Bernie Sanders et Elizabeth Warren © Capture d'écran de la vidéo « Elizabeth Warren & Bernie Sanders: Democratic Priorities in our Budget » publiée sur la chaîne youtube d'Elizabeth Warren, le 22 décembre 2017.
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La présidence de Donald Trump n’a jamais été aussi proche de s’effondrer, tandis que la gauche mobilise et élargit la base militante du Parti démocrate dans des proportions record. Pourtant, loin de s’en féliciter, les élites du parti sont en proie à une panique générale. Par Politicoboy.


Donald Trump apparaît plus fragile que jamais, empêtré dans une procédure de destitution qui accable son administration et plombe son taux de popularité, alors que le fiasco du retrait des troupes américaines au nord de la Syrie a fracturé sa propre majorité au Congrès. Signe de la fébrilité du président, Donald Trump a renoncé à son projet d’organisation du prochain G7 dans son propre complexe de Floride, et caresserait même l’idée de vendre son hôtel de Washington, où les Saoudiens louent souvent des centaines de chambres vides pour verser au président des pots-de-vin déguisés.

Dans ce contexte, les dirigeants démocrates devraient se réjouir de voir les campagnes d’Elizabeth Warren et Bernie Sanders engranger des niveaux de dons record de la part des petits donateurs – plus de 74 millions de dollars récoltés pour Sanders, et 60 pour Warren, ce qui fédère ainsi une large base militante.

Pourtant, les élites démocrates et les principaux donateurs du parti sont traversés par un intense mouvement de panique qui s’est matérialisé de multiples façons plus ou moins comiques au fils des derniers jours. Suite au quatrième débat des primaires, les principaux médias ont vendu le récit d’une montée en puissance des deux candidats centristes les mieux placés pour incarner une alternative au néolibéral Joe Biden : Pete Buttigieg et Amy Klobuchar. Cette dernière a fait l’objet d’une surprenante dévotion médiatique, qui lui a permis d’accrocher un 3 % dans les sondages nationaux synonymes de qualification au prochain débat. Elle pourra ainsi, avec Pete Buttigieg, prêter main-forte à Joe Biden pour attaquer Sanders et Warren sur les deux propositions de loi les plus plébiscitées par les Américains, y compris par une majorité des électeurs de Donald Trump : l’assurance maladie universelle publique medicare for all et la mise en place de l’impôt sur la fortune (à partir de 25 millions de dollars). Imaginer qu’attaquer les deux candidats les plus mobilisateurs constitue une stratégie gagnante à de quoi laisser dubitatif.

Surtout que Pete Buttigieg, le jeune maire ouvertement homosexuel de la quatrième plus grande ville du petit État conservateur de l’Indiana (élu avec 8500 voix) est moins populaire que le président américain auprès des Afro-Américains, électorat clé du parti démocrate. Quand à Amy Klobuchar, avec 3 % d’intention de vote après quatre débats télévisés et six mois de campagne, on l’imagine mal détrôner Joe Biden.

Mais Uncle Joe inquiète les cadres et principaux donateurs du Parti démocrate quant à ses capacités à vaincre Donald Trump. Celui qui a de plus en plus de mal à articuler une réponse cohérente dans un débat télévisé ne possède aucune véritable base militante et aucun appareil pour ferrailler sur Internet et les réseaux sociaux. Il continue pourtant de truster en première place des intentions de vote à la primaire, principalement grâce aux électeurs de plus de 45 ans et la majorité silencieuse peu politisée et effrayée par les grands changements portés par Elizabeth Warren et Bernie Sanders.

La peur semble ainsi le principal affect qui motive cette panique. Celle de Wall Street qui s’effraie à l’idée d’une présidence Warren et celle des élites du parti qui semblent tétanisées à l’idée de gagner une élection. Faisant le constat de la fragilité de Biden et du manque d’alternative à droite, Hillary Clinton a évoqué, à travers de nombreux soutiens et anciens cadres de sa campagne, qu’elle pourrait se lancer tardivement dans les primaires (sic). De grands financiers ont également mentionné la possibilité d’une candidature de John Kerry (qui avait perdu face à Bush) ou de Michael Bloomberg, ancien maire républicain de New York et milliardaire, selon le New York Times.

Ces annonces sont parues quelques jours après une polémique où Hillary Clinton avait accusé, sans la moindre preuve, l’élue d’Hawaï et candidate aux primaires Tulsi Gabbard d’être un agent à la solde du Kremlin. Des propos conspirationnistes extrêmement graves compte tenu du statut de sa cible : Tulsi Gabbard est réserviste après avoir été déployée deux fois sur le front irakien, et sert depuis 9 ans au Congrès des États-Unis. Face au scandale provoqué par ces accusations, Hillary Clinton a fait marche arrière en accusant la presse d’avoir « mal caractérisé » des propos pourtant limpides.

Si l’évocation d’une candidature Clinton ou Kerry de dernière minute en dit long sur le désarroi et la déconnexion des élites démocrates, la décision des principaux donateurs de lancer une campagne de financement pour Joe Biden à l’aide du fonds spécial, dit Super PAC, illustre encore mieux le cœur du problème.

Aux États-Unis, les campagnes électorales sont désormais financées à l’aide de deux mécanismes principaux : les dons individuels aux candidats et campagnes, plafonnés à 4800 dollars par personne et par élection, et les dons illimités aux fonds politiques indépendants des Super PAC (Political action committee) auxquels les entreprises peuvent contribuer sans réelle limite.

En 2019, l’ensemble des candidats démocrates à la primaire se sont engagés à refuser les super PAC. Certains se plient aux dîners et événements destinés aux levées de fonds pour récolter les contributions des riches donateurs et des membres de leurs familles, d’autres, comme Warren et Sanders ne comptent que sur les dons spontanés des petits contributeurs.

Face au torrent d’attaques dont l’accable Donald Trump depuis le début de l’affaire ukrainienne, Biden a décidé d’accepter la création d’un Super PAC pour le défendre. Lui qui n’avait récolté qu’un quart des fonds réunis par le duo Warren/Sanders et avait brûlé ces réserves de cash à une vitesse alarmante va désormais pouvoir compter sur des ressources financières quasi illimitées, provenant d’une poignée d’individus et de lobbies. Si on peut comprendre la nécessité de répondre aux millions de dollars de publicité ciblée via Facebook que Trump diffuse pour attaquer Biden, rien ne garantit que cet argent ne sera pas utilisé contre Sanders et Warren. Buttigieg concentre déjà la plupart de ses efforts contre ses propres collègues via des campagnes de publicité dénonçant la réforme de l’assurance maladie universelle medicare for all.

L’industrie pharmaceutique, l’armement et Wall Street seront les principaux contributeurs du Super PAC pro-Biden. Ses richissimes initiateurs ont indiqué être scandalisés par le fait que les petits donateurs avaient désormais autant de pouvoir pour décider des primaires que les gros. En clair, ils ne supportaient plus l’idée selon laquelle les primaires démocrates seraient… démocratiques. Si on ne peut plus acheter les élections, où va-t-on ?

Reste à savoir si ces efforts ne seront pas contre-productifs, pour Biden ou pour le parti démocrate, dont les principaux donateurs semblent préférer une défaite face à Trump qu’une victoire de Warren.

Aux intérêts économiques de certains et égos des autres s’ajoute un biais idéologique de classe encore plus stupéfiant. Malgré la déroute électorale subie par Hillary Clinton en 2016, une majorité des intellectuels et élites démocrates et médiatiques sont toujours persuadés qu’un candidat de gauche, dont Trump avoue avoir bien plus peur que de Biden, n’aurait aucune chance de l’emporter face au milliardaire. Un entêtement qui vire à l’aveuglement tant les sondages ne cessent de montrer la préférence des Américains pour les positions de l’aile gauche démocrate et en faveur des candidats Sanders et Warren qui sont à dix points d’avance face à Trump. Sans parler du fiasco de 2016 que le parti semble s’obstiner à vouloir reproduire. Dans un spot publicitaire récent, Joe Biden nous invite à faire un don pour sa campagne :  « Une fois de plus, Vladimir Poutine cherche à influencer nos élections. Cette fois, c’est moi la cible (…) Monsieur Poutine, le peuple américain décide de ses élections, pas vous ».

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