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La Révolution française est le lieu des émotions les plus extrêmes. Quel autre moment historique, en effet, peut se prévaloir de concentrer une telle densité émotionnelle ?  Les émotions sont associées au peuple et le peuple est coupable de la Terreur, de la guerre de Vendée. Il est en proie à toutes les émotions les plus extrêmes, de la peur à la joie, de la jouissance à la colère et porte la responsabilité des pires excès. De cette lecture effectuée par les contemporains comme par les auteurs qui se sont par la suite intéressés à la Révolution, naît chez beaucoup une condamnation des passions et l’aspiration à vouloir les contenir. Derrière le bannissement des passions, pourtant, c’est la mise à distance du peuple qui se dessine. Comment douter, dès lors, que leur réhabilitation puisse entraîner le réveil de l’Histoire ?


 

La récente sortie en salles du film de Pierre Schoeller Un peuple et son Roi tranche avec les représentations habituellement proposées de la Révolution française en ceci qu’il donne à voir les événements du point de vue de héros populaires. Le peuple n’y est plus représenté comme une masse informe de personnes confondues au sein d’une foule irrationnelle et dangereuse. Le réalisateur en fait à l’inverse émerger des individualités emportées dans le tumulte révolutionnaire. L’oeuvre de Schoeller se distingue par la rupture prononcée avec la traditionnelle représentation de la Révolution, laquelle a secoué d’effroi les auteurs contre-révolutionnaires ou plus simplement modérés, terrifiés à l’idée que le déferlement des passions populaires puisse recommencer.

Il est aujourd’hui volontiers admis que l’on ne peut comprendre l’histoire de la Révolution française en se limitant à l’étude des actes législatifs. On ne peut non plus en saisir l’essence en l’abordant avec un regard froid et dépassionné. La nécessaire objectivité de l’historien n’interdit pas de prendre en considération le rôle moteur des affects dans le déroulement des événements, c’est pourquoi il nous est apparu pertinent de convoquer ici l’histoire des émotions pour aborder l’épisode historique considérable qu’est la Révolution française. La Révolution est ce moment où l’Histoire bascule, établit un régime émotionnel nouveau et inaugure une nouvelle articulation entre raison et émotions. 

L’irruption des passions dans l’Histoire

Dès les premiers temps de son déferlement, la Révolution ne se conçoit pas autrement que comme l’ébauche d’un monde nouveau. La contestation fiscale des débuts s’enveloppe dans l’organisation que les révolutionnaires entendent donner à la société nouvelle ; aristocrates, clercs, vagabonds, bourgeois et paysans s’effacent derrière le nom de citoyen. De la constitution du tiers état en Assemblée nationale le 17 juin 1789 jusqu’à la proclamation de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen le 26 août, est affirmée cette ambition de façonner un homme nouveau.

La Révolution de 1789 s’annonce dès l’abord comme l’irruption des masses sur la grande scène de l’histoire. La chose publique est désencastrée des couloirs de Versailles et se discute désormais autour de la rédaction des cahiers de doléances, dans les tavernes, dans la rue et bientôt dans les clubs et les assemblées populaires. La politique n’est plus cette chose policée réservée à l’usage de quelques-uns, elle est l’affaire de tous et est immédiatement investie des sentiments les plus extrêmes. « Il faut de l’exaltation pour fonder des républiques » notait Danton.

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Prise de la Bastille et arrestation du gouverneur M. de Launay, le 14 juillet 1789.

Les révolutionnaires de 1789 ne sont pas les agents d’un grand dessein élaboré en amont. Ils sont, comme l’a montré Timothy Tackett, emportés par le tumulte des événements et mènent une politique d’adaptation à des circonstances changeantes. Sans doute le peuple parisien des faubourgs ou celui des campagnes est-il l’élément moteur de cet immense bouleversement qui surgit à l’été 1789. Il n’est pas encore un peuple révolutionnaire. Attaché à son Roi, profondément religieux, le peuple français d’alors est en majorité composé de paysans souffrant des impôts et des mauvaises récoltes. En même temps qu’il entre dans la Cité, le peuple de 1789 amène avec lui l’élément passionnel qu’il porte en bandoulière. Le sens commun d’alors est façonné par la religion : les récents travaux historiographiques que présente Guillaume Mazeau dans son chapitre du second volume de L’histoire des émotions, montrent que la vision du monde des paysans français est imprégnée par les peurs eschatologiques d’une fin du monde imminente. L’époque est saturée d’émotions.

La fin du XVIIIème siècle est aussi une période optimiste, on ne répétera pas le rôle des idéaux des Lumières sur la formation des esprits éduqués d’alors, désormais bien connu. On décèle dans les écrits des révolutionnaires l’imprégnation opérée par une ère de progrès moral et technique : depuis la plaidoirie de Robespierre pour l’installation d’un paratonnerre à St-Omer en 1783, jusqu’au recours à la métaphore de l’électricité – encore mal connue – pour décrire les troubles parisiens. Du progrès moral et technique au perfectionnement de l’homme, il n’y a qu’un pas, que les révolutionnaires s’apprêtent à franchir.

Très vite, en effet, la question institutionnelle qui se pose à l’Assemblée constituante est traversée par la problématique du rôle du peuple dans la Cité et, partant, de la place accordée aux émotions. “Insurrection de l’esprit” selon les mots de Saint Just, la Révolution se défie de l’ensauvagement des masses et vise à l’ennoblissement des hommes : celle-ci doit s’opérer, selon les vues de l’époque, par le retour à un état de primitivité civilisée qu’idéalisent nombre de révolutionnaires, notamment ceux qui sont les plus influencés par la pensée rousseauiste. Les hommes de 1789 font ainsi le pari de la raison sensible. Contre les lectures téléologiques, il convient de remarquer que les émotions ne sont pas alors considérées comme elles l’ont été après les épisodes de la guerre révolutionnaire et de la Terreur. La sensibilité est alors considérée comme l’apanage des aristocrates : on doit être éduqué à la sensibilité. L’historien des émotions William Reddy défend ainsi la thèse que le XVIIIème siècle est bien davantage marqué par l’avènement du sentimentalisme que par celui de la raison. Le sentiment naturel conduit à la vertu publique ; à la cour, éprouver des émotions est une marque de civilisation.

On peut ainsi considérer que va advenir dans les premiers temps de la Révolution un nouveau régime émotionnel placé sous le signe de la raison sensible. Suivant la définition donnée par W. Reddy, nous entendons par régime émotionnel “l’établissement d’une normativité émotionnelle et de rituels officiels” comme “nécessaire soubassement à n’importe quel régime politique.” Considérer la Révolution à travers le prisme de l’histoire des émotions a ceci de pertinent que celles-ci recoupent tous les clivages qui se mettent alors en place. Cela suppose d’interroger l’utilisation politique des émotions, leur mobilisation populaire, la place qui leur est accordée dans les textes législatifs et les discours, la distribution sociale des émotions, et, enfin, de leur restituer le rôle éminent qu’elles ont joué dans l’escalade révolutionnaire.

Les émotions sont situées socialement. Dans les premiers temps de la Révolution, elles sont un marqueur social. Ainsi, en 1791, le débat qui entoure l’institution d’une garde nationale est marqué par la question de savoir à qui donner des armes. On ne peut guère confier la garde de la cité qu’à des gens raisonnables contre l’insensibilité du peuple – c’est-à-dire sa barbarie. L’Assemblée législative, élue au suffrage censitaire, réserve le droit d’appartenir à la garde nationale aux seuls citoyens actifs.

L’histoire des émotions, qui s’est constituée en champ scientifique à part entière ces dernières décennies, replace les émotions dans l’histoire, elle leur restitue l’ancrage socio-historique qui est le leur et réfute l’idée communément admise qu’elles existeraient de toute éternité indépendamment de l’époque et du lieu. Elle récuse, surtout, leur non-accessibilité. Les “passions” étaient jusqu’alors reléguées dans le domaine de l’irrationnel et l’historien répugnait à les accepter comme objet d’analyse. La Révolution française, parce qu’elle est ce concentré émotionnel par excellence, est peut-être le meilleur objet d’analyse qui soit pour un champ disciplinaire en pleine construction.

La révolution comme débordement d’émotions

Les émotions s’imposent à la Révolution et la détournent de son cours. Pendant l’été 1789, l’épisode de la “Grande Peur” submerge l’Assemblée constituante encore installée à l’hôtel des Menus Plaisirs à Versailles. L’historien américain Timothy Tackett insiste sur le rôle des rumeurs en révolution. Ce sont bien ces rumeurs en effet qui sont le carburant de la Grande Peur. Les nobles enverraient des bandes armées saccager les campagnes et piller les villages. En révolution, l’irrationalité a droit de cité. La question de la répression des troubles à laquelle Robespierre oppose la résistance à l’oppression, contient déjà tout le devenir de la Révolution. Chez les députés, la maîtrise des émotions devient un marqueur politique : on met volontiers en avant sa sagesse en prétendant décider du sort de la nation à l’abri des émotions et loin de la pression du peuple. Pourtant, à mesure que la Révolution de 1789 s’approfondit, il devient de plus en plus suspect de ne pas éprouver d’émotions.

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Portrait de Maximilien de Robespierre en habit de député du Tiers Etat. Tableau de Pierre Roch Vigneron.

La question des émotions en effet, doit questionner la cristallisation des affects populaires dans quelques figures. Le mot “populaire” prend une signification nouvelle et décrit le fait d’être « aimé par le peuple.” Mirabeau, d’abord, est érigé en héros. Il est, comme l’a été plus tard Danton, ce bon vivant courageux qui porte la Révolution. Leurs discours et leurs carrures font oublier leur condition sociale et leurs faits de corruption réciproques. « Peut être pensait-il que dans les vastes mouvements révolutionnaires, la fougue des passions et l’énergie du vouloir étaient plus nécessaires qu’une étroite et chétive vertu » note Jaurès à son propos. L’opposition entre Danton le bon vivant et Robespierre l’ascète, si elle est largement inexacte et a été instrumentalisée au mépris de la réalité historique, n’en a pas moins l’avantage d’interroger la projection des aspirations individuelles sur des figures comme celles de ces deux hommes. Si Marat avait plus que quiconque cette capacité à répugner aux élites politiques et à mobiliser les masses par ses excès, son air hirsute et ses appels répétés au meurtre, on comprend moins bien comment un homme comme Robespierre pouvait à son tour électriser les masses des sections parisiennes. Hervé Leuwers interroge justement le prestige dont le député d’Arras faisait l’objet. Si “l’ami du peuple” Marat ressemblait aux masses populaires, Robespierre avait quant à lui une tenue stricte et portait une perruque poudrée comme le voulait l’usage sous l’Ancien Régime. A l’inverse du style de Marat, il était un raisonneur implacable, faisait des discours de deux, trois ou quatre heures à la Convention ou aux Jacobins, et parvenait néanmoins à gagner la foule des sans-culottes à ses vues. Billaud-Varenne écrit à son propos : “Si l’on me demandait comment il avait réussi à prendre tant d’ascendant sur l’opinion publique, je répondrais que c’est en affichant les vertus les plus austères, le dévouement le plus absolu, les principes les plus purs. » Malgré les différences de styles considérables qui séparaient leurs arts oratoires respectifs, chacune des plus grandes figures de la Révolution parvenait à cristalliser les aspirations et les sentiments des communautés émotionnelles qui se formaient alors.

L’amour et l’empathie fédèrent les foules et font d’elles un peuple, mais les émotions gagnent également les révolutionnaires. Après que les femmes ont ramené le Roi à Paris les 5 et 6 octobre 1789, la Constituante suit. Les séances se déroulent alors dans un tout autre climat. Le peuple parisien assiste aux séances de l’Assemblée. Sa présence dans les tribunes alliée au poids croissant des clubs, à la prolifération des journaux et à la diffusion des rumeurs, soumettent l’Assemblée à la loi des émotions populaires et radicalisent les clivages politiques. La salle du Manège, aux Tuileries, où siège l’Assemblée, est régulièrement envahie par des pétitionnaires, le peuple hurle depuis les tribunes, les députés s’invectivent et poursuivent leurs combats par voie de presse. Les trahisons de Lafayette ou Dumouriez et l’intensification de la lutte contre-révolutionnaire engendrent une atmosphère de peur. On dénonce et on demande à décréter d’arrestation ses collègues. Camille Desmoulins publie une “déclaration des droits de l’accusateur.”

Les séances de la Constituante, puis de la Législative, sont aussi des moments heureux. En se basant sur les retranscriptions qui sont faites des délibérations, Guillaume Mazeau rapporte que pendant les 28 premiers mois de la Révolution, au moins quatre cents éclats de rires et moqueries politiques entrecoupent les débats. Usés par les tensions, les députés sont aussi capables de se laisser aller à des expressions de joie. Ainsi, lorsque le député Antoine-Adrien Lamourette propose le 7 juillet 1792 aux parlementaires de s’embrasser en signe de fraternité malgré leurs désunions, tous s’exécutent. Aussi temporaire et étrange qu’ait pu paraître ce moment, qualifié depuis de “baiser Lamourette”, il témoigne du sentiment qui réunissait les révolutionnaires d’alors.

La Révolution est aussi une fête. Dans ce registre, elle innove et rompt radicalement avec la tradition d’Ancien Régime. Il en va ainsi de la plantation des arbres de la liberté, de l’organisation de grandes fêtes populaires ou de l’utilisation des derniers moyens techniques. Guillaume Mazeau note : « Constamment utilisés, le feu de joie, le pétard et les artifices traduisent parfaitement cet expressionnisme révolutionnaire à la fois solennel et bravache, la surenchère de lumière et de bruit visant, dans une optique opposée aux démonstrations de puissance des fêtes de l’Ancien Régime, à conjurer la peur, intimider les ennemis et donner du courage. Associée aux vertus régénératrices de l’électricité et du magnétisme animal, la pyrotechnie est en effet louée pour sa capacité à électriser les sensibilités. »

Sans doute la coexistence des affects joyeux et des affects tristes était-elle une réalité dès les débuts de la Révolution. Sans doute s’est-elle poursuivie sous la forme de l’équilibre instable jusqu’à son terme. Les modifications au sein de cette économie émotionnelle se sont bien davantage opérées par glissements successifs plutôt que par ruptures nettes. De l’acclamation de Louis XVI portant la cocarde jusqu’à sa décapitation le 21 janvier 1793, il y a peu de temps, mais une concentration des événements et des émotions telle, que ce court laps de temps semble renfermer une éternité. La relation du peuple avec son Roi est d’abord, et longtemps, fusionnelle. Il peut être considéré comme un père absent, voire indigne, mais il est tout de même un père. La fuite à Varenne, les vétos successifs, l’accentuation de la guerre aux frontières, le manifeste de Brunswick et la prise des Tuileries achèveront de transformer la désaffection en ressentiment.

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Prise du palais des Tuileries le 10 août 1792. Tableau de Jean Duplessis-Bertaux (1793).

Il est impossible d’opérer une démarcation claire entre deux régimes émotionnels, l’histoire des émotions ne se prête pas à une trop stricte logique chronologique. Nous faisons cependant l’hypothèse d’un glissement en 1792. La prise des Tuileries le 10 août, la proclamation de la République le 21 septembre 1792 et les massacres de septembre font basculer la Révolution française et marquent l’avènement d’un régime émotionnel nouveau.

La Révolution comme conscience tragique de l’Histoire

Les massacres de septembre, lors desquels plus de mille hommes et femmes sont massacrés dans les prisons en raison de leur appartenance supposée à un complot contre-révolutionnaire, suscitent l’horreur et le dégoût. Ils inaugurent un rapport nouveau à la violence. Les événements parisiens et le durcissement de la répression à Lyon, Nantes et dans toute la Vendée, trouvent leurs racines dans l’aggravation de la guerre aux frontières : dans l’esprit des révolutionnaires, il faut briser les complots des ennemis de l’intérieur pour rétablir la situation militaire, ou pour reprendre les mots de Robespierre : « La révolution est la guerre de la liberté contre ses ennemis. »

Pour affronter les monarchies coalisées de l’Europe, la Convention vote la levée en masse en février 1793. Après les défaites successives des premiers mois, s’est enclenché avec Valmy le cycle des victoires. Les conscrits de l’An II sont craints dans toute l’Europe. Une nouvelle norme de genre se met en place : les nobles de l’Ancien Régime sont moqués et dépeints comme efféminés et faibles ; les soldats de la République, à l’inverse, sont vantés pour leur virilité et leur courage. De la même manière, les conventionnels sont considérés comme des athlètes capables d’endurer les pires souffrances. François Furet rapporte que les douze membres du Comité de Salut public travaillaient de 16 à 18 heures par jour. La Révolution éprouve les corps en même temps qu’elle use les esprits. Les révolutionnaires boivent du thé et du café en grande quantité pour se maintenir éveillés, certains consomment de l’opium pour parvenir à dormir. L’épuisement physique est considérable, Danton opère une retraite, Robespierre s’absente du Comité de Salut public pour cause de maladie pulmonaire.

Mais la Révolution est aussi saturée d’amour. À la Convention, on débute les séances en lisant des lettres à la gloire des députés. Robespierre reçoit des demandes en mariage, les petits portraits des grands personnages de la Révolution appelés “physionotraces” se vendent sur les marchés. Déferlement d’amour, ces années sont aussi le théâtre des amours impossibles et des amours tragiques qui s’inscrivent dans une tradition littéraire occidentale de longue date. Les couples séparés par les événements sont nombreux, celui de Lucile et Camille Desmoulins reste le plus emblématique. Le couple maudit est érigé en mythe : en 1795, les derniers Montagnards se suicident en couple avant d’être rattrapés par la répression.

Parce qu’elle inaugure une nouvelle économie émotionnelle et abat l’ancienne hiérarchie sociale, la Révolution dérègle les rapports de genre. Bien qu’exclues du suffrage, les femmes font la Révolution autant que les hommes. Une certaine liberté sexuelle se fait jour. Mais bientôt, à mesure que la situation se durcit, un nouvel ordre se met en place. On ferme les clubs de femmes en octobre 1793 en prenant pour argument leur prétendue plus grande vulnérabilité aux passions – quoique leur implication dans le club des Cordeliers et la méfiance politique qui y est liée puissent également expliquer cette décision.

Ère de liberté, l’époque n’en est pas moins dominée par le sentiment que la Révolution est une “affaire sérieuse”. L’hostilité aux divertissements de la cour d’Ancien Régime est manifeste, le peuple fait fermer les théâtres après le renvoi de Necker, carnavals et bals masqués sont supprimés dès 1790, le travestissement est banni en 1793 ; sur les portraits qui sont faits d’eux, les révolutionnaires affectent un air impassible et sérieux. Marat déclare : « nous prostituons la sensibilité et nous méconnaissons le sentiment.” Le style néoclassique est plébiscité et s’exprime par le choix de Jacques-Louis David pour l’organisation des fêtes officielles. “Il existe un puritanisme patriote” résume G. Mazeau.

Mais surtout, c’est l’amitié qui domine. Le sentiment de fraternité se diffuse sur tout le territoire de la République. Dans ses Fragments sur les institutions républicaines, Saint Just écrit : « celui qui dit qu’il ne croit pas à l’amitié, ou qui n’a point d’amis, est banni » et ajoute que les amis doivent être enterrés ensemble. Ébauche d’une liberté à l’antique formulée par des esprits façonnés par les auteurs classiques inspirés par Athènes et Sparte, cette conception de l’amitié est résolument publique, elle ne peut exister autrement que dans l’enceinte de la Cité.

Terreur et vertu

Le gouvernement révolutionnaire, la chape de plomb de la Terreur, la guerre des factions et les ravages de la guerre en Vendée et aux frontières aggravent les moeurs en même temps qu’ils énervent les passions. S’il importe de revisiter l’histoire de la Terreur et s’il faut, suivant les travaux de Jean-Clément Martin, lui retirer sa majuscule et la mettre au pluriel afin de la restituer dans toute sa complexité et la replacer dans la logique des impératifs conjoncturels de l’époque, il n’en reste pas moins que l’atmosphère de suspicion et de complot rigidifie l’économie émotionnelle des années de terreur. Le 5 septembre 1793, Barère proclame à la tribune de la Convention « la terreur est à l’ordre du jour », faisant davantage le constat d’un processus déjà engagé plus qu’il n’initie un mouvement. Le zèle du tribunal révolutionnaire, les noyades de Nantes, la terrible répression lyonnaise et les lois du 22 Prairial viennent aggraver cette dynamique. Les milliers d’exécutions des années 1793-94, les assassinats politiques à répétition – à commencer par celui de Marat par Charlotte Corday le 13 juillet 1793 -, les complots et l’élimination des factions font régner un climat de peur et d’angoisse.

A l’aide de l’étude des correspondances des députés, des comptes-rendus des assemblées et des archives de presse, Timothy Tackett tente de décrire l’univers mental des révolutionnaires : “pour comprendre les événements violents de la Révolution, nous devons comprendre comment les Terroristes eux-mêmes étaient terrorisés”. Il évoque le “style paranoïaque” des dirigeants de la Révolution, un style qui se diffuse à l’ensemble de la société.

La Terreur, définie par Robespierre comme “le despotisme de la liberté” ne fait cependant pas renoncer la Révolution à l’établissement d’un monde nouveau, mieux, elle en est le moyen :  “La vertu sans laquelle la terreur est funeste ; la terreur sans laquelle la vertu est impuissante” résume l’Incorruptible.

La Révolution est une suite de deuils : « les communautés politiques s’éprouvent régulièrement comme des communautés afflictives » note Guillaume Mazeau. Il poursuit : « Les contre-révolutionnaires se mobilisent autour des symboles les plus doloristes de la monarchie et de l’Eglise : le culte du Sacré-Coeur blessé de Jésus. Cousu sur les habits avec des symboles monarchiques, ce symbole valorise la souffrance comme une condition du rachat. » Ce dolorisme politique s’exprime par un dévouement total à la Révolution : « Soucieux de témoigner de leur vertueux malheur, beaucoup de révolutionnaires cultivent un réel masochisme politique : l’exhibition des plaies, des maladies et de l’épuisement provoqués par le dévouement à la Révolution installent la mortification au sommet des vertus révolutionnaires. » L’instrumentalisation des douleurs entraîne une martyrologie générale et un véritable culte victimaire qui touche toutes les factions.

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Louis Antoine de Saint-Just. Tableau de Pierre-Paul Prud’hon (1793).

La sensibilité à l’égard de la violence change en ces années de terreur. D’abord perçue comme résistance à l’oppression et à la violence d’État (« Les maîtres nous ont rendus barbares parce qu’ils le sont eux-mêmes » écrit Babeuf), la violence politique banalisée engendre une lassitude croissante. Les montagnards ne saisissent pas cette aspiration à l’accalmie. Ce que l’on a appelé a posteriori et par construction la “Grande Terreur” débutée en 1794 par les lois de Prairial, a engendré un retournement des sensibilités. Saint Just pressent : « La révolution est glacée, tous les principes sont affaiblis. »

La patrie mise en danger et la guerre s’aggravant, la mort enveloppe bientôt toute la Révolution. Les douze hommes survoltés qui occupent la petite salle réservée au Comité de Salut public dans le pavillon “Égalité” du château des Tuileries, sont hantés par la mort. Saint-Just écrit : “Les circonstances ne sont difficiles que pour ceux qui reculent devant le tombeau. Je l’implore, le tombeau, comme bienfait de la providence, pour n’être plus témoin des forfaits ourdis contre ma patrie et l’humanité. […] Je méprise la poussière qui me compose, et qui vous parle, on pourra la persécuter et faire mourir cette poussière ; mais je défie qu’on m’arrache à cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux.” Et Jaurès de poursuivre en commentaire : “Sombre et stérilisante exaltation. Ces hommes avaient les yeux comme fascinés par la porte de la mort que si souvent ils avaient ouverte pour d’autres. Et au moment même où il faudrait donner confiance à la Révolution dans la bonté de la vie, et rasséréner les coeurs obsédés de souvenirs sanglants, eux-mêmes s’essayent en vain, sans cesse, en idée, à se coucher dans le tombeau.” La chute de Robespierre, le 9 Thermidor, marque un tournant.

Thermidor : vers un nouveau régime émotionnel ?

La Montagne abattue, la Révolution prend un nouveau visage. Si les thermidoriens ont pour la plupart été les compagnons de Robespierre qu’ils ont trahi, si la guerre de Vendée et les exécutions de masse se poursuivent, la rupture entre deux régimes émotionnels, elle, est consommée.

Dans Quatrevingt-treize, Victor Hugo raconte : “à la ville tragique succéda la ville cynique ; les rues de Paris ont eu deux aspects révolutionnaires très distincts, avant et après le 9 thermidor ; le Paris de Saint-Just fit place au Paris de Tallien”, il poursuit “On sort de Louis XIV comme on sort de Robespierre, avec un grand besoin de respirer ; de là la Régence qui ouvre le siècle et le Directoire qui le termine. Deux saturnales après deux terrorismes. La France prend la clef des champs, hors du cloître puritain comme hors du cloître monarchique, avec une joie de nation échappée. Après le 9 thermidor, Paris fut gai, d’une gaieté égarée. Une joie malsaine déborda. À la frénésie de mourir succéda la frénésie de vivre, et la grandeur s’éclipsa.”

Pour décrire le basculement qui s’opère alors dans les âmes et dans les corps, il nous apparaît judicieux de mobiliser le terme anachronique d’Ordre moral. Avec Thermidor, la Révolution s’inverse. Le Directoire reprend à son compte l’ambition d’arrêter la Révolution et cela passe d’abord par le contrôle des moeurs et le rétablissement d’une hiérarchie sociale stricte. La constitution du 5 Fructidor An III proclame : “Nul n’est bon citoyen, s’il n’est bon fils, bon père, bon frère, bon ami, bon époux”. Le suffrage censitaire est rétabli. Les thermidoriens entreprennent de régénérer et civiliser les masses populaires. Dans les années 1797-1798, l’institut national engage une réflexion sur le rôle des émotions dans la fabrique de la radicalité. Le rétablissement de la paix civile implique de dépolitiser et de dépassionner le peuple. Guillaume Mazeau résume : “La politique raisonnée doit succéder au temps des passions.”

Un double mouvement s’engage : au rétablissement de l’ordre dans la sphère publique, qui est d’abord un ordre moral, répond le relâchement des moeurs individuelles dans la sphère privée. Sous le Directoire, la sphère publique est comme évacuée en même temps que la sphère privée est sacralisée. Le délaissement de sa famille pour se consacrer à l’oeuvre révolutionnaire, jusqu’alors valorisé, est désormais condamné. L’esprit de sacrifice est rejeté. Thermidor rétablit la famille patriarcale comme cellule de base de la société. Le repli sur la sphère privée doit être considéré comme la quête de refuges émotionnels qu’évoque William Reddy, ils sont la garantie de la liberté civile à laquelle aspire la société bourgeoise. En cela, la Révolution française est la véritable matrice de toute la société libérale moderne.

Prononcé en 1819, le discours de Benjamin Constant De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, est encore profondément marqué par le traumatisme de la terreur. Exposé du système du gouvernement représentatif, il concentre toute la doctrine bourgeoise de la séparation du privé et du public. Ciblant Mably, Rousseau et tous les montagnards dont il dit qu’ils étaient façonnés par une conception antique de la liberté, Constant écrit : “Nous ne pouvons plus jouir de la liberté des Anciens, qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre liberté, à nous, doit se composer de la jouissance paisible de l’indépendance privée.”

À la séparation entre la sphère privée et la sphère publique correspond la distinction stricte sur le plan théorique entre la raison et les “passions” : les émotions sont condamnées comme la source de tous les chaos révolutionnaires et ne sont plus tolérées que dans le cadre domestique.

Le Directoire, s’il restaure une morale rigide afin de contrôler les masses, est aussi une période de respiration. Seul importe le desserrement de l’étau de la sphère publique, les vices privés sont tolérés, la pesante vertu robespierriste est balayée. La bourgeoisie retrouve le goût des salons et des jardins. Les fêtes du Directoire offrent la meilleure illustration de ce que G. Mazeau décrit comme la privatisation, la marchandisation et la dépolitisation de réjouissances collectives qui redeviennent des marqueurs sociaux. Il poursuit : “Un peu racoleuse, la culture festive de cette bourgeoisie urbaine évolue vers un divertissement distingué aux émotions savamment orchestrées, déconnecté de visées civiques et intégratrices, les fêtes officielles visant désormais à mettre le peuple à l’abri de ses passions naturelles et mal contrôlées.”

Le guerre de Vendée dure encore et le tribunal révolutionnaire poursuit ses travaux. La mort, cependant, se fait moins pesante. La société française se décrit volontiers comme civilisée et “hémaphobe” (qui a peur du sang). La guillotine fonctionne toujours mais on l’éloigne du centre de Paris. Surtout, les thermidoriens inventent le thème du “système de la Terreur” dont l’unique responsable aurait été Robespierre.

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Robespierre chahuté à la Convention nationale le 27 juillet 1794. Tableau de Max Adamo (1870).

Le 20 mai 1795, la foule des sans-culottes envahit la convention et décapite le député Féraud avant de placer sa tête sur une pique. Cet énième envahissement au cours duquel la foule réclame “du pain et la Constitution de 1793”, est l’ultime journée révolutionnaire parisienne ; la capitale n’en connut plus d’autre avant 1830. Michelet résume : « Le peuple est rentré chez lui. »

Le dénigrement des masses

La Révolution française est cet événement matriciel qui a irrigué les deux siècles suivants. De 1830 à 1848, de la Commune au Front Populaire, toutes les représentations sont conditionnées par le souvenir tragique et glorieux de la Révolution. Elle inaugure aussi la mémoire traumatique du déchaînement des passions. Les classes dangereuses sont craintes tout au long du XIXème siècle. Après la révolte des canuts lyonnais, on lit dans Le Journal des Débats : “Aujourd’hui, les Barbares qui menacent la société ne sont point au Caucase ni dans les steppes de la Tartarie ; ils sont dans les faubourgs de nos villes manufacturières.” La Commune de Paris, plus qu’aucun autre épisode, rouvre les plaies de la Révolution. À la fin du XIXème siècle, naît en réaction à la montée en puissance du mouvement ouvrier la “psychologie des foules.” Dans le premier chapitre de son livre La Raison populiste, Ernesto Laclau compile les travaux des auteurs qui se rattachent à cette discipline. De Gustave Le Bon à Gabriel Tarde en passant par Hippolyte Taine, la foule devient un objet d’études à part entière avec, en toile de fond, la crainte que l’histoire ne se répète et l’interrogation quant aux moyens de canaliser les passions populaires.

L’historiographie consacrée à la Révolution est elle aussi passionnante, tant elle a été le lieu de tous les affrontements depuis maintenant plus de deux siècles sans jamais parvenir à se séparer de la surcharge politique et émotionnelle associée aux années révolutionnaires. Ainsi, dans un contexte de guerre froide, l’histoire de la Révolution française est un champ de bataille comme un autre. Contre l’historiographie marxiste et dans le contexte de la publication de L’archipel du goulag et des nouveaux philosophes, François Furet publie en 1978 son livre Penser la Révolution française dans lequel il relit l’histoire de la Révolution à l’aune de l’historiographie produite à son sujet. Il écrit :  “En 1920, Mathiez justifiait la violence bolchevique par le précédent français, au nom de circonstances comparables. Aujourd’hui, le Goulag conduit à repenser la Terreur en raison d’une identité de projet. Les deux révolutions restent liées […]. Aujourd’hui, elles sont accusées au contraire d’être consubstantiellement des systèmes de contrainte méticuleuse sur les corps et sur les esprits.” Partisan d’une gauche anti-totalitaire qui considère la Révolution française comme la matrice du bolchévisme et les goulags comme la continuation du “système de la Terreur”, François Furet poursuit le procès des passions révolutionnaires entamé dès les lendemains de la Révolution.

Suivant les travaux de Thomas Dixon, nous avons jusqu’ici employé le termes d’émotions plutôt que celui de passions, parce qu’il correspond à une catégorie d’analyse sécularisée moins chargée politiquement que les passions considérées avec suspicion et cible de toutes les haines. Peut-être l’histoire des émotions peut-elle inaugurer une nouvelle conception de l’articulation de la raison et des émotions. C’est en tout cas l’objectif de l’historienne Barbara Rosenwein qui conteste dans ses travaux la perspective civilisationnelle de Norbert Elias qu’elle considère comme tributaire d’un paradigme rationaliste jamais remis en cause. Pour elle, l’histoire des émotions doit rompre avec la volonté d’illustrer l’existence supposée d’un processus de civilisation qui reposerait tout entier sur la fausse dichotomie pulsions/retenue et le refoulement croissant des pulsions par le développement du contrôle de soi. La séparation entre la raison et les émotions relèverait ainsi d’une construction historique et philosophique qui s’accomplit dans le cadre du paradigme rationaliste occidental. Ces conceptions sur la non-linéarité du processus civilisationnel amènent une profonde remise en question de la séparation entre la raison et les émotions et ouvrent la voie à une réhabilitation de ces dernières.

Les événements révolutionnaires ainsi que leur postérité dans l’imaginaire et dans les sciences sociales le montrent : le peuple est associé aux passions et la pérennité de la civilisation requerrait la relégation de celles-ci et, partant, le bannissement du peuple en dehors de la cité. En définitive, la dialectique du retour et du reflux du peuple révèle l’essence intrinsèquement politique de la distinction raison/passions. Contre cette séparation arbitraire, nous pouvons avancer avec Frédéric Lordon que les affects sont le véhicule des idées, qu’ils leur fournissent leur élan et leur capacité à impacter. Prononcer l’unité de la raison et des émotions, c’est amorcer le mouvement qui conduira au réenchantement du politique.

Si la Révolution a déchiré l’Histoire de France et bouleversé celle du monde, c’est précisément parce que les émotions formaient ce magma instable capable d’empuissantiser les idées. Comment douter, dès lors, que leur réhabilitation puisse entraîner le retour des passions et le réveil de l’Histoire ?

 


Bibliographie :

Benjamin Constant, De la liberté des anciens comparée à celle des modernes, Mille et une nuits, Paris, 2010

Thomas Dixon, From passions to emotions ; the creation of a secular psychological category, Cambridge University Press, 2003

Victor Hugo, Quatrevingt-treize, Gallimard, 1979

Jean Jaurès, Histoire socialiste de la révolution française, Tome sixième, Editions sociales, Paris, 1972

Jean Jaurès, Pages choisies, Editions Rieder, Paris, 1928

Jacques Julliard, Les gauches françaises, 1762-2012 : Histoire, politique et imaginaire, Flammarion, 2012

Ernesto Laclau, La Raison populiste, Seuil, Paris, 2008

Hervé Leuwers, Robespierre, Fayard, Paris, 2015

Frédéric Lordon, Les affects de la politique, Paris, Seuil, 2016

Guillaume Mazeau, Émotions politiques : La Révolution française, in Histoire des émotions

Histoire des émotions Vol. II – De l’Antiquité aux Lumières, dir. Alain Corbin, Jean-Jacques

Courtine et Georges Vigarello Seuil, 2016

Timothy Tackett, Anatomie de la Terreur : Le processus révolutionnaire, 1787-1793, Éditions du Seuil, 2018

Timothy Tackett, Becoming a Revolutionary : The Deputies of the French National Assembly and the Emergence of a Revolutionary Culture (1789-1790), Pennsylvania State University Press, 2006

Sitographie :

Jean-Numa Ducange, « Chapitre 5 – 1945-1980 La Révolution en guerre froide », dans : , La Révolution française et l’histoire du monde. Deux siècles de débats historiques et politiques 1815-1991. Paris, Armand Colin, « U », 2014, p. 170-215. URL : https://www.cairn.info/La-revolution-francaise-et-l-histoire-du-monde–9782200257699.htm-page-170.htm

Paula Cossart, « William M. Reddy, The Navigation of Feeling. A Framework for the History of Emotions, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, 380 p. », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2005/1 (no 52-1), p. 237-237. DOI : 10.3917/rhmc.521.0237. URL : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2005-1.htm-page-237.htm

Jan Plamper, The History of Emotions : An Interview with William Reddy, Barbara Rosenwein, and Peter Stearns,  »History and Theory », 49 (May 2010), pp. 237-265 URL : http://www.rmoa.unina.it/1477/1/RM-Plamper-Interview.pdf

Bénédicte Sère, « ‪Histoire des émotions : l’heure des synthèses‪. Notes critiques », Revue de l’histoire des religions, 2017/1 (Tome 234), p. 119-132. URL : https://www.cairn.info/revue-de-l-histoire-des-religions-2017-1.htm-page-119.htm

J’adresse enfin mes remerciements à Thomas Branthôme et Hugo Rousselle pour les conversations passionnantes que j’ai eues avec eux, lesquelles ont apporté une aide décisive à la rédaction de ce papier.

Photo de couverture : Insurrection du 20 mai 1795. Tableau d’Alexandre-Evariste Fragonard.


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