Olivier Demoures et Louna Mouret ©Killian Martinetti
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Nouvelle Ère se présente comme « le mouvement de jeunesse qui s’engage pour les territoires en menant des actions de proximité ». Née il y a quelques mois, dans le sillage du déconfinement, cette organisation centrée sur la jeunesse de la France des gilets jaunes se déploie progressivement dans les différents départements. Nous avons voulu rencontrer ses représentants pour mieux comprendre cette initiative.


LVSL – Votre mouvement émane plus largement des grandes mobilisations de la jeunesse pour le climat. Comment cette initiative est-elle née plus précisément ?

Louna Mouret – Cette initiative est née d’une prise de conscience et de discussions entre amis. Des jeunes s’engagent et s’organisent pour se mobiliser autour des questions climatiques et sociales. Notre ambition est de porter les messages venant des territoires périphériques, alors qu’ils sont si peu écoutés. Nous avons ainsi créé Nouvelle Ère avec l’objectif de lancer une dynamique nouvelle, citoyenne et politique mais indépendante des structures partisanes.

Olivier Demoures – L’initiative part aussi d’un contexte : nos sociétés sont confrontées aux plus grands défis des dernières décennies, comme le changement climatique, le chômage de masse et une pandémie mondiale. Les jeunes doivent être à l’origine d’un changement vers une nouvelle ère que nous souhaitons aider à construire. Nous sommes environ une centaine, d’horizons divers, dont l’attachement pour leurs territoires d’origine et les valeurs portées par le mouvement les ont amenés à s’y investir. Depuis le début de sa création, le mouvement promeut de nouvelles solidarités partout en France et souhaite y faire émerger des idées afin de faire de la proximité une solution aux crises auxquelles notre société est confrontée.

LVSL – Justement, vous comptez une dizaine de délégations territoriales, impliquées auprès des acteurs locaux, mais comment se structure concrètement votre mouvement ? L’horizontalité est-elle un principe directeur dans votre organisation ?

OD – Nouvelle Ère est fondée sur l’engagement local. Notre objectif est de donner la parole à la jeunesse des territoires. Tous les membres du mouvement peuvent être force de propositions et d’actions. Chacun et chacune met en œuvre les actions qui lui tiennent à cœur et qui sont adaptées aux spécificités locales. Nous sommes un mouvement qui se veut participatif et donc horizontal, mais nous avons une colonne vertébrale et des valeurs qui fondent toutes nos actions.

LM – Effectivement, les actions sont décidées dans chaque département, au niveau des délégations territoriales, qui forment le cœur du mouvement. Les propositions et les actions menées dans les territoires sont ensuite portées à l’échelle nationale pour pouvoir peser dans le débat public. Finalement, c’est lier l’action citoyenne à la pensée politique.

LVSL – Vous vous présentez avant tout comme un mouvement de jeunesse. Dans quelle mesure cette identité générationnelle est-elle déterminante pour vous ? N’avez-vous pas peur que cette étiquette vous desserve à terme ?

OD – Mobiliser les jeunes est essentiel. Ils sont les premiers touchés par le chômage, par le dérèglement climatique, par la qualité de l’alimentation. Ils sont aussi ceux qui votent le moins. Mais avant tout, ils peuvent créer dans le reste de la société de nouvelles dynamiques. Si les jeunes se réconcilient avec l’engagement citoyen, n’est-ce pas une porte ouverte pour convaincre nos aînés de s’engager à leur tour ?

LM – J’ajouterais que dans les territoires, que ce soit les villes moyennes, les milieux ruraux ou périurbains, la mobilisation de la jeunesse a souvent un impact. Ces villes sont rarement universitaires, et des actions de proximité organisées par des jeunes à destination de tous et toutes sont l’occasion de réunir les plus âgés et les plus jeunes, ceux qui restent et ceux qui sont partis.

LVSL – Vous souhaitez partir d’initiatives locales pour peser plus largement dans le débat public à l’échelle nationale. Comment voyez-vous cette traduction du local au national ? De quelle nature serait « l’initiative politique indépendante » que vous appelez de vos vœux ?

LM – Nous menons des actions locales qui partent des réalités concrètes de ce que vivent les citoyens au quotidien et sont menées, dans la mesure du possible, en lien avec les acteurs locaux dans chaque département. En partant des préoccupations rencontrées sur le terrain, le mouvement porte au niveau national des idées et des propositions concrètes afin de peser dans le débat public et politique. Il s’agit par exemple d’aider à la création d’un jardin participatif dans les Yvelines pour promouvoir la sécurité sociale alimentaire ou créer un atelier de réparation à Chalon-sur-Saône pour porter l’idée de l’économie circulaire. L’action de terrain est pour nous la continuation de la pensée politique par d’autres moyens que le seul discours.

LVSL – Vous dites en même temps que vous êtes un « mouvement citoyen et politique mais qui n’est rattaché à aucun parti ». Quel constat faites-vous sur les organisations politiques, et la situation politique en général ?

OD – Le constat est limpide : 65 % d’abstention aux dernières élections municipales et la progression constante de l’extrême droite. Cela n’a pas attendu la COVID-19. Nous vivons dans une société où le sens et le récit politique manquent, où l’on parle plus de politiques publiques que d’idées et où les décisions et les propositions des personnalités politiques sont parfois perçues comme absurdes. Jamais les partis ne se sont vus autant reprochés d’être éloignés des réalités. Ce n’est peut-être pas vrai, c’est peut-être contestable, mais on ne peut pas le nier, ni y échapper. Jamais le politique n’a été aussi discrédité et le citoyen aussi peu écouté.

LM – Ce constat est d’autant plus vrai pendant ce deuxième confinement. L’engagement des plus jeunes dans notre société est indispensable, car la possibilité de participer au débat public n’a jamais été aussi prégnante. Certains nous avaient promis le « monde d’après », mais qui le redéfinira ? Nous croyons que la situation actuelle donne de l’intérêt à notre initiative : agir pour un monde de proximité, qui a plus de sens. On nous dit toujours qu’il est temps d’agir, et par « on » j’entends le personnel politique et les experts. Mais les paroles ne suffisent plus, il faut les transformer en engagement politique et en actes.

LVSL – L’urgence climatique est pour vous un défi majeur, au cœur de votre engagement. Quel rôle attribuez-vous à l’État dans ce contexte ? L’Etat stratège constitue-t-il un acteur capable de répondre à ces défis ?

LM – Les initiatives individuelles ne suffiront pas pour faire face à l’ampleur du dérèglement climatique. Bien au contraire, c’est un enjeu d’intérêt commun et l’État y joue une place essentielle, tout comme la coordination internationale. Il est le seul à pouvoir assurer les investissements nécessaires pour rendre les territoires écologiques. Sans État, on ne peut pas vivre dans une société de proximité : c’est un multiplicateur de forces puisque ce sont les citoyens qui font l’État. Or, sans action collective, nous ne pourrons pas lutter contre le dérèglement climatique.

OD – L’État doit assurer cette reconstruction, car on ne parle plus de transition. Mais pour cela, les citoyens doivent avoir confiance en l’État. Comment reconstruire si on ne part pas de ce que vivent les gens au quotidien ? Pour être stratège, encore faut-il que son action soit crédible. L’autre défi auquel l’État est confronté, c’est de pouvoir assurer une stratégie dans un contexte très mondialisé. On ne pourra pas réduire notre empreinte carbone sans une action étatique forte. Sans action nationale, on ne peut pas vivre dans un monde de proximité où l’emploi est proche, où l’économie est circulaire, où le lien social est fort et où le climat ne devient pas fou.

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