©Anton Virtanen Gonneau
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Depuis le début du mouvement de grève en France un serpent de mer louvoie dans le cortège. Comment incarner l’appétit de justice écologique et sociale qui s’est ouvert dans le pays au cours des 12 derniers mois ? Tribune de Brice Montagne, collectif National Diem25 France.


Depuis plusieurs mois un mot clef revient de manière insistante sur toutes les lèvres : Le Front populaire ! Cet objet hybride de la vie politique française mi-populiste (il s’est forgé dans la rue) mi-union des gauches (il a bien fallu que les partis se mettent autour de la table) ne revient pas par hasard dans l’imaginaire commun. La société aujourd’hui comme dans les années 1930 retient son souffle, nous sommes à l’aube de grands bouleversements, et intimement chacun et chacune sait que la force collective est le seul moyen de sortir grandi de ces changements à venir. Mais le passé est source de leçons, non seulement en exemples réussis, mais aussi en échecs à ne pas reproduire. Quels sont donc les conditions d’un Front populaire écologiste dans les années qui viennent ?

La première différence avec le Front populaire original est évidemment la dimension écologiste. Un Green New Deal ambitieux à la hauteur de la proposition du Parti travailliste ou des Démocrates socialistes américains est un préalable essentiel si l’on veut répondre à la plus grande menace qui pèse sur notre société. Ce Green New Deal ne peut être un attelage de mesurettes comme l’est le Green Deal de la Commission européenne, il doit être un 1er pas radical vers la sortie du capitalisme productiviste et répondre frontalement à la question qui agite toujours nos sociétés : Qui possède les moyens de production ? Ou plutôt qui possède les moyens de la domination économique, politique ou culturelle ? Lier la transformation écologique à cette question est une condition sine qua non pour que cette transition soit socialement juste, pour qu’elle soit démocratiquement possible.

Le second point qui est essentiel est celui de l’architecture de ce FPE. L’union des gauches du 20ème siècle a vécu, l’heure est au mouvementisme. Les temps ont changé, mais demain tout ira mieux tu verras. En effet, des expériences municipalistes comme Barcelone en Comú nous viennent des exemples édifiants d’architectures de mouvements qui favorisent la Confluence. La stratégie municipaliste qui bouillonne dans l’Hexagone à l’aube des municipales ne doit pas être qu’un simple hochet pour placer des pions mais doit servir de point de départ à la reconquête du pouvoir que la société appelle de ses vœux. Pour que cela se fasse il est essentiel que la coordination du FPE soit assurée par des citoyens tirés au sort ou élus et pas seulement par des représentants de partis et de la société civile.

Une fois cette étape franchie un FPE aura un nouvel obstacle à surmonter, la rédaction d’un programme commun ambitieux. Là encore les expériences récentes démontrent toute la faisabilité d’un comité de programme composé de citoyens tiré au sort et des représentants des parties prenantes. Un tel programme devra évidemment passer par une phase d’amendements en ligne dans laquelle le plus grand nombre pourra fournir des remarques et améliorations et être validé par un vote des citoyens et citoyennes.

Enfin, et seulement une fois tous ces préalables remplis, viendra le choix de l’incarnation du Front populaire écologiste. Le FPE sera bien inspiré de se pencher sur la méthode retenue à Toulouse par l’Archipel citoyen mêlant primaire élective, primaire tirée au sort et primaire par recommandation. En combinant tous ces aspects le Front populaire écologiste se donnera les moyens d’inclure des militants et militantes ayant fait leurs preuves dans les mouvements récents (Comité justice pour Adama, Gilets jaunes, Mouvement climat etc..). Cette inclusivité résolue du début à la fin de la méthode est la seule manière de faire tenir ensemble des intérêts politiques si divers. C’est aussi la seule méthode pour répondre simultanément aux menaces de fins de mois et aux menaces de fin du monde.

Concluons sur un dernier point. Les fronts populaires des années 30 étaient une réponse à la chute de l’Allemagne entre les mains du régime Nazi. Si le Front Populaire français a été pourvoyeur de bien des espoirs, le Frente popular espagnol lui n’a hélas pas été capable de juguler la montée du fascisme. Cet échec est au moins partiellement à mettre sur les épaules du Front Populaire français qui n’a pas été capable de soutenir son homonyme par delà les Pyrénées. Cet échec est à garder en tête car son ombre plane sur toute tentative de se confronter au capitalisme dans l’Europe du 21ème siècle. Un Front populaire écologiste qui se contenterait de bâtir un mouvement au niveau national sans être capable de susciter des manifestations de grande ampleur dans tous les pays voisins a toutes les chances de se transformer en désastre. Fort heureusement le mouvement des grèves pour le climat offre un signal fort que notre lutte peut transcender les frontières. Un souci intrinsèque de transnationalisme sera le plus sûr moyen de coincer l’establishment politique entre le marteau et l’enclume. Soyons stratégiques, la victoire sera nôtre.

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