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La théorie pro-Trump issue des forums internet fréquentés par l’extrême droite américaine a rapidement évolué en mouvance « attrape-tout », au point d’émerger comme une véritable force politique. Courtisée par le président américain et des membres du congrès, elle dispose désormais de ses propres élus et militants. Ce succès foudroyant risque de radicaliser davantage un Parti républicain déjà acquis au trumpisme, quel que soit le résultat de la présidentielle.


Le 4 décembre 2016, Edgar Maddison Welch quitte sa résidence de Caroline du Nord armé d’un fusil d’assaut et d’un pistolet semi-automatique. Le jeune homme de vingt-huit ans parcourt six cents kilomètres pour se rendre au Comet Ping Pong, une pizzeria de Washington DC qu’il prend d’assaut en plein milieu de l’après-midi. Il s’ensuit une brève prise d’otage au cours de laquelle l’intrus tire plusieurs coups de feu pour terroriser le personnel, avant de se rendre à la police sans opposer de résistance. Il explique avoir fait le déplacement pour « enquêter » sur le restaurant et libérer les enfants qui seraient séquestrés dans sa cave. L’agresseur est convaincu de la véracité du Pizzagate, une théorie complotiste selon laquelle Hillary Clinton et son directeur de campagne John Podesta seraient à la tête d’un vaste réseau pédophile. La pizzeria servirait de quartier général. Après avoir découvert à ses dépens que l’établissement n’avait pas de cave et ne détenait pas d’enfants, Welch sera condamné à quatre ans de prison pour attaque à main armée. [1]

Ce fait divers a été repris par de nombreux médias pour alerter sur le danger des infox et théoriser le concept de bulles de filtres selon lequel les réseaux sociaux isoleraient les individus en leur proposant des contenus ciblés, au point de les placer dans des spirales poussant à la radicalisation. [2] En effet, le Pizzagate démarre sur le site 4chan, un forum de discussion prisé par l’extrême droite américaine. Elle repose sur un courriel de John Podesta publié par Wikileaks, où le directeur de la campagne d’Hillary Clinton correspond avec le propriétaire de la pizzeria pour l’inviter à une levée de fonds. Nous sommes en octobre 2016 à quelques semaines de la présidentielle. La théorie complotiste va rapidement se propager sur les réseaux sociaux, avant de pousser Welch à l’acte. Elle fait désormais partie intégrante d’un mouvement plus vaste connu sous le nom de QAnon.

QAnon : les origines d’une théorie complotiste attrape-tout

Un an après l’émergence du Pizzagate, un individu utilisant le pseudonyme « Q » poste un message sur le forum 4chan indiquant qu’il travaille pour l’administration Trump et détient des informations secrètes. Il promet l’arrestation d’Hillary Clinton d’ici la fin de l’année et explique que Donald Trump est engagé dans une lutte sans merci contre l’État profond. Bien que la prédiction s’avère fausse, « Q » continu de poster de nombreux messages codés, donnant naissance à la mouvance complotiste connue sous le terme de QAnon. Les adeptes, nommés « anons » pour anonymes, cherchent à décrypter les nombreux messages laissés par Q et argumentent entre eux quant aux implications de ses « révélations » qui englobent ou recoupent un nombre croissant de thèses complotistes déjà établies. Il semble ainsi difficile d’isoler une théorie centrale permettant de définir QAnon, mais le journaliste du Daily Beast Will Sommer, qui couvre ce phénomène depuis ses débuts, propose un résumé efficace. [3] Selon lui, « pratiquement tous les adeptes de QAnon défendent le fait que le monde est contrôlé depuis des décennies par une sinistre cabale dont les ramifications s’étendent jusqu’aux plus hauts échelons du Parti démocrate, à Hollywood, dans les grandes banques et l’État profond ». Cette cabale, qui inclut Barack Obama, Hillary Clinton, Tom Hanks et Oprah Winfrey torture et viole des enfants avant de les dévorer au cours de rites sataniques. L’armée américaine aurait recruté Donald Trump afin qu’il concoure à l’élection présidentielle et abatte cette secte. « Les adeptes de QAnon attendent ainsi le jour du “Storm” (la tempête) où Donald Trump arrêtera et fera exécuter — ou emprisonner à Guantánamo Bay — tous les dirigeants de la mystérieuse cabale. Les anons pensent donc avoir un rôle à jouer en préparant le grand public à cet événement, une tâche qu’ils désignent par le terme “the great awakening” (le grand éveil). [4]

On retrouve ainsi deux piliers du mouvement qui explique son succès : la perte de confiance dans les institutions qui produit une croyance dans l’existence d’un groupe d’élite contrôlant le monde, et la peur de la pédophilie. Si la thèse centrale semble invraisemblable et même comique, de nombreuses autres théories complotistes s’y rattachent. Le Pizzagate, par exemple, ne serait qu’une manifestation de la cabale satanique. John Fitzgerald Kennedy aurait été assassiné par ce culte, après avoir tenté d’y mettre fin. Son fils John Kennedy junior, mort dans un crash d’avion, serait toujours vivant. Pour certains, Hillary Clinton serait déjà en prison et remplacée par un clone. Les attentats du 11 septembre ne seraient pas l’œuvre d’Al-Qaïda, mais de la mystérieuse cabale. Quant au RussiaGate et au coronavirus, il s’agirait de deux complots d’Obama pour faire tomber Donald Trump. Les stéréotypes et idées antisémites sont omniprésents, et le milliardaire Georges Soros au cœur de nombreux complots dénoncés par le mouvement. Ces idées périphériques qui s’ajoutent à la thèse centrale n’émanent pas nécessairement de “Q”, mais des nombreux adeptes qui proposent leurs propres interprétations de ses messages. Les plus prolifiques cumulent des millions de vues sur YouTube et des milliers d’abonnés sur les réseaux sociaux. Des documentaires amateurs affichant des centaines de milliers de vue et des livres figurant en tête des ventes d’Amazon dans la catégorie politique témoignent de l’ampleur du mouvement. [5]

De la théorie complotiste au mouvement politique

L’écrasante majorité des premiers adeptes de QAnon sont des électeurs de Donald Trump présentant comme caractéristiques communes le fait d’être des hommes blancs de plus de quarante ans, sans diplôme et habitant majoritairement les zones rurales. [6] Un des ressorts du succès de cette mouvance auprès de cette population viendrait de sa capacité à proposer une explication simple à des phénomènes complexes, et d’éviter à cet électorat une désillusion majeure face à la politique menée par Donald Trump depuis son entrée à la Maison-Blanche. En recrutant dans son administration la plus large concentration d’anciens cadres de Goldman Sachs, une batterie de lobbyistes et un échantillon de politiciens représentant le pire de ce que le fameux “marais” (« drain the swamp ! » a coutume de dire le président Trump) de Washington avait à offrir en termes de probité, ce dernier a rompu l’essence de sa campagne. [7] En refusant lui-même de se séparer de ses entreprises et en poursuivant la mise en place de baisses d’impôts massives pour les milliardaires tels que lui, Trump incarne tout ce qu’il avait dénoncé. [8] De même, sa politique étrangère va rapidement épouser celle du consensus de Washington, certes dans un style très différent, mais sans remettre en cause les structures de pouvoir. En acceptant que tous ces comportements diamétralement opposés à ses promesses de campagne s’expliquent par le projet secret de décapiter une cabale d’élites, les adeptes de QAnon évitent d’accepter qu’ils se soient fait berner par Donald Trump.

Deux événements bien réels vont apporter de l’eau au moulin de “Q”. D’abord, le scandale du RussiaGate, qui prend la forme d’une tentative de coup d’État judiciaire menée contre Donald Trump par les agences de renseignement, une partie de la haute administration et les cadres du Parti démocrate — avec la complicité des grands médias, ce qui va dans le sens d’une lutte entre le nouveau président et les élites. [9] Pour autant, ce filon va s’épuiser lorsque le procureur spécial Robert Mueller rend son rapport innocentant Trump. Selon Q, ce dernier œuvrait en secret avec Trump pour décapiter la cabale pédophile et allait déclencher la fameuse « tempête » au terme de son enquête. Après ce flop, QAnon semble sur le point de disparaître des radars. Mais un second scandale va le raviver : l’affaire Epstein.

Jeffrey Epstein était un financier multimillionnaire de New York, connu pour son goût pour les jeunes femmes et ses soirées fastes où le gratin du pays venait profiter de son hospitalité. Ses liens présumés avec de nombreuses personnalités de premier plan, dont Bill Clinton, Bill Gates, le prince Andrew et Donald Trump, indique qu’il avait un accès privilégié à certains cercles. Or, Epstein est condamné une première fois en 2008 pour viol sur adolescente et proxénétisme. Epstein, grâce à son argent et ses connexions, obtient une réduction de peine spectaculaire, et est libéré treize mois plus tard. Il sera rattrapé par les révélations du Miami Herald en 2019 et de nouveau arrêté pour trafic de mineurs et proxénétisme. Cette fois, l’affaire Epstein fait davantage de bruit, du fait des personnalités potentiellement impliquées. Or, Epstein meurt en prison dans des circonstances particulièrement troublantes quelques semaines après son incarcération. [10]

Le russiagate et l’affaire Epstein ont représenté des cadeaux pour QAnon

Le mouvement croît de manière organique à une vitesse d’autant plus rapide que ses membres estiment devoir convertir de nouveaux adhérents, afin de les préparer au storm. Mais c’est seulement avec l’arrivée du coronavirus et des confinements que la mouvance va prendre une ampleur décisive, au point que ses adeptes s’affichent dans les meetings de Donald Trump, lors de manifestations anti-masques, anti-confinement et dans la sphère médiatique et politique.

Le profil des militants QAnon va évoluer avec cette mutation. Toutes les couches sociales et origines sont désormais représentées. Le gros des renforts semble cependant constitué de jeunes femmes, souvent issu de milieux aisés, dont un nombre non-négligeable de démocrates — voire d’électrices de Bernie Sanders. De nombreux influenceurs, youtubeurs ou stars du monde du spectacle reprennent certains des thèmes chers au mouvement, plus ou moins consciemment. Les réseaux sociaux Instagram, Tik Tok et les blogs de mode et de bien-être sont également atteints par du contenu pro QAnon. Le fait que le futur adepte soit invité à explorer le labyrinthe d’informations présentes sur Internet et de « descendre au fond du terrier à lapin » demeure un élément critique du processus de radicalisation. À la fois ludique, addictif et valorisant, ce cheminement permet de faire basculer les futurs anons d’autant plus vite qu’ils vont être accueillis les bras ouverts par une communauté qui partage leurs inquiétudes et conclusions. Au risque de se couper de leurs proches. [11]

La peur de la pédophilie, ressort important du recrutement de QAnon

Comme l’explique le journaliste Ryan Grim pour The Intercept, l’utilisation de la peur des pédophiles pour provoquer une réponse réactionnaire à un changement sociétal n’a rien de nouveau. En 1909, le magazine Woman’s World, diffusé à deux millions d’exemplaires aux États-Unis, sort un long dossier allégeant l’existence d’un trafic d’être humain à grande échelle visant les jeunes filles blanches, pour les réduire à l’état d’esclaves sexuels. Il sera rapidement suivi de « La guerre contre l’esclavage blanc », titre d’un ouvrage coécrit par plusieurs procureurs et membre du clergé de Chicago. Le livre alerte sur la prétendue existence d’un réseau pédophile sévissant autour des magasins de crème glacée. La panique qui s’ensuit prend racine dans les changements initiés dans les années 1880, lorsque l’invention de la machine à écrire permet à de nombreuses femmes de travailler et d’obtenir l’indépendance financière. Le fait que nombre d’entre elles se permettent de se promener seules dans la rue, de fréquenter les magasins de glace, voire de sortir avec des hommes noirs, n’était pas du goût de tout le monde. [12]

Une théorie complotiste n’a pas besoin d’être vraie pour produire des effets concrets. En 1910, le gouvernement fait voter le White slavery Act (loi contre l’esclavage blanc), qui interdit aux femmes blanches de traverser la frontière d’un État « pour des raisons immorales », en particulier si elles sont accompagnées d’un homme noir. Pour faire respecter ce qui sera ensuite appelé le Mann Act, des agents fédéraux sont recrutés par le président Ted Roosevelt, sans véritable contrôle. Ils donneront naissance au FBI, le Federal bureau of investigation. [13]

Les années 1970 sont de nouveau le théâtre d’un profond mouvement de libéralisation des femmes, entamé par les luttes féministes des années 60. La contre-révolution réactionnaire prendra, dans les années 80, la forme d’une large théorie complotiste imaginant des réseaux d’esclavages pédophiles et sataniques sévissant dans les crèches pour enfants. Une façon de culpabiliser les femmes qui continuent de travailler après avoir eu des enfants, au lieu de rester avec eux au foyer.

La perspective de l’élection d’une femme à la Maison-Blanche, en la personne d’Hillary Clinton, permet de comprendre le regain de conspirationnisme impliquant de prétendus réseaux pédophiles. Du reste, cette instrumentalisation n’est pas le propre des États-Unis. Au Brésil, le candidat Jair Bolsonaro avait bénéficié d’une campagne de désinformation massive propulsée par l’application de messagerie Whatsapp (propriété de Facebook) et illégalement financée par des entreprises privées. Elle reposait, entre autres, sur de fausses informations destinées à alerter les Brésiliens que le Parti des travailleurs (PTB) cherchait à rendre les enfants homosexuels pour pouvoir les violer. Une rhétorique utilisée implicitement par Bolsonaro lui-même, et répandue par les Églises évangéliques soutenant le candidat d’extrême droite. [14]

Cette peur sert désormais de porte d’entrée principale à l’univers de QAnon, en particulier depuis l’arrivée du Covid-19. De nombreuses mères de famille sont restées confinées chez elles et ont disposé d’un gain de temps pour explorer les questions posées par la pandémie. Elles ont pu atterrir sur des forums de discussions et groupes Facebook où se recoupent les thèses conspirationnistes sur l’origine du coronavirus, le mouvement anti-vaccins et l’efficacité des masques. Néanmoins, l’initiation à QAnon passe d’abord par le bouche-à-oreille. De nombreuses personnes témoignent avoir été introduites au mouvement par leur mère ou des proches inquiets du danger représenté par la pédophilie. Des mouvements comme « Save the children » (Sauvez les enfants), a priori bienveillants, servent de cheval de Troie pour attirer de nouveaux adeptes. Une inquiétude pour ses propres enfants ou le soutien à une ONG luttant contre la pédophilie peut servir de porte d’entrée. À Los Angeles, une manifestation organisée par « Save the children » a permis la rencontre de personnes inquiètes par le trafic d’enfant dans le tiers monde avec des anons brandissant des pancartes « John Podesta boit du Sang ».

Le parti républicain sur le point d’être submergé ?

Le mouvement QAnon est récemment sorti de l’ombre pour s’imposer au grand public. Interrogé sur la question, Donald Trump a prétendu ne pas bien connaître le phénomène tout en décrivant les adeptes comme « des patriotes qui aiment notre pays » avant de préciser : « Si je peux aider à sauver le monde de ces problèmes, je suis prêt à le faire. Je suis prêt à m’y consacrer. Et je le fais, pour être franc ». Dans une autre entrevue, il refuse de condamner le mouvement, et ajoute “ils sont engagés contre la pédophilie et je trouve ça très bien”. Certains de ses proches, comme son ancien conseiller Steven Bannon et son avocat et ancien maire de New York Rudy Giuliani, vont beaucoup plus loin, accusant publiquement le fils de Joe Biden de faire partie de la cabale. [15]

Le Parti républicain navigue à vue, en tentant de tenir une ligne de crête. Mis en difficulté par la pandémie et l’impopularité chronique du président sortant, il semble promis à une défaite électorale. Ceci permet d’expliquer pourquoi certains élus cherchent implicitement à s’attirer les faveurs du mouvement, dont l’énergie débordante peut revêtir un certain attrait. 

Le sénateur du Texas Ted Cruz et le représentant au Congrès du comté de Parker dans le Colorado Ken Buck ont par exemple mené une bataille contre Netflix, accusée de propager de la pornographie pédophile à cause de la diffusion du film français Mignonnes. D’autres se contentent de clin d’œil au mouvement. Sans aller jusqu’à embrasser QAnon, les cadres du parti et figures proéminentes prennent soin de ne pas le dénoncer trop clairement et publiquement. Cette attitude peut s’expliquer par les sondages effectués sur le sujet, qui tendent à monter qu’une proportion non négligeable de l’électorat de Donald Trump croit une partie ou la totalité de la théorie. L’enquête publiée par l’institut YouGov le 22 octobre arrivait au chiffre surprenant de 15 % et 37 %, respectivement. Lorsqu’on leur demande s’ils pensent que les cadres du Parti démocrate sont impliqués dans un vaste trafic d’enfants, la moitié répondent par l’affirmative. Une autre enquête indique qu’un Américain sur deux aurait entendu parler de la théorie et 7 % jugerait qu’elle soit vraie. Ce chiffre est à prendre avec des pincettes, car en posant des questions plus précises, on se rend compte qu’un tiers des convaincus n’ont pas entendu parler d’un des aspects situés au cœur de la théorie ou estime qu’il est faux. En corrigeant ce chiffre, on arrive tout de même à plusieurs millions d’adeptes potentiels, ce qui est cohérent avec les fréquentations des sites spécialisés. [16]  

Cette popularité se reflète au niveau des candidats aux élections locales de novembre. Plusieurs dizaines d’entre eux se revendiquent du mouvement. Il s’agit parfois de candidats indépendants risquant de diviser le vote conservateur, comme c’est le cas pour le 18e district de Floride. [17] Plus souvent, ils se présentent sous la bannière du Parti républicain, après avoir gagné une primaire. Une faible proportion d’entre eux devrait accéder aux responsabilités. En particulier, après avoir obtenu le soutien du Parti républicain de Géorgie, Majorie Taylor Green semble assurée de remporter sa législative et de se retrouver au Congrès en janvier prochain. [18]

« Les Américains ont une unique opportunité d’en finir avec cette cabale pédo-satanique »

Marjorie Taylor Green

À cela s’ajoutent les innombrables militants QAnon qui assistent aux meetings de campagne de Donald Trump et d’autres élus républicains en affichant clairement leurs convictions. Dans certaines banlieues aisées du Minnesota, les citadins sont assaillis de courrier pro-QAnon comportant des photos alarmistes imprimées sur papier glacé. [19] Ailleurs, le mouvement est si présent que les épiciers et commerçants locaux en entendent parler à travers les conversations de leurs clients. Compte tenu de l’ampleur récente du phénomène, les dirigeants républicains sont en droit de craindre une nouvelle insurrection interne similaire au Tea Party, mais dans une forme encore plus radicalisée et déstructurée. Si la menace est loin d’être clairement établie, embrasser le mouvement risque de marginaliser davantage le Grand Old Party (GOP). La mouvance a été qualifiée de “risque terroriste” par le FBI. De nombreux adeptes ont commis des actes de violence ou ont planifié des attaques terroristes. Certains sont sous mandat d’arrêt et mènent une existence de fugitifs, rendue possible par l’aide offerte par d’autres membres du mouvement. À tel point que Facebook et Twitter ont fermé de nombreux comptes, pages et groupe de discussion affilié à QAnon. [20] 

Si Trump remporte les élections, QAnon semble en mesure de prendre de l’ampleur, galvanisé par la victoire du républicain. Inversement, une défaite du président sortant devrait amener certains adeptes à la raison. Mais convaincus que des millions d’enfants sont entre les mains de pédosatanistes, réduits à l’état d’esclaves sexuels et voués à être dévorés vivant, une partie des anons pourraient basculer dans la violence. Si les élections semblent contestées, ils pourraient décider de s’occuper eux-mêmes du problème. Dans tous les cas, l’éventuel post-Trumpisme ne semble pas destiné à déboucher sur un retour à la raison.

  1. Lire https://www.vox.com/policy-and-politics/2016/12/5/13842258/pizzagate-comet-ping-pong-fake-news
  2. Lire https://www.theguardian.com/technology/2017/may/22/social-media-election-facebook-filter-bubbles
  3. https://www.thedailybeast.com/what-is-qanon-a-deep-look-inside-the-nutso-conspiracy-theory-infecting-our-politics
  4. Idem 3.
  5. https://theintercept.com/2020/08/28/is-qanon-the-future-of-the-republican-party/
  6. https://www.nytimes.com/2020/10/19/us/politics/qanon-trump-republicans.html
  7. https://www.rollingstone.com/politics/politics-features/trump-the-destroyer-127808/
  8. https://www.nytimes.com/interactive/2020/10/10/us/trump-properties-swamp.htm
  9. https://lvsl.fr/trump-est-a-la-solde-de-la-russie-retour-sur-une-theorie-conspirationniste-a-la-vie-dure/
  10. https://www.vox.com/2018/12/3/18116351/jeffrey-epstein-case-indictment-arrested-trump-clinton
  11. https://theintercept.com/2020/09/23/qanon-conspiracy-theory-colorado/
  12. https://theintercept.com/2020/08/28/is-qanon-the-future-of-the-republican-party/
  13. Ibid 12
  14. https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/10/25/infox-au-bresil-comment-les-fausses-informations-ont-inonde-whatsapp_5374637_4408996.html
  15. https://www.thedailybeast.com/trumpworld-wraps-up-the-campaign-by-going-full-qanon-conspiracy-theory
  16. https://www.wired.com/story/qanon-supporters-arent-quite-who-you-think-they-are/
  17. https://theintercept.com/2020/10/28/qanon-florida-republican-mast/
  18. https://theintercept.com/2020/09/12/georgia-district-14-qanon/
  19. https://theintercept.com/2020/09/23/qanon-mail-minnesota/
  20. https://theintercept.com/2020/09/23/qanon-conspiracy-theory-colorado/

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