« Macron n’est pas le fossoyeur de la Françafrique mais son continuateur » – Entretien avec Thomas Dietrich

blank
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec le chef d’État ivoirien Alassane Ouattara © Capture d’écran RTI

L’actualité est particulièrement tumultueuse en Afrique. Au Mali, un coup d’État a fait tomber un régime rejeté par la population le 18 août dernier. En Guinée, la réélection d’Alpha Condé en octobre, pour un troisième mandat, a été contestée. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a également été réélu pour un troisième mandat, alors que les élections étaient boycottées par l’opposition. Au Tchad, un « Forum Inclusif National » proposé par le président Maréchal Déby voulait parer aux nombreuses contestations contre le régime. Thomas Dietrich, ancien haut fonctionnaire et journaliste au Média, nous livre ses analyses quant à la reconfiguration de la Françafrique dans ces pays. Entretien réalisé par Tangi Bihan et Etienne Raiga-Clemenceau, retranscrit par Dany Meyniel et Cindy Mouci. 


LVSL – Au Mali, la présence militaire de la France était contestée par le Mouvement du 5 juin. Pourtant après le coup d’Etat le nouveau gouvernement n’a pas remis en cause cette présence et l’a même confortée, comment peut-on l’expliquer ?

Thomas Dietrich – Le Mouvement du 5 juin (M5) était le mouvement de contestation contre Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). La France voulait sauver IBK et le M5 a été discrédité : on a pu lire dans la presse française qu’il était composé de djihadistes, alors qu’il était représentatif de toute la société malienne, des communistes jusqu’aux conservateurs religieux. Mais la France n’a pas pu empêcher le coup d’Etat : on voit donc que la Françafrique est en train de péricliter et qu’il y a une prise en main de leur destin par les peuples.

Le M5 a été doublé par l’armée qui a fait un coup d’Etat le 18 août, avant que la rue ne renverse IBK et ne s’empare du pouvoir. L’armée n’était pas forcément en lien avec le M5, il y a certes des membres du Mouvement dans le nouveau gouvernement, mais peu par rapport à ce qu’il a pesé contre IBK ; le coup d’Etat n’aurait pas eu lieu sans ces manifestations et cette contestation du pouvoir en place. La junte a confirmé l’opération Barkhane et les accords d’Alger – accords avec des rebellions composées pour beaucoup d’ex-djihadistes du Nord – donc il n’y a pas de véritable changement.

Cependant on s’interroge sur la pérennité de l’opération Barkhane : 5 100 hommes, 45 morts depuis le début de l’opération, 600 millions d’euros de budget annuel. C’est une guerre asymétrique, et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, aucune grande puissance n’a gagné de guerre de ce genre-là : contre quelques centaines d’hommes vivant parmi les populations, s’enrichissant grâce au trafic de drogue, d’armes, d’or et de migrants. Les puissances ne peuvent pas gagner de guerre en étant contestées par la population. Or au Mali il y a une incompréhension de la politique française et notamment de ce que fait l’armée dans le nord du pays. Les djihadistes avaient conquis le nord du pays en 2012, l’armée française l’a libéré, mais, par exemple, a rendu la ville de Kidal à des rebelles touaregs, plutôt proches des djihadistes, au lieu de permettre à l’armée malienne de reprendre la ville. Cela a été une vraie blessure pour les Maliens et explique en partie la défiance vis-à-vis de la politique française. Mais les Maliens font très bien la différence entre les Français et la politique de l’Etat français. Il n’y a pas de sentiment anti-français comme on peut le lire dans les médias, mais une défiance vis-à-vis de l’opération Barkhane. Ce sentiment est renforcé par les bavures des drones : depuis la fin de l’année dernière, il y a des drones offensifs qui ciblent les djihadistes et, comme on a pu le voir en Afghanistan avec l’armée américaine, des bavures contre la population civile.

blank
Manifestation au Mali contre IBK

L’origine de la crise au Mali est très complexe. En 2011, Sarkozy a proposé à certains chefs touaregs alliés à Mouammar Kadhafi de le lâcher en échange de l’autonomie voire l’indépendance du nord-Mali. Mais la France n’avait pas vu que derrière il y avait des djihadistes qui sont venus du Pakistan, du Nigeria et d’ailleurs, qui ont doublé ces rebelles touaregs. Aujourd’hui encore ces groupes rebelles touaregs continuent de gérer le nord du Mali alors qu’ils sont en minorité. D’autres tribus touaregs se sentent exclues. Même chose pour les communautés peule et songhaï. L’armée française a utilisé comme supplétif certaines milices touaregs qui n’ont pas lutté contre les djihadistes mais qui en ont profité pour régler des vieux comptes : querelles pour le contrôle des pâturages, des points d’eau pour les troupeaux, etc. Certaines de ces milices ont massacré des Peuls, ce qui en a poussé certains dans les bras des islamistes…

La présence française contribue-t-elle à résoudre le problème du djihadisme, ou bien à l’aggraver ? On voit qu’entre 2014 – le début de l’opération Barkhane – et aujourd’hui, la zone rouge définie par le ministère des Affaires étrangères français s’est beaucoup étendue. Aujourd’hui 80 % du Mali et tout le Niger (sauf Niamey) sont en rouge et interdits aux Occidentaux. C’est un échec patent. Ce Mali est en train de devenir notre Afghanistan. Ne faut-il pas en tirer les conclusions avant que la France ne soit détestée au Sahel ?

LVSL – En Guinée, Alpha Condé semblait être un des symboles de la Françafrique. On sait qu’il était très proche de Bernard Kouchner (ancien ministre des Affaires étrangères) et de Nicolas Sarkozy. Il y a l’exploitation du port de Conakry par Vincent Bolloré, des accords pour exploiter les mines avec d’autres entreprises françaises, etc. Pourtant, sa réélection, survenue après une réforme constitutionnelle très contestée, a été mise en cause par la France qui « partage les interrogations exprimées par l’Union Européenne sur la crédibilité des résultats ». Peut-on dire que cette position de la France signale un basculement dans la Françafrique ?

T.D. – Non, parce que la Guinée a toujours été à part. C’est un pays qui a rejeté, par un référendum, la Communauté voulue par le Général de Gaulle. Ce pays est sorti de la Françafrique en 1958 et n’utilise pas le Franc CFA. Son président Sékou Touré – au pouvoir de 1958 à 1984 – était un dictateur sanguinaire, mais s’était opposé aux réseaux de Jacques Foccart – l’homme de la Françafrique – et celui-ci a essayé de le tuer à plusieurs reprises. Alpha Condé, au pouvoir depuis 2010 après plus de 30 ans en exil, était le symbole des opposants africains démocrates, condamnés à mort, qui avaient tout sacrifié pour leur pays. Arrivé au pouvoir avec l’appui du ministre Kouchner et des réseaux socialistes, il a vite déçu. Il se prenait pour Mandela alors qu’il était Bokassa. Très tôt il y eu des répressions terribles, qui ne cessent de s’aggraver.

En 2020, il modifie la Constitution pour effectuer un troisième mandat et organise des élections qu’il truque. La France a condamné ce putsch constitutionnel, mais c’est très timide à mon sens. Pourtant, Alpha Condé est finalement peu entouré de Français. Il fait des affaires avec les Russes ou les Chinois, notamment dans la bauxite et le fer. Les Français ne sont pas les plus importants dans cette clique d’affairistes.

Le président, à 82 ans, est prêt à noyer son pays dans le sang, et créer des clivages ethniques pour se maintenir au pouvoir avec l’appui d’un clan qui se remplit les poches avec la bauxite, l’or, le diamant, etc. Ce pays est un scandale géologique, la plus grosse mine de fer d’Afrique est à Simandou et des capitaux immenses en jeu. Suite au trucage des élections et de la répression sanglante de l’opposition, deux plaintes ont été déposées contre lui à la Cour pénale internationale. La Procureure générale Fatou Bensouda, en fin de mandat, s’est dite très préoccupée par ce qui se passe actuellement.

La Françafrique ne ressemble plus à celle de Jacques Foccart. À l’époque, une certaine stratégie gouvernait, même si elle était profondément détestable et machiavélique. De Gaulle avait cet homme et des vassaux partout en Afrique : ces potentats africains permettaient aux entreprises françaises de continuer leurs affaires malgré la fin formelle de la colonisation. Tout ça a tenu un certain temps, avec une césure à la fin du mandat de Jacques Chirac et au début de celui de Nicolas Sarkozy, même si Jacques Foccart meurt bien avant, en 1997.

LVSL – Dans ce cas, comment se reconfigure la Françafrique ?

T.D. – Aujourd’hui cette Françafrique-là n’existe plus. Il n’y a plus une Françafrique, mais des Françafriques. Il y a d’abord les réseaux militaires de Jean-Yves le Drian, soutien de nombreux dictateurs dont Idriss Déby au Tchad. Le centre de gravité de la politique française en Afrique est clairement passé des diplomates aux militaires sous Hollande. Evelyne Decorps, ancienne ambassadrice au Tchad et au Mali, avait critiqué la toute-puissance des militaires, le fait qu’on se concentre sur le tout-sécuritaire, qu’on ne réfléchisse absolument pas, dans la lutte contre les terroristes, aux raisons qui poussent certaines populations à rejoindre les terroristes, l’absence de développement, d’écoles, de routes, d’hôpitaux. Car c’est la misère et la mauvaise-gouvernance qui précipite les gens dans les bras des djihadistes, eux qui ont des revenus grâce aux trafics. À la suite de sa remise en cause du lobby militaire, Evelyne Decorps a été démise de ses fonctions d’ambassadrice au Mali et envoyée aux Terres Australes.

En plus des réseaux militaires, il y a les réseaux affairistes. Plusieurs réseaux s’affrontent, ceux de Nicolas Sarkozy, les réseaux socialistes, etc. On peut prendre l’exemple de la Côte d’Ivoire, où une mine d’or était détenue par Alexandre Djouhri et Pascale Perez, celle qui aurait aidé Alexandre Benalla à se cacher avec le fameux coffre que la police n’a pas réussi à retrouver. Ces réseaux s’affrontent avec parfois des intérêts divergents. Par exemple, en 2016, pendant les élections présidentielles au Gabon, les réseaux sarkozystes soutenaient plutôt Ali Bongo alors que d’autres réseaux plus à gauche soutenaient plutôt son opposant Jean Ping.

Mais il n’y a plus de logique. La France a perdu son monopole sur ses anciennes colonies, d’autres acteurs arrivent et notre pays a perdu de son influence. Jacques Foccart était prêt aux pires horreurs, pour préserver du pré-carré français en Afrique, et de puissants intérêts économiques. Aujourd’hui, je ne suis pas certain que la Françafrique soit dans l’intérêt de la France. Les réseaux se servent eux-mêmes avant de servir la France. Ils s’affrontent, ce qui rend incompréhensible la politique française en Afrique.

La France a perdu son monopole sur ses anciennes colonies, d’autres acteurs arrivent et notre pays a perdu de son influence.

Pourtant, ceci n’est pas vrai au Sahel. On parle souvent d’intérêts économiques français au Sahel et au Mali, mais ils ne sont pas importants. Il reste le Niger, avec Orano (l’ancien Areva) qui exploite la mine d’uranium d’Arlit, mais quitte progressivement ce pays pour ouvrir des mines en Asie Centrale et en Mongolie. Ce qui reste pour les militaires français, c’est la notion d’Empire, le souvenir colonial, le fameux pré carré. Comme nous sommes une puissance moyenne, nous nous accrochons à ces quelques pays d’Afrique francophones, quand bien même nous n’y avons plus d’intérêts économiques. Au Mali nous n’avons pas de ressources, ce sont les Canadiens et les Sud-Africains qui exploitent l’or ; les gisements d’uranium au Mali n’ont jamais été exploités car son cours s’est effondré après Fukushima.

Quant aux réseaux : en Libye, Jean-Yves Le Drian sert-il l’État français ou Jean-Yves Le Drian ? Il soutient le maréchal Khalifa Haftar, alors que même les Américains et les Russes se rendent compte qu’il est le mauvais cheval, et par ailleurs il n’est pas reconnu par l’ONU. Khalifa Haftar reste l’homme des Emirats Arabes Unis et de l’Egypte. Certes, Emmanuel Macron a pris ses distances avec lui, mais Jean-Yves Le Drian continue de le soutenir. On se demande si cela va dans l’intérêt de l’influence de la France en Libye et au Sahel.

LVSL – Concernant les mines en Guinée, vous aviez fait une enquête pour Le Média, pourriez-vous revenir dessus ?

T.D. – C’est une histoire assez rocambolesque. En 2013, Alpha Condé a remis à plat les permis miniers dont certains avaient été acquis dans des conditions douteuses. Il disait vouloir arrêter la corruption. Pour ce faire il a eu l’aide de Tony Blair et Georges Soros. À ce moment-là, deux jeunes hommes sortant d’HEC – dont le père de l’un d’eux était employé à l’ambassade de Guinée – arrivent dans ce pays et obtiennent, avec une petite entreprise de 1 000 euros de capital, qui va devenir Alliance Minière Responsable, un contrat d’exploration minier face au grand major Rio Tinto. Ils vont payer les droits miniers et les revendre à un consortium sino-singapourien pour plusieurs dizaines de millions d’euros. Sans jamais avoir exploité un seul gramme de bauxite, ils ont fait une plus-value totalement disproportionnée. Comment ces deux jeunes hommes, sans expérience dans le domaine des mines, ont-ils pu avoir ce permis ? On interroge la corruption dans le clan Condé. On sait aussi que l’argent a été placé dans des paradis fiscaux : on retrouve des actions de cette entreprise à l’Île Maurice, à Hong-Kong, au Luxembourg, et au Belize.

blank
Thomas Dietrich

Derrière ces jeunes, il y a des gens comme Anne Lauvergeon (ancienne PDG d’Areva), Xavier Niel, plutôt proches des réseaux macronistes. Cette plus-value a été faite en 2017, et on se demande si elle n’a pas financé des mouvements politiques en France. Cette affaire rappelle étrangement celle d’Uramin, lorsqu’Areva avait acheté trois mines en Centrafrique, en Afrique du Sud et en Namibie à des prix complètement extravagants – 1,8 milliard d’euros – par rapport à leur valeur. On savait que ces mines ne recelaient pas beaucoup d’uranium et étaient inexploitables. Il demeure de fortes suspicions de financement de la vie politique française autour de ces valorisations fictives de mines africaines, sans jamais exploiter un seul gramme de minerai et sans rien reverser aux véritables propriétaires de ces mines que sont les populations. Est-ce que ça a été le cas dans l’Alliance Minière Responsable ? Une plainte a été déposée devant le Parquet national financier par deux collectifs. On attend les résultats de l’enquête, mais à nouveau on retrouve Anne Lauvergeon, déjà impliquée dans le scandale d’Uramin. Libération a continué mon enquête en dévoilant que, pour éviter de payer 15 % d’impôts sur les revenus miniers, ces deux jeunes hommes ont créé des sociétés fictives à Hong-Kong qui permettent de minorer les bénéfices, et donc de ne pas payer d’impôts à l’Etat guinéen.

LVSL – En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara avait annoncé en mars sa décision de renoncer à briguer un troisième mandat. Emmanuel Macron l’avait « salué » pour sa décision. Son premier ministre Amadou Gon Coulibaly devait être le candidat de son parti, mais entretemps il est mort de maladie, ce qui a finalement poussé Alassane Ouattara à se représenter. Emmanuel Macron l’a reçu à l’Elysée début septembre pour lui faire part de sa préoccupation, mais n’a pas fait de déclaration publique quant à sa candidature. On voit qu’il y a un certain malaise dans la diplomatie française, la France ne peut plus tenir à bout de bras ses « pions » en Afrique comme à l’époque de Jacques Foccart.

T.D. – Outre l’irruption des autres puissances sur le continent, on constate l’irruption des peuples. Une vision parfois un peu biaisée considère que l’Afrique a été totalement taillée artificiellement, suite à la Conférence de Berlin de 1885. Cela est vrai dans une certaine mesure, notamment au Sahel, mais il y a aujourd’hui des consciences nationales. Les jeunes Guinéens qui meurent sous les balles de Condé sont enterrés avec le drapeau guinéen. Au Mali, le Mouvement du 5 juin s’appelle Rassemblement des Forces Patriotiques, il y a une véritable fierté malienne. Au Burkina Faso, en 2014, la population avait décidé de tourner la page de Blaise Compaoré, alors que la France le soutenait bec et ongles.

En Côte d’Ivoire, Emmanuel Macron a été tenté de soutenir Guillaume Soro – très apprécié par la presse française – alors qu’il est l’ancien leader des rebelles du nord en 2002 et qu’il a du sang sur les mains. Il a contrôlé des trafics et des caches d’armes, et était soutenu par Blaise Compaoré. Mais il avait été invité à la première Convention d’En Marche… Comme il n’avait pas pu se présenter à la présidentielle, sa candidature ayant été retoquée, il a appelé l’armée à prendre le pouvoir…

Les lobbys économiques français sont très présents en Côte d’Ivoire, notamment les « Bouygues » et « Bolloré ». Cela a trait au contexte ivoirien : il y a 18 000 expatriés français en Côte d’Ivoire, c’est le pays d’Afrique où il y a le plus de contrats de désendettement et de développement (C2D). Ce système est pervers, puisqu’il maintient la Côte d’Ivoire sous influence française : la Côte d’Ivoire endettée auprès de la France, échange cette dette contre des dons, mais ces dons restent dans les mains de Paris, puisque l’Agence française de développement décide ce qu’on finance et quelle entreprise va porter quel projet. Il y a 2,9 milliards d’euros donnés à la Côte d’Ivoire en C2D, qui servent à financer des projets hors-sol comme le métro d’Abidjan. Cela profite non seulement à Bouygues mais aussi à Alstom. Sans compter le groupe Bolloré qui a toujours le port d’Abidjan et qui fait les trois-quarts de ses profits en Afrique. Vincent Bolloré a d’ailleurs été mis en examen lors de l’acquisition contestée du port de Conakry et du port de Lomé, pour des soupçons de corruption. Ces intérêts industriels sont intervenus afin qu’Emmanuel Macron ne désavoue pas publiquement Alassane Ouattara, comme cela a été fait avec d’autres dictateurs. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui au bord du chaos, avec des milices qui se baladent dans la rue, des tueries. Alassane Ouattara a gagné avec 94 % des voix, c’est un score soviétique. Cela montre que les pantins sont devenus Frankenstein et sont hors de contrôle… L’Afrique de l’Ouest est très clairement en régression démocratique. Outre la Côte d’Ivoire et la Guinée, le Bénin a basculé dans l’autoritarisme. Personne ne parle de l’Afrique Centrale, mais c’est un volcan aussi dangereux que le Sahel. De vieux autocrates sont maintenus sur leur trône par la France, et le jour où ils vont mourir, la région risque d’imploser. Quelques prémices émergent au Cameroun, avec des troubles dans la région anglophone et dans le nord du pays, où Boko Haram sévit. Le président camerounais Paul Biya, 87 ans, semble totalement dépassé mais garde le soutien de la France.

LSVL – Vous connaissez bien le Tchad pour y avoir vécu et aussi pour y avoir été arrêté en 2016 lors de la dernière élection présidentielle. Le mois dernier, le Président et Maréchal Idriss Déby, qui dirige d’une main de fer le pays depuis 1990, organisait le second Forum national inclusif. Quelles sont les perspectives politiques ?

T.D. – Le Tchad est la pire dictature du continent, selon un index du journal The Economist. C’est un État militaire, avec une répression très dure de l’opposition, telle que l’enlèvement et l’assassinat du professeur à l’université d’Orléans Ibni Mahamat Saleh en 2008, sur lequel j’ai publié une enquête au Média (en vidéo ici).

C’est l’un des trois pays les plus pauvres au monde, malgré la rente pétrolière. Celle-ci a fortement baissé, avec 20 000 barils par jour, ce qui est bien peu en comparaison aux 2 millions du Nigeria. Cet État tient par la guerre depuis l’indépendance en 1960, avec un soutien très fort de Paris. Idriss Déby est admiré par les militaires français, qu’il connaît bien suite à un passage à l’Ecole de Guerre dans les années 80. Il règne par la terreur dans son pays, dans une dérive autocratique digne de Jean-Bédel Bokassa ou d’Idi Amin Dada, et s’est fait couronner Maréchal du Tchad. Ce Forum est donc de la poudre aux yeux. Idriss Déby organisera sans doute les présidentielles en même temps que les législatives, mais on connaît déjà les résultats : les urnes seront bourrées. Etant donné la misère qui règne, la population pourrait se révolter…

La France justifie sa présence au Sahel par la lutte contre le terrorisme. La plupart des opérations aériennes décollent de Ndjamena, mais au Tchad on ne combat absolument pas le terrorisme… En mars 2019, la France a bombardé une colonne de rebelles, mais qui n’étaient pas des djihadistes. L’opération Barkhane n’aide d’ailleurs pas à combattre Boko Haram, la secte islamiste qui se développe autour du Lac Tchad et au nord du Cameroun. Que fait-on là-bas, sinon, comme depuis les années 60, soutenir le régime en place ? Idriss Déby est là depuis 30 ans. Les perspectives sont sombres et la France porte une lourde responsabilité.

La plupart des opérations aériennes décollent de Ndjamena, mais au Tchad on ne combat absolument pas le terrorisme… En mars 2019, la France a bombardé une colonne de rebelles, mais qui n’étaient pas des djihadistes.

Le régime est terrible et la population vit dans le dénuement le plus profond. Il suffit d’aller à Ndjamena : pas d’électricité, des inondations récurrentes, alors que c’est la deuxième ville la plus chère d’Afrique. Tandis qu’à Farcha, le quartier des dignitaires du régime, il y a des maisons de 4 ou 5 étages. La caste du pouvoir accapare toutes les ressources du pays et en met beaucoup dans les paradis fiscaux. C’est comme si c’était une razzia. Au Tchad, tout est personnalisé à l’extrême, sans aucune perspective démocratique, et pourtant Jean-Yves Le Drian dit qu’Idriss Déby est un ami !

Gardons aussi en tête le financement de la vie politique française par des dictateurs africains. Ça ne s’est pas arrêté avec la mort d’Omar Bongo (président du Gabon de 1967 à 2009). Marc Endeweld, dans son livre sur Emmanuel Macron, Le grand manipulateur, montre qu’Alexandre Benalla fait deux voyages au Tchad pendant la campagne présidentielle. Marine Le Pen aussi s’est rendue au Tchad en mars 2017. Ses comptes étaient dans le rouge, trois mois plus tard, en juin 2017, un mystérieux prêt de 8 millions d’euros parti de Centrafrique, a transité par les Emirats Arabes Unis et a permis de sauver le Rassemblement national.

Qu’est ce qui se passera à la mort d’Idriss Déby ? Le pire est malheureusement à craindre. Idriss Déby a divisé pour mieux régner. C’est la Françafrique militaire qui soutient Idriss Déby. La France a gelé les fonds d’opposants qui n’étaient absolument pas islamistes. François Hollande a donné la nationalité française à la femme d’Idriss Déby. Il a ainsi reçu un certain nombre de passe-droits qui sont totalement en décalage avec ce qu’il est réellement, un dictateur sanguinaire.

blank
Carte de la sécurité au Sahel, selon le ministère des Affaires étrangères français. (Carte au 17 novembre 2020)

LVSL - Cette connexion africaine du prêt pour la campagne présidentielle de Marine Le Pen est peu connue. Serait-ce pour le régime tchadien un moyen de peser sur la politique française ? Ou une manière pour ses amis en France de tenir ou maintenir Marine Le Pen et le Rassemblement national ?

T.D. - C’est un homme d’affaires sulfureux, du nom de Vincent Foucher qui fait le prêt en 2017, alors que le Rassemblement national a besoin de toute urgence d’argent. Ce Français proche de Claude Guéant dirige la société de télécom Télécel, équivalent de Free ou Orange en Centrafrique. C’est aussi un proche de la fameuse Seleka – horde de mercenaires, armée et soutenue par le Tchad –, qui renverse le président centrafricain François Bozizé en 2013. Vincent Foucher prête 8 millions d’euros, somme importante à son échelle. Il aurait eu « un partenaire » pour ce prêt. Qui ? On sait que la société de téléphonie de Vincent Foucher appartient à Xavier Niel.

A côté de cela, Marine Le Pen s’est rendue au Tchad pendant la campagne présidentielle pour rendre visite aux soldats français, mais elle se rend aussi à Amdjarass, petite ville à plus de 1 000 kilomètres de Ndjamena, village natal d’Idriss Déby où il loge une partie de l’année dans un palais. Idriss Déby pèse-t-il sur la politique française, comme faisait Omar Bongo à l’époque, quand il recevait à l’hôtel Meurice tous les politiques, gauche et droite confondues, et distribuait beaucoup d’argent, même à Jean-Marie Le Pen ? On peut se poser des questions. Quoi qu’il en soit, Marine Le Pen a beau jeu de dénoncer les financements qui viennent de l’étranger, mais entre les banques russes et ce prêt africain, cela fait beaucoup. Et cela devrait intéresser les juges…

L’Afrique est le dernier endroit – avec l’Asie Centrale – où on peut avoir de l’argent liquide facilement. Auprès des dictatures, on peut se faire beaucoup d’argent, via des valorisations complètement fictives comme cela s’est passé en Guinée. Cela attire énormément de convoitises. Combien de diplomates, militaires ou politiques français en profitent ? On voit que Dominique Strauss Kahn fait du conseil auprès du président togolais Faure Gnassingbé ou du dictateur congolais Denis Sassou-Nguesso, par exemple. Il a gagné 21 millions d’euros en cinq ans avec sa société de conseil. Ces sommes sont extravagantes par rapport à ce que gagne la majorité de la population africaine. Gauche et droite confondues n’ont jamais réussi à rompre avec la Françafrique. Trop d’argent est en jeu.

LVSL – Dans son interview à Jeune Afrique le président Emmanuel Macron indique qu’entre la France et l’Afrique « ce devrait être une histoire d’amour », en quoi sa vision des relations avec le continent apporte-t-elle quelque chose de nouveau ?

T.D. – Emmanuel Macron n’est pas le fossoyeur de la Françafrique. Il en est le continuateur. Il s’inscrit dans un héritage très paternaliste et très jupitérien, à ceci près que sa politique africaine est devenue complètement illisible. Il n’y a plus de vision, il est dans le brouillard. Sa cellule Afrique, dirigée par son camarade de promotion à l’ENA, Franck Paris, n’est pas à la hauteur. Le quai d’Orsay a été complètement mis sur la touche depuis la période Hollande, au profit des militaires. Emmanuel Macron a monté le Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA), qui a été un échec cuisant. Les membres de ce CPA ont passé plus de temps à faire des affaires qu’à refonder les relations entre la France et l’Afrique. Avec le CPA, l’affairisme a eu table ouverte à l’Élysée. Sans compter les petits voyages d’Alexandre Benalla, dont on n’est pas totalement sûr qu’il ait tout de suite coupé les ponts avec Emmanuel Macron.

Outre les militaires, la deuxième mamelle de la politique africaine de la France est l’Agence française de développement (AFD), dirigée par un proche d’Emmanuel Macron, Rémy Rioux, et forte d’un budget annuel de près de 15 milliards d’euros. L’AFD finance les dictatures africaines sans condition, avec le risque de voir l’argent détourné.

Emmanuel Macron dit dans sa dernière interview que « ce doit être une histoire d’amour entre la France et l’Afrique » mais pour le moment, cela ressemble plus à un mariage forcé. Il a annoncé la fin du franc CFA fin 2019, mais honnêtement, la monnaie ECO qui est appelée à la remplacer en Afrique de l’Ouest ne sera pas beaucoup plus indépendante de Paris. C’est de la poudre aux yeux. L’ECO, dont l’entrée en vigueur semble être bien hypothétique, continuera à être une monnaie coloniale, aux mains de la France.

Emmanuel Macron a avalisé l’élection truquée d’Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire, celle de Faure Gnassingbe au Togo… Il s’aveugle en pensant que la détestation qu’éprouve une grande partie de la jeunesse africaine envers la politique française est le fruit d’une manipulation des Russes ou des Turcs. La jeunesse africaine n’est manipulée par personne, et si d’autres puissances étrangères ont effectivement des visées prédatrices sur le continent, il nous faudrait d’abord balayer devant notre porte.

Il faut reconstruire une relation entre l’Afrique et la France qui ne soit plus empreinte de néo-colonialisme. Une relation basée sur une fraternité entre les peuples et sur la lutte commune contre le néolibéralisme, qui fait autant de ravages de part et d’autre que la Méditerranée. En France, nous avons des choses à apprendre des mouvements citoyens au Mali ou en Guinée, de la révolution soudanaise. Emmanuel Macron, lui, n’a jamais cessé de voir l’Afrique comme un pré-carré, qui serait encore sous la tutelle de la « métropole ». C’est une profonde erreur, et notre pays risque de la payer très cher. Avec lui, la France n’est même plus une puissance moyenne, mais une puissance médiocre.

LVSL – Est-ce qu’aujourd’hui en France un gouvernement pourrait proposer un changement radical de politique étrangère en Afrique qui serait dans l’intérêt des peuples, et non des dictateurs ?

T.D. - Il faudrait partir du Sahel, retirer les militaires, avant que la France ne soit totalement discréditée et qu’il y ait beaucoup de morts, parmi nos militaires et les populations civiles. Nous devons aussi revoir totalement notre politique vis-à-vis des régimes africains. Il ne s’agit pas tant de chasser les potentats qu’on a installés par la force, mais de cesser de les soutenir. Il faut laisser les peuples décider de leur avenir. Et la France peut se tenir au côté des peuples opprimés, il y a toujours une internationale des luttes.

L’aide au développement n’aide pas toujours les populations : il serait utile de reconsidérer cette aide. Laurent Bigot, ancien directeur du Quai d’Orsay, indiquait comment cela fait vivre des milliers de consultants et d’ONG, mais que cet argent n’arrive pas là où il devrait aller. Un exemple : entre 2010 et 2017, au Gabon, 800 millions d’euros de l’AFD ont été versés, soi-disant pour construire des écoles, mais on n’a vu aucun résultat. Au Tchad, 60 % de l’aide française réapparaît dans les bases de données de l’État tchadien : où partent les 40 % restants ? Dans la poche des potentats alliés de Paris ? On estime qu’environ 8,5 % de l’aide au développement termine dans les paradis fiscaux.

Cette aide est souvent mal calibrée et sert davantage les grandes entreprises que les populations africaines. La grande figure africaine et burkinabée, Thomas Sankara disait : « il vaut mieux faire un pas avec le peuple, que dix pas sans le peuple ». Je pense qu’il avait raison.

Dans les années 90, le Fonds Monétaire Internationale (FMI) a imposé les Programmes d’ajustement structurels, des politiques néolibérales d’austérité. Les administrations ont viré la moitié des fonctionnaires, on a fermé des écoles, on a fait des coupes dans les budgets de santé, on a tout privatisé… Cela a été une des causes de nombreux conflits de cette décennie, en Côte d’Ivoire et au Rwanda notamment. Cela a affaibli les États africains. Aujourd’hui des pays comme le Mali, le Niger ou le Burkina Faso n’arrivent pas à lutter contre les terroristes, faute de pouvoir financer une armée viable. Cela a préfiguré, via les plans d’austérité, ce qui s’est passé en Grèce, qui a dû vendre le port du Pirée. Hannah Arendt disait : « l’Occident a l’habitude d’expérimenter sur les populations périphériques les maux qu’il s’apprête à s’imposer à lui-même ».

Nous devons aussi revoir totalement notre politique vis-à-vis des régimes africains. Il ne s’agit pas tant de chasser les potentats qu’on a installés par la force, mais de cesser de les soutenir. Il faut laisser les peuples décider de leur avenir. Et la France peut se tenir au côté des peuples opprimés.

Aujourd’hui, les Guinéens sont les deuxièmes demandeurs d’asile en France, premiers pour les mineurs isolés. Les Ivoiriens sont aujourd’hui les troisièmes, à cause de la guerre civile qui menace chez eux. On le voit à la Porte de la Chapelle, à Paris. Ils ne traversent pas le Sahara et la Méditerranée par plaisir, mais parce qu’ils n’ont pas d’espoir, qu’ils tombent sous les balles, qu’ils meurent de faim. Si on arrête de soutenir les potentats, et qu’on laisse les peuples choisir leur destin, cela peut prendre du temps, comme cela a été le cas chez nous, avec plusieurs révolutions pour installer un régime viable, par ailleurs toujours remis en cause.

Il y aura toujours des migrations, mais pas autant de désespérés qui meurent par milliers dans le Sahara. Depuis qu’on a externalisé la politique de l’asile à des pays comme le Niger, qui sont devenus des frontières de l’Europe, ces pays reçoivent des aides de l’Union européenne ; on ne sait pas où part l’argent et la situation reste dramatique.

Si on arrive à construire une vraie politique africaine – qui est d’autant plus importante qu’il y a deux millions de français d’origine d’Afrique subsaharienne, qui ont des liens avec ces pays et qui y envoient de l’argent – ce sera bénéfique pour la France et pour l’Afrique. Et la France y trouvera son compte. Il y a vraiment un sentiment très dur contre la France quand on se balade en Afrique ; elle est considérée comme étant responsable de beaucoup de maux. Il faut que cela change.

Il y a des prises de position, par exemple de Jean-Luc Mélenchon, qui appelle à une solidarité entre les peuples et au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Peut-être que si demain il arrive au pouvoir, il y aura une rupture, espérons. Mais depuis trois ans Emmanuel Macron n’a apporté aucune rupture, c’est une vraie continuité. Le souvenir colonial est assez fort en France, très prégnant chez les militaires mais aussi chez les politiques… On voit comment Emmanuel Macron s’est comporté en 2017 à l’université de Ouagadougou en se moquant du président Roch Marc Kaboré, par ailleurs un des rares démocrates de la sous-région.

LVSL - Aujourd’hui, d’autres puissances s’activent en Afrique : la Chine, la Turquie, les pays du Golfe, les Etats-Unis, la Russie…

T. D. – Un exemple très frappant : la Centrafrique était vraiment le pré-carré français depuis l’époque de Jean-Bédel Bokassa. Ce pays a sombré dans un conflit en 2012-2013, notamment motivé par les immenses ressources du sous-sol – uranium où Areva avait des intérêts, or, diamant, bois précieux… Avec l’aide de la France, le Tchad a envoyé une horde de mercenaires, qui a renversé le pouvoir en place et provoqué des conflits interreligieux. Puis, alors que la situation est totalement hors de contrôle, on a envoyé une mission militaire là-bas, l’opération Sangaris, qui s’est montrée incapable de ramener l’ordre après le chaos qui avait été créé en partie à cause de la politique française et du soutien que l’on a apporté aux visées expansionnistes d’Idriss Déby.

Le nouveau président, Faustin-Archange Touadéra a fini par appeler les Russes, qui sont venus en échange de l’exploitation des mines d’or et de diamant. Et ce n’est pas directement l’armée russe qui vient mais les mercenaires de la société Wagner, proche de l’oligarque Evgueni Prigogine, lui-même proche de Poutine. Ces soldats n’ont aucune considération pour les droits de l’homme. Trois journalistes russes ont enquêté sur leurs activités en Centrafrique. Ils ont été assassinés.

Tout cela est malheureux pour la Centrafrique qui est sortie d’une tutelle française absolument pas idéale pour passer à une tutelle russe qui n’est pas meilleure. La Chine aussi, distribue des prêts assez généreusement aux États africains, mais si ces États ne peuvent pas rembourser, ils prennent l’aéroport. C’est ce qui s’est passé en Zambie, où ils prennent le port. C’est ce qui risque de se passer au Kenya avec le port de Mombassa. La France peut jouer une partition en aidant les peuples africains à s’en sortir par eux-mêmes, sans passer d’une tutelle à une autre. Nous avons une responsabilité en raison de la colonisation et de la Françafrique, qui sont des causes des problèmes qu’a traversés l’Afrique ce dernier siècle.

LVSL - Que penser de la couverture médiatique, en France, de tous les faits qu’on a évoqués ?  

T. D. – On a un gros problème dans la couverture médiatique de l’Afrique. Les milliardaires qui font des affaires en Afrique sont les mêmes que ceux qui détiennent les grands titres de la presse française. On voit très rarement sur les plateaux télé des personnes qui remettent en cause la présence militaire française, alors qu’on voit bien qu’elle n’a pas contribué à stabiliser la région, bien au contraire : les zones touchées par les attaques terroristes n’ont cessé de s’étendre depuis l’opération Serval en 2013. Très peu de gens remettent en cause le soutien de la France à de vieux autocrates qui dirigent leurs pays depuis des décennies. Ces mêmes autocrates sont pourtant une des causes du terrorisme, qu’ils engendrent à cause de leur mal-gouvernance.

Les médias ont des difficultés financières et n’ont plus les moyens d’envoyer autant de gens sur place, surtout sur de longues périodes ; donc de plus en plus d’articles sont rédigés par des personnes travaillant loin du terrain, ce qui pose un gros problème dans la compréhension des événements et des enjeux. La France, notamment ses militaires, continue de croire qu’elle est une puissance qui a un rôle à jouer en Afrique, comme à l’époque coloniale. J’ai honte quand je vois ce que fait mon pays en Afrique. Je pense que le rôle de la France devrait être aujourd’hui de soutenir les mouvements citoyens qui réclament une démocratie véritable. Sans s’ingérer, sans remettre en cause la souveraineté des États africains mais en étant, comme l’écrivait André Malraux, « une figure secourable pour tous les Hommes ».

Recevez nos derniers articles