Les retraités dans la rue le 18 octobre 2018, à Paris pour dénoncer la hausse de la CSG et le quasi gel de leurs pensions.
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J’ai 28 ans et je suis engagée pour défendre nos retraites solidaires contre la réforme Macron. Loin d’être un « truc de vieux », les retraites sont pour moi un combat d’avenir et une histoire de famille. Par Agathe, porte-parole du collectif Nos retraites.


Quand je réfléchis à cette question je pense à la vie de mes grands-parents et à celle de mes parents. Les premiers ont bénéficié d’une retraite d’un montant suffisamment élevé pour qu’ils n’aient pas à dépendre de leurs enfants. Ils sont aussi partis à la retraite à un âge qui leur a permis de profiter de belles années sans trop subir les souffrances physiques qui résultent de près de quarante années de travail. De leur côté, mes parents sont toujours actifs et seront les premiers touchés par le projet Macron de réforme des retraites.

Mon grand-père, Mathieu, jeune et heureux retraité du chemin de fer, et moi en 1992.

Malgré un dévouement sans faille à leur travail, mes parents ont le sentiment d’être sur la sellette depuis une dizaine d’années. On leur fait comprendre qu’ils sont trop vieux, qu’il faudra peut-être qu’ils trouvent « autre chose ». Cela fait aussi quelques temps qu’ils se disent qu’ils ne sont plus adaptés au rythme de travail qu’on leur impose, que même s’ils aiment ces métiers dont ils sont devenus des experts, leur travail les épuise.

Je ne me sens ni meilleure que mes grands-parents, ni meilleure que mes parents. Avoir grandi au XXIème siècle ne fait pas de moi une personne plus solide qu’eux. Quand j’aurai 50 ans on cherchera aussi à me faire quitter mon emploi et on me plongera dans les mêmes doutes, sur ma valeur professionnelle et mon endurance dans le monde du travail. Si ce dernier reste tel qu’il est, je serai aussi fatiguée qu’ils le sont depuis qu’ils ont dépassé l’âge de la cinquantaine.

Or cette réforme va non seulement nous conduire à travailler plus longtemps que nos grands-parents et nos parents, mais aussi à vivre dans l’incertitude la plus totale sur la date à laquelle nous pourrons partir à la retraite et sur le montant de celle-ci. Le gouvernement l’a annoncé clairement : son « âge pivot » ou « âge d’équilibre » sera en décalage permanent, selon l’évolution de l’espérance de vie, sans qu’on n’ait de prise démocratique sur cette décision. Les projections que le gouvernement a publiées en la matière font froid dans le dos : pour ma génération, cet âge d’équilibre serait de 66 ans et 4 mois.

Cette société a décidé de rendre notre avenir incertain de tellement de manière qu’il devient difficile de ne pas en avoir le tournis. Un emploi stable et sécurisé après mes études ? « Oui tu pourrais peut-être en avoir un, mais il faudrait que tu fasses d’abord tes preuves avec des stages, des services civiques, de l’intérim, des CDD ». Des enfants dont la société prendra soin à mes côtés ? « Cela sera possible si tu as les moyens de payer pour une santé et une éducation privées ». Sans parler de l’urgence écologique qui rend l’avenir de ma génération et des générations suivantes chaque jour plus inquiétant.

Or la Sécurité sociale, et son système de retraites, ont justement été créés pour faire sortir l’ensemble de la société de l’insécurité sociale, pour que chacun puisse envisager son avenir, ses rêves, sans s’inquiéter d’avoir sans cesse à travailler pour vivre. Avec une réforme des retraites où ces dernières seraient « le reflet de la carrière », avec ses chaos, ses incertitudes et ses accidents, le gouvernement tourne le dos au projet d’avenir de la sécurité sociale.

« Une retraite digne pour pouvoir vivre mes dernières années en bonne santé sans dépendre de mes enfants et petits-enfants, ou devoir reprendre le travail ? » Rien n’est moins sûr avec ce que nous préparent Macron et son gouvernement.

Leur volonté de nous placer dans l’incertitude sur l’avenir de nos retraites s’exprime depuis plusieurs mois. À l’heure où j’écris, le gouvernement n’a présenté aucun chiffre concret sur nos futures pensions de retraites. Ou plutôt si, il nous a livré un seul chiffre, comme un couperet : 14 %.

Il s’agit de la part de nos richesses que nous consacrons aujourd’hui à nos retraites. Pour le gouvernement et son obsession de la baisse des dépenses publiques, ce 14 % devra être un plafond. Or on projette déjà que d’ici 30 ans, le nombre de personnes de plus de 65 ans augmentera de 6 millions. Elles représenteront un quart de la population. Les conséquences sont dangereuses et mécaniques : une part croissante de la population qui se partage une part constante de nos richesses, cela signifie une diminution drastique du niveau de vie des retraités de demain.

 

J’ai rejoint le collectif Nos retraites pour que le débat public porte sur le futur de notre système de retraites et donc sur les ressources que la société décide de lui allouer pour qu’il en ait un. Cependant, aujourd’hui peu de médias font le choix de questionner le gouvernement sur sa décision catégorique de limiter à 14 % du produit intérieur brut (PIB) les ressources destinées à notre avenir après le travail. Je ne pense pas que les gens souhaitent travailler plus longtemps, ou épargner chacun dans leur coin, pour pouvoir s’assurer une retraite d’un niveau similaire à celles de leurs parents et de leurs grands-parents. Je suis convaincue qu’il n’y a pas de fatalité à l’individualisation rampante de notre protection sociale. Le débat du partage des richesses et donc de la possibilité de financer davantage notre système de retraites doit être posé.

Il m’est souvent arrivé que des personnes plus âgées que moi me disent qu’il n’est pas sérieux de s’inquiéter de sa retraite quand on est adolescente ou jeune adulte. Comme si souhaiter avoir une prise sur mon avenir, même le plus lointain, était un caprice. Or je constate qu’aujourd’hui plus que jamais, ce sont les jeunes qui se mobilisent pour un futur digne et solidaire. Sur ce sujet comme sur les autres, ce sera à nous de nous mobiliser : que nous soyons au collège, au lycée, en formation, au chômage ou au travail, c’est à nous de nous battre, ensemble, pour notre avenir. Dans ce projet de réforme des retraites, c’est de notre futur dont on discute sans nous. Il ne tient qu’à nous d’imposer notre voix dans cette bataille.

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