Mobilisation devant l’ancienne usine Luxfer, à Gerzat (63), dans l'agglomération de Clermont-Ferrand. © Antoine Arfaoui
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Jeudi 25 juin avait lieu une mobilisation en soutien aux ex-salariés de Luxfer, pour réclamer la réouverture de l’usine à Gerzat (63), fermée au printemps 2019. Elle était la dernière usine, dans l’Union européenne, à produire des bouteilles d’oxygène, notamment pour le secteur médical et pour les sapeurs-pompiers.


Revenons quelque temps en arrière : l’annonce officielle de la fermeture du site à l’ensemble des 136 salariés de l’usine a eu lieu le 26 novembre 2018. L’usine située à quelques kilomètres au nord de Clermont-Ferrand, ex-filiale du groupe industriel français Pechiney, présente sur le marché depuis 1939, avait été rachetée par Luxfer (basé à Nottingham en Angleterre) en Juin 2001. Elle faisait partie de la division Luxfer Gas Cylinders et produisait des bouteilles pour des marchés aussi divers que l’oxygène médical (hôpitaux et respiration à domicile), les pompiers (air comprimé) et pour l’industrie, principalement à destination des artisans et professionnels de la soudure.

Cette entreprise possédait un savoir-faire unique utilisant des procédés de fabrication permettant la production de ces bouteilles avec des alliages à hautes caractéristiques mécaniques offrant ainsi les bouteilles les plus légères au monde. Ce site était profitable avec un carnet de commandes régulièrement bien chargé. Malgré cela et bien qu’ayant touché l’argent du CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), les dirigeants anglais de Luxfer ont justifié les licenciements économiques par un prétexte de compétitivité, une possibilité introduite dans la « loi travail » de 2016, comme le précise la CGT, relayée par Là-bas si j’y suis.

Les salariés, abasourdis et pour certains traumatisés par l’annonce de la fermeture, avaient en moyenne 20 ans d’ancienneté. Ils avaient un engagement fort pour leur entreprise, étaient fiers de leur métier et du service qu’ils offraient à leurs clients en France et à l’étranger. En parallèle des négociations avec la direction en place pour leurs licenciements, ils se sont très rapidement consacrés à la recherche d’un repreneur pour redémarrer leur activité au plus vite. Avant le confinement, une partie des anciens salariés a occupé l’usine pendant plusieurs semaines, pour empêcher les engins de démolition de détruire le matériel de production ; Luxfer ne voulant pas vendre le site de production.

De plus, une inspection de la Direction régionale de l’environnement et de l’aménagement du territoire (DREAL) confirmera par la suite ce que dénonçait les salariés depuis des mois, à savoir le risque sanitaire d’une telle opération de démantèlement.

Syndicalistes et responsables politiques en soutien aux ex-salariés devant l’ancienne usine Luxfer. © Antoine Arfaoui

L’impossible délocalisation après la crise du Covid-19

« La crise sanitaire met en lumière la fragilisation de notre système économique avec une dépendance industrielle vis-à-vis des pays dans lesquels les grandes entreprises ont massivement délocalisé dans le seul but d’améliorer les profits pour répondre aux exigences de la finance » a indiqué Axel Peronczyk, représentant syndical CGT et de l’intersyndicale CGT-CFDT Luxfer.

Le 25 juin, trois figures politiques ont notamment fait le déplacement dans le Puy-de-Dôme lors d’une mobilisation nationale : Jean Luc Mélenchon (LFI), Raphaël Glucksmann (PP-PS) et Philippe Martinez (CGT). Ils sont venus apporter leur soutien et réclamer l’accord du gouvernement pour la reprise de l’entreprise par un acteur tiers, à défaut d’une nationalisation refusée par Bruno Le Maire, malgré les récents discours de souveraineté et d’indépendance industrielle de la part du Président de la République.

Jean Luc Mélenchon, député et président du groupe La France Insoumise à l’Assemblée Nationale, n’a pas manqué de souligner l’incohérence entre les discours et les actes d’Emmanuel Macron : « Pour le président, le capital doit être libre. La propriété d’un fond de pension est plus importante que le besoin que satisfait l’entreprise Luxfer. Ce qui fait mal au cœur aussi c’est qu’il n’arrête pas de faire des phrases sur l’indépendance, la souveraineté et parfois même l’innovation. Ici c’est fait. C’est les bouteilles les plus légères. Luxfer c’est le cas le plus simple de France. Ça demande un stylo et une signature, soit pour nationaliser, soit pour réquisitionner. Jamais une multinationale comme celle-là ne tiendra tête à la France. »

Jean-Luc Mélenchon en pleine discussion avec des jeunes mobilisés contre la fermeture. © Antoine Arfaoui

Même remarque chez l’eurodéputé, Raphaël Glucksmann  : « Luxfer, c’est dix-huit mois de combat de salariés qui défendent leur outil de travail et un immense test pour les autorités françaises et européennes. Si on ne trouve pas de solution ici, cela veut dire qu’il n’y a pas de changement derrière les mots. » Outre les leaders de LFI et de Place Publique, des responsables des principaux autres partis de gauche (PCF, EELV, NPA, Génération-s) se sont aussi exprimés.

Raphaël Glucksmann rencontre le délégué syndical Axel Peronczyk et les anciens salariés de Luxfer. © Antoine Arfaoui
Philippe Martinez en discussion avec un syndicaliste CGT. © Antoine Arfaoui

À son tour, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a précisé : « Luxfer est emblématique de ce qui ne devrait plus se passer en France. C’est une entreprise importante, avec une activité essentielle et des salariés compétents, qu’on laisse à l’abandon parce que le dirigeant d’une entreprise dit qu’il ne vendra pas le terrain ni les machines. Ce n’est pas à un dirigeant d’entreprise quel qu’il soit de décider de l’avenir d’un pays et de ses citoyens. Luxfer est emblématique du monde de demain qui ne peut pas être comme le monde d’avant. »

Par-delà les figures nationales, de nombreux syndicalistes et salariés mobilisés venus de toute la France ont également pris la parole lors de ce rassemblement qui visait également à dénoncer les politiques néolibérales et les délocalisations entraînant la désindustrialisation de la France. Parmi les présents, aux côtés des anciens de travailleurs de Luxfer : des ex-salariés de GM&S et de General Electric, A.I.A (Atelier Industriel de l’Aéronautique), Renault, Constellium, Dietal, ainsi que des représentants CGT Michelin, CGT EDF, CGT Educ, des syndicats de la santé et des services publics. La liste se poursuit avec la présence des syndicats SUD, LO, UNEF, mais aussi des gilets jaunes, sensibles à la nécessité d’œuvrer à la réouverture de Luxfer.

Discours des ex-salariés GM&S qui ont rendu hommage à leur camarade, Yann Augras, décédé accidentellement le 11 juin. Il avait combattu pendant des années pour sauver son entreprise et les emplois de ses collègues. Ils ont appelé, comme il l’aurait certainement fait, à continuer la lutte partout où cela est nécessaire. © Antoine Arfaoui

La reprise de Luxfer : pour l’exemple, pour demain

Des soutiens multiples et précieux pour Axel Peronczyk, syndicaliste CGT Luxfer, qui rappelle l’exemplarité que peut représenter leur usine : « Aujourd’hui, nous avons pu médiatiser et mettre en avant ce qui se passe ici. Il n’y a pas de meilleur exemple que notre usine : tout est là, les repreneurs, les projets, les financements, c’est une entreprise stratégique sur la santé et la défense. Aujourd’hui, c’est le dossier de l’exemple. Une victoire serait un grand message d’espoir pour les autres entreprises menacées par un plan de licenciements. »

Prise de parole des anciens salariés de Luxfer. © Antoine Arfaoui

Le maire de Clermont-Ferrand Olivier Bianchi (PS), qui vient d’être réélu, s’est quant à lui dit prêt, en tant que président de la Métropole, à racheter le terrain de l’usine pour 15 millions d’euros, alors que le site nécessite d’importants travaux de dépollution. Aujourd’hui tous les efforts des ex-salariés tendent à se concrétiser, deux repreneurs sont en lice pour une reprise du site et un redémarrage de l’activité. Les anciens salariés espèrent encore une intervention de l’État, alors que des négociations sont toujours en cours avec Bercy.

Une partie des ex-salariés de Luxfer devant l’usine. © Antoine Arfaoui

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