Triomphe ou barbarie, de la colère des gilets jaunes à la révolte d’une nation

©Olivier Ortelpa

Depuis le 17 novembre, l’histoire s’écrit sous nos yeux. Il s’agit d’une de ces dates qui font l’histoire, tant les événements qu’elles ont vu advenir affectent les contemporains qui les ont vécus, et déterminent de manière décisive leurs actions futures.

Depuis plusieurs semaines, les routes de France et les rues de Paris sont le théâtre d’une mobilisation remarquable à la fois par sa spontanéité et par son ampleur. Nombreux étaient les acteurs politisés de gauche en France à faire preuve de circonspection à l’annonce de ces mobilisations, parfois jusqu’à l’excès, tant les acteurs politisés de droite semblaient déjà en avoir fait leurs choux gras. Beaucoup de choses ont été écrites sur la nature de ces mobilisations, et nous savons déjà que nous ne savons pas grand chose concernant ce mouvement, ou plutôt que nous ne sommes sûrs de rien. Nous savons qu’il a mobilisé spontanément, et en dehors de toute médiation politique, des centaines de milliers de personnes. Nous savons que le prix de l’essence n’est pas, n’est plus, la raison d’être de ce mouvement qui a déjà étendu son champ de revendications de façon impressionnante, jusqu’à n’en laisser audible que l’unique revendication  commune « Macron démission ». Nous savons que ce mouvement est

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La France est sur le toit du monde !

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C’est fini ! Après des semaines et des semaines où nous avons rêvé, vibré et partagé les peurs et les enthousiasmes des Bleus, l’équipe de France a gagné la Coupe du monde. Quoi qu’il arrive, cette victoire aura une signification politique, comme toujours dans l’histoire. Dans les prochaines semaines, deux récits vont s’affronter pour prendre en charge la signification de cette victoire : le premier s’inspire de l’esprit et de la philosophie imprimés par Didier Deschamps. Cette philosophie se base sur les valeurs du milieu dont vient le sélectionneur de l’équipe de France : celui des petits artisans et des gens simples de son Pays-Basque natal. Le second récit s’appuie sur l’individualisme. Il culpabilisera ceux qui ont le malheur de ne pas avoir l’exceptionnel parcours de Kylian Mbappé, et célébrera ce self-made man parti de Bondy sans rien et qui finit roi du monde à seulement 19 ans. 

Mon histoire avec le foot commence un 9 juillet 2006. Des Bleus décriés et critiqués par tous les “experts” du ballon rond dominent alors la Coupe du monde de leur expérience, de leur puissance physique et de leur génie technique. Pourtant, la Coupe du monde a mal commencé. Zidane, qui prendra sa

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Le roi est mort – Emmanuel Macron n’est que vassal

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Vladimir_Putin_and_Emmanuel_Macron_(2017-05-29)_10.jpg
© Пресс-служба Президента Российской Федерации

Emmanuel Macron a réussi ce que ses deux prédécesseurs ont échoué à faire : forger sa propre image en réécrivant l’histoire française. Un geste typologique lourd de sens qui consiste à se présenter comme l’héritier des grandes figures présidentielles et monarchiques de la France. Un geste voué à l’échec, dans un contexte où la France a abandonné sa souveraineté face à la mondialisation : Macron n’est que vassal ; il ne pourra que singer les rois.

« Il y a là une différence nette entre Macron et ses prédécesseurs : il s’est choisi une image et ce choix a été accepté même par ses adversaires les plus féroces. Sur le plan symbolique, dimension essentielle du champ de bataille culturel et discursif, cela revient à une victoire considérable. »

Le 21 janvier 1793 un homme monta sur l’échafaud. Il posa sa tête sur la lunette de bois ; puis, tel un éclair, la lame tomba pour mettre fin, une fois pour toutes, au règne des Bourbons. Aujourd’hui, on a néanmoins l’impression que le spectre de ce roi nous est revenu pour hanter le paysage médiatico-politique français. Ainsi, pour donner uniquement des exemples qui démontrent la présence de ce trope là où il

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Cambodge : chronique d’une dictature annoncée

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portrait Hun Sen, ©T. Ehrmann, Flickr

À l’approche des élections qui se tiendront en juillet 2018, les dernières répressions au Cambodge semblent avoir eu raison de la liberté d’expression. Journalistes condamnés, médias fermés, opposants assassinés… Dans un rapport de 26 pages paru cette semaine, l’ONG Reporters sans frontières alerte la communauté internationale. Depuis des années, le pays bascule toujours plus vers l’autocratie, de manière exponentielle ces derniers mois avec un musèlement total de l’opposition. Après une ère de semblant de démocratie, le temps d’une génération, la partie est finie. À la fois dans l’ombre et la lumière, Samdech Hun Sen avance. Depuis plus de 30 ans, c’est lui qui mène la danse, le pays dans ses pas. ONG et médias l’augurent, il est aujourd’hui prêt à tout pour rester en place.

Depuis six mois, le pouvoir entend bien éteindre les quelques dernières voix médiatiques qui s’élevaient contre sa politique. Pour ce faire, il n’hésite pas à élever un arsenal législatif afin de paralyser les médias d’opposition. Des pressions financières ubuesques poussent de grands journaux et radios à la faillite. En septembre 2017, le journal The Cambodia Daily mettait la clé sous la porte, contraint de payer une taxe de 6,3 millions de

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Libye : les migrants vendus comme esclaves sont aussi une responsabilité européenne

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©sammisreachers. Licence : CC0 Creative Commons.

De la chute d’un dictateur à aujourd’hui, la Libye n’est pas seule responsable de ce qui se passe sur son territoire. La vente d’esclaves se déroule au milieu d’un chaos migratoire, face auquel la France et l’Union Européenne ne prennent pas leurs responsabilités ; alors même que la situation actuelle résulte d’une guerre déclenchée pour des histoires de pétrole et d’argent (oui, encore).

 

« Ce sera l’honneur du Conseil de sécurité d’avoir fait prévaloir en Libye la loi sur la force », déclare Alain Juppé à l’ONU en mars 2011. Alors ministre des Affaires étrangères et européennes du gouvernement Fillon, il engage l’ONU à voter la résolution 1973. Cette résolution met en place une zone d’exclusion aérienne en Libye. Il s’agit, officiellement, de soutenir le mouvement populaire contre Mouammar Kadhafi dans le contexte du Printemps Arabe. Aujourd’hui, ce n’est pas la loi mais bien la force qui règne en ce qui concerne les réfugiés. Le 14 novembre dernier, CNN rapporte que des migrants sont vendus comme esclaves en Libye.

La journaliste américaine traduit ce qu’elle a pu entendre au cours de la vente, les migrants, nigérians notamment, sont appelés « marchandise ».  Des acheteurs dépensent de

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L’intellectuel est mort ? Vive le polémiste !

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À propos de la révolte étudiante de mai 68, Jean-Paul Sartre disait le 13 mai : « il n’y a qu’une solution : c’est descendre dans la rue ». De tels propos résonnent étrangement à nos oreilles. Aujourd’hui, les personnalités médiatiques (auto-) proclamées « intellectuels » sont renvoyées des rassemblement qui ne s’identifient plus à eux, ou ne prennent tout simplement plus la rue, laquelle n’est pas censée faire la loi, comme nous l’a rappelé notre cher Président de la République. Depuis les Lumières et surtout depuis l’Affaire Dreyfus, la France était réputée pour sa riche sphère intellectuelle que les autres pays lui enviaient. Or, on assiste depuis une vingtaine d’années à un appauvrissement intellectuel du débat public. Entre burkini, courbe du chômage et réforme de l’orthographe, que sont devenus nos intellectuels ?

L’intellectuel, une invention purement française

Avec les Lumières, un savant éclairé, un philosophe, s’émancipe du pouvoir — bien qu’il en demeure économiquement dépendant — et commence à le critiquer, voire même à s’engager personnellement. Tout y passe : l’obscurantisme religieux, la monarchie absolue, les femmes frivoles et les maris facétieux, l’argent, la guerre, la torture, l’injustice. Voltaire est un des premiers à concilier « pensée » et « engagement » avec l’Affaire Calas.

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Mayotte, un petit coin de tiers-monde en France ?

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À Mayotte, novembre 2011, gendarmes mobiles expulsant un manifestant pacifiste, sur le quai de la barge, en Grande Terre. ©Lebelot. Licence : Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported license..

Au mois de mars dernier, la population guyanaise se soulevait et bloquait le département pendant plusieurs jours afin de réclamer, simplement, d’être traités comme tous les autres citoyens français et de pouvoir bénéficier des mêmes services que leurs compatriotes de métropole. Au-delà du cas particulier de la Guyane, ces événements ont permis de mettre en lumière, certes trop peu, les espaces ultramarins français. Parmi eux, il en est un dont la situation semble particulièrement scandaleuse : Mayotte. En outre, les récentes catastrophes climatiques qui ont touché Saint-Martin et Saint-Barthélémy doivent également nous interpeller.

Peu de gens connaissent Mayotte, ce petit groupe d’îles se trouvant dans l’archipel des Comores, dans l’océan indien. Difficile de blâmer la population métropolitaine pour cette ignorance : dans les médias, on ne parle jamais de cet espace, qui est également loin d’être une priorité pour les élites politiques au pouvoir. Malgré cette méconnaissance, Mayotte est bel et bien un territoire français, peuplé de 235 000 habitants – près de la moitié de la population a moins de 15 ans -, doté de deux villes principales : Dzaoudzi et Mamoudzou. Le cas de Mayotte est intéressant dans la mesure où il est emblématique de la façon dont

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“Macron représente le bloc bourgeois” – Entretien avec Romaric Godin

Crédits : SciencesPo
Macron à Sciences Po pour un débat sur l’Europe. Crédits non nécessaires

Romaric Godin est journaliste économique. Ancien rédacteur en chef adjoint à La Tribune, où il avait notamment suivi la crise grecque et l’actualité européenne en général, il travaille depuis peu à Mediapart. Nous avons voulu l’interroger sur sa pratique du journalisme, sur la vulgarisation de l’économie, et sur l’analyse qu’il fait du moment politique actuel.

1) Depuis deux ans, vos articles ont rencontré beaucoup de succès. Alors on se demande comment est-ce que vous travaillez, quelles sont les sources avec lesquelles vous travaillez le plus ? Combien de temps cela vous prend pour préparer un papier ?

Tout dépend du sujet et de l’actualité. Les sources dépendent évidemment de cela, il n’y a pas de règles sur ce point-là. Néanmoins, j’essaie de ne pas rester uniquement sur de l’actualité brute mais de creuser les sujets. Quand il y a un peu moins d’actualité, je prends le temps de travailler des thèmes qui sont dans l’air en lisant des études et des livres que je réutilise ensuite. Je me réfère souvent aux travaux des économistes en fonction des sujets sur lesquelles ils travaillent, y compris des économistes de banques. Ils apportent des connaissances techniques importantes, même si

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La France Insoumise face à son destin

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Jean-Luc Mélenchon lors du meeting du 18 mars place de la République. ©Benjamin Polge

Après un peu plus d’un an d’existence et une histoire déjà riche, La France Insoumise, forte du score de son candidat Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle et de la visibilité de son groupe parlementaire, va devoir préciser sa stratégie dans la guerre de position à venir. Les défis auxquels le mouvement va se confronter sont nombreux.

Nous venons de sortir d’un long cycle électoral et, outre La République En Marche, le mouvement La France Insoumise (LFI) s’est imposé comme une nouvelle force incontournable de l’échiquier politique. Alors que quelques mois auparavant il semblait probable que ce soit le FN qui se dote d’une forte présence à l’Assemblée Nationale, la visibilité du groupe de LFI a permis au mouvement de s’installer comme le principal opposant à la politique d’Emmanuel Macron dans l’esprit des Français. Ce résultat est en grande partie le fruit d’une stratégie populiste, telle qu’elle a été théorisée par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, et mise en pratique par Podemos, mais aussi de l’explosion du PS. Ce progrès est considérable puisqu’il permet à l’antilibéralisme progressiste de sortir de la culture de la défaite. Les insoumis ont mené une vraie guerre de mouvement, ont donné

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“La gauche a abandonné les ouvriers” – Entretien avec Florian Lecoultre

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Florian Lecoultre est le maire de Nouzonville, petite ville des Ardennes à l’entrée de la vallée de la Meuse. La commune qui sert d’exemple à Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot dans les premières pages de La violence des riches, Chronique d’une immense casse sociale a subi de plein fouet la disparition des Ateliers Thomé-Guéno en 2007. La commune qui affiche un taux de pauvreté de 25% fait partie des espaces jugés « en déclin » ou « en marge ».

Au-delà de ces tableaux sombres, rencontre avec Florian Lecoultre, jeune maire de 25 ans et homme de gauche qui tâche par son action de maintenir un lien social.

Peux-tu nous présenter ton parcours, tes premiers engagements, les thèmes qui te sont les plus chers, ceux qui servent de fil conducteur à ton action ?

Je suis issu d’une famille ouvrière et j’ai toujours vécu à Nouzonville. Dans ma ville, on a été élevés avec le bruit des marteaux pilons ! Je suis venu à la politique après avoir été syndicaliste lycéen. Avant ça, j’ai évidemment été marqué par les luttes ouvrières dans mon département. Je me suis d’abord engagé contre la création du CPE en 2006.

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