Des étudiants mobilisés à l'occasion de "la fête à Macron" ©Vincent Plagniol
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En novembre dernier, le gouvernement a fait part de son nouveau plan d’attractivité à destination des universités françaises. Ce programme honteusement baptisé « Bienvenue en France » prévoit l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers. Le coût d’une licence s’élèverait ainsi à 2 770€, au lieu de 170€ actuellement. Cette curieuse conception de l’attractivité fait polémique et a entraîné une vague de mobilisation dans de nombreux établissements du supérieur. Après Parcoursup et la loi ORE, le gouvernement semble pourtant bien décidé à poursuivre sa suite de réformes néo-libérales à l’encontre des universités. 


Doubler le nombre d’étudiants étrangers accueillis en France pour atteindre le demi-million d’ici 2027, tel est l’objectif ambitieux affiché par le programme « Bienvenue en France ». Avec 245 000 étudiants en mobilité diplômante accueillis en 2016, la France est le quatrième pays d’accueil des étudiants internationaux, derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie. Une attractivité pourtant en berne, d’après les chiffres de l’UNESCO présentés par le gouvernement : si le nombre d’étudiants internationaux accueillis continue d’augmenter, la France n’apparaît pas une seule fois dans le top 20 des plus fortes progressions de mobilité entrante entre 2011 et 2016.

La stratégie d’attractivité présentée par le programme « Bienvenue en France » développe donc plusieurs mesures pour inciter les étudiants internationaux à choisir la France. Parmi elles, une simplification de la politique de visas, plus de cours de français langue étrangère (FLE) et de formations en anglais, ou encore la création d’un label distinguant les établissements qui mettent en place des dispositifs d’accueil en faveur des étudiants internationaux.

Ces dispositifs sont consensuels, et même approuvés par les étudiants comme par les universités. Cependant, la quatrième mesure du programme prévoit une augmentation d’environ 16 % des frais d’inscription pour les étudiants étrangers originaires de pays non-européens. Une licence coûtera alors 2 270€ et un master 3 770€.

Des frais d’inscription différenciés pour plus d’équité

Augmenter les frais d’inscription pour attirer de nouveaux étudiants, la mesure peut sembler contre-productive. L’Alliance des universités de recherche et de formation (AUREF) s’inquiète ainsi d’un possible effet d’éviction dans un communiqué publié fin novembre : « par comparaison avec des pays étrangers tels la Suède ou le Danemark ayant pris ce type de mesures, [l’effet d’éviction] peut être évalué, les premières années, à plus de 35 % ».

Pour le ministère de l’Enseignement supérieur, il s’agit au contraire de permettre aux universités d’améliorer leurs conditions d’accueil. Les frais d’inscriptions acquittés par les uns devraient par ailleurs servir à financer les bourses reçues par les autres, puisque le programme entend tripler le nombre de bourses d’étude, passant de 7 000 à 21 000.

« Au total, un étudiant international sur quatre pourra bénéficier d’une exonération ou d’une bourse », peut-on lire dans le rapport.

Si le gouvernement affirme qu’un étudiant international sur quatre pourra bénéficier d’une exonération de frais d’inscription ou d’une bourse, la réalité semble plus nuancée. Le programme précise que « les étudiants internationaux qui ne sont pas ressortissants d’un pays de l’Espace économique européen ou de la Suisse et qui s’inscrivent pour la première fois dans un cycle supérieur de formation en France seront amenés à acquitter des frais d’inscription différenciés, qui apporteront plus d’équité ». Plus simplement, l’augmentation des frais d’inscription ne concernera pas les étudiants européens qui représentaient, en 2016, 22 % des étudiants internationaux, soit effectivement, près d’un quart d’exonérations. Conséquence, ce sont surtout les étudiants asiatiques, américains et africains qui seront touchés par la mesure. Ces derniers étaient plus de 100 000 en 2016, tandis que les bourses ne concerneront que 21 000 étudiants. Quand on pense que l’objectif du gouvernement est d’atteindre 500 000 étudiants étrangers, le nombre de bourses promises paraît encore plus dérisoire.

Pour Nathalie Dompnier, présidente de l’université Lumière Lyon 2, cette différenciation des frais d’inscription pour les étudiants internationaux hors-Europe empêchera de nombreux étudiants d’accéder à l’enseignement supérieur en France. « De manière générale, c’est un filtre qui interdit aux moins fortunés de venir étudier en France », estime-t-elle.

Mobilisation des étudiants contre l’augmentation des frais d’inscription. © Elio Prophette

Contacté par téléphone, le ministère de l’Enseignement Supérieur se veut rassurant : « Les sommes indiquées sont un plafond », explique-t-il. Chaque université pourra donc décider des exonérations, totales ou partielles, à mettre en place pour prendre en compte toutes les situations. La ministre Frédérique Vidal déclare encore, dans une lettre adressée début décembre aux présidents d’université, que « la large capacité d’exonération qui sera donnée à vos établissements vous permettra de tenir compte des liens particuliers que vous avez noués avec tel ou tel établissement étranger ou tel ou tel pays ».

Le devoir d’obéissance et de loyauté

Pourtant, ce ton conciliant a radicalement changé en janvier. A la suite de l’université de Clermont-Ferrand, plusieurs universités, dont l’université Lumière Lyon 2, ont annoncé qu’elles n’appliqueront pas l’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants étrangers vivant hors de l’Union Européenne. Le recadrage est immédiat : dans une intervention devant le Sénat, la ministre évoque le « devoir d’obéissance et de loyauté » des universités envers les politiques publiques menées par l’Etat.

Au cœur de la stratégie « Bienvenue en France »,  c’est donc  un renforcement des inégalités qui se profile entre les étudiants européens exonérés de frais d’inscription et les étudiants extra-communautaires soumis à cette augmentation.

« Pour l’instant, aucun texte juridique ne nous impose cette augmentation », répond Nathalie Dompnier, la présidente de l’Université Lyon 2. « Mais, comme l’a dit la ministre, nous sommes des opérateurs de l’Etat, si des mesures contraignantes sont prises nous ne pourrons pas les ignorer ». Même sans mesure, difficile de dire combien de temps les universités rebelles pourront se passer de cette source de revenu.

Pour Nathalie Dompnier, « cette augmentation des frais d’inscription servira aussi à financer d’autres choses, que l’Etat ne finance plus », notamment l’augmentation des salaires due à l’ancienneté des enseignants. Dans un contexte de difficulté financière pour les universités, comment refuser une telle opportunité ?

Au cœur de la stratégie « Bienvenue en France », et malgré les dénégations du gouvernement, c’est donc bel et bien un renforcement des inégalités qui se profile entre les étudiants européens exonérés de frais d’inscription et les étudiants extra-communautaires soumis à cette augmentation. Cette mesure ne doit pas non plus occulter le débat sur la stratégie générale de l’Etat pour le financement de l’enseignement supérieur « dans un cadre constitutionnel qui affirme sa gratuité », comme le rappelle l’Alliance des universités de recherche et de formation (AUREF). Ces atteintes progressives à la gratuité inconditionnelle des services publiques en France a néanmoins de quoi laisser songeur. Les termes d’attractivité, d’efficacité et de rentabilité quittent désormais le lexique de l’entreprise pour gagner celui du service public. Il s’agit désormais de critiquer ce tournant néo-libéral qu’un secteur comme l’éducation ne peut tolérer.

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