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En décembre 2018, la Chine prévoit de lancer sa sonde spatiale Chang’e-4 dont un rover devrait atterrir sur la face cachée de la Lune. Le symbole est fort et marque l’émergence de nouvelles puissances spatiales, puisque ni les Etats-Unis, ni la Russie, ni l’Union européenne n’ont jusqu’ici exploré l’autre face de notre satellite. Et à ce rythme, le prochain homme sur la Lune ne sera probablement pas américain, russe ou européen, mais bien chinois ou indien.


Nous sommes désormais entrés dans une ère spatiale nouvelle où les pays émergents, notamment l’Inde et la Chine, ont acquis des technologies suffisantes pour entrer dans la conquête du cosmos. Conquête qui revêt des intérêts stratégiques (observation civile et militaire), économiques (lancement de satellites commerciaux) et scientifiques majeur.

Le monopole de la conquête spatiale par les Etats-Unis, la Russie et l’Union européenne est largement dépassé

Si beaucoup d’Etats ou même d’entreprises maîtrisent la technologie pour créer leurs propres satellites, le socle de toute politique spatiale indépendante est d’avoir une capacité autonome de lancement pour mettre les satellites en orbite (centre de lancement et lanceurs). Or depuis cette année, ce sont désormais 10 puissances qui ont acquis cette capacité.

Si l’URSS a été la première avec le lancement de Spoutnik en 1957, elle a été suivie par les Etats-Unis en 1958 (Explorer 1), la France en 1965 (avec un nom qui sonne familier : Astérix !), puis surtout dès 1970 par le Japon, la Chine, l’Inde et l’Union européenne. La Russie accompagne particulièrement ce mouvement, par des coopérations technologiques avec des puissances internationales de seconds rangs comme l’Inde, la Corée du Sud et le Brésil.

Aujourd’hui, même les entreprises privées se sont engagées dans la course, développant la technologie de lanceurs manquant aux autres Etats. Space X (créée en 2002) a ainsi réussi son premier lancement en mars 2016, et la start-up américaine Spin Launch vient de lever en juin 2018 plus de 40 millions de dollars pour créer un nouveau système de « catapultage » de satellites…

La Chine et l’Inde sont désormais les nations les plus offensives dans la conquête spatiale

Toutefois, pour des technologies plus avancées (qui n’impliquent pas seulement la mise en orbite d’un satellite) le club des puissances est plus restreint. Or, deux nouveaux entrants viennent sévèrement bousculer les Etats-Unis, la Russie et l’Union européenne…

En 2003, la Chine est ainsi devenue la troisième puissance spatiale après les Etats-Unis et la Russie à pouvoir envoyer de manière autonome un homme dans l’espace. En 2011, elle a réalisé son premier exploit avec le lancement de sa station spatiale Tiangong-1, qui est désormais la seule station spatiale en orbite avec l’ISS (Station spatiale internationale mise orbite en 2000), suivi en 2013 par l’envoi sur la Lune d’une sonde avec un robot qui en a exploré la surface. Et cette conquête spatiale va encore s’accentuer : après le lancement d’un premier vaisseau-cargo spatial chinois (avril 2017) et la mission Chang’e 4 tout prochainement, devrait venir la mise en orbite d’une station spatiale chinoise de grande ampleur (à l’horizon 2022), elle-même suivie de l’envoi d’un taïkonaute sur la Lune (horizon 2036).

L’Inde a elle aussi réussi un exploit majeur dès septembre 2014, avec le lancement d’une sonde d’exploration de la planète Mars, rejoignant dans ce domaine les Etats-Unis, la Russie et l’Union européenne. Particularité de cette opération : son coût « à bas prix », car le budget de la mission représentait seulement 11 % du programme spatial américain équivalent… C’est sur ce même créneau des technologies bon marché que l’Inde a lancé avec succès son premier télescope spatial en 2015, et sa première navette spatiale réutilisable en mai 2016, la RLV-TD, alors que la NASA avait abandonné son propre programme de navettes en 2011. Enfin, en février 2017, cet exploit médiatique : la mise en orbite de 104 satellites en une seule mission, par une seule fusée, a pulvérisé le précédent record mondial (39 satellites lancés par la Russie, en 2014). Signe d’une ambition croissante, le premier ministre indien Narendra Modi annonçait en août dernier l’envoi, avant 2022, du premier vol habité indien dans l’espace. Après les cosmonautes, astronautes et taïkonautes, faudra-t-il bientôt parler aussi des « vyomanautes » ?

Quant à la France, elle reste une puissance spatiale de premier rang, notamment à travers l’entreprise Arianespace (qui a effectué plus de 53 % des lancements de satellite commerciaux dans le monde en 2015, et qui lancera Ariane-6, d’un coût de 30 % inférieur à Ariane 5, à l’horizon 2020). Mais elle doit désormais se positionner par rapport à l’entrée en jeu de ces nouvelles puissances. Or, notre coopération avec l’Inde et la Chine reste encore balbutiante en termes de grands projets spatiaux, et mériterait clairement de monter en intensité.

Crédits photos : 

Jing Haipend, Liu Wang, et Liu Yang ont séjourné pendant 13 jours sur la station spatiale chinoise Tiangong 1. ©Johnson Lau, Tksteven


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