La vertueuse indignation des médias face à l’assaut du Capitole

La contestation de la victoire de Joe Biden a culminé lors de la violente émeute au Capitole, qui devait tenter de prendre le contrôle des institutions publiques, avec le soutien passif d’une partie des forces de police. Il est difficile de ne pas éprouver un sentiment de déjà-vu. Ce procédé ressemble aux nombreuses révoltes des secteurs d’extrême-droite contre les victoires des gouvernements « bolivariens » ou nationaux-populaires d’Amérique latine, le cas bolivien étant le plus récent. La différence dans le traitement médiatique de phénomènes pourtant similaires ne peut qu’interroger. Par Denis Rogatyuk, traduction par David Durillon et Catherine Malgouyres-Coffin.

Aucune comparaison entre des processus électoraux différents ne peut être menée avec exactitude. Mais le modèle de contestation développé par les forces politiques d’extrême droite à travers l’Amérique latine, face à une défaite électorale imminente, semble avoir atteint le Nord du continent. Cette stratégie a longtemps été un élément crucial de l’arsenal de l’opposition vénézuélienne, jouant un rôle important dans chaque élection majeure depuis la course à la présidence de 2013.

Pour une analyse de l’agenda de l’opposition vénézuélienne, lire sur LVSL notre entretien avec Christophe Ventura : « Le Venezuela révèle les fractures de l’ordre mondial »

Son premier grand promoteur, Henrique Capriles

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COVID : aux origines d’une surenchère contre-productive

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© Hugo Baisez

Presqu’un an après le début de la pandémie, le confinement et les mesures drastiques prises contre le COVID-19 semblent faire définitivement partie de notre quotidien. Si la vaccination nourrissait il y a quelques mois encore les espoirs d’un « monde d’après » où nous retrouverions nos libertés, celle-ci s’annonce finalement longue et ses résultats incertains. En attendant une très hypothétique accalmie de l’épidémie, nous voilà soumis, de gré ou de force, à des mesures à l’efficacité douteuse contre l’épidémie, mais aux impacts catastrophiques sur nos vies. Alors que nous sommes sommés d’apprendre à « vivre avec le virus », une question se pose : pourquoi les mesures anti-COVID nous apparaissent-elles systématiquement comme inéluctables ? Pourquoi le gouvernement, mais également la quasi-totalité des opposants et une grande partie des Français, semblent-ils incapables de penser d’autres réponses face à un virus dont la létalité et la dangerosité sont empiriquement inférieures à ce que laisse suggérer la panique médiatique ?

En mars dernier, le monde s’effondrait. Du jour au lendemain, des mesures radicales étaient décrétées arbitrairement face à un ennemi inconnu, justifiant jusqu’au recours à une mesure médiévale : le confinement. L’écrasante majorité de la population suivit alors les restrictions sans broncher, malgré l’absurdité évidente de certaines règles comme le fameux

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Adriana Salvatierra : « La victoire du MAS en Bolivie témoigne de la volonté des peuples de construire un avenir souverain »

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Adriana Salvatierra prêtant serment en tant que présidente du Sénat bolivien © Compte public d’Adriana Salvatierra

Après une victoire triomphale aux élections présidentielles, Luis Arce a été intronisé à la présidence de Bolivie dans un climat politique tendu. Quelques jours après l’assassinat d’un syndicaliste bolivien, le nouveau président a en effet échappé à un attentat à la bombe. Nous avons interrogé Adriana Salvatierra, présidente du Sénat bolivien lors de la dernière année du mandat d’Evo Morales. Elle est revenue sur les perspectives du nouveau gouvernement, le contexte régional, mais aussi la structuration et l’agenda de l’opposition. Entretien réalisé par Denis Rogatyuk et Bruno Sommer, traduit par Lou Plaza.

LVSL – Dans quelle ambiance s’est déroulée la campagne électorale ces dernières semaines ?

Adriana Salvatierra – La campagne a été assez dure à cause du récit de fraude électorale construit pour légitimer le coup d’État de novembre 2019. Tout comme nous avions gagné les élections de 2019, nous avons gagné les élections de 2020, et cette fois avec une marge plus importante puisque nous avons obtenu 55% des voix. C’est une donnée importante qui discrédite les arguments de ceux qui ont essayé de légitimer le coup d’État.

Le deuxième élément important est qu’il s’agit d’une preuve de courage de la part du

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Yaël Benayoun et Irénée Régnauld : « Le progrès technique n’est pas nécessairement synonyme de progrès social »

Technologie partout démocratie nulle part

De la vidéosurveillance à l’automobile, des caisses automatiques à la 5G, chaque choix technologique est un choix de société. Alors que la décision nous échappe, nous en subissons les conséquences de plein fouet. De la smart city sécuritaire à l’ubérisation du travail, des conséquences environnementales à la surveillance diffuse, voilà un certain temps que la marche de l’innovation n’a pas de quoi faire l’unanimité. Comment s’emparer de la trajectoire du progrès, intervenir dans ces décisions technologiques et peser dans ces rapports de force qui décident de notre vie en commun ? Petit précis de techno-critique et de démocratie technique avec Yaël Benayoun et Irénée Régnauld, cofondateurs de l’association le Mouton Numérique et auteurs de Technologies partout, démocratie nulle part, publié chez FYP cet automne 2020. Propos recueillis lors de la présentation du livre à la librairie l’Attrape-Cœurs par Maud Barret Bertelloni.

LVSL – Vous commencez votre livre en vous attaquant à ce lieu commun qui voudrait que les technologies soient un donné à l’égard duquel nous ne pourrions que nous adapter. C’est un motif récurrent : le service public doit se mettre au pas des nouvelles technologies, les citoyens doivent suivre, la compétition mondiale presse… Qu’est-ce que cela a

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Julia Cagé : « La demande populaire de référendum d’initiative citoyenne est essentielle »

Crédit photo : Ulysse GUTTMANN-FAURE pour LVSL.
Crédit photo : Ulysse GUTTMANN-FAURE pour LVSL.

À l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage Libres et égaux en voix (Fayard, 2020) et de son projet de financement citoyen des grands titres de presse Un bout du Monde, nous avons rencontré l’économiste Julia Cagé, spécialiste des structures économiques des institutions démocratiques et médiatiques. Nous l’avons interrogée sur sa vision de l’indépendance des médias en France, ainsi que sur le désir d’émancipation démocratique porté par le mouvement populaire pour le RIC. Entretien réalisé par Simon Woillet. Crédits photographiques Ulysse Guttmann-Faure. Retranscription Dany Meniel. 

LVSL – Nous souhaiterions commencer cet entretien en évoquant la notion « d’économie anthropogénétique » que Robert Boyer, économiste de l’école de régulation, a défendue dans son dernier entretien au Monde. Il déplace la définition traditionnelle que l’on donne de l’économie comme science des marchés ou des échanges monétaires, pour la repenser comme la science de l’organisation des échanges sociaux et de la qualité de vie. Il effectue ce déplacement à l’aune du covid. Il nous semble que votre travail, qui traite de la démocratie et de l’indépendance des médias, correspond à cette démarche : pensez-vous que la crise du covid et la crise sociale qu’elle induit vont obliger vos collègues à repenser leur conception de l’économie ?

Julia

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« Trump est à la solde de la Russie » : retour sur une théorie conspirationniste à la vie dure

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Les théories du complot ont la vie dure, et celle qui prétend que Donald Trump serait contrôlé par Vladimir Poutine continue de polluer la campagne présidentielle américaine, après avoir torpillé la candidature de Bernie Sanders et justifié une tentative de destitution du président américain. Pourtant, des preuves irréfutables montrent que Trump n’a pas conspiré avec la Russie pour sa campagne de 2016, que les services secrets américains eux-mêmes ont alimenté cette théorie, et que rien ne permet d’affirmer que la Russie ait interféré dans les élections américaines de 2016.

Selon le rapport du détective Christopher Steele, ancien espion britannique payé par la campagne d’Hillary Clinton pour déterrer des éléments compromettants sur Donald Trump, le milliardaire aurait requis les services de plusieurs prostituées lors de son passage à Moscou en 2013. Descendant à l’hôtel Ritz-Carlton où avait résidé le couple Obama, il aurait loué la même suite et demandé aux performeuses une golden shower, acte sexuel qui consiste à uriner sur son partenaire, afin de souiller le lit où avait auparavant dormi le couple présidentiel. Problème, les services secrets russes auraient caché des caméras dans la chambre et filmé la scène. Muni de la vidéo, Poutine exercerait un chantage sur Donald

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Élections en Bolivie : l’épée de Damoclès d’un nouveau coup d’État

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Rassemblement de communauté d’Oruro devant l’église San Francisco © Baptiste Mongis pour LVSL

Alors que les Boliviens se rendent aux urnes, la tension politique demeure à son comble. Le gouvernement actuel, issu du coup d’État contre Evo Morales, accepterait-il un retour au pouvoir du Mouvement vers le socialisme (MAS) si son candidat ressortait vainqueur du scrutin ? De nombreux signaux faibles incitent à la méfiance. Attaques de paramilitaires contre les partisans du MAS, supervision des élections dominée par des organisations américaines (USAID et NED en tête), déclarations ambigües des dirigeants boliviens : tout indique que la perspective d’un nouveau coup d’État n’est pas à écarter. Par Denis Rogatyuk, traduction Lou Plaza et Marie Miqueu-Barnèche.

La situation politique est sous haute tension lors du scrutin présidentiel, déjà repoussé à trois reprises par le gouvernement de Jeanine Añez. Même si sa décision de retirer sa candidature a renforcé la position du candidat Carlos Mesa, tous les sondages indiquent que Luis Arce Catacora, le candidat désigné comme successeur d’Evo Morales, arriverait en tête au premier tour :

La chaîne privée UNITEL a présenté le sondage réalisé par l’institut Ciesmori indiquant que le MAS obtiendrait 42,2 % au premier tour, suivi de Carlos Mesa avec 33,1 %. Le sondage montre également que le MAS obtiendrait une majorité dans 6 des
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Joe Biden : l’establishment démocrate contre-attaque

https://www.flickr.com/photos/gageskidmore/48244001437
Joe Biden © Gage Skidmore

Défait dans les trois premiers États, Joe Biden a réalisé après la Caroline du Sud un retour en force historique. Celui-ci n’a été possible que grâce à une spectaculaire consolidation-éclair de l’establishment démocrate dans toutes ses composantes (économique, médiatique et politique). Bernie Sanders avait jusqu’alors la dynamique pour lui. Il est dorénavant dans la position inconfortable du challenger. Par Politicoboy et Clément Pairot.

« Nous sommes bien vivants ! ». Lui-même en est estomaqué. Le soir du Super Tuesday, Joe Biden a laissé éclater sa joie dans un discours triomphal où, après avoir confondu son épouse avec sa sœur, il déclare : « on nous disait fini, mais ce soir il semblerait que ce soit l’autre personne [Bernie Sanders, ndlr] qui le soit ! ». Les milliards de Bloomberg et les imposantes infrastructures militantes mises en place par Sanders et Warren n’ont rien pu faire face au tsunami Biden, déjouant de nombreuses certitudes. Pour comprendre ce retournement de situation, il ne faut pas se limiter – comme on l’a trop souvent lu ces derniers jours – à sa victoire en Caroline du Sud ; il faut remonter une semaine en arrière, au caucus du Nevada, véritable coup de semonce pour l’establishment. Difficile à croire, mais toutes les

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Julia Cagé : « Les médias ne sont pas des entreprises comme les autres »

Franck Riester, ministre de la Culture - Inauguration Les 7 lieux à Bayeux
L’économiste spécialiste des médias français Julia Cagé s’inquiète des possibles conséquences austéritaires de la future réforme de l’audiovisuel public portée par Franck Riester. ©ActuaLitté

Nous avons interrogé Julia Cagé, spécialiste de la situation économique de la presse française et partisane du statut “d’entreprise de presse à but non lucratif”. Nous l’avons questionnée sur les transformations juridiques récentes des grandes rédactions telles que Le Monde et Mediapart, ainsi que sur la réforme de l’audiovisuel public portée par le ministre de la culture et de la communication, Franck Riester, qui lui fait craindre une nouvelle politique d’austérité dans ce secteur. Propos recueillis par Simon Woillet et Arthur Cebal.

LVSL : Pensez-vous que le droit d’agrément récemment obtenu par le “pôle d’indépendance” des personnels du Monde aura une réelle efficacité étant donné la clause concédée par M. Pigasse à M. Kretinsky de l’option d’achat sur ses parts restantes ?

Julia Cagé : Ce droit d’agrément est un vrai progrès, une avancée unique au monde pour l’indépendance des journalistes, et il ne faut pas le sous-estimer. Si Daniel Kretinsky souhaite devenir actionnaire contrôlant du Monde, il devra passer par la procédure d’agrément. Maintenant, il est vrai que l’on peut regretter le peu de transparence qui a entouré les tractations entre Matthieu Pigasse et Daniel Kretinsky.

C’est aussi pour cela qu’il faut changer le statut des médias, pour éviter le manque de

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Once Upon a time… In Hollywood : le révisionnisme historique selon Quentin Tarantino

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Événement cinéphile de l’année, première collaboration entre Brad Pitt et Leonardo DiCaprio : cet été, personne n’a pu échapper au 9e film de Quentin Tarantino. Exit l’ultra-violence, nous assistons ici aux souvenirs et fantasmes d’un artiste arrivé à maturité. Il nous offre un voyage ahurissant et politisé dans la Californie de 1969. Une année – et un récit – sur le point de carboniser à la fois le « flower power » et les Trente Glorieuses. Par Dorian Loisy et Pierre Migozzi.

Trois ans auparavant, nous quittions Tarantino avec ses Huit salopards: racistes, auto-destructeurs et belliqueux, spectrogrammes d’une Amérique rongée par des haines pré-trumpistes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que sa filmographie puise encore dans les reflets (déformants) de la société contemporaine, faisant du monde de la télévision de l’époque son miroir monstrueux. 

Pour pénétrer ce petit monde mesquin et besogneux, la caméra de Tarantino va s’attacher aux pas de Rick Dalton/ Leonardo DiCaprio, ancien jeune premier aux allures de vieux-beau dépressif depuis lors recyclé en cow-boy de feuilletons ringards et sa doublure cascade, homme-à-tout-faire, compagnon de vie, l’ombrageux et peu fréquentable Cliff Booth/Brad Pitt. En parallèle des errances alcoolisées et costumées de ces deux lascars, le récit s’attarde sur leurs voisins, les Polanski, à

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