Vulnérabilité et débordement. Sur Hedda, une pièce de Sigrid Carré-Lecointre

Hedda • Crédits : Sylvain Bouttet

En France, en 2019, 146 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon. Un phénomène désormais largement médiatisé par les associations féministes. En rendant la sphère privée « politique », le deuxième féminisme a montré que le terme de « faits divers » était inadapté pour caractériser les violences faites aux femmes. Rendus publics, les cas de femmes battues témoignent de la violence systématique dont les femmes sont victimes en raison de leur statut au sein de la société. Aux premiers abords, Hedda, pièce écrite et mise en scène par Sigrid Carré- Lecointre et Lena Paugaum (qui en est également l’interprète principale) poursuit cette même ambition : rendre visible et donc politiser l’histoire singulière d’une femme victime de violences. Interrogée à ce sujet, Lena Paugaum précise néanmoins que Hedda  « n’est pas une pièce sur les violences faites aux femmes ». La pièce, qui a rencontré un accueil remarqué à Avignon en 2019, a été reprogrammée en juin pour la ré-ouverture du théâtre de Belleville. Elle s’attaque avec poésie et diligence aux méandres psychologiques de la violence domestique. En refusant la condamnation morale, Hedda ouvre un espace où la compréhension flirte avec le malaise et fait du théâtre un laboratoire pour produire une

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« Le massacre du 17 octobre 1961 n’existe pas dans la mémoire collective » – Entretien avec Alexandra Badea

Alexandra Badea. ©Ulysse Guttmann-Faure pour LVSL.
Alexandra Badea. ©Ulysse Guttmann-Faure pour Le Vent Se Lève.

Alexandra Badea est metteuse en scène et écrivaine de théâtre. Roumaine, elle s’est installée en France il y a 15 ans. Elle est l’auteure de la trilogie Points de non-retour qui aborde les zones d’ombre de l’histoire française et dont le deuxième volet Quais de Seine sera joué en novembre au théâtre de la Colline[1], après un passage cet été au festival d’Avignon. LVSL a souhaité l’interroger sur la Roumanie, ses engagements politiques et esthétiques et son rapport à la langue française. Entretien réalisé par Christine Bouissou et Sarah De Fgd. 

LVSL — Votre engagement politique est très fort dans vos textes. Vous décrivez par exemple dans Burn Out une situation de travail acharné. Dans Contrôle d’identité[2], les déboires d’un réfugié politique face à un système administratif très bureaucratique. Vous dressez un portrait implacable de la mondialisation dans Pulvérisés[3] qui a reçu le Grand Prix de la littérature dramatique en 2013 et qui décrit la vie en entreprise dans quatre villes du monde. Vous semblez habitée par une certaine perception du monde. Quelle est-elle ?

AB — Je ne peux pas parler de la perception du monde en général parce que ce n’est pas le

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Les rêves d’Europe du Festival d’Avignon

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Vendeur de chapeaux avignonnais proposant des drapeaux européens. ©Martin Mendiharat

Du 4 au 23 juillet s’est tenu l’édition 2019 du Festival d’Avignon, la 73e. Si L’Odyssée se présente comme le thème principal du plus grand festival de théâtre au monde cette année, une autre couleur vient teinter la programmation de cet été. L’Europe s’installe en effet comme irrémédiable sujet de plusieurs spectacles phares du festival et révèle de nombreuses caractéristiques propres à une certaine frange de la création contemporaine qui désire ardemment parler du présent politique.

Le Festival d’Avignon 2019 se voulait éminemment politique, en écho avec les urgences de notre temps, ce que traduit l’édito d’ouverture de programme d’Olivier Py, directeur du festival depuis 2013. Il y énonce que l’objectif artistique de l’édition 2019 est de « désarmer les solitudes ». Le metteur en scène nomme la nécessité présente du théâtre, qui n’a qu’à « ouvrir ses portes » pour « faire acte de conscience politique ». Ainsi, face aux affres du consumérisme et de la solitude contemporaine véhiculée entre autre par les réseaux sociaux, il rappelle « qu’être ensemble ce n’est pas faire foule ou vibrer d’affects refoulés, c’est accepter une inquiétude commune et espérer le retour des mythes fondateurs ». C’est dans le charnier marin de la Méditerranée qu’un de ce mythes émerge : l’Odyssée.

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Avignon : £¥€$, plongée dans les rouages de la finance

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©Festival d’Avignon

£¥€$ est une pièce de théâtre participative du in du festival d’Avignon qui s’est jouée du 5 au 14 juillet à la Chartreuse. Acteur de la pièce, le public vit et ressent ce que vit un trader au quotidien avec une puissance déconcertante. De quoi susciter une curiosité plus approfondie des mécanismes et des règles qui régissent le monde de la finance dès la sortie de la salle.

La pièce tourne dans le monde depuis 2017, elle a été jouée plus de 300 fois. Il y a une version anglaise, russe, elle a été reprise au Kazakhstan et va être prochainement réadaptée en Chine. À la manœuvre, la compagnie flamande Ontroerend Goed. Quatre comédiens/créateurs et un directeur artistique et metteur en scène, Alexander Devriendt. La comédienne Aurélie Lannoy, seule francophone de la compagnie, joue le rôle de traductrice. C’est la première entrée de cette compagnie dans le in du Festival d’Avignon, leurs dernières créations comme Fight night se jouaient à la Manufacture dans le off.

Réguler la finance

La pièce illustre une volonté d’aller toujours plus loin dans la recherche du gain par les traders. Elle présente des situations concrètes, comme lorsqu’il s’agit de payer

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Édouard Louis : « Toutes les grandes littératures ont été des littératures de la réalité »

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Copyright : Vincent Plagniol pour LVSL.

À l’occasion de la mise en scène au Théâtre de la Colline de son texte “Qui a tué mon père ?” LVSL a rencontré Édouard Louis. Éminemment politique, son œuvre possède une acuité particulière à l’heure des gilets jaunes. Aussi, cet entretien a été l’occasion de revenir sur le rapport entre les dominants et les dominés, le champ politique et ce que sa littérature comporte d’engagé. Entretien réalisé par Marion Beauvalet et Pierre Migozzi, retranscrit par Tao Cheret.

LVSL – Concernant votre pièce de théâtre, pourquoi avoir fait ce choix du passage de l’écrit au théâtre ? Ce monologue est-il selon vous un format adapté pour exprimer ce que vous aviez voulu dire en écrivant Qui a tué mon père ?

Édouard Louis – J’avais envie d’écrire un texte sur mon père. Il s’agit du point de départ du livre. Il y a quelques années maintenant, j’ai revu mon père, que je n’avais plus revu depuis que j’étais parti du petit village dans le nord de la France, duquel j’avais fui, pour me réinventer comme gay, comme écrivain à Paris. Je suis revenu vers mon père et, quand je l’ai vu, j’ai vu son corps totalement détruit. Mon père était pourtant quelqu’un de

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Dans la luge d’Arthur Schopenhauer : re-création de la pièce de Yasmina Reza

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Yasmina Reza et Jérôme Deschamps, Dans la luge d’Arthur Schopenhauer. © PASCAL VICTOR / ARTCOMPRESS

Sur la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia, directeur du théâtre Le Quai, centre dramatique national des Pays de la Loire, Yasmina Reza est en scène à Angers pour la nouvelle création de sa pièce Dans la luge d’Arthur Schopenhauer. C’est une équipe qui marche, puisqu’ils avaient déjà monté la pièce en octobre 2006 au Théâtre Ouvert. Douze ans plus tard, l’histoire est toujours aussi pertinente, avec des personnages à la fois déprimés, désabusés, drôles, qui philosophent sur les petits riens du quotidien. Vous pouvez aller les voir à La Scala de Paris jusqu’au 24 novembre.

C’est une Yasmina Reza irritée qui entre en scène. Yasmina ou plutôt Nadine Chipman, le personnage qu’elle interprète. Un paquet de Bretzel à la main, elle déambule sur scène juchée sur ses hauts talons, et se plaint des manies de son mari. C’est bien simple, elle ne supporte plus la façon dont il pèle son orange, sa robe de chambre toute rabougrie et ses pantoufles qui traduisent un laisser-aller. Son mari, Ariel (André Marcon), ancien universitaire de philosophie et adepte de Spinoza, n’a plus sa verve d’antan. Il voit la vie en noir : « Je suis en luge vers la mort, docteur. Tel que vous

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Le théâtre en réalité virtuelle : le tout nouvel univers de Laurent Bazin

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Laurent Bazin réalise une de premières pièces de théâtre en réalité virtuelle. L’expérience est audacieuse et réussie. Le domaine commence à peine à se créer. Les falaises de V. est à La manufacture à Avignon jusqu’au 22 juillet.

Laurent Bazin innove, surprend, détonne avec sa toute dernière pièce Les falaises de V. Il choisit de relever le pari de la VR en créant une des premières pièces en réalité virtuelle. C’est la septième création de Laurent Bazin en relation avec Gengiskhan production après L’amour et les forêts et Bad little bubble B. Elle se joue à la manufacture dans le cadre du 72e festival d’Avignon jusqu’au 22 juillet. L’histoire se déroule dans une société imaginaire futuriste. Le personnage principal est dans un hôpital pénitentiaire. La pénurie de don d’organes se fait sentir. Pour pallier ce problème, le gouvernement lance un programme intitulé Réciprocité dans lequel les prisonniers de longue peine peuvent échanger leur dette à l’état par une amputation d’une partie de leur corps. Le personnage principal qui n’est jamais nommé va subir une ablation des yeux. C’est un sujet qui concerne d’ailleurs le réalisateur / metteur en scène Laurent Bazin puisque petit il a été touché par une

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