Jean-Luc Mélenchon et le Parti communiste français : histoire et perspectives

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Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, et Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise

Sur fond de tergiversations autour de l’Union de la gauche, les cadres du Parti communiste français (PCF) viennent de voter en faveur d’une candidature autonome pour les prochaines élections présidentielles, à l’instar de 2016. Alors que les militants communistes doivent décider les 7, 8 et 9 mai de la stratégie de leur Parti pour l’année à venir et qu’ils avaient finalement engagé le PCF sur le chemin du soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon lors des précédentes élections présidentielles, il est possible de revenir sur l’histoire et les enjeux actuels qui structurent les relations entre le PCF et Jean-Luc Mélenchon.

Jean-Luc Mélenchon et le PCF : une histoire ancienne (1968-2009)

Jean-Luc Mélenchon a été le candidat soutenu par le Parti communiste français lors des deux dernières élections présidentielles. Or, lors de leur conférence nationale tenue les 10 et 11 avril, les cadres du PCF viennent d’opter à une large majorité (66,41%) pour une candidature communiste en 2022, son secrétaire national Fabien Roussel ayant alors remporté l’adhésion de près de trois quarts des votants (73,57%).

Il faut néanmoins rappeler qu’en 2016, les cadres du PCF avaient déjà rejeté l’option du soutien à Jean-Luc Mélenchon et à La France insoumise pour une candidature propre (53,69%, vote du 5 novembre 2016), et cela malgré l’appui au leader insoumis du secrétaire national alors en fonction, Pierre Laurent. Mais les militants, décideurs en dernière instance en la matière, avaient quant à eux choisi d’appuyer la candidature de Jean-Luc Mélenchon (53,60%, vote du 26 novembre 2016), réglant ainsi le processus décisionnel. La puissance des 60 000 militants communistes – le PCF est le premier parti de France en effectif militant – et la force symbolique de l’endossement par un parti de gauche important avait participé à renforcer la dynamique de campagne de Jean-Luc Mélenchon qui avait finalement entraîné près de 20% (19,58%) des électeurs à lui accorder leur bulletin, frôlant le second tour. Présence dans un second tour qui, à défaut d’être forcément gagné, voire gagnable, aurait permis d’augmenter la visibilité, la légitimité et la crédibilité de l’ensemble des courants de la gauche radicale durant le quinquennat macroniste. Le groupe insoumis à l’Assemblée nationale a néanmoins pu assumer de manière efficace un rôle d’opposition parlementaire structurée, palliant partiellement cette absence de leur leader au second tour.

L’histoire entre Jean-Luc Mélenchon et le PCF remonte à plus de 50 ans, alors que le jeune lycéen Jean-Luc Mélenchon participe, comme meneur dans sa ville de Lons-le-Saunier, aux événements de Mai 68. Jean-Luc Mélenchon revient dans un entretien de 2016 sur ce qui l’a tenu éloigné de la possibilité d’une adhésion communiste : « Je ne pouvais pas être au PCF à cause de l’invasion de la Tchécoslovaquie. » Outre le Mai français, l’année 1968 est en effet également fortement marquée par l’écrasement du Printemps de Prague par l’URSS, les troupes du Pacte de Varsovie envahissant la Tchécoslovaquie dans la nuit du 20 au 21 août. À la suite de l’entrée des tanks soviétiques dans la capitale tchèque, les communistes français s’interrogent, tandis que le Comité central du PCF passe de la « réprobation » affichée par le bureau politique à la « désapprobation » 1

Dès son entrée à l’Université en septembre 1969, Jean-Luc Mélenchon rejoint l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), puis 4 ans plus tard, en 1972, il adhère à l’Organisation communiste internationaliste (OCI) d’obédience trotskiste, dont il est finalement « radié » en 1976 du fait de divergences politiques. Il s’affilie alors au jeune Parti socialiste (PS) dirigé par François Mitterrand, « croyant » dans le Programme commun de gouvernement. Jean-Luc Mélenchon contribue largement au lancement en novembre 1977 – à peine plus d’un mois après la rupture de l’Union de la gauche par le PCF – de La Tribune du Jura, mensuel de la fédération socialiste du département, dont il est à la fois directeur de la publication et rédacteur principal. Par ce médium, Jean-Luc Mélenchon – qui selon un de ses anciens camarades socialistes de l’époque « vit [la rupture de l’Union de la gauche] comme une véritable catastrophe 2 » – se fait l’âpre défenseur du Programme commun et prône l’alliance PS-PCF. Jean-Luc Mélenchon a toujours par la suite occupé une position à la gauche du PS 3, et c’est en tant que tel qu’il est élu sénateur socialiste en 1986 puis rejoint le gouvernement de Lionel Jospin en mars 2000, comme ministre délégué à l’Enseignement professionnel. On doit noter la présence au sein de l’équipe gouvernementale de Marie-George Buffet, ministre de la Jeunesse et des Sports du 4 juin 1997 au 6 mai 2002 et future secrétaire nationale du PCF de 2001 à 2010, succédant à Robert Hue (29 janvier 1994 – 28 octobre 2001) et au tournant conservateur qu’il avait imposé au sein du Parti à la suite de la chute de l’URSS (Robert Hue a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron en 2017).

Contre la direction du PS et la ligne nationale arrêtée, Jean-Luc Mélenchon milite par la suite fermement contre le Traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE) en vue du référendum de 2005, qui pour la première fois donnait au peuple français l’occasion de s’exprimer directement sur la décisive question européenne. Dans cette lutte, on retrouve Jean-Luc Mélenchon aux côtés d’autres forces et personnalités de gauche radicale comme José Bové, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) représentée notamment par Olivier Besancenot, et, de façon plus importante pour la suite, les communistes et leur dirigeante Marie-George Buffet.  Les partisans de gauche du « NON » s’opposent au TCE pour le néolibéralisme qu’il incarne – il faut rappeler également que le Front national (FN) de Jean-Marie Le Pen avait également fait campagne pour le « NON », tandis que des forces de gauche comme Les Verts avaient quant à elles opté pour le « OUI ». En effet, le TCE prévoyait de faire de la dérégulation de la finance et des privatisations des principes juridiques contraignants au plus haut niveau et de mettre la monnaie unique sous contrôle d’une Banque centrale européenne indépendante des États. Et c’est bien le « NON » qui finit par l’emporter assez nettement (54,68%), les Français rejetant donc majoritairement l’option européenne sous sa forme néolibérale. Mais Nicolas Sarkozy, élu président en 2007, reformulera le projet juridico-économique du TCE via le Traité de Lisbonne, témoignant d’une étape supplémentaire dans la disqualification du vote démocratique de 2005.

Du 14 au 16 novembre 2008, un an et demi après l’échec à l’élection présidentielle de Ségolène Royal contre Nicolas Sarkozy, les militants socialistes sont appelés à voter pour les différentes motions, les tendances de gauche étant parvenues pour la première fois à toutes se rassembler, avec la motion « Un monde d’avance » conduite par Benoît Hamon. À la suite du score décevant de la motion (18,5%) et la victoire de la liste emmenée par Ségolène Royal, Jean-Luc Mélenchon et son camarade Marc Dolez quittent le PS pour fonder le Parti de gauche (PG) le 1er février 2009. Mais cette sortie, dont l’objectif était clairement constitué par la formation d’une alliance avec le PCF, avait été préparée – davantage que « mise en scène », le résultat décevant de la motion « Un monde d’avance » ne pouvant être entièrement prévisible – par Jean-Luc Mélenchon et Marc Dolez en amont du Congrès du PS de novembre 2008. Marie-George Buffet leur avait promis, en cas de sortie, une candidature commune aux élections européennes de 2009 (alliance qui aura donc bien lieu entre le PCF et le nouveau PG). Jean-Luc Mélenchon n’a donc pas quitté le PS pour « partir à l’aventure » mais bien avec une stratégie concrète et ambitieuse, conçue main dans la main avec les communistes. Deux jours après la clôture du Congrès du PS et de la victoire de la ligne Royal, les dirigeants communistes emmenés par Marie-George Buffet annoncent avec Jean-Luc Mélenchon et ceux qui constitueront bientôt la direction du PG la formation d’un « Front de gauche » comprenant des candidatures et un programme communs. 

Vie et mort du Front de gauche (2009-2016)

À la suite d’accords électoraux pour les élections européennes (2009), régionales (2010) et cantonales (2011), Jean-Luc Mélenchon annonce le 21 janvier 2011 sa candidature à l’élection présidentielle de 2012. Les cadres (5 juin) puis les militants (16-18 juin) du PCF votent en faveur du ralliement à sa candidature qui réunira finalement 11,10% des voix. À titre de comparaison, les candidats communistes Robert Hue et Marie-George Buffet avaient récolté respectivement 3,37% et 1,93% des votes lors des deux précédentes élections présidentielles. 

Mais malgré le score obtenu par Jean-Luc Mélenchon, le Parti de gauche dont il est co-fondateur et co-président (avec Martine Billard, de novembre 2010 à août 2014) voit le PCF présenter quatre fois plus de candidats aux élections législatives de juin qui aboutissent à des résultats nationaux décevants (6,91% au premier tour, 1,08% au second) et à seulement 10 élus, dont 8 communistes et un unique représentant du PG. Mais le score présidentiel s’élevant à plus de 10% a toutefois permis une belle visibilité commune aux idées des différents membres du Front de gauche. 

Mais ce sont les élections municipales de 2014 qui attisent le plus les tensions entre Jean-Luc Mélenchon et le PCF. Alors que François Hollande, le gouvernement et la majorité parlementaire socialistes appliquent une politique à l’encore des engagements socialistes pris lors de la campagne depuis presque deux années, le PG et la plupart des autres formations du Front de gauche plaident pour des listes autonomes, non compromises avec le PS. De son côté, la direction du PCF opte pour l’absence de consignes nationales en laissant à ses membres la mission de voter dans chaque ville pour la stratégie à suivre, brouillant ainsi les pistes sur l’opposition déterminée à la politique générale menée par le Parti socialiste. Le PCF présente ainsi des listes communes avec le PS à Paris, Toulouse, Rennes, Grenoble, ou encore Clermont-Ferrand. On ne peut comprendre ce choix de la direction du PCF sans se pencher sur l’économie partisane du PCF, dont le besoin vital durant les dernières décennies d’alliances avec les socialistes pour le maintien de l’appareil de Parti est patent, afin de conserver ses élus, et plus particulièrement ses maires et ses sénateurs 4

À la suite des élections régionales de 2015, où le Front de gauche est resté divisé pour les raisons que l’on vient d’évoquer, Jean-Luc Mélenchon, qui a démissionné de la co-présidence du PG fin août 2014, lance un nouveau mouvement, La France insoumise (LFI). Comme mentionné précédemment, les militants communistes, à contre-courant du choix des cadres, décident de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour 2017. Le 3 juillet 2016, dans un entretien à Mediapart, Jean-Luc Mélenchon qui a choisi avec La France insoumise d’adopter une rhétorique et un « style populiste 5 » s’éloignant volontairement de l’espace mental de la gauche dans une stratégie électorale de large conquête, déclare unilatéralement la fin du Front de gauche.

Situation actuelle : enjeux et perspectives électorales

Les tensions entre les anciens alliés du Front de gauche se ravivent lors des élections législatives, Jean-Luc Mélenchon écrivant quelques jours après le premier tour des présidentielles dans un article de son blog : « Bien sûr, nous sommes sondés en tant que « Front de gauche » quoi que celui-ci n’existe plus depuis deux ans et soit devenu le cache sexe usuel du PCF. » Devant ce qui leur apparaît comme une usurpation du logo « Front de gauche » de la part des communistes, la direction insoumise finit par publier le communiqué suivant : « Le PCF cherche à semer la confusion chez les électeurs qui ont voté pour le candidat de la France Insoumise en faisant croire que les candidats du PCF aux législatives ont le soutien de Jean-Luc Mélenchon. »  Les anciens alliés sont devenus des frères ennemis.

Lors du XXXVIIIe congrès du PCF tenu du 23 au 25 novembre 2018, la plateforme emmenée par André Chassaigne et Fabien Roussel l’emporte de peu (42,14% contre 38% pour celle arrivée en deuxième position) et ce dernier est intronisé secrétaire national. Pauline Graulle, dans un article de Mediapart, résume : « Il n’en a jamais fait mystère : le nouveau secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, n’avait jamais été un grand fan du Front de gauche. Il avait même voté « contre » à sa création. Dix ans presque jour pour jour après la naissance de la coalition antilibérale (entre le PCF, le Parti de gauche, Ensemble! et la Gauche unitaire), le 38e congrès du PCF, […] a acté la fin de l’alliance historique entre le parti communiste et Jean-Luc Mélenchon. » Même si cette disparition était effective du côté insoumis depuis le 3 juillet 2016. Plus loin dans le même article, Pauline Graulle cite la réaction sur le vif de Bruno Bonin, secrétaire départemental PCF des Deux-Sèvres : « La nouvelle direction a fait jouer la corde identitaire pour gagner en interne, mais, en réalité, on retourne à une stratégie d’alliances à géométrie variable en vue des municipales : certes, les alliances avec le PS vont nous permettre de garder quelques fiefs. Mais à privilégier les victoires locales, on va perdre en force et en clarté sur le plan national. »

Pas surprenant donc que ce même Fabien Roussel ignore les prises de contact de Jean-Luc Mélenchon entreprises dès août 2020 puis de nouveau le 10 décembre, qu’il mène une politique privilégiée d’alliances avec le PS et EELV pour les élections régionales et départementales à venir, et qu’il déclare aujourd’hui souhaiter maintenir sa candidature « quoiqu’il en coûte 6 » La situation tendue entre les deux possibles candidats annonce une possible guerre des signatures entre communistes et le leader de la France insoumise, comme le souligne le journal Marianne. Dans l’hémicycle également, les désaccords se creusent. Fabien Roussel a récemment contesté une proposition de loi des insoumis : « Les insoumis viennent de déposer une proposition de loi sur la garantie de l’emploi. Ils estiment que chacun doit avoir un travail et que, si quelqu’un n’en trouve pas, l’État doit être employeur en dernier ressort. Nous ne partageons pas du tout cette philosophie-là, ça, c’est l’époque soviétique, le kolkhoz.» Un retournement surprenant du procès en soviétisme de la part du PCF, qui historiquement s’est bâti sur la controverse quant au suivisme des sons de cloches de Moscou. Le consensus n’est néanmoins pas établi pour autant chez les communistes : on peut noter le soutien affiché par l’ancienne secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, et la lettre ouverte à Fabien Roussel que 200 cadres et militants ont publié le 26 mars dernier pour s’opposer à la stratégie d’une candidature autonome. 

Les opposants au soutien de la candidature Mélenchon s’appuient notamment sur une lecture des derniers sondages parus à l’horizon 2022. En effet, Jean-Luc Mélenchon n’est pour l’instant crédité « qu’à » un peu plus de 10%, derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen qui caracolent en tête, et n’arrive qu’en 4e position légèrement derrière le candidat des Républicains. Mais à titre de comparaison, les sondages réalisés pour l’élection présidentielle de 2017, créditaient également Jean-Luc Mélenchon d’une dizaine de points de retard sur Emmanuel Macron et Marine Le Pen jusqu’à fin mars, soit quelques semaines avant le premier tour. La dynamique d’une campagne, soutenue activement par les militants communistes, ainsi que l’incarnation charismatique du leader de la France insoumise ont démenti les prévisions et ont permis une ascension sensible, jusqu’au 19,58% du premier tour de 2017. De la même manière, les faibles résultats aux élections intermédiaires inquiètent, bien que les choix stratégiques de la France insoumise l’aient conduite à miser sur les élections nationales, et que les résultats dérisoires obtenus par le Front de gauche entre 2012 et 2017 7 n’aient pas empêché Jean-Luc Mélenchon de quasiment doubler son résultat à l’élection présidentielle sur la période. Enfin, le Parti communiste ne s’est pas effondré après le soutien apporté en 2012 et 2017 à Jean-Luc Mélenchon et ne peut donc pas jouer la carte de l’espoir national trop incertain contre l’impact concret d’élus locaux.

Une Union de la gauche… derrière Mélenchon ?

En annonçant sa candidature présidentielle dès le 8 novembre 2020, un an et demi avant l’échéance, Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise ont court-circuité les interminables débats sur une Union de la gauche jugée impossible derrière un candidat et un programme de gauche radicale. Cette appréciation se base sur les profondes différences qui les opposent idéologiquement à des formations comme le Parti socialiste (PS) ou Europe Ecologie Les Verts (EELV). La récente réunion proposée par Yannick Jadot et qui a rassemblé samedi 17 avril des représentants des principales forces de gauche atteste avec force de ces profondes divergences de fond, constat partagé par LFI et le Parti communiste français (PCF). Cyprien Caddeo et Emilio Meslet estiment dans un article paru le jour même sur le site de L’Humanité  que « Jadot et les socialistes tentent une OPA sur l’union ». Le PS et EELV, afin d’exister dans les élections à venir, finiront probablement par présenter un candidat unique pour les deux partis et ils pourront alors se féliciter d’avoir tenté le choix rassembleur de l’Union, même s’il n’aura jamais été sérieusement question de structurer l’alliance autour de la candidature présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. En somme, l’Union de la gauche rejoue l’union de la gauche plurielle, derrière des forces politiques converties au libéralisme économique et à l’Europe sociale.

Si l’on observe depuis juin 2020 les sondages pour la future élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon est le plus crédité à gauche récoltant de 8 à 13,5% des intentions de vote, la moyenne se situant en avril 2021 entre 11 et 12% pour Jean-Luc Mélenchon, devant les candidats PS et EELV présumés, respectivement Anne Hidalgo à un peu plus de 7% et Yannick Jadot entre 6 et 7%. Fabien Roussel arrive quant à lui avec environ 2%, légèrement devant Philippe Poutou pour le Nouveau parti anticapitaliste (1,5%) et Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière (moins de 1%). Le « vote utile 8 » face à la menace de l’extrême-droite bénéficiant désormais plus largement à Emmanuel Macron qu’aux forces socialistes modérées, reste en suspens la question des alliances à l’heure de la polarisation du vote Macron/Le Pen et de la dispersion des électorats encore disponibles. Outre les hypothèses d’union PS/EELV – que Jean-Luc Mélenchon a qualifié à l’occasion de la manifestation du 1er mai de « faux jetons » – celle des forces PCF/FI est désormais entre les mains des militants. Le choix du « quoiqu’il en coûte » porté par Fabien Roussel risque de se heurter à l’intérêt stratégique d’une candidature unique de la gauche radicale. Réponse les 7, 8 et 9 mai prochains, quant à l’éventualité d’un soutien communiste réitéré à la candidature Mélenchon. 

1 Voir par exemple Bernard PUDAL, Un monde défait. Les communistes français de 1956 à nos jours, Éditions du Croquant, 2009, chapitre 3.

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2 Voir Lilian ALEMAGNA et Stéphane ALLIES, Mélenchon. A la conquête du peuple, Paris, Robert Laffont, 2018, p. 52. Cette biographie de Jean-Luc Mélenchon a constitué notre source secondaire principale pour cet article.

3 Sous la direction de François Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon tente d’établir au sein du PS un dialogue entre la direction – bientôt au pouvoir d’Etat – et les tendances de gauche. Par l’hebdomadaire qu’il crée en 1979, Données et arguments, et dans lequel il défend cette position d’artisan de la confrontation (ce journal existe encore aujourd’hui sous le nom L’Insoumission hebdo) et par le courant la Gauche socialiste fondé en 1988 au sein du PS avec Julien Dray, en réaction à la politique jugée droitière alors menée par Michel Rocard, Jean-Luc Mélenchon a toujours occupé une position clairement à gauche au sein du PS. Après un premier soutien au traité de Maastricht, rapidement abandonné (dès février 1996 il déclare par exemple « Maastricht c’est l’échec sur toute la ligne »), Jean-Luc Mélenchon est par la suite le seul sénateur socialiste à avoir voté contre le « projet de loi d’intégration de la Banque de France au système européen de banques centrales » et contre le passage à l’euro – attitude dissidente qui lui vaut une lettre de blâme du bureau national du PS signée par celui qui était alors secrétaire national du PS, François Hollande.

4 Sur les dynamiques du PCF depuis les années 1980, voir Julian MISCHI, Le Parti des communistes : histoire du Parti communiste français de 1920 à nos jours, « Chapitre 8 : Un parti en crise », Marseille, Hors d’atteinte, coll. « Faits & idées », 2020, pp. 555-620.

5 Sur cette expression, voir Groupe d’études géopolitiques, Le Style populiste, Paris, Amsterdam, 2019.

6 Pour une critique de cette option stratégique jusqu’au-boutiste, voir : Pauline GRAULLE, Mediapart, 13 avril 2021, « Présidentielle : le PCF opte pour une candidature « quoi qu’il en coûte » : https://www.mediapart.fr/journal/france/130421/presidentielle-le-pcf-opte-pour-une-candidature-quoi-qu-il-en-coute?onglet=full 

7 Pour ne donner qu’un exemple, le Front de gauche récoltait aux élections municipales de 2014, deux ans après le relatif succès électoral de Mélenchon à l’élection présidentielle, un score national de 1,9% au premier tour et de 0,93% au second. Et contrairement au PCF qui avec des scores nationaux analogues obtient malgré tout de nombreux élus, le PG, et LFI après lui, n’ont pratiquement aucun maire.

8 On retrouve cette logique du vote utile dès les premiers mots de l’option 2 nommée « Alternative » proposée aux militants communistes pour le vote à venir concernant la stratégie pour les élections nationales : « Face au danger de droite et d’extrême-droite, les communistes proposent d’initier un processus ambitieux de dialogue pour converger, dès le premier tour de l’élection présidentielle et indissociablement aux élections législatives, sur un projet de rupture. » La seconde option qui propose une option ouverte d’Union de la gauche – avec Mélenchon ou d’autres candidats – se conclut de la manière suivante : « Au terme de ce processus, au second semestre 2021, se réunira une nouvelle conférence nationale, qui s’exprimera sur les résultats de la démarche et sur la proposition stratégique ainsi élaborée. » En cas de victoire de cette option 2, le PCF se réserve donc plusieurs mois de négociations avant de soutenir officiellement tel ou tel candidat. Voir À gauche, 12 avril 2021, « PCF : un premier pas pour la présidentielle de 2022 » :  https://agauche.org/2021/04/12/pcf-un-premier-pas-pour-la-presidentielle-de-2022/