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Cuba, tête de gondole du tiers-mondisme

Cuba, tête de gondole du tiers-mondisme
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A l’heure du décès de Fidel Castro, il convient de se demander comment une aussi petite île que Cuba peut autant faire réagir, et de manière aussi manichéenne, à travers le monde. Parmi les raisons de l’image positive véhiculée par l’ancien dirigeant cubain en dehors de l’Europe et des Etats-Unis, on trouve son engagement pour la souveraineté des peuples à travers le monde qui en fait un symbole des luttes anti-impérialistes du XXème siècle.

De l’isolement régional…

Il n’est pas étonnant de voir que la République de Cuba n’est jamais devenue une République populaire et a gardé sa dénomination d’origine. Pour les dirigeants cubains, la révolution de 1959 est le prolongement logique de la lutte pour l’indépendance de la fin du XIXème siècle, portée par des figures comme José Marti, qui imaginait déjà à son époque un destin commun pour l’Amérique latine. Indépendante en 1898 suite à une guerre entre les Etats-Unis et l’Espagne sur son territoire, l’île reste de fait dépendante des Etats-Unis, de par l’amendement Platt qui leur donne un droit d’ingérence, puis grâce au régime de Fulgencio Batista, qui ouvre grandes les portes du pays à l’allié étasunien.

Dans les premières années de la révolution, le nouveau régime cubain est exclu, avec la pression des Etats-Unis, de l’Organisation des Etats Américains lors de la conférence de Punta del Este (Uruguay) en 1962. Castro va donc à partir de ce moment-là chercher à se faire entendre via les organisations internationales auxquelles appartient Cuba et faire de l’ONU une tribune pour sa cause.

En Amérique latine, l’action de Cuba va donc se limiter à un soutien à de nombreux mouvements de guérilla en opposition aux dictatures militaires sans soutenir « d’exportation de la Révolution », ce qui va accélérer une fin des relations avec les pays de la région. Il faudra attendre les années 1980 et la fin des dictatures militaires dans la région, ainsi que l’engagement de Cuba pour l’abolition de la dette extérieure des pays du Tiers-monde, pour voir une normalisation de ces relations.

Nelson Mandela et Fidel Castro le 27 juillet 1991 à Cuba
Nelson Mandela et Fidel Castro le 27 juillet 1991 à Cuba

…à un statut d’acteur international

Fidel Castro et Yasser Arafat
Fidel Castro et Yasser Arafat

Cependant, Cuba devient dans le reste du monde le symbole du petit pays qui réussit à s’échapper de la zone d’influence américaine, sentiment renforcé par le débarquement manqué de la CIA dans la Baie des Cochons en 1961 puis par le blocus mis en place l’année suivante. Le régime castriste va utiliser cette image pour mettre en place une politique extérieure d’importance. L’équilibre à trouver reste cependant assez fragile, Fidel Castro apportant son soutien au mouvement des non-alignés tout en gardant un relatif alignement sur le nécessaire allié soviétique. C’est ainsi que La Havane organise en 1966 la Conférence Tricontinentale, à laquelle participent des représentants de 82 pays du Tiers-monde. De cette conférence, minée par le récent enlèvement de Mehdi Ben Barka, découlent la création de l’Organisation de Solidarité des Peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine et le soutien non seulement aux mouvements d’émancipation nationale mais aussi au Nord-Vietnam et à Cuba contre le blocus.

Fidel Castro devient alors l’un des symboles des dirigeants engagés du Tiers-monde. Il rencontre régulièrement et crée des liens avec les grands dirigeants tiers-mondistes, et engage Cuba sur la question palestinienne, contre l’apartheid en Afrique du Sud et pour l’indépendance réelle des pays dans une optique internationaliste.

Thomas Sankara et Fidel Castro
Thomas Sankara et Fidel Castro

C’est dans cette optique que Cuba va s’engager dans la guerre civile angolaise du côté du MPLA face à l’UNITA, soutenue par l’Afrique du Sud et le Zaïre de Mobutu Sese Seko. Cet exemple reste le plus parlant, mais on verra aussi des soutiens logistiques à l’Algérie, à l’Ethiopie de Mengistu – de loin la pire alliance menée par le régime castriste – ou au Nicaragua sandiniste. Après la fin de la Guerre froide, cette aide logistique évolue en une exportation de capital humain qui permet un soutien international contre le blocus.

Une réintégration réussie en Amérique latine

Après la disparition de l’URSS, traumatisme profond pour les dirigeants cubains, le régime cherche à diversifier ses échanges, avec la Chine, l’Espagne et surtout le Venezuela d’Hugo Chavez. Le programme « Barrio adentro », qui voit l’envoi de médecins cubains au Venezuela contre un accès à des prix réduits sur le pétrole vénézuélien, sera à l’origine de la création en 2005 de L’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques), qui s’oppose au libre-échange promu par les Etats-Unis et propose une politique d’échanges, d’investissements et de solidarité.

La réintégration de Cuba dans la région n’est cependant pas seulement le fait de gouvernements de gauche dite « radicale », en atteste la création de la CELAC (Communauté d’Etats latino-américains et caraïbes) en 2010, portée par le Président brésilien Lula et présidée par Hugo Chavez et par le Président chilien Sebastián Piñera, qui inclut Cuba mais pas les Etats-Unis, preuve d’un changement profond dans la manière dont l’Amérique latine se pense désormais.

Ainsi, Cuba et les problèmes internationaux posés et mis en avant par le régime castriste ont pris une importance géopolitique sans précédent pour un aussi petit Etat qui semblait avant 1959 voué à rester dans « l’arrière cour » des Etats-Unis. Cela doit-il être comptabilisé dans le bilan politique de Fidel Castro ? De notre point de vue oui. Ayant participé à faire avancer les questions d’autodétermination et d’antiracisme, son action, critiquable comme toutes peuvent l’être, est un réel espoir pour de nombreux peuples à travers le monde.

"Oubliez les politiques de Fidel Castro. Ce qui compte est qu'il était un dictateur." "Arrêtez d'appeler Tony Blair un criminel de guerre. La gauche devrait être fière de son souvenir." Zoe Williams dans la Guardian. Chacun ses héros.
« Oubliez les politiques de Fidel Castro. Ce qui compte est qu’il était un dictateur. »
« Arrêtez d’appeler Tony Blair un criminel de guerre. La gauche devrait être fière de son bilan. »
Zoe Williams dans la Guardian. Chacun ses héros.

Sources :

Marie Laure GEOFFRAY, Castro, Fidel (1926-2016) In Universalis éducation [en ligne]. Encyclopædia Universalis, consulté le 5 décembre 2016. Disponible sur http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/fidel-castro/

Jean LAMORE, Cuba, 7e éd., Paris, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2007

Jacques LEVESQUE, La guerre d’Angola et le rôle de Cuba en Afrique, Etudes internationales, 1978, Vol.9 (3), pp.429-434

Jean MENDELSON, Tricontinentale (1966) In Universalis éducation [en ligne]. Encyclopædia Universalis, consulté le 5 décembre 2016. Disponible sur http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/tricontinentale/

Ignacio RAMONET, Fidel Castro. Biographie à deux voix, Fayard, Paris, 2007

Crédit photo :

http://www.lejdd.fr/International/Ameriques/EN-IMAGES-Les-cinq-visages-de-Fidel-Castro-827464

http://www.telesurtv.net/english/opinion/What-Palestinians-Can-Learn-from-Cuban-Leader-Fidel-Castro-20161129-0019.html

http://thomassankara.net/sankara-et-cuba-articles-et-photos-de-la-presse-cubaine/

https://www.theguardian.com/profile/zoewilliams

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