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En Guyane, la révolte des oubliés de la République

En Guyane, la révolte des oubliés de la République
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Depuis le 18 mars, un vaste mouvement de grève paralyse la Guyane. Les manifestants dénoncent l’insécurité, la précarité et, plus généralement, le manque d’intérêt de l’Etat pour ces territoires. L’exemple guyanais doit amener à réfléchir plus largement sur la question de l’outre-mer français et sur les moyens de dynamiser ces territoires oubliés.

 

Une éruption qui révèle un malaise profond

 

Département français situé en Amazonie, la Guyane souffre comme la majorité des autres DOM et COM (Collectivités d’outre-mer) d’un manque d’activités diversifiées : en dehors de la fonction publique, et notamment de l’Education Nationale, le principal employeur de l’île est le Centre Spatial Guyanais basé à Kourou, sur le littoral. Cela crée une inégalité profonde entre les fonctionnaires, bien rémunérés, et les autres, qui ont du mal à trouver des emplois sur un territoire en manque d’activité. Cela alimente toute sorte de trafics, notamment dans la forêt amazonienne, où des villages entiers d’orpailleurs sont traqués par l’armée française, alimentant un climat d’insécurité pesant sur tout le territoire.

C’est ce contexte qui explique le mouvement social d’ampleur qui touche en ce moment la Guyane. D’ailleurs, le lieu d’où est partie la contestation est particulièrement révélateur : les manifestants ont choisi de bloquer la route menant au Centre Spatial, ce qui a rapidement paralysé le territoire. A travers ce blocage, preuve est ainsi faite que toute l’activité économique du département repose sur ce centre, et c’est là le cœur du problème.

Toutefois, à cette colère économique se sont greffées d’autres revendications d’ordre plus général, montrant bien le sentiment de relégation, justifié, dont souffrent les habitants. Ils réclament ainsi de meilleurs moyens de transport pour se déplacer au sein du territoire, la présence de forces de sécurité aux abords des établissements scolaires aux horaires d’entrée et de sortie des élèves, mais aussi le développement de nouvelles filières d’études, tant supérieures que professionnelles. Car c’est aussi et surtout dans le domaine scolaire et universitaire que le manque d’engagement de l’Etat est patent : faute de débouchés une fois leur baccalauréat en poche, beaucoup de jeunes guyanais sont forcés de partir étudier en métropole et ne peuvent que très rarement retourner chez eux, la faute à des billets d’avion bien trop chers pour eux. En parallèle, ceux qui restent sur place ne sont pas suffisamment qualifiés pour trouver un emploi, ce qui alimente le chômage, la criminalité, et l’isolement du territoire… La boucle est bouclée, et ce cycle ne semble pas prêt de s’interrompre.

Par ailleurs, le traitement médiatique de cette contestation sociale montre également combien la Guyane est oubliée non seulement de la classe politique, mais aussi de toute la population métropolitaine. En effet, le mouvement n’a commencé à être couvert par les médias nationaux que cinq jours après le début de celui-ci : si un mouvement d’une telle ampleur avait eu lieu en métropole, nul doute qu’on en aurait parlé dès le début. Cela nourrit également la contestation : les Guyanais ont le sentiment d’être des Français de seconde zone, dont les problèmes seraient moins importants que ceux de leurs compatriotes de métropole. In fine, ce traitement médiatique odieux nuit à la cohésion nationale.

 

Une énième crise révélatrice des problèmes profonds de l’outre-mer

 

Plus largement, la contestation qui touche actuellement la Guyane doit amener à réfléchir sur la situation de l’ensemble de l’outre-mer français.

En effet, la Guyane est loin d’être un cas à part, et dans de nombreux autres DOM-COM, la situation est tout aussi difficile pour la population locale. Ainsi en Guadeloupe en 2009, la situation avait dégénéré, aboutissant à de véritables émeutes : toutes les routes bloquées, des bâtiments incendiés… Une manifestation extrême de l’état de misère dans lequel l’Etat a laissé ces territoires.

Mais le cas le plus emblématique est celui du plus jeune département français : Mayotte. Ce petit archipel de l’Océan Indien, auparavant Territoire d’outre-mer, est devenu un département en 2011. De par son statut de département, l’Etat a l’obligation d’y traiter les habitants de la même manière qu’en métropole. Or, la situation à Mayotte tient beaucoup plus du tiers-monde que de la France métropolitaine. 58% de la population en âge de travailler ne maîtrise pas les bases de la langue française, et trois habitants sur dix n’ont jamais été scolarisés, là où le principe de l’obligation scolaire devrait prévaloir sur ce territoire comme en métropole. Le taux de chômage, compte tenu de cette population très peu qualifiée, peut sembler rassurant : « seulement » 20%. Néanmoins, le nombre de chômeurs est nettement plus élevé. La majeure partie d’entre eux n’ont pas les compétences administratives et linguistiques pour effectuer les démarches d’inscription. Le PIB par habitant y est de 6500€ : rappelons qu’en France métropolitaine, il est de 29 290€. Ajoutons à cela les graves problèmes d’approvisionnement en eau que l’archipel a récemment connu ainsi que la crise migratoire à laquelle il est confronté sans moyens suffisants, et on obtient un mélange détonnant qui pourrait bien exploser prochainement.

L’urgence de poser des perspectives pour ces territoires

 

Pourtant, ces territoires regorgent de potentialités et participent à la puissance de la France à l’échelle internationale. En effet, ils permettent à la France d’être présente sur tous les continents du monde. Ils permettent aussi à notre pays de bénéficier d’une richesse culturelle rare : chaque territoire a ses cultures propres, parfois issues d’un passé colonial et esclavagiste douloureux. Enfin, c’est grâce à ces territoires que la France peut se targuer d’avoir la deuxième Zone Economique Exclusive (ZEE) au monde : ces espaces permettent à la France d’être l’une des premières puissances maritimes.

Face au constat alarmant dressé précédemment, on pourrait légitimement se dire que les candidats à l’élection présidentielle se sont emparés du sujet et ont tous proposé des actions en faveur de ces territoires. Or il n’en est rien. Si les principaux prétendants (Macron, Fillon, Hamon) ont visité certains des DOM-COM, ce n’était pas pour y proposer des solutions. Devant les français d’outre-mer, les candidats se sont contentés d’évoquer des plans de réduction des inégalités et une politique permettant un véritable développement endémique de ces territoires. Rien de nouveau sous le soleil : c’est ce que promettent les principaux candidats tous les cinq ans depuis toujours, sans que rien ne change pour les populations locales.

Toutefois, Jean-Luc Mélenchon semble porter un vrai projet d’avenir pour ces territoires. Il veut en faire des espaces à la pointe de l’innovation, notamment en matière de transition écologique, en s’appuyant sur les ressources (eau, soleil) disponibles. L’autonomie énergétique et le développement d’un secteur maritime fort pourraient être les bases d’une renaissance économique de ces territoires.

Mais le défi est aussi d’intégrer pleinement ces territoires à la République tout en reconnaissant leur particularité : il faut poursuivre la politique d’adaptation des programmes scolaires selon le contexte local, appliquer réellement la loi de 1905 dans certains territoires où la laïcité est bafouée, garantir la tenue du référendum d’autodétermination en Nouvelle-Calédonie, et favoriser l’apprentissage des langues et cultures locales.

Enfin, ces territoires pourraient permettre à la France d’affirmer sa souveraineté à l’échelle internationale en intégrant des organisations progressistes : la Guyane pourrait ainsi être intégrée à l’ALBA (Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique) aux côtés de Cuba et des autres puissances anti-impérialistes de la région.

Crédit photo:

http://www.franceguyane.mobi/actualite/faitsdivers/500-freres-on-va-continuer-a-mettre-la-pression-335654.php

 

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