Home Idées & Débats En finir avec l’éditocratie pour recréer du débat d’idées

En finir avec l’éditocratie pour recréer du débat d’idées

En finir avec l’éditocratie pour recréer du débat d’idées
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Vous les entendez partout, ils donnent leur avis sur tous les sujets et semblent vivre dans un autre monde que le nôtre. Leur omniprésence les a complètement intégrés dans le décor politico-médiatique. si bien que vous aurez du mal à allumer votre télé ou votre journal sans voir leur nom ou leur visage. A tel point qu’il est parfois difficile de les supporter, mais l’habitude a rendu leur présence acceptable. Et à force de matraquage, ils sont devenus légitimes dans le débat public. Bienvenue dans le merveilleux univers des éditocrates.

Le manque de pluralité dans les idées

Ils répondent au nom de Christophe Barbier, Arnaud Leparmentier, Jean Quatremer ou encore Laurent Joffrin – et la liste est un peu plus longue, mais justement pas tant que ça. Ils sont journalistes, rédac’ chef, pas spécialement experts d’un domaine mais très loquaces. Ils sont à peu près d’accord sur tous les sujets, en tout cas sur le consensus néolibéral. C’est là que commencent les problèmes. Les émissions dans lesquelles ils s’expriment ou les grands titres de la presse qui leur donnent tribune partagent deux traits distinctifs : ils appartiennent aux grands groupes industriels à la Bolloré ou à la Lagardère, et sont adeptes du discours économique dominant, à savoir toujours plus de libéralisme.

Dès lors, la question de la pluralité mérite d’être soulevée : comment avoir un débat public sain quand les moyens d’expression sont confisqués par une minorité de personnalités qui défendent la même position ? Le débat médiatique est central dans l’élaboration des opinions politiques des citoyens, mais s’il est pipé d’avance, les options politiques disponibles sont nécessairement restreintes.

Tenir un contre-discours au consensus néolibéral

Mener la bataille culturelle implique d’aller contrer adéquatement le discours libéral. C’est d’ailleurs une question qui a émergé au sein d’un mouvement comme La France Insoumise, avec la participation de Raquel Garrido au talk-show de Thierry Ardisson. Faut-il refuser de cautionner une telle émission, ou profiter de cet espace pour s’adresser à des citoyens qui n’auraient autrement pas eu l’occasion d’écouter une opinion alternative ? Cette demande d’un contre-discours trouve une réponse avec Internet, à l’image des médias alternatifs et des chaînes Youtube politiques. Mais à l’échelle électorale, ces moyens manquent de la force de frappe des médias de masse qui peuvent vanter matin, midi et soir les bienfaits de la dérégulation. Tout un terrain reste donc à conquérir.

L’émergence de nouvelles voix dans le débat public serait en effet salvatrice pour la vie politique du pays. C’est de philosophes, de politologues, d’historiens, de géographes, bref d’intellectuels dont nous avons besoin pour éclairer les sujets qui font débat au sein de la société, à la condition sine qua non d’exposer des thèses divergentes. D’une part pour sortir des simplifications et des raccourcis à outrance, qui permettent de prendre les citoyens de haut en les considérant incapables de saisir des enjeux complexes. D’autre part, et c’est la conséquence logique de ce premier bénéfice, pour élever le niveau d’exigence que nous avons à l’égard de nos politiques.

Sans doute la médiocrité de notre classe politique survivrait moins longtemps avec une analyse critique permanente dont ne peuvent se targuer les éditocrates complaisants. C’est dans un tel cadre d’honnêteté intellectuelle dépourvu d’un mépris élitiste que la parole populaire pourrait pleinement s’exprimer. Permettre à des citoyens, engagés ou non, d’apporter des éléments au débat public, redonnerait de la matière à la fonction délibérative du débat public.

Il sera difficile de convaincre Bolloré d’offrir une tribune régulière à Bernard Friot sur CNEWS. Certes. En attendant et en parallèle, nous pouvons continuer le travail de déconstruction du discours médiatique, et créer le maximum d’espace d’expression pour tenir un contre-discours de progrès social. Sinon, nous risquons d’assister au lancement de la carrière de MC Christophe Barbier. Personne n’a envie de voir ça.

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