« Si on nationalise, ne faut-il pas aller vers la démocratie économique ? » – Entretien avec François Morin

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François Mitterrand en meeting à Strasbourg en 1981 © Philippe Roos

Face à la crise économique qui vient, même l’actuel gouvernement français envisage la nationalisation de grandes entreprises. Or, les débats sur le poids du secteur public dans l’économie ont disparu de la scène politique depuis presque quarante ans, durant lesquels les privatisations se sont succédé. En tant que conseiller auprès du secrétaire d’État à l’extension du service public, l’économiste François Morin a vécu les nationalisations bancaires et industrielles de 1981 de l’intérieur. C’est cet épisode vite oublié, y compris à gauche, qu’il raconte dans « Quand la gauche essayait encore ». À l’heure où s’annonce un grand retour de l’État dans l’économie, nous nous sommes entretenus avec lui sur la mise en œuvre et les limites des nationalisations de l’époque et les leçons à en tirer pour aujourd’hui. Retranscription par Dany Meyniel.

LVSL – Vous débutez votre ouvrage par le récit des nationalisations. La première chose qui vous frappe est l’impréparation des gouvernants de l’époque, alors même que le sujet était central pour la gauche dès le programme commun approuvé en 1972. Comment expliquer cette situation ?

François Morin – Le programme commun, signé en 1972, avait quand même tracé les grandes lignes des objectifs de nationalisation. Pendant neuf ans, jusqu’en 1981, il

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Un spectre hante la gauche : le spectre du Mitterrandisme

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Photo DR

Il y a 21 ans, le 9 janvier 1996, François Mitterrand meurt seul dans un appartement parisien. 21 ans, c’est précisément le temps pour atteindre une majorité absolue, complète, qui va au-delà de l’insouciance de la prime majorité civile à 18 ans. C’est aussi une majorité qui prend le temps de se construire. Et justement ce temps peut parfois être long. 21 interminables années. Surtout quand on n’arrive pas à progresser. Surtout quand il est impossible de se détacher de ce même 9 janvier, et de ce qui s’y est joué tacitement et sans bruit.

Il ne s’est toutefois rien passé d’extraordinaire dans cette chambre parisienne le 9 janvier 1996. Un cancéreux qui rend l’âme c’est un fait certes morbide mais banal et même prévisible. Le problème est qu’on ne savait qu’en faire de cette banalité, de cette mort. On avait beau y avoir été préparé, elle encombrait. Vague impression de vide du pouvoir. On allait pourtant tenter de le combler ce vide. Dans la journée, prit place tout un défilé d’interventions plus ou moins maladroites, tentant de retracer la carrière du défunt, d’en faire le bilan, d’en tirer les leçons, bref d’écourter l’événement. Analyses

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