilité ». C’est par ces mots qu’Emmanuel Macron a conclu ses vœux qu’il a adressés aux Français pour l’année 2020. Derrière cette phrase, avec laquelle personne ne peut vraiment se trouver en désaccord, se cache l’un des maux les plus importants de notre génération, la manipulation par les mots.

Faire naître des émotions

À son époque déjà, Platon considérait que le « pathos », soit l’appel aux sentiments du public – en plus du « logos » d’Aristote

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter

Concilier patrimoine, relocalisation économique et transition écologique, c’est possible

blank
La cathédrale Notre-Dame d’Amiens (Somme) vue depuis le parc Saint-Pierre en automne. © Dorian Bianco

La révision de la loi Elan en 2018 a retiré le rôle opposable de l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) pour les projets d’urbanisme situés aux abords d’un monument historique. Ce retour en arrière face aux politiques de préservation initiées par Malraux (1963) permettrait théoriquement de détruire certains secteurs des centres-villes historiques sous couvert d’insalubrité, comme le quartier du Panier à Marseille et Saint-Leu à Amiens où habitent encore des classes populaires n’ayant souvent pas les moyens de maîtriser eux-mêmes la rénovation de l’habitat ancien. Or, la mise en valeur du patrimoine français et de ses méthodes constructives, entendus comme une relation dynamique entre l’environnement bâti et les paysages culturels dans lesquels ils s’insèrent, pourrait à l’inverse accompagner la transition énergétique du logement par une politique économique nationale de soutien aux industries locales et traditionnelles.

L’urgence climatique actuelle crée les conditions inédites d’une conversion écologique à grande échelle, et pousse les acteurs politiques, administratifs et scientifiques à mettre au point un modèle ambitieux de transition pour réduire la consommation d’énergie, mieux isoler les logements ou encore empêcher l’étalement urbain mitant les espaces ruraux et agricoles. Or l’intégrité paysagère et architecturale du patrimoine bâti est parfois considérée arbitrairement comme un obstacle

Notre contenu est entièrement GRATUIT,
pour continuer à le lire, connectez-vous
S'inscrire Se connecter