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Alors que les caméras se tournent vers les grandes villes, nous nous sommes intéressés à tous ces ronds-points de France qui n’ont pas eu leur tragique quart d’heure de violence sur une chaîne 24/7. Nous avons tenté l’effort de référencer le maximum de ronds-points occupés par une cabane, un campement, une caravane, en tout cas, une installation faite pour durer et accueillir au quotidien un espace de vie. Nous pensons par exemple à cette caravane en Dordogne, ou cette cabane dans la Meuse. Nous nous sommes interrogés sur ce point aveugle de l’actualité et sur la nature de ces destructions. Par Igor Maquet.


La carte issue du travail de compilation des destructions des cabanes des gilets jaunes telles que répertoriées par la presse quotidienne régionale est consultable en cliquant sur ce lien. Travail nécessairement partiel, la carte demande à être complétée ; elle donne néanmoins un aperçu du caractère systématique de la reprise en main des ronds-points par les autorités.

Du hameau au péage, des périphériques aux centres villes, le mouvement des gilets jaunes a surgi comme une déferlante. Apparu sans crier gare, ourdi sur les réseaux sociaux, il a occupé du jour au lendemain les ronds-points de France. En cause, l’étincelle d’une nouvelle taxe, qui a ravivé un profond sentiment d’injustice, sur fond de précarité économique et sociale. Un débordement qui dure depuis maintenant vingt semaines. L’information tourne en boucle, l’écho est international. Même le New York Times se rendra dans la capitale de l’Indre pour couvrir l’événement.

Le sujet clive, les commentaires pleuvent, les questions fleurissent. Qui sont les gilets jaunes ? D’où viennent-ils ? Que demandent-ils ? Qui sont leurs représentants ? Incontrôlables, insaisissables, ils affolent.  Même Emmanuel Todd, le prophète démographe du mystère français, avoue être perdu : « J’ai essayé de comprendre quelle était la géographie des gilets jaunes, et je n’ai toujours rien compris ! »

L’iconique soulèvement bouscule les esprits. Un thème s’impose dans les bouches. Alimentées par la ritournelle médiatique du samedi, cette grande focale des médias à l’américaine (BFM, CNews, LCI, etc.), les images de destruction et les symboles profanés tournent en boucle sur les chaînes d’information. À tel point que la directrice de publication de la chaîne d’Alain Weill médite son format « pour mettre fin à l’effet hypnotique« . Mais une autre violence, plus discrète, moins clinquante, plus routinière, frappait le mouvement, pendant que la question des violences était entretenue sous le feu médiatique.

On a fait peu de cas de cette répression d’ensemble. La presse quotidienne régionale a pris ponctuellement soin de couvrir les démantèlements ou les vandalismes, mais principalement depuis leur localité, leur zone de couverture médiatique. Clairement, le mouvement dans son entier n’a pas été relayé.

Nous ne comptons pas dans cette carte le harcèlement quotidien de la police et de la gendarmerie, les arrêtés préfectoraux, l’agacement de certains riverains, l’hostilité idéologique à peine voilée, ni même celle des manifestations que David Dufresne répertorie avec attention. Une violence impossible à totaliser, même si les traces abondent dans les témoignages, les photos, les vidéos, les posts sur les réseaux sociaux…

Si l’argument de la sécurité liée à la proximité des installations routières est systématiquement avancé, nombre de cas manifestent un acharnement systématique échappant à la rationalité bureaucratique. À Brionne par exemple, nous apprenons que l’opposition au maire PCF de la commune s’inquiète pour l’image de marque de la ville. Elle pointe le caractère inesthétique de l’installation à l’entrée de la ville, que l’élu communiste tempère par un : « Ce n’est pas fait pour durer. »

Si quelques collectifs de gilets jaunes ont su trouver un accord avec les autorités locales pour réaménager les installations, cette démarche n’est pas la règle. Les arrêtés préfectoraux pleuvent. Les ronds-points sont pour la plupart propriété de l’État. Même quand le maire d’une commune est favorable à ces formes d’auto-organisation, il reste sans pouvoir face à la machine bureaucratique.

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