Frantz Fanon : face au racisme, l’universalisme radical

© Louis HB

Peau noire, masques blancs, est sans doute la première œuvre majeure de l’écrivain et militant anti-colonialiste Frantz Fanon. Dans ce livre, il analyse longuement le legs colonial de l’histoire de France dans l’inconscient collectif, aux Antilles comme dans l’Hexagone. Malgré le tournant juridique de 1946, inaugurant une marche vers l’isonomie républicaine, le racisme et les rapports de domination perdurent. Tenté d’opposer une réaction identitaire à cet état de fait – consistant dans la promotion d’une identité collective « noire » – Fanon conclut que celle-ci est le dernier obstacle à la libération des hommes colonisés. Reprenant Hegel, il fait de la lutte pour la « reconnaissance » mutuelle des Noirs et des Blancs en tant qu’hommes la matrice de son combat anti-raciste. Dans la conclusion de son ouvrage, que Le Vent Se Lève republie dans le cadre de sa série « les grands textes », il en appelle au dépassement des subjectivités et des identités raciales, et à une « désaliénation » conjointe des Blancs et des Noirs. Cette transcendance de la couleur de peau est pensée dans le cadre d’une lutte commune, visant à édifier une société libérée de l’exploitation. À lire sur LVSL en complément de cet texte, un commentaire de Karthik Ram Manoharan, enseignant

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Relire Fanon aujourd’hui

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© DR

Karthik Ram Manoharan, enseignant en sciences politiques à l’Université d’Essex, défend dans cet article une lecture universaliste des travaux de Frantz Fanon. À ses yeux, la leçon la plus importante à retenir de l’œuvre de Fanon est la suivante : toute lutte pour une société meilleure est une lutte contre l’oppression, mais toute lutte contre l’oppression n’est pas nécessairement une lutte pour une société meilleure. L’article, initialement paru chez notre partenaire The New Pretender, a été traduit par Sarah Thuillier et Valentine Ello.

Pourquoi Fanon ?

« Il n’a jamais été aussi difficile de lire Fanon qu’aujourd’hui, » a remarqué le philosophe Achille Mbembe lors d’une conférence à l’Université Colgate en 2010. Frantz Fanon (1925-1961), un humaniste et existentialiste profondément influencé par Jean-Paul Sartre, a travaillé en tant que psychiatre en Algérie coloniale avant de rejoindre la résistance algérienne contre le colonialisme français. Généralement connu pour ses Damnés de la Terre, Fanon a produit des travaux proposant une critique du colonialisme et du racisme, qui sont souvent prescrits comme des manuels par de nombreux mouvements identitaires radicaux. Si lire Fanon n’a jamais perdu en popularité, les lectures populaires de Fanon doivent être remises en question si l’on souhaite recouvrer toute la radicalité de la pensée fanonienne

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