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Credit: Greg Webb / AIEA
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Un an seulement après la catastrophe de Fukushima, Jean-Marc Jancovici déclarait qu’« il n’y a plus de raison sanitaire d’empêcher le retour des populations évacuées à Fukushima, qui, au final, n’aura fait aucun mort par irradiation. » Depuis, chez les partisans de l’énergie atomique, la fausse information d’un accident nucléaire aux conséquences sanitaires quasi-nulles a gagné du terrain, notamment sur Youtube.


La chaîne Youtube Le Réveilleur diffuse des informations sur le nombre de victimes de la catastrophe de Fukushima. Dans deux vidéos, le  vulgarisateur scientifique dresse un bilan sanitaire prématuré de l’accident nucléaire de 2011 sur la base d’éléments contestables. En mai 2019, Rodolphe Meyer – alias Le Réveilleur – publie en effet sur sa chaine Youtube deux vidéos[1] en partie consacrées à l’impact sanitaire de l’accident de Fukushima au Japon.

En 8 minutes chrono, le youtubeur science entend dresser un bilan des travaux disponibles sur un sujet controversé. Pourtant, bien que le vidéaste qualifie son propre travail de « sourcé, s’appuyant sur l’analyse d’éléments scientifiques disponibles »[2], s’agissant du nombre de victimes consécutif à une exposition aux rayonnements ionisants après l’accident nucléaire de 2011, aucune étude épidémiologique de long terme n’est à ce jour disponible, et pour cause.

Bilan sanitaire définitif 8 ans après l’accident : un non-sens scientifique ?

Dans les instances de radioprotection, il existe un consensus sur l’étalon temporel pour mesurer les conséquences sanitaires d’une exposition aux rayonnements ionisants. En dessous d’un certain seuil, il est communément admis qu’après qu’une personne a reçu une dose de radioactivité, il existe un temps de latence avant de pouvoir observer les premiers signes cliniques de la plupart des maladies radio-induites. Lorsqu’il s’agit des leucémies, on estime par exemple qu’il existe une période de latence pouvant aller jusqu’à 20 ans[3]. Dans le cas de nombreux cancers solides[4], le délai varie de 10 à 40 ans.[5] Le Réveilleur ne dispose donc d’aucune étude statistique longitudinale (cohorte) suffisamment longue pour affirmer comme il le fait qu’« à Fukushima, les effets sanitaires sont et seront extrêmement faibles et ne feront aucun mort détectable. »[6]

Dans la même vidéo, le youtubeur affirme paradoxalement que certains «  cancers peuvent apparaître plusieurs décennies après. » De ce point de vue, les retours d’expérience de l’après-Tchernobyl montrent que certains types de cancers comme celui de la thyroïde peuvent survenir plus rapidement après une exposition à l’iode-131, mais que là encore, ils peuvent se déclencher jusqu’à 10 ans après l’exposition à cet isotope radiotoxique libéré lors d’un accident nucléaire.

Pourtant, le vidéaste affirme qu’à Fukushima, « le suivi des cancers de la thyroïde qui auraient pu se manifester depuis 2011 n’a montré aucune augmentation de ces cancers. »[7] Cette allégation contredit les données disponibles dans le Registre du cancer Japonais, qui écrit que « dans la préfecture de Fukushima, des biopsies de la thyroïde ont révélé des cellules cancéreuses chez 205 enfants » et que « 167 de ces enfants ont dû être opérés en raison du développement extrêmement rapide de la tumeur, de la présence de métastases ou de la menace sur des organes vitaux »[8].  Selon IPPNW[9], « la répartition géographique des cas de cancers de la thyroïde chez les enfants coïncide avec le degré de contamination à l’iode radioactif-131 dans les différentes régions de la préfecture de Fukushima. »[10]

Bien que l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) affirme que « la fréquence élevée de nodules tumoraux thyroïdiens est liée à l’effet du dépistage plutôt qu’à un effet des rayonnements ionisants », « l’incidence annuelle multipliée par un facteur 15 dans la préfecture de Fukushima » qu’il relève pose question. Deux mois avant que le youtubeur ne mette sa vidéo en ligne, l’établissement public français conclut donc de son côté qu’à Fukushima, « il est encore prématuré de se prononcer sur une éventuelle augmentation des cancers de la thyroïde consécutive à l’accident ».[11]

De son côté, Le Réveilleur déclare qu’ «  on ne peut pas attribuer un cancer aux rayonnements ionisants », traduisant en fait la difficulté à convertir des liens de corrélation en liens de causalité, et donc d’isoler une cause spécifique au développement d’un cancer. En 2011, des chercheurs du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) signent néanmoins une avancée majeure, en prouvant un lien de causalité irréfutable entre les retombées de Tchernobyl en Ukraine et en Biélorussie, et de nombreux cas de cancers de la thyroïde. « Ils ont ainsi pu mettre notamment en évidence une signature de 106 gènes permettant de classer les tumeurs radio-induites de la thyroïde développées par les enfants vivant à proximité de la centrale de Tchernobyl au moment de l’explosion. »[12]

Hormis une focale sur les cancers de la thyroïde, Le Réveilleur concentre l’attention des internautes sur le taux de mortalité suite à l’accident, au détriment du taux de morbidité. Avec ce cadrage préalable, le youtubeur néglige les complications dont certaines personnes sont victimes, sans en mourir, en tout cas pas immédiatement : cancers, leucémies, maladies cardiovasculaires, glaucomes, effets tératogènes, etc.[13]

Fukushima et le mythe du « zéro mort »

Dans ses deux vidéos, Rodolphe Meyer déclare que « le nombre de morts pouvant être alloués de façon statistiquement significative à une surexposition aux rayonnements ionisants est aujourd’hui de zéro et le restera probablement ». Pour soutenir cette assertion, le vidéaste se base non pas sur des études épidémiologiques, mais plus vraisemblablement sur les modélisations théoriques retenues par l’UNSCEAR[14]. Pour tenter de mieux appréhender les doses de radiations individuelles reçues depuis l’accident, cet organe se base sur « l’expérience de l’étude des survivants des bombardements atomiques d’Hiroshima et Nagasaki »[15]. Il ne s’intéresse donc qu’à l’irradiation externe forte et ponctuelle, et pas à la contamination interne, faible et chronique. L’autre lacune de ces tentatives d’estimation des doses reçues est le « taux de réponse au questionnaire relativement faible »[16].

Mais le plus gros obstacle à l’établissement d’un bilan sanitaire complet reste sans doute le manque de visibilité sur l’évolution de l’état de santé des travailleurs qui interviennent sur le site nucléaire depuis 2011. En effet, il est impossible de savoir si la Tokyo electric power company (Tepco) a mis et continuera de mettre en place un suivi médical fiable. Personne ne sait non plus le détail des doses effectivement reçues par les travailleurs exposés. Par ce manque de transparence de l’exploitant, il est impossible de savoir si l’état de santé des milliers de personnes qui sont intervenues ou interviendront sur la centrale accidentée japonaise est normal et le restera sur le long terme.

Dans le cadre du programme de suivi sanitaire Fukushima Health Management Survey mis en place par l’Université de Médecine de Fukushima, il existe bel et bien des études sur l’état de santé général des civils évacués. Mais ces contrôles mélangent simples « questionnaires » et tests médicaux plus ou moins poussés[17]. Autre faiblesse de ces analyses déjà limitées aux seuls habitants de Fukushima : elles se caractérisent par un taux de participation des personnes extrêmement bas, qui diminue encore d’année en année. Seulement trois ans après l’accident, ce taux avait déjà chuté à 16 %, et « avec le temps, les personnes se présentent de moins en moins pour réaliser leur bilan médical ». [18]

Les leçons de Tchernobyl

À titre de comparaison, du point de vue sanitaire, l’après-Tchernobyl est édifiant. Les statistiques médicales biélorusses et ukrainiennes révèlent une dégradation spectaculaire et continue de l’état de santé des populations touchées par les retombées de l’accident de Tchernobyl en 1986[19]. Bien que les organismes onusiens comme l’UNSCEAR ou l’Organisation mondiale de la santé (OMS) refusent d’accréditer l’hypothèse que les faibles doses de radioactivité ingérées depuis l’accident de Tchernobyl puissent en être la cause, aucune étude scientifique ne permet par exemple d’expliquer la proportion anormalement élevée d’avortements thérapeutiques : entre 2000 et 2011, 30 à 50 % du nombre des grossesses dans le district contaminé de Stolyn, pourtant situé à 220 kilomètres de Tchernobyl.[20]

Car l’autre biais utilisé par Le Réveilleur est celui qui consiste à focaliser l’attention des spectateurs exclusivement sur les cancers thyroïdiens. Pourtant, les chiffres médicaux de certains territoires d’Ukraine et de Biélorussie indiquent une augmentation de l’instabilité génomique héréditaire après Tchernobyl. Certaines mutations génétiques des brins d’ADN d’une personne se transmettent de génération en génération, sans que l’on constate d’amélioration des désordres génétiques antérieurs, ni que la descendance ait été elle-même exposée aux radiations. Par exemple, dans certaines localités, le taux de malformations invalidantes va croissant : un doublement durant les 20 premières années suivant 1986, comme publié par Dmitri Lazjuk, le responsable de ce dossier en Biélorussie en 2006[21]. Une des hypothèses serait la mutation des cellules germinales des parents induites par l’irradiation, et transmises à l’enfant.[22] Il est donc encore trop tôt pour affirmer que ces modifications n’auront pas d’impact sanitaire sur les générations futures.

Autre affirmation problématique du youtubeur : « La peur du nucléaire a fait plus de dégâts que les rayonnements tant craints. » Le vidéaste résume en fait ici un argument bien connu des promoteurs de l’atome comme l’AIEA[23], l’agence chargée d’ « encourager et de faciliter, dans le monde entier, le développement et l’utilisation pratique de l’énergie atomique »[24]. Après Tchernobyl, ce genre d’institution développe l’idée qu’une partie des problèmes sanitaires rencontrés par les personnes qui vivent dans des territoires contaminés serait psychosomatique. Pour résumer, les leucémies, les cancers ou l‘arythmie seraient en fait le résultat du stress induit par la peur – injustifiée – des radiations. Le Réveilleur finit par conclure que « la désinformation tue ».

Mais à Tchernobyl, cet argument ne tient pas, dès lors qu’on observe des mutations génétiques chez certains animaux vivant autour du lieu de l’explosion, comme les hirondelles[25]. Ces petits oiseaux ne sont pas sensibles aux discours anxiogènes sur la radioactivité. En 2012, Jean-Marc Jancovici livre pourtant une affirmation du même ordre, lorsqu’il déclare que « du point de vue des écosystèmes, et ce n’est pas du tout de l’ironie, un accident de centrale est une excellente nouvelle, car cela crée instantanément une réserve naturelle parfaite ». Et de conclure qu’à Tchernobyl, « le niveau de radioactivité est désormais sans effet sur les écosystèmes environnants. »[26]

Au Japon, la radioactivité qui dure

Au Japon, l’état d’urgence nucléaire n’a toujours pas été levé, et autour de la centrale de Fukushima Daiichi, des dizaines de millions de tonnes de déchets radioactifs sont encore entreposées (principalement de l’eau, des débris et de la terre). De nouveaux rejets radioactifs pourraient encore se produire ces prochaines années, du fait des opérations de refroidissement et de récupération des trois coriums radioactifs, puis du relargage des milliards de litres d’eau contaminée dans l’atmosphère ou dans l’Océan Pacifique. De plus, de nouveaux risques de rejets sont prévisibles, au moment du démantèlement des trois réacteurs accidentés, ou lorsque les assemblages de combustibles entreposés dans les piscines de désactivation seront retirés.

Par ailleurs, les opérations pour retirer ces combustibles neufs et usés entreposés dans les piscines 1, 2 et 3 prennent beaucoup plus de temps que prévu, à cause de problèmes techniques et des trop fortes radiations. Si ces piscines étaient brutalement privées de moyens de refroidissement, les milliers de tonnes de matières radioactives immergées[27] dans les bassins provoqueraient une nouvelle fois des rejets toxiques dans l’environnement. En 2011, de « très hauts niveaux de radiation »[28] avaient déjà été enregistrés dans l’enceinte des bâtiments abritant les piscines de refroidissement des réacteurs 3 et 4, des suites d’une baisse du niveau d’eau dans les bassins.

Il ne faut pas négliger non plus le risque de sur-accident autour de la centrale nucléaire japonaise. En octobre 2019, la zone a par exemple été frappée par un puissant typhon, faisant planer la menace d’une nouvelle dispersion incontrôlable de radioéléments : les fortes précipitations ont lessivé les sols et les vents violents ont soulevé la poussière, transportant la radioactivité au gré des courants marins, de l’érosion et des rafales de vent. Pire, d’énormes sacs de terre contaminée ont été emportés par une rivière en crue[29]. Sans oublier que la façade maritime Est du Japon reste fortement soumise à des risques sismiques et des tsunamis.

Autre motif d’inquiétude : le réacteur 3 de la centrale nucléaire. Il contenait un cœur constitué de MOX[30]. Plus radioactif et plus chaud que les combustibles d’oxyde d’uranium pur[31], le MOX contient du plutonium, qui reste dangereux pendant 24 000 ans. Actuellement, ce combustible a fondu et creusé le radier[32] sous la cuve du réacteur, sans que l’exploitant Tepco ne soit encore parvenu à identifier où il se situe précisément. Au total, les trois cœurs de réacteurs qui ont fondu et percé les cuves pèseraient 880 tonnes.[33]

De la même manière, si les autorités ont mis en place des dispositifs plus ou moins efficaces pour piéger les infiltrations d’eau radioactive, décaper les sols et laver les bâtiments, les travaux de décontamination des vastes forêts polluées au césium-137 patinent, faute d’accès suffisant pour les engins de chantier. Pourtant, ces zones boisées représentent 75 % des surfaces touchées par les retombées radioactives de l’accident nucléaire.[34] Si un feu venait à se déclencher – comme cela s’est produit dans la « forêt rousse » autour de Tchernobyl en 2016 – une nouvelle dispersion de particules radioactives se produirait mécaniquement. Il subsiste donc d’importants risques radiologiques.

Mais au-delà du rayon d’évacuation de 20 kilomètres, l’analyse de la cartographie de la contamination radioactive réalisée par Minna-no-data Site – une base de données compilant les mesures de la radioactivité effectuées par un réseau de laboratoires indépendants japonais – révèle une contamination « tachetée » de l’archipel : on constate des hotspots radioactifs particulièrement préoccupants[35], d’autant qu’aucune mesure de santé publique n’est prise dans ces zones.

Particulièrement dangereuses, des microbilles de césium-137 et césium-134 – facilement ingérables par le nez ou la bouche – ont par ailleurs été retrouvées à 230 kilomètres de la centrale nucléaire accidentée. Selon Olivier Masson de l’IRSN, « d’un point de vue scientifique, les conséquences radiologiques de l’inhalation de césium vont devoir être réévaluées, à la lumière de la découverte de ces particules dont la solubilité est très faible. » [36]

Enfin, il est probable que les habitants dont les autorités nippones organisent progressivement le retour en zone radioactive consomment pendant de longues périodes des denrées alimentaires contaminées. Dans la préfecture rurale de Fukushima et ses alentours, l’agriculture vivrière, l’élevage, la pêche, mais aussi la chasse et la cueillette, sont des sources d’alimentation quotidiennes. Du lait, de la viande, des champignons, du thé,[37] des algues, des crustacés ou des poissons[38] sont régulièrement mesurés avec des taux de radioactivité supérieurs aux limites admissibles, et ce même dans les eaux territoriales ou dans des zones relativement éloignées de la centrale nucléaire accidentée. Dans les territoires faiblement touchés d’Ukraine et de Biélorussie, c’est bien l’ingestion de nourriture contaminée qui est pointée du doigt comme une problématique sanitaire de très long terme.[39]

Dans ses deux vidéos qui adoptent le ton d’une recension de l’état de la recherche neutre et objective, Le Réveilleur développe en fait une analyse partielle, partiale, et entachée de multiples biais. Le « youtubeur science » présente au spectateur un bilan sanitaire incomplet parce que prématuré. Mais comment expliquer ce parti-pris ?

Le Réveilleur : youtubeur vulgarisation ou influenceur ?

S’il confie s’être «  vite rendu compte que les problèmes environnementaux avaient plus besoin de réponses économiques, politiques et culturelles que de connaissances scientifiques plus approfondies »[40], lorsqu’il aborde la thématique du nucléaire, Le Réveilleur fait l’impasse sur de nombreux débats liés à l’impact sanitaire des accidents nucléaires. Pourtant, dans ce domaine plus qu’ailleurs, la vérité scientifique n’est pas une matière inerte : elle est le fruit de luttes symboliques pour la revendication du monopole à dire le vrai. Les consensus sont sans cesse remodelés par les jeux de pouvoir et les enjeux économiques liés au développement commercial de la filière électronucléaire mondiale organisée en lobby.

Dans la description disponible sous ses deux vidéos traitant de Fukushima, on peut lire les remerciements de Rodolphe Meyer à un confrère : « Merci à Tristan Kamin qui m’a aidé sur quelques points techniques et a relu mon script. Je vous encourage à le suivre, il fait de la vulgarisation sur le nucléaire. »[41] Sur les dix vidéos qu’il consacre à la thématique du nucléaire, neuf comportent ce message de remerciement, quand la dixième puise ses sources entre autres de la Word Nuclear Association, un puissant lobby nucléaire international. Mais qui est ce Tristan Kamin ?

Dans cette présentation qu’il fait de son relecteur préféré, Rodolphe Meyer fait un amalgame entre « vulgarisateur » et « influenceur ». En effet, en plus d’être ingénieur sûreté, Tristan Kamin  est un contributeur de la Revue générale nucléaire, une brochure annuelle éditée par la Société française de l’énergie nucléaire (SFEN), un groupe de pression pro-nucléaire français. Il collabore également avec deux médias connus et reconnus pour leur ligne éditoriale pro-nucléaire : L’Energeek et Atlantico.

De plus, Tristan Kamin est membre du conseil d’administration des Voix du nucléaire, « une association d’employés et sympathisants de la filière nucléaire »,  qui travaille à «  restaurer la confiance des populations dans l’énergie nucléaire »[42]. Membre actif de ce lobby pro-nucléaire, Tristan Kamin affiche comme un trophée ses « 32 000 tweets »[43]. C’est que, avec l’acharnement d’un moine copiste, ce redoutable « influenceur »[44] spécialiste des réseaux sociaux a fait profession de la critique systématique et massive des contenus hostiles au nucléaire. Sur Twitter, ce boulimique du tweet pro-nucléaire produit un travail de fourmi pour torpiller les publications critiques envers le nucléaire et dans le même temps promouvoir l’énergie atomique.

Avec l’aide et la relecture de cette personne au parti-pris assumé, on comprend mieux pourquoi les vidéos de Rodolphe Meyer à propos de l’énergie nucléaire sont si souvent favorables à l’industrie qui l’exploite. Dans le cas précis du bilan sanitaire de la catastrophe de Fukushima, on comprend aussi pourquoi le youtubeur mobilise certaines sources et pas d’autres. On comprend, enfin, de quelle manière il minimise le nombre de victimes passées et à venir. Certains acteurs de la filière nucléaire ne s’y trompent pas : ils sont friands des vidéos du Réveilleur sur le sujet, partagent régulièrement ses contenus et l’interviewent volontiers. C’est par exemple le cas de la SFEN ou de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) [45].

À Tchernobyl comme à Fukushima, le refus des institutions onusiennes de suivre les maladies non-reconnues comme résultantes d’une contamination interne chronique à faible dose, sur les liquidateurs ou sur les résidents des territoires contaminés, fonctionne comme un véritable trou noir.  En matière de radioprotection, si les normes internationales ont décrété que le risque pour la santé est proportionnel à la dose reçue, la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) conclut néanmoins que « toute dose de rayonnement comporte un risque cancérigène et génétique » et qu’« il n’y a pas de seuil de dose en dessous duquel il n’y a aucun effet ».[46]

Relayée par des personnes comme Jean-Marc Jancovici ou Le Réveilleur, l’affirmation « zéro mort à cause de la radioactivité à Fukushima » est une fausse information. Qui plus est parce neuf ans après les multiples rejets radioactifs dans l’environnement, la situation au Japon n’est toujours pas stabilisée.

Par Julien Baldassarra, membre du Réseau Sortir du Nucléaire.

 

[1] https://www.youtube.com/watch?v=utyT8Z4qEaA

[2] https://reporterre.net/Le-Reveilleur-n-a-pas-ete-paye-par-l-Andra

[3] http://nucleaire.force-ouvriere.org/IMG/pdf/tude_verger.pdf

[4] Selon l’Institut National du Cancer, les tumeurs solides cancéreuses, comme les carcinomes ou les sarcomes, repérables par un amas de cellules localisé, se distinguent des cancers des cellules sanguines, comme les leucémies, dont les cellules cancéreuses circulant dans le sang ou la lymphe sont dispersées dans l’organisme. La majorité des cancers sont des tumeurs solides.

[5] https://www.radioprotection.org/articles/radiopro/pdf/1990/01/rad19901p19.pdf

[6] https://www.youtube.com/watch?v=smGve9f6kpQ

[7] https://www.youtube.com/watch?v=utyT8Z4qEaA

[8] https://www.asso-malades-thyroide.fr/wordpress/index.php/2019/03/12/fukushima-un-risque-de-cancer-de-la-thyroide-multiplie-par-15/

[9] International Physicians fot the Prevention of Nuclear War

[10] https://www.asso-malades-thyroide.fr/wordpress/index.php/2019/03/12/fukushima-un-risque-de-cancer-de-la-thyroide-multiplie-par-15/

[11] https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-fukushima-2011/fukushima-2019/Documents/IRSN-NI_Fukushima-2019-sante_201903.pdf

[12] http://www.cea.fr/presse/Pages/actualites-communiques/sante-sciences-du-vivant/tumeurs-radioinduites-ont-elles-signature-particuliere.aspx

[13] Les silences de Tchernobyl : L’avenir contaminé, Galia Ackerman, Guillaume Grandazzi, Frédérick Lemarchand, Broché, 2006

[14] Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants

[15] https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-fukushima-2011/fukushima-2019/Documents/IRSN-NI_Fukushima-2019-sante_201903.pdf

[16]https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-fukushima-2011/fukushima-2019/Documents/IRSN-NI_Fukushima-2019-sante_201903.pdf

[17] https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-fukushima-2011/fukushima-2019/Documents/IRSN-NI_Fukushima-2019-sante_201903.pdf

[18] https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-fukushima-2011/fukushima-2019/Documents/IRSN-NI_Fukushima-2019-sante_201903.pdf

[19] http://enfants-tchernobyl-belarus.org/virtubook/chernobylnyas/

[20] http://enfants-tchernobyl-belarus.org/virtubook/bulletin-03-2018/#p=2

[21] http://enfants-tchernobyl-belarus.org/virtubook/chernobylnyas/

[22] https://fr.wikipedia.org/wiki/Irradiation_professionnelle

[23] Agence internationale de l’énergie atomique

[24] https://www.iaea.org/sites/default/files/statute_fr.pdf

[25] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1994720/

[26] https://reporterre.net/Jean-Marc-Jancovici-Fukushima-aura-surtout-ete-un-probleme-mediatique-majeur

[27] https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/fukushima-debut-d-une-nouvelle-operation-delicate_132983

[28] https://www.laradioactivite.com/site/pages/Fukushima.htm

[29] https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/Au-Japon-sept-ans-tsunami-Fukushima-frappee-typhon-Hagibis-2019-10-16-1201054626

[30] MOX est l’abréviation de « Mélange d’oxydes » car le combustible MOX contient du dioxyde de plutonium et du dioxyde d’uranium.

[31] https://www.laradioactivite.com/site/pages/laradioactivitedumox.htm

[32] Plateforme de béton située sous la cuve du réacteur et censé confiner le combustible fondu de l’environnement sous-terrain en cas l’accident.

[33] https://www.liberation.fr/planete/2017/02/03/japon-pic-de-radiation-et-trou-beant-dans-les-entrailles-de-fukushima_1546005

[34] https://www.larecherche.fr/environnement/fukushima-une-d%C3%A9contamination-difficile

[35] https://en.minnanods.net/soil/

[36] https://www.lemonde.fr/energies/article/2016/07/06/l-accident-de-fukushima-a-disperse-des-billes-de-cesium-radioactif-jusqu-a-tokyo_4964380_1653054.html

[37] https://www.lemonde.fr/planete/article/2011/08/13/fukushima-des-champignons-interdits-a-la-consommation_1559450_3244.html

[38] https://www.maxisciences.com/catastrophe-nucleaire-au-japon/japon-les-produits-de-la-mer-contamines-au-large-de-fukushima_art14848.html

[39] https://www.lefigaro.fr/sciences/2016/04/26/01008-20160426ARTFIG00202-tchernobyl-le-principal-danger-vient-des-aliments-contamines.php

[40] https://www.lereveilleur.com/qui-suis-je/

[41] https://www.youtube.com/watch?v=utyT8Z4qEaA

[42] https://www.voix-du-nucleaire.org/notre-association/

[43] https://www.voix-du-nucleaire.org/conseil-administration/

[44] https://www.voix-du-nucleaire.org/conseil-administration/

[45] https://www.andra.fr/node/1258

[46] La radioprotection, les nouvelles recommandations de la Commission Internationale de Protection Radiologique (CIPR 60, 1991) ibidem p. 3-9

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