Outside © Christophe Raynaud De Lage / Festival d'Avignon
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Hommage à Ren Hang que le metteur en scène russe d’Outside Kirill Serebrennikov propose dans cette pièce, l’exigence d’un photographe est à la hauteur de cette création, les images aussi belles les unes que les autres se succèdent pour le bon plaisir du public.

Cette pièce jouée à Avignon est un hommage au photographe et poète chinois Ren Hang. Kirill Serebrennikov et Ren Hang devaient travailler ensemble sur une pièce. Peu après un premier contact sur les réseaux sociaux, Ren Hang se suicide. Kirill Serebrennikov, choqué décide de lui rendre hommage à travers Outside. Les deux se retrouvent représentés à travers des comédiens qui racontent cette histoire et chantent les poèmes de Ren Hang. Ren Hang, le personnage prend des photos de comédiens tout le long de la pièce. Ces derniers jouent des modèles, non pas chinois comme lui, mais russes. Le personnage qui joue Kirill Serebrennikov montre une certaine obsession de Ren Hang. « Je ne pouvais penser à rien d’autre qu’à toi », déclare-t-il.

Au-delà d’un hommage, c’est une histoire réelle, un épisode de la vie du metteur en scène qui est ici montré. La pièce, comme résilience de ce moment traumatisant pour Kirill Serebrennikov, est un chef d’œuvre. Il montre aussi un souvenir marquant dans la vie du metteur en scènce :  une perquisition qui l’a amené à être interdit de sortir de Russie. À la fin de la pièce, les comédiens arbore un tee-shirt « Free Kirill ».

À l’inverse du travail de Ren Hang, Kirill Serebrennikov rend sa pièce politique, à la fois pour lui mais aussi à la fois pour Ren Hang. On le voit avec le personnage de la mère de Ren Hang qui nie en bloc la mort de son fils. Sa mère pourrait représenter l’image de l’État chinois qui ne veut pas reconnaître le travail de Ren Hang : jusqu’à ses actions et même sa mort. Une Chine qui tait, qui cache. Voilà la dénonciation de Kirill Serebrennikov

Le personnage de Ren Hang fume tout le long de la pièce, symbole ici de liberté sur scène. C’est une situation qui a été longtemps refusé sur les planches. Aujourd’hui acceptée, elle préfigure une volonté de parler de liberté, liberté de faire devant un public. Mais aussi liberté de dénuder des corps sur scène.

La nudité comme liberté

La nudité est au centre de la pièce et du travail de Ren Hang, dans ses poèmes comme dans ses photos. La nudité ne peut être exemptée pour un hommage au travail de Ren Hang. Elle est la clé, l’identité même de ses créations. Elle apparaît dans la pièce comme un élément de liberté. Même si Ren Hang dément sa volonté de faire de la politique avec ses photos, son travail était censuré. Il était lui même en permanence persécuté. C’est une liberté pure, dégagée de revendication, qui se suffit à elle-même.

Les tabous sont jetés pour revenir à la simplicité du corps et sa beauté sublimée par la créativité de Ren Hang. Kirill Serebrennikov qui propose les images que les comédiens donnent à voir par des poses éminemment créatives. On oublie rapidement que les comédiens sont nus. Ils deviennent des créations à part entière. Les corps n’appartiennent plus aux occupants, mais à l’artiste, au public. Ses photos, considérées comme obscènes, posent problème au Parti Communiste Chinois. Pourtant, Ren Hang n’a jamais arrêté de continuer son travail, tout en restant en Chine.

L’émancipation du corps par les formes

Le corps est au centre de la pièce. Le corps est aussi libéré des mœurs à travers le personnage d’un danseur. Il a « des fesses et des jambes d’éléphant », comme dit dans la pièce, une image contraire au stéréotype du danseur professionnel. Ses gestes ne sont pas gracieux, pas laids non plus, ils sont même demandés par une compagnie. Parole d’une communauté qui reconnaît la différence et l’acceptation du corps et de soi. À l’encontre des règles implicites de la danse, qui imposent une image, une finesse du corps que ce danseur n’a pas.

Le travail de Kirill Serebrennikov s’est prêté au regard de Ren Hang et montre une pièce à travers un œil de photographe. L’esthétique est travaillée, pointue. On assiste en direct à un shooting en mouvement, vivant. Les images qui se succèdent sont belles, tant les unes que les autres. C’est un magazine de photographie vivant.

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