« Discours imaginaire » du président de la République

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Le président de la République française, Emmanuel Macron © Rémi Jouan, Wikimedia Commons

Discours imaginaire du président de la République par Claude Nicolet, secrétaire national du Mouvement des Citoyens et secrétaire général adjoint de République moderne.


 

Françaises, Français,

Citoyennes, Citoyens,

Si j’ai fait le choix, aujourd’hui, de m’exprimer devant vous c’est que j’en ressens l’ardente obligation. Je veux, sans détour, avec le sentiment aigu que m’imposent les devoirs de la charge que j’ai sollicité de vos suffrages et de la confiance que vous m’avez fait l’honneur de m’accorder, vous dire en cet instant quelle est la réalité de la situation à laquelle nous sommes confrontés, car ce n’est que de vous que me viendra la légitimité et donc la force de faire face.

Notre pays, vous le savez traverse une crise d’une ampleur et d’une violence inédites. Je ne veux pas vous mentir. Le faire nous condamnerait à augmenter nos malheurs et à nous enfoncer davantage dans la tragédie qui accompagne toujours l’histoire et le destin de l’Humanité. Nous avons commis l’erreur de l’oublier en nous laissant griser par les fausses promesses, les faux élixirs de jouvence qui n’étaient que des potions frelatées, autant de substances qui peuvent s’avérer mortelles. Ce lien indispensable qui existe entre nous, entre le président de la République et la Nation, doit être reconstruit afin de continuer ensemble à faire France.

À ce jour, en réalité, plus de 30 000 des nôtres sont tombés. Ces morts, nos morts nous parlent. Nous devons les entendre, souvent morts dans le silence d’une profonde solitude. Nous devons entendre cette plainte terrible et lugubre qui vient du fond de l’abîme ou ils furent engloutis. Morts seuls dans un service de réanimation, seuls dans un EHPAD ou seuls chez eux. Nous devons, je dois les entendre. La nation toute entière en est meurtrie et en sera durablement marquée.

Le pays a été tenu tout entier par nos soignants, par ces hommes et ces femmes du peuple et qui en font sa noblesse et qui répondent toujours présents quand l’essentiel est en jeu. Qui, au péril de leur vie, allant parfois jusqu’au sacrifice, ont permis que le front sanitaire ne s’effondrât pas. Nous leur sommes redevables et jamais nous ne pourrons suffisamment les remercier, alors que ce combat se poursuit. Nuit et jour. Inlassablement. Impitoyablement. Ils sont notre fierté et notre honneur. Clemenceau, parlant des Poilus avait dit “ils ont des droits sur nous” ; comme il avait raison. Moi aujourd’hui, j’ai des devoirs envers eux. Devoirs que j’ai désormais la ferme intention de remplir.

Parce que ce n’est pas sans examiner et interroger sa conscience que l’on traverse une pareille épreuve. Être président de la République française est un immense privilège et un immense honneur qui ne peut s’exercer sans dignité. Et je dois à cette dignité, celle que je dois à cette fonction et que je vous dois, de vous faire part de cet examen. Il me faut parler clairement et dire les choses telles qu’elles sont. J’irai donc à ce qui me semble essentiel.

Oui l’État a été désarmé et n’a pu donner à ses agents les moyens de faire face au développement de cette épidémie. Oui cette crise doit nous conduire à une profonde remise en cause du modèle que nous suivons depuis près de 40 ans et des politiques mises en oeuvre. Nous devons aujourd’hui mettre un terme à l’aventure néolibérale pour retrouver le sens de l’intérêt général et du bien commun.

Les masques, les gants, les surblouses, les respirateurs, le manque de lits sont autant de terribles témoignages, de conséquences insoutenables pour notre pays des abandons auxquels nous avons consentis depuis tout ce temps, perdant de vue l’essentiel de ce qui constitue la Nation dans son essence même, c’est à dire l’exercice plein et entier de sa souveraineté.

Nous avons abandonné le long terme pour la courte vue.

Nous avons abandonner l’idée qu’en cas de dernier recours, c’est d’abord sur nous-même que nous devons compter. Nous avons voulu croire que le libre-échange et la concurrence pouvaient remplacer la coopération entre les nations et que l’enrichissement de quelques-uns ferait le confort, voire le bonheur de tous. Erreur.

Nous avons cru que les chemins de la mondialisation et de la globalisation financière, nécessairement heureuses, nous porteraient vers les rivages de la fin de l’histoire où règnent l’insouciance, le bonheur de consommer et la paix perpétuelle. Mirage.

Nous avons voulu croire que le transfert de parts entières de notre souveraineté nous donnerait plus de liberté et de puissance. Que cela nous permettrait de construire “la France en grand”. Illusion.

Cette crise nous oblige à réexaminer sans excès mais sans faiblesse les causes qui nous ont conduit à cette situation. 40 ans d’amoindrissement de l’État dans sa capacité première à protéger les Français ne peut s’accompagner que d’interrogations profondes, voire d’angoisse devant ce sentiment d’effondrement du pays qui soudain apparaît dans toute sa cruelle vérité. Un effet de sidération devant les conséquences qui mettent en lumière l’importance de notre dénuement. La France, notre grand et beau pays en serait donc réduit à gérer la pénurie, à compter sur le système “D”, à solliciter les bonnes volontés des uns et des autres et à constater, impuissante, l’appel aux dons pour des sacs poubelle pour que nos infirmières puissent s’en revêtir et se protéger du virus. Nous en étions donc là…

Ce chemin que nous avons emprunté depuis près de 40 ans ne peut plus baliser notre avenir. Il nous faut aujourd’hui retrouver le courage et avoir l’audace qui a su marquer notre histoire quand il fallait bâtir à nouveau le pays. Le moment est venu de faire un véritable bilan et une véritable analyse des causes qui, au-delà de l’épidémie, ont amené la Nation à s’interroger à ce point sur son avenir, et pour certains je le sais, sur le sens de son existence même. Ce temps est venu. Il nous faudra procéder à des changement de taille.

Au premier rang de ceux-ci, il faut définir précisément ce que nous considérons comme faisant partie de nos intérêts nationaux vitaux.

Cela veut clairement dire qu’il nous faut retrouver des marges de manœuvre souveraines. Nous devons redevenir une grande puissance industrielle, énergétique, sanitaire, agricole, numérique, politique. Cette ambition est à notre portée.

C’est à un effort gigantesque que je vous invite. Il nous faudra du temps et de la détermination car nous sommes à la veille de bouleversements colossaux.

Rien ne nous assure que l’euro soit encore notre monnaie dans dix ans et peut-être moins. Nous devons envisager tous les scénarii. Devant les chocs qui sont devant nous, notamment économiques et financiers, il nous faudra serrer les coudes. La crise qui vient sera bien plus violente que celle de 2008 dont les conséquences se font encore sentir.

Là encore, je me dois de vous dire que nous n’avons pas pour l’instant les armes à notre disposition pour faire face. Notamment en ce qui concerne les questions financières et budgétaires. Pour cela, je vous propose un bouleversement complet de notre fonctionnement politique afin de nous mettre en capacité de redresser notre pays.

Il me faut, il nous faut désormais avoir un véritable dialogue avec l’Allemagne quant à l’avenir de l’euro qui conditionne l’avenir de l’Union européenne, sa poursuite ou son éclatement. La situation d’aujourd’hui n’est en effet plus tenable, trop de tensions, trop de lignes de fractures au sein d’une Union qui poursuit son élargissement alors que les défis internes ne cessent de s’accroître sur la question de la solidarité budgétaire et de la mutualisation des dettes. Tout ou presque dépend de cela.

Nous vivons aujourd’hui dans un système ou l’Homme a été sacrifié sur l’autel du profit et de la transformation de notre outil de production en machine destinée à reverser des dividendes aux actionnaires qui le détiennent. La Nation ne peut, sans rompre avec le long terme se satisfaire de ce fonctionnement qui brise les liens étroits qui nous unissent, nous viennent de l’histoire, qui sont notre héritage et que nous devons transmettre.

Pour cela je vous propose que nous retrouvions le sens de l’audace qui accompagne toujours les grands projets. En ce qui me concerne, je suis déterminé à tout mettre en œuvre pour que la France soit à nouveau au rendez-vous que ne cesse de lui fixer l’histoire dans son dialogue avec l’Humanité tout entière. Pour cela :

1) Je vais entamer, dès cette été, une série de rencontres avec l’ensemble des forces politiques présentes au Parlement afin d’examiner avec elles les conditions de la constitution d’un gouvernement d’union nationale.

2) Dans la foulée, je soumettrai à vos suffrages, sous la forme d’un référendum, l’idée d’un gouvernement d’union nationale. Non seulement sur son principe mais également avec de grands objectifs programmatiques qui se concentreront sur les questions de souveraineté nationale, de pertinence des traités européens, de fonctionnement de la banque centrale européenne et de fonctionnement de l’euro, conditions que je considère désormais comme indispensables pour nous extraire de l’ornière dans lesquelles nous sommes embourbés depuis si longtemps.

Je connais les craintes de l’Allemagne mais il est aujourd’hui vital pour nous, qu’avec notre grand voisin d’outre-Rhin, nous parlions franc. L’Allemagne doit aujourd’hui comprendre que l’Union européenne ne survivra qu’à la condition que la France redevienne elle-même.

Car c’est de notre avenir commun dont il est question et de notre capacité à faire de l’Union européenne un véritable pôle de stabilité dans le monde, d’en faire un véritable acteur stratégique ayant sa propre autonomie de décision et de destin. Je refuse que nous devenions un simple appendice des États-unis d’Amérique ou de l’OTAN. Le grand affrontement Indo-Pacifique entre l’Amérique et la Chine se met en place, nous n’avons pas à y être entraînés par faiblesse. La France, membre du Conseil permanent de sécurité de l’ONU, puissance nucléaire ne peut et ne partagera pas ses éléments de souveraineté nationale et d’indépendance plus que jamais précieux.

3) Si cette proposition reçoit votre soutien, un gouvernement d’union nationale sera nommé avec comme feuille de route, le programme de redressement national qui devra penser et proposer une nouvelle organisation sociale et démocratique du pays. Nos glorieux aînés surent bâtir le programme du Conseil national de la Résistance qui a régénéré le pays. Sachons nous inspirer de leur message toujours vibrant. Sachons prendre exemple sur leur capacité de dépassement, eux qui étaient si différents mais qui surent projeter la France dans la modernité économique et sociale.

4) En cas d’échec au référendum, je vous remettrai ma démission dès le lendemain. Il reviendra alors, comme le prévoit la Constitution, au président du Sénat d’assurer l’intérim et de procéder à l’organisation de l’élection présidentielle. Les politiciens mettront tout en œuvre pour que j’échoue. Ce sera d’abord l’échec du pays. Ceux qui ont le sens de l’État, de l’intérêt supérieur de la Nation, de l’intérêt général me soutiendront et ce sera le succès de la République et de la France.

Voilà, Françaises, Français, ce que je souhaitais vous dire alors que notre cher vieux pays est une fois de plus si cruellement frappé. J’ai conscience de l’immensité de la tâche qui nous attend, mais je sais aussi votre courage. Ce chemin est celui de la reconquête et du renouveau. Il est aussi celui du courage nécessaire.

Mes chers compatriotes, citoyennes, citoyens, aujourd’hui, je vous le dis, je vous le demande, j’ai besoin de votre aide, de votre soutien, de votre confiance.

Vive la République, vive la France.