La fin de l’étiquette “gauche”

Montage comparant l’esprit des campagnes de 2012 et de 2017.

Non plus « rassembler la gauche » mais « fédérer le peuple » : tel fut le principal mouvement stratégique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. Comparé au discours hamoniste, attaché à l’étiquette « gauche » comme au premier des talismans, le slogan de la France Insoumise semble avoir porté ses fruits et convaincu un électorat jeune et populaire jusqu’alors inaccessible. Compte tenu du point de départ de 2012 et de la primeur du tournant « populiste », ces résultats sont remarquables. Toutefois, ils n’ont pas suffi pour l’emporter. L’une des raisons de cet échec réside probablement dans l’incapacité de la campagne de Mélenchon à s’être complètement émancipée du qualificatif “gauche”.  Sans abdiquer une seule idée, il est temps, une bonne fois pour toutes, d’abandonner une imagerie et un terme confus et éculé. 

« Vive la République, et que demain vive la gauche ! ». Ainsi Benoit Hamon a-t-il conclu son discours après l’annonce des résultats du premier tour. La mention, onze fois répétée, du mot « gauche » dans cette intervention de quatre minutes est à l’image d’une campagne dont le principal leitmotiv fut de justifier une identité mise à mal par le quinquennat de François Hollande et de rassembler les morceaux déchirés d’une vieille photo de famille, dont d’aucuns crurent

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La victoire du transformisme et la défaite des classes populaires

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François Hollande fera donc un second mandat. Son « fils », Emmanuel Macron, est en tête du premier tour, et le FN est beaucoup trop bas pour pouvoir espérer enclencher une dynamique suffisamment puissante pour prendre le pouvoir. Il est donc vraisemblable – sauf accident majeur – qu’Emmanuel Macron soit élu le soir du second tour des élections présidentielles. Cette victoire est celle d’un opportunisme politique très à la mode en Italie, qu’on appelle gentiment « transformisme » dans le pays de Dante.

« Tout changer pour que rien ne change »

Les amateurs de cinéma italien connaissent la fameuse formule du Guépard, réalisé par Luchino Visconti, qui met en scène le processus d’unification de l’Italie par le haut. Ce processus a conduit à un grand toilettage des élites italiennes, sans pour autant remettre en cause leurs privilèges. Nous assistons exactement au même phénomène. Les élites libérales du pays ont fait le constat d’un discrédit insurmontable sur le PS et LR. Elles opèrent donc un vaste mouvement de recomposition et de « renouvellement », incarné par Emmanuel Macron.

Les deux partis qui ont structuré la vie de la Vème République sont entrés dans un mouvement de destruction partielle et de

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Election présidentielle : Quel candidat pour les droits des femmes ?

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Le premier tour des élections présidentielles arrivant à grand pas, un point sur les propositions des principaux candidats dans le domaine du droit des femmes s’impose. Alors qui propose quoi ?

Ceux qui régressent :

Marine Le Pen – Candidate FN

La citation qui fait mal : « Je n’ai jamais changé de discours sur la question du voile. J’ai dit et je redis que le voile n’a pas sa place dans la sphère publique en France. »

Depuis quelques mois, Marine Lepen ne cesse de prôner un intérêt particulier pour les droits des femmes. Prendrait-elle les féministes à ce point pour des idiotes ? Zoom sur les propositions et les petites manies du FN :

Le FN a pour habitude de ne pas prendre trop au sérieux les violences contre les femmes, ou l’égalité femmes-hommes de façon générale : vote contre les lois sur le harcèlement sexuel, contre la loi proposant des mesures assurant la bonne santé sexuelle des adolescents et adultes, vote contre la loi sur l’égalité réelle entre les femmes et les hommes, qui, entre autre, incitait les pères à prendre des congés parentaux… Rappelons-nous ensuite du rejet

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La VIème République est-elle possible ? Entretien avec Charlotte Girard

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Charlotte Girard à l’émission Esprit de campagne. Crédits photo : Stéphane Burlot.

Charlotte Girard est Maîtresse de Conférences de droit public à l’Université de Paris Ouest Nanterre – La Défense et coordinatrice du programme de La France Insoumise. Dans cet entretien, elle revient sur les raisons du passage à une Sixième République et sur les modalités concrètes du processus constituant.

L’une des mesures phares du programme de La France Insoumise porté par Jean-Luc Mélenchon est la proposition de passage à une VIème République. On sait que la Vème République a été largement révisée, notamment par l’alignement du mandat présidentiel et du mandat législatif, de sorte que nous sommes déjà passés à une autre forme institutionnelle. Pourquoi passer à une VIème République, plutôt que retourner à une Vème République référendaire qui semble convenir à la posture gaullienne de Jean-Luc Mélenchon ?

Votre postulat n’est pas bon. La Vème République a en effet été révisée 24 fois avec notamment la révision de 2000 qui a consisté à synchroniser les échéances présidentielles et législatives. Cependant, cela ne change pas le régime, mais en accentue la pente. C’est toujours la fonction présidentielle qui recueille prioritairement la légitimité. L’Assemblée Nationale en récupère ensuite une part pour le service du pouvoir exécutif. La majorité parlementaire est

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Benoît Hamon ou la faillite de la gauche Terra Nova

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Benoit Hamon lors du lancement du M1717 ©Ulysse Guttmann-Faure pour LVSL

On accusera volontiers l’auteur de ces lignes de tirer sur l’ambulance. Néanmoins, la déconfiture actuelle du candidat du PS nous oblige à ne pas passer à côté de ce qui se jouera au soir du 1er tour, lorsque le score de Benoît Hamon apparaîtra sur nos écrans.

Le moment de gloire de l’aile gauche du PS tendance Mouvement des Jeunes Socialistes fut donc court. Alors que les soutiens de Benoît Hamon pavoisaient le soir de leur victoire lors des primaires, ceux-ci ne s’étaient pas rendu compte que leur candidat n’avait été qu’un outil de l’électorat de gauche pour mettre en pièce Manuel Valls. Ils oubliaient en outre que la faible participation et la répartition spatiale du vote, fortement concentré dans les grandes villes – environ 50% des votes du second tour se sont concentrés dans des territoires qui représentent 25% de la population, territoires les plus riches et les plus éduqués – montrait à l’évidence que le résultat des primaires ne valait pas onction populaire.

Si donc, le revenu universel, le « 49-3 citoyen » et la légalisation du cannabis étaient des propositions fortes et pertinentes pour remporter un congrès du PS ou une primaire centrée sur

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2ème débat : Où est passée l’Ecologie ?

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Capture d’écran

Le chômage, la sécurité, le rapport aux autres. Et l’Ecologie alors ? Les 3 heures de débat ont été l’occasion de mettre sur la table ce qui préoccupe (vraiment) les français. Comprenons : Les chômeurs, les terroristes, les musulmans. Ce sont vos priorités, nos priorités. Puisqu’on vous le dit ! Mais le format, certes complexe à gérer, aurait pu voir émerger une question importante : celle de la crise écologique et de ses solutions. Échec.

Les chômeurs, les terroristes, les musulmans 

            En bref, et comme on s’y attendait, le débat a été polarisé autour de ces 3 catégories. L’occasion une fois de plus de jeter de l’huile sur le feu pour certains, voire de chercher le buzz. Dans les faits, de permettre à l’élite économique, politique et médiatique en place d’employer les vieilles recettes de la division. Quand on a des choses à se reprocher et des intérêts à défendre, le meilleur moyen de détourner l’attention étant de jeter la pierre sur quelqu’un d’autre. Le bon vieux théorème attribué à C. Pasqua : « Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce

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Christophe Ventura : “Si le populisme de gauche n’assume pas de briser le mur européen, il raconte des histoires aux enfants”

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blankDans le cadre de la sortie de l’édition française du livre Construire un peuple (en librairie le 7 avril), dialogue entre Chantal Mouffe (philosophe théoricienne du populisme de gauche) et Íñigo Errejón (co-fondateur et stratège de Podemos), nous nous sommes entretenus avec Christophe Ventura, qui a mené la publication de cette édition. Christophe Ventura est animateur de l’association Mémoire des Luttes et l’un des fondateurs du groupe de réflexion politique et intellectuel Chapitre 2. Qu’est ce que le populisme de gauche ? Quelle est sa stratégie ? Quelles sont les différences entre Bernie Sanders, Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon et Podemos ? Comment comptent-ils contrer l’hégémonie du populisme de droite ? Emmanuel Macron est-il populiste ? Ces mouvements ont-ils un tabou sur la question européenne ? Doivent-ils prôner la sortie de l’UE ? Nous lui avons posé toutes ces questions.

 

LVSL : Vous vous intéressez de près à la question du populisme en Europe. Et plus particulièrement au « populisme de gauche », théorisé par Chantal Mouffe. Pourquoi ce concept vous semble-t-il pertinent aujourd’hui ?

Christophe Ventura : Je pense qu’il faut s’intéresser à ce terme de « populisme de gauche » car, d’une manière générale, la

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2017, Fronde générale

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2017, cru exceptionnel. Pour la première fois dans la Ve République, aucun des candidats à la présidentielle n’est assuré de pouvoir compter sur une majorité parlementaire après les législatives. Pire, tous les prétendants majeurs font l’objet d’une dissidence interne à leur propre mouvement. Revue des troupes avant la Bérézina.

D’abord, il faut préciser que sauf surprise monumentale, ni Nathalie Arthaud, ni François Asselineau, ni Jacques Cheminade, ni Jean Lassale, ni Nicolas Dupont-Aignan, n’ont la moindre chance d’être élus. Encore moins en n’étant pas invités au débat de TF1. Si cela arrivait, ils devraient évidemment faire avec une Assemblée Nationale composite.

Procédons de gauche à droite :

Jean-Luc Mélenchon

-Dissensions à gauche. Les critiques les plus virulentes à l’encontre du chef de file de la France Insoumise viennent de ses propres alliés, communistes ou d’Ensemble. “Leader minimo”, “égocentrique”, “auto-proclamé”, les insultes fusent chez ceux qui seraient censés être ses plus fidèles soutiens. Les élus communistes sont même allés jusqu’à faire du chantage aux parrainages à Mélenchon, qui n’a validé ses fameuses 500 signatures que le 14 mars. Dernier débat en date au sein de la “gauche de la gauche” :

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Tribune : L’unité de la gauche est-elle un mirage ? Par Philippe Légé

http://www.laprovence.com/actu/en-direct/4618347/melenchon-si-hamon-avait-retire-sa-candidature-il-serait-premier-ministre.html
Capture France 2

Philippe Légé est enseignant-chercheur en économie à l’université de Picardie Jules Verne. Il aborde, dans cette tribune, la question de l’unité de la gauche, posée presque tous les jours depuis la victoire de Benoit Hamon aux primaires de la BAP.

L’échec de la politique de F. Hollande était très prévisible. La volonté de N. Sarkozy de revenir dans le jeu électoral aussi. Mais plusieurs évènements de la fin du quinquennat l’étaient beaucoup moins : les attentats, l’ampleur des divisions au PS autour de la déchéance de nationalité et du projet de loi Travail, la victoire de F. Fillon aux primaires et les révélations sur ses affaires, le renoncement de F. Hollande à sa propre succession, le succès d’opinion de la candidature Macron et le soutien médiatique dont elle bénéficie, etc. Malgré le caractère mouvant de la situation politique depuis environ un an, voici quelques éléments de réflexion afin d’essayer d’y voir plus clair.

La catastrophe sociale

La situation sociale est exécrable. Fin 2016, le taux de chômage au sens du BIT était au même niveau que fin 2012 lorsque François Hollande promettait « l’inversion de la courbe du chômage ». On compte notamment 1,2 millions

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Le retour de l’homme au couteau entre les dents

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Les caricatures du sans-culotte assoiffé de sang et de l’homme au couteau entre les dents ont encore de beaux jours devant elles. A l’heure de la société médiatique, ces vieux procédés propagandistes ont été adaptés et remis au goût du jour, et servent toujours le même intérêt : discréditer la gauche de transformation sociale. Jeremy Corbyn, Bernie Sanders et Jean-Luc Mélenchon, trois personnalités politiques dont les tempéraments, les parcours et les projets de société sont pourtant bien différents, n’y échappent pas.

La bestialité de l’homme de « gauche radicale »

Jeremy Corbyn, Jean-Luc Mélenchon et Bernie Sanders sont les cibles régulières d’accusations plus ou moins voilées d’agressivité, de hargne, voire d’un penchant pour la violence, de la part de leurs adversaires politiques et médiatiques. C’est ainsi que les cadres du Parti Démocrate du Nevada s’étaient plaints de la violence des partisans de Bernie Sanders lors d’une convention démocrate et en avaient, à mots à peine couverts,  attribué la responsabilité à Bernie Sanders qui conduirait, selon eux, une campagne ayant un « penchant pour la violence » dans le cadre des primaires démocrates. Démenti catégorique de Sanders. S’ensuit un rétro-pédalage de la direction locale du Parti Démocrate… Plus tôt,

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