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Le nouveau président de l’École polytechnique (l’X) vient tout juste de prendre ses fonctions. Après une courte formation dans un corps de l’État, Éric Labaye a effectué toute sa carrière dans le cabinet de conseil McKinsey, très loin du milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche. Révélatrice du libéralisme assumé du pouvoir macronien, cette nomination d’un manager du privé accentue la dangereuse tendance vers la privatisation de l’enseignement supérieur. 


Éric Labaye, ancien senior partner chez McKinsey France, a pris ses fonctions lundi 17 septembre en tant que nouveau président du conseil d’administration de l’École polytechnique.  La nomination d’un ancien dirigeant de McKinsey, l’un des plus grands cabinets de conseil au monde, à la tête de la prestigieuse école scientifique s’inscrit pleinement dans la dynamique impulsée par le gouvernement. Elle révèle une fusion de la tradition technocratique française avec le néolibéralisme anglo-saxon et ce qu’il implique en termes de privatisation, de marchandisation et de culture de l’entreprise. Ce choix d’orientation stratégique, loin d’être le seul avenir possible pour cette institution publique  financée par le contribuable[1], offre une nouvelle déclinaison de la vision du rôle de l’État par l’exécutif au pouvoir.

 

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Polytechnique, évolution d’une formation d’élite

Pour se rendre pleinement compte de l’impact de cette nomination sur le paysage de l’enseignement supérieur français, il convient de rappeler la place qu’occupe l’X (surnom de l’École polytechnique) dans la formation des élites. À l’origine créée pour doter la France révolutionnaire en scientifiques et ingénieurs, l’X a formé jusqu’à la seconde guerre mondiale des ingénieurs civils et militaires au service de la nation. À la sortie de l’école, les polytechniciens sont engagés en tant que fonctionnaires et répartis, selon leur classement de fin de formation, au sein des grands corps techniques de l’État (corps des ingénieurs des Mines, corps des ingénieurs des Ponts, des Eaux et des Forêts, corps des administrateurs de l’INSEE, corps des ingénieurs de l’Armement). Ces hauts fonctionnaires sont appelés à servir l’État en exerçant des responsabilités au sein des cabinets ministériels et des directions d’administration centrales.

Cependant, l’affaiblissement progressif des corps techniques de l’État tout au long du XXe siècle et la diminution de leur recrutement à la sortie de Polytechnique ont conduit ses élèves à se réorienter vers le privé[2]. L’école, sous commandement militaire, a longtemps renvoyé des messages contradictoires par rapport à son objectif de formation, tiraillée entre sa tradition de service de l’État et de l’intérêt général et ses nouveaux débouchés dans le privé qui ont fourni à la France quelques uns de ses « grands capitaines d’industrie ».

Jusqu’en 2012, la direction de l’X était partagée entre un général et un directeur des études et de la recherche. En 2012, l’État a décidé de réformer la gouvernance et de doter l’école d’un président civil. Le poste a été confié à Jacques Biot, ingénieur du corps des Mines et ancien consultant dans l’industrie pharmaceutique, avec une feuille de route claire : ouvrir l’école au monde de l’entreprise. Au bout de son mandat de cinq ans, il laisse derrière lui un bilan résolument tourné vers le privé, en rupture avec le monde universitaire. La ligne est toute tracée pour son successeur : augmentation de la compétitivité de l’X sur le marché international de l’éducation, formation des futurs « officiers de la guerre économique » aux dernières techniques de management et développement de l’activité entrepreneuriale.

Un processus de nomination opaque et vertical, dans la tradition de la technocratie française

La question de la nomination d’un nouveau président est longtemps restée discrète, même à l’échelle du microcosme polytechnicien. Un appel à candidature a bien été publié au journal officiel mais le véritable processus de sélection a fait intervenir un cabinet de recrutement privé, HRM[3], et un comité de sélection gardé confidentiel, composé d’anciens polytechniciens représentant les tutelles de l’école, les corps, ainsi que de quelques représentants du monde de l’enseignement supérieur et de la recherche[4].

La liste des candidats ainsi que leur projet et leur vision stratégique pour l’établissement n’a jamais été révélée, ni publiquement ni aux personnels de l’X, malgré les protestations de l’intersyndicale. Seul un candidat spontané a choisi de rendre publique sa candidature et de publier son programme, mais il n’a pas été retenu par HRM. Le processus de sélection s’est donc poursuivi dans la plus grande opacité. Quatre candidats ont été retenus pour proposition au comité de sélection, tous issus du corps des Mines (soit directement, soit par fusion du corps des Télécoms) et aucun n’ayant de réelle expérience dans l’enseignement supérieur.

Le corps des Mines a pour l’X un rôle comparable à l’inspection générale des finances dans le cas de l’ENA : recrutement des élèves les mieux classés, suprématie sur quelques filières industrielles […] et sur quelques administrations, fournisseur de grands noms de l’oligarchie française […] et surtout réseau dans le réseau plus large des polytechniciens, véritable grande aristocratie au sein de la technocratie française.

Le corps des Mines a pour l’X un rôle comparable à l’inspection générale des finances dans le cas de l’ENA : recrutement des élèves les mieux classés, suprématie sur quelques filières industrielles (nucléaire civil, hydrocarbures) et sur quelques administrations, fournisseur de grands noms de l’oligarchie française (Jacques Attali, Anne Lauvergeon, Jean-Bernard Lévy, etc.) et surtout réseau dans le réseau plus large des polytechniciens, véritable grande aristocratie au sein de la technocratie française. Des postes lui sont réservés et sa direction interne des ressources humaines est chargée de les répartir. Dès qu’un nouveau poste stratégique est créé au sein de l’Etat (direction d’agence, de commissariat, etc.), le corps engage la bataille avec les réseaux concurrents pour la préemption de celui-ci.

L’École polytechnique constitue une des clefs de voûte de ce corporatisme. Elle fournit la quasi totalité des membres du corps des Mines et justifie sa domination sur l’administration française. En effet, l’X maintient encore aujourd’hui un classement de sortie, les dix élèves les mieux classés intégrant le corps des Mines. Ce classement est régulièrement remis en cause, mais le corps des Mines s’oppose systématiquement à toute réforme de ce type. Le recrutement sur classement participe du récit de compétence du corps et sert d’argument principal pour justifier son hégémonie. Il va donc de soi que ce poste revêt un caractère stratégique pour le corps des Mines, qui doit y placer l’un des siens.

Un profil : le smart-leader public-privé

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux se réjouissait de la nomination d’Éric Labaye après le conseil des ministres : « c’est un homme du privé, c’est une première »[5]. Contrairement à cette affirmation, le profil du nouveau président s’inscrit dans une continuité totale avec celui de son prédécesseur, Jacques Biot, ancien lobbyiste pour un cabinet de conseil pharmaceutique qui affirmait déjà vouloir « diriger l’école comme une entreprise »[6].

Éric Labaye est entré à l’École polytechnique en 1980. À sa sortie, il intègre le corps des Télécoms (qui a depuis fusionné avec le corps des Mines) dont il démissionne en pantouflant[7] immédiatement après la fin de sa formation pour intégrer le cabinet de conseil américain McKinsey[8]. Un tel poste correspond au pendant privé du modèle du fonctionnaire polyvalent, expert en tout ou en rien selon les interprétations. Il y reste plus de trente ans, gravissant rapidement les échelons, jusqu’à devenir senior partner de McKinsey France en 2002.

C’est […] au sein de l’une de ces commissions, la fameuse « Commission pour la Libération de la Croissance Française » présidée par Jacques Attali qu’il rencontre Emmanuel Macron, lui aussi passé par un détachement dans le privé typique des carrières des fonctionnaires des corps de l’État.

Il devient ensuite président du McKinsey Global Institute, l’institut macroéconomique du cabinet de conseil.  À la tête de cet institut, il effectue un certain nombre de missions auprès de l’État. Les différents Présidents de la République se succèdent, mais font tous appel aux mêmes experts. C’est d’ailleurs au sein de l’une de ces commissions, la fameuse « Commission pour la Libération de la Croissance Française » présidée par Jacques Attali qu’il rencontre Emmanuel Macron, lui aussi passé par un détachement dans le privé typique des carrières des fonctionnaires des corps de l’État. Éric Labaye est donc présenté comme l’homme du privé, qui va sauver l’entreprise Polytechnique. Le côté américain de McKinsey, traditionnellement associé à l’esprit d’initiative et d’efficacité par la doxa économique, l’investit d’une aura de réformateur compétent pour ce poste. Cependant, il ne faut pas s’y tromper. Loin d’être un dirigeant d’industrie « créateur de valeur »,  Éric Labaye est issu du monde du conseil. Il a passé sa vie à siéger dans des commissions au côté d’énarques, à donner son avis sur des dossiers macroéconomiques, principalement pour l’État. Leurs rôles respectifs sont interchangeables et, en ce sens, l’arrivée de cet « homme du privé » est en réalité une fausse rupture.

C’est donc muni d’un diplôme d’ingénieur équivalent à un M2, acquis il y a plus de trente ans, que celui-ci s’apprête à diriger l’un des plus grands établissements scientifiques français et des équipes d’enseignants chercheurs dont les travaux en mathématiques, physique, biologie ou informatique sont reconnus internationalement. Ce manque de compétence a justement été dénoncé par des chercheurs et anciens élèves dans une lettre ouverte.[9]

Pourtant, l’avis de vacance publié au Journal Officiel précise que : « la personnalité recherchée devra justifier de compétences scientifiques dans les domaines d’activités de l’école ou d’une expérience de l’enseignement supérieur ou de la recherche »[10]. Le communiqué[11]  du Ministère de la défense publié à l’annonce de la nomination salue « un parcours international nourri de solides expériences dans [le secteur] académique » sans y trouver à redire.

Une des principales fonctions du président de l’École polytechnique est un rôle de représentation : celui-ci rencontre ses homologues français et étrangers pour faire connaître son institution et nouer des partenariats. Toutes les personnes avec qui Éric Labaye va être amené à négocier sont des chercheurs, reconnus pour leur travaux et élus par leurs pairs à la tête de leur établissement, selon la norme en vigueur dans la plupart des universités. Ainsi, le président de l’ENS Ulm est un spécialiste de physique statistique, le président de Sorbonne Université est un biologiste et les présidents de Stanford et Harvard sont respectivement neurobiologiste et avocat.

Le président de l’association des anciens élèves de l’X explique qu’Éric Labaye va permettre à l’école de progresser dans le classement international puisque celui-ci pourra « mobiliser le réseau mondial de McKinsey, qui peut entrer en contact avec à peu près n’importe quel dirigeant politique ou grand chef d’entreprise »[12]. Mais ces classements, et en particulier le premier d’entre eux, le classement de Shanghaï, évaluent la qualité de la recherche menée dans les différentes universités, et non les réseaux de leurs dirigeants comme l’assimilation École-entreprise pourrait le faire croire.

Une stratégie pour l’X : grossir pour exister

L’objectif central fixé pour l’École polytechnique est d’accroître sa visibilité dans les classements internationaux (classement de Shanghaï, Times Higher Education, etc.). Même si tout le monde assure ne pas prêter attention à ces classements, cet indicateur hante pourtant le conseil d’administration et les ministères. Le président sortant a déjà mis en place un certain nombre de mesures destinées à faire évoluer l’École polytechnique pour survivre dans l’environnement compétitif du marché international de l’éducation dans lequel elle a choisi de s’engager.

Le diagnostic a été posé en 2012 en prenant exemple sur Caltech, une petite université américaine de 2700 étudiants, qui figure dans le top 5 de tous les classements internationaux. Face à Caltech, l’X a résumé ses faiblesses en deux axes : sa petite taille (1000 élèves ingénieurs, quelques doctorants et un master partagé avec Paris-Saclay) et ses moyens financiers insuffisants (néanmoins déjà quatre fois supérieurs en budget par élève à la moyenne de l’enseignement supérieur français).

Augmenter la taille de l’école avec des formations payantes

La stratégie mise en place a consisté en une augmentation des effectifs en multipliant les formations et en internationalisant le public, une large ouverture sur le monde de l’entreprise et une diversification des sources de financement. Le cursus de master a été réintégré pleinement dans le giron de l’école, qui a créé sa propre « graduate school », afin de ne pas se mélanger avec l’université.  L’école a ouvert un cursus « bachelor » (équivalent à une licence) avec des promotions d’une centaine d’élèves. La taille des promotions d’élèves ingénieurs a augmenté de 10% en trois ans, avec notamment de nouvelles places disponibles pour les étudiants étrangers. Toutes formations confondues, l’École polytechnique qui comptait 1000 étudiants sur son campus en 2012, a doublé ce chiffre en 2017 et compte encore augmenter sa capacité d’accueil.

Contrairement à celui des élèves ingénieurs français (qui sont rémunérés, en tant qu’élèves-officiers), tous les nouveaux programmes sont payant. Pour pouvoir étudier à Polytechnique, il faut compter 10 000 € par an en bachelor, 12 000 € par an pour un master et jusqu’à 27 000 € par an pour les élèves internationaux hors Union Européenne en cycle ingénieur. L’X explique s’aligner ainsi sur les normes internationales, ou plus précisément anglo-saxonnes. Ces augmentations de tarification représentent plusieurs millions d’euros de moyens supplémentaires pour une École dont le budget (enseignement et recherche compris) dépasse déjà 200 M€ par an.

Chaires privées et campagnes de dons

Mais les revenus des frais d’inscription ne suffisent pas à financer l’expansion de l’école. Il faut pour cela s’ouvrir toujours plus aux financements privés. L’objectif à long terme est de passer de 70 % à 30 % de financement public, à dotation publique constante, conformément à la politique d’externalisation des services publics suggérée par le CAP22[13]. Polytechnique multiplie les contrats avec les grandes entreprises qui ouvrent des chaires d’enseignements en échange de plusieurs millions d’euros par an, et cela au mépris de l’autonomie de l’enseignement scientifique. Par exemple, deux tiers des cours du programme « Énergies du XXIe siècle » (qui porte sur l’énergie nucléaire) sont financés par EDF. L’entreprise américaine Cisco, spécialisée dans les logiciels d’analyse de données, a financé une chaire dédiée à l’internet de demain, et la plateforme Uber a signé pour financer une nouvelle chaire sur la « mobilité urbaine intégrée ».

Pour accroître son budget, l’école compte aussi sur les dons individuels des ses anciens élèves. La campagne de dons 2017-2022 a pour objectif de lever 80 M€. L’X reçoit des millions d’euros par an de dons individuels de la part de milliardaires français. Patrick Drahi et Bernard Arnault ont ainsi donné chacun plus de 5 millions d’euros. Bien sûr ces dons coûtent tout de même à l’État, puisque ceux-ci sont déductibles à 60% des impôts des donateurs. Les donateurs ne sont pas désintéressés. Patrick Drahi a financé l’ouverture d’un incubateur de start-ups à son nom (le « Drahi – X novation center »).

Ces investissements dans les « licornes » de demain permettent aux donateurs de les garder dans le giron de la technocratie française. L’école satisfait aussi les petits égos en proposant aux donateurs de renommer un amphithéâtre, une salle de cours, un couloir, un fauteuil d’amphithéâtre ou même un arbre du parc, en fonction des budgets de chacun.

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La start-up nation s’invite à l’X

Jusqu’alors totalement absent de la formation polytechnicienne, le management a fait son entrée en grande pompe en 2013, avec la création d’un bâtiment et d’un département d’enseignement dédié, sous le nom de « management de l’innovation et entrepreneuriat ». Loin de simples cours de gestion, on y enseigne les grands concepts théoriques de la disruption et de l’adhocratie, la sérendipité et le « principe de la limonade ». Les formations dispensées par ce nouveau département sont obligatoires pour tous les cursus.

Quant à la communication de l’école, elle a radicalement changé. Alors qu’auparavant, l’ensemble des visuels de communication de l’école montraient des étudiants portant le grand uniforme bicentenaire, associés à la devise « pour la patrie, les sciences et la gloire », la nouvelle stratégie n’utilise plus que les mots de la start-up nation tels qu’audace, disruption, et innovation. Symbole de l’air du temps, alors qu’auparavant les élèves s’intégraient à des hiérarchies structurées dans l’industrie puis dans le monde de la finance, ce sont maintenant les start-ups qui sont mises en avant.

Ce choix de séparation définitive de l’université, décidé dans l’unique intérêt d’une caste qui cherche à conserver le contrôle de  son bastion de recrutement et sa légitimité méritocratique, est un choix stratégique dramatique pour l’enseignement et la recherche en France à long terme.

Le programme d’Emmanuel Macron pour l’enseignement supérieur contenait le constat suivant : « nous avons trop souvent voulu dicter les réformes par le haut et n’avons pas suffisamment fait confiance aux acteurs de terrain pour innover ou s’adapter à la diversité des besoins des étudiants »[14]. Si l’on applique cela au cas de Polytechnique, il faut accroître le poids des enseignants chercheurs et personnels dans les choix stratégiques de l’école. La nomination d’Éric Labaye témoigne au contraire d’un processus technocratique caractéristique, où l’intérêt des groupes d’anciens élèves prime sur l’intérêt de l’institution.

Le poids important des lobbys des anciens élèves et particulièrement du corps des Mines sur les décisions stratégiques avait déjà pu être noté en 2015, lorsqu’Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie et Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, avaient entériné la  rupture de l’X avec l’Université Paris-Saclay, contre l’avis de François Hollande qui avait fait de ce projet de fusion une de ses priorités nationales[15]. Ce choix de séparation définitive de l’université, décidé dans l’unique intérêt d’une caste qui cherche à conserver le contrôle de  son bastion de recrutement et sa légitimité méritocratique, est un choix stratégique dramatique pour l’enseignement et la recherche en France à long terme.

Dans ce contexte, l’arrivée de Éric Labaye, combinée à une stratégie de multiplication des financements privés et d’importation des grilles de lecture de l’entreprise, correspond à une volonté de rayonnement du corps des Mines hors de France, en se démarquant dans les classements internationaux. Le corps espère aussi prendre le contrôle des futures start-ups créées et permettre à la technocratie de garder le contrôle sur les futurs fleurons de l’économie française, tout en se fondant dans l’ordre capitaliste.  La comparaison avec le New Public Management, dont furent victimes les fonctions publiques du monde anglo-saxon est aisée.

Par cette nomination, le gouvernement montre qu’il partage avec le corps des Mines sa volonté d’accélérer la fusion entre esprit public et esprit privé, entre noblesse d’État et monde de l’entrepreneuriat pour l’intérêt exclusif d’une caste[16]. Cet épisode constitue un très bon exemple du macronisme et illustre comment le récit de la start-up nation sert de façade dynamique à une domination du dernier centile du corps social.


Références

[1] « Elle se situe au premier rang des établissements les mieux dotés de France, avec un budget total de 119 millions d’euros en 2014 dont 76 millions de dotations de l’État. » via https://www.humanite.fr/les-belles-etrennes-du-gouvernement-polytechnique-594331

[2] Effet amplifié par l’augmentation de la taille des promotions. (545 aujourd’hui contre 232 élèves en 1953)

[3] https://www.challenges.fr/emploi/formation/exclusif-l-ecole-polytechnique-va-changer-de-president_569700

[4] http://polytechnique2018.over-blog.com/2018/06/comite-de-selection-et-candidats-en-lice.html

[5] http://www.elysee.fr/conseils-des-ministres/article/compte-rendu-du-conseil-des-ministres-du-vendredi-3-aout-201/

[6] « Comment le premier président civil de Polytechnique va mener la réforme de l’école », Challenges, le 15 décembre 2015 : https://www.challenges.fr/emploi/formation/comment-le-premier-president-civil-de-polytechnique-va-mener-la-reforme-de-l-ecole_48519

[7] processus qui consiste à rembourser, ou à faire rembourser par l’entreprise débauchant le « corpsard », le montant qu’il devait à l’Etat pour la formation qu’il reçut.

[8] Profil d’Eric Labaye sur le site McKinsey : https://www.mckinsey.com/our-people/eric-labaye/fr-fr

[9] https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/05/15/les-grandes-ecoles-d-ingenieurs-n-ont-pas-vocation-a-imiter-les-grandes-ecoles-commerciales_5299287_3232.html

[10] https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000036630357

[11] https://www.defense.gouv.fr/english/salle-de-presse/communiques/communiques-du-ministere-des-armees/communique-de-presse-nomination-d-eric-labaye-a-la-presidence-du-conseil-d-administration-de-l-ecole-polytechnique

[12] https://www.challenges.fr/education/les-tres-delicates-missions-d-eric-labaye-associe-de-mckinsey-nomme-nouveau-president-de-polytechnique_605235

[13] http://lvsl.fr/que-contient-linquietant-rapport-cap22

[14] https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/enseignement-superieur-recherche

[15] « Université Paris-Saclay, comment Polytechnique a torpillé le projet de ce « Cambridge » français », Le Monde, le 23 octobre 2017 : https://www.lemonde.fr/campus/article/2017/10/23/universite-paris-saclay-le-lobbying-de-l-x-pour-faire-cavalier-seul_5204712_4401467.html

[16] La Caste, Laurent Mauduit, la Découverte, 2018